Ce vendredi 16 octobre, nous passons donc un long moment, entre nous, à discuter de cet événement tragique au moment où les faits commencent à s’éclaircir: Samuel Paty était un professeur d’histoire-géographie au collège, son assassin un Tchétchène radicalisé. Il aurait été reproché à Samuel Paty, lors d’un cours visant à présenter la liberté d’expression, d’avoir montré à ses élèves des caricatures du prophète Mahomet, telles qu’elles avaient été publiées d’abord dans un journal danois, puis par l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo.
Au début, plusieurs étudiants saoudiens viennent me voir. Ils vivent dans la province est d’Arabie saoudite, et eux aussi ont vécu le terrorisme et continuent de le vivre, notamment avec les attaques des drones armés houthis. Plusieurs d’entre eux travaillent pour la société Aramco, et ils n’ont pas oublié les événements de la fin de 2019. Ils savent aussi ce que les extrémistes sont capables de faire. «Débarrassez-vous d’eux, ces gens-là doivent être neutralisés au plus vite: croyez-nous, il n’y a que comme cela que vous serez tranquilles», me dit un médecin membre de la promotion. Un Bahreïni m’indique que «même si vous passez pour des islamophobes, il ne faut pas vous laisser faire: nous savons que la France nous a aidés quand nous-mêmes en avons été victimes».
Puis, au fur et à mesure que les informations tombent, je sens, au cours du week-end, que certains étudiants me posent des questions différentes. Une Bahreïnie me demande si elle ne sera pas menacée si elle sort visiter Paris à cause de son hijab, d’autres ont les mêmes interrogations… Au départ, je ne comprends pas vraiment ce qui explique cette nervosité soudaine, alors que nous sommes ici depuis une semaine.

