La stabilité politique est devenue bien rare en Irak depuis l'invasion de 2003. Bien qu'il y ait eu différents gouvernements, la situation des Irakiens ordinaires n'a fait que s'aggraver. Les services publics sont en lambeaux, l'économie est aussi défaillante que la politique du pays et la prolifération des milices a rendu la sécurité impossible. L'Iran, longtemps contenu par un Irak fort, a comblé ce vide, exacerbant les faiblesses du pays et l'éloignant du monde arabe. Le régime iranien étant sur la sellette à l'intérieur du pays, beaucoup se demandent maintenant ce qu'il en sera à Bagdad.
Dans un contexte de défaillance de l'État et d'affrontements violents à travers le pays, Mohammed al-Soudani a été désigné Premier ministre le mois dernier après une longue période de conflits internes qui ont paralysé le gouvernement de son prédécesseur, Moustafa al-Kazimi. La désignation d'Al-Soudani intervient dans un conflit plus large entre les factions pro et anti-iraniennes, qui a laissé les membres du Conseil des représentants de l'Irak incapables de former un gouvernement de coalition stable ou d'élire un nouveau président.
Alors que la coalition dirigée par l'ancien Premier ministre Nouri al-Maliki et son parti Dawa cherche à élargir sa représentation nationale et que Mouqtada al-Sadr a insisté pour former un gouvernement majoritaire, avant d'utiliser sa milice pour faire échouer le processus parlementaire, le pays et son système politique se retrouvent entre le marteau et l'enclume.
La démocratie irakienne ne tient qu'à un fil, étant donné que les institutions du pays, les services de sécurité, le système judiciaire et les médias ne répondent pas aux besoins des citoyens. L'impasse politique dans laquelle le pays s'est retrouvé depuis l'année dernière a commencé à la suite de manifestations appelant à une refonte du système politique. Les protestataires se plaignaient surtout de l'ingérence de l'Iran, qui a toujours cherché à compromettre la fragile démocratie irakienne. Il n'est donc pas surprenant que, malgré plusieurs invitations, le mouvement d’Al-Sadr, rival d'Al-Soudani dans le camp chiite majoritaire en Irak, ait refusé de rejoindre le gouvernement.
Le dysfonctionnement des factions chiites en Irak est révélateur d'un problème plus important, à savoir l'engagement inlassable de l'Iran à façonner la politique irakienne. Selon l'Institut international d'études stratégiques, groupe de réflexion basé à Londres, « l'Irak continue de représenter une menace pour la sécurité nationale iranienne. C'est pourquoi l'Iran a l'intention de façonner la politique intérieure et l'orientation stratégique de l'Irak ».
Pendant deux décennies, l'Iran a donné du pouvoir à des milices et des partis politiques-clés, ce qui lui a permis d'exercer une influence considérable en Irak et de peser sur la politique du pays. Bien que les relations de l'Iran avec ses alliés irakiens relèvent généralement du mentorat plutôt que du contrôle direct, Téhéran dispose d'un vaste réseau de groupes politiques et de militants irakiens. Aujourd'hui, un nombre croissant de membres des milices ont intégré le courant politique irakien. Cela a permis à l'Iran de s'assurer que ceux qui acquièrent une certaine influence sont favorables au régime de Téhéran, même si la vie politique irakienne est chaotique.

