Quelles sont les implications commerciales de la tentative désastreuse de six clubs de football anglais, et de quelques autres clubs espagnols et italiens, de rompre avec leurs ligues nationales et de créer une «Super League» européenne?
Les Big Six de la Premier League ont été contraints d'abandonner leurs plans en début de semaine après l’indignation suscitée par ce qui a été considéré comme une cupidité éhontée de leur part.
En échange de paiements ponctuels variant entre 300 et 200 millions de livres sterling chacun (1 livre sterling = 1,15 euro), les Big Six auraient rejoint la nouvelle compétition, dont il a été déterminé qu’elle rapporterait beaucoup plus en termes de droits de diffusion que les compétitions européennes existantes.
J.P. Morgan, le géant américain de la banque d'investissement, a financé le projet et établi les projections de revenus qui l'ont rendu si attrayant pour les clubs.
D'un point de vue commercial, ces clubs ont probablement eu raison d'explorer toutes les options pour maximiser les revenus, en particulier à la suite de la pandémie, qui a creusé d'énormes trous dans les finances du football depuis que les terrains ont été contraints de fermer l'an dernier, et que les accords de droits télévisés ont été renégociés.
Mais – et c’est là le facteur déterminant qui a conduit à l'effondrement du concept de Super League après seulement quarante-huit heures – ils n'ont pas prévu la réaction du reste du secteur du football à un accord qui aurait grandement affaibli ce sport en Angleterre.
Tout le monde en dehors des Big Six pensait que l'accord était exécrable, du bureau du Premier ministre aux responsables du football, jusqu’aux joueurs et aux fans. La proposition de la Super League a sans doute unifié le Royaume-Uni plus qu'à tout autre moment depuis le référendum de 2016 sur le Brexit.
L’aspect le plus préjudiciable était l’accusation de créer un cartel contraire à l'essence même du sport, dans lequel il n'y avait aucune différence entre gagner et perdre, puisque les fondateurs ne pouvaient pas se retirer de la compétition, aussi lamentables que soient leurs performances.
Aucun des six clubs n'en sort gagnant, notamment les clubs américains de Liverpool et de Manchester United qui en ont été les instigateurs.
Arsenal, également propriété des Américains, et (pour être tout à fait franc) mon club Tottenham Hotspur semblaient particulièrement mal à l’aise car ils étaient tous deux considérés comme plutôt chanceux d'être inclus dans le groupe, compte tenu de leurs piètres performances récentes sur le terrain.
Ironiquement, c’est à Chelsea, propriété russe, et à Manchester City, soutenu par les Émirats arabes unis, qu’il est revenu de s’en sortir avec une once de dignité pour avoir été les premiers à quitter la Super League lorsque le mécontentement de l’opinion publique est devenu évident, et pour avoir présenté des excuses complètes.

