Naturellement, depuis le début de 2020, le monde s’est concentré sur le coronavirus, puis s’est occupé de relever le défi de ses effets dévastateurs.
Néanmoins, dans un monde aux ressources limitées et à la capacité ou à la volonté tout aussi limitée pour faire face à un éventail de problèmes, d'autres domaines de souffrance humaine extrême sont négligés. La Journée mondiale des réfugiés la semaine dernière a été un rappel opportun des difficultés persistantes de ceux dont la vie a été brisée par des guerres, des troubles civils ou des catastrophes naturelles, qui ont été chassés de leurs foyers et de leurs pays, et qui doivent maintenant faire face à la détresse supplémentaire causée par la pandémie.
Les chiffres mentent rarement, et le dernier rapport annuel Global Trends publié à l'occasion de la Journée mondiale des réfugiés par le HCR, l'agence des Nations Unies pour les réfugiés, devrait être une source de profonde préoccupation non seulement pour des raisons humanitaires, mais aussi pour son impact politique sur des millions de personnes déracinées de leurs foyers, contraintes de vivre dans des conditions désastreuses et, dans de nombreux cas, avec très peu de chances de rentrer chez elles pour mener une vie épanouie.
L'une des ironies tragiques de la pandémie est que le nombre de personnes traversant les frontières pour chercher refuge a diminué ; cependant, cela n'est pas dû à l'amélioration des conditions, mais plutôt à la fermeture des frontières pour empêcher la propagation du coronavirus. Par conséquent, beaucoup sont pris au piège et sont déplacés à l'intérieur de leur propre pays, où leur vie est chaque jour en danger face à la violence, à la persécution et à d'autres violations des droits humains. L'année dernière, le nombre de personnes déplacées a atteint un record de 82,4 millions, soit une augmentation de 4 % par rapport à 2019. De plus, ce qui est censé être une mesure temporaire pour améliorer leur situation jusqu'à ce que les choses s’assainissent devient trop souvent un mode de vie permanent extrêmement difficile avec peu de perspective d'un avenir meilleur.
Le rapport du HCR souligne que si certains conflits de longue date non résolus continuent d'entraver toute résolution des cas persistants de personnes déplacées, il existe également des conflits et des problèmes émergents, comme le changement climatique, qui aggravent leurs conditions et accroissent le nombre de personnes qui ont besoin d’un refuge. Le tableau devient encore plus sombre lorsque l'on tient compte du fait que ce n'est pas le monde développé avec ses ressources abondantes qui assume la part du lion de l'accueil des réfugiés, mais ce sont en réalité les pays en développement, avec leurs ressources plus limitées et leurs propres défis sociaux et politiques, qui ont accueilli en 2020 86 % des réfugiés dans le monde.
À la lumière des débats envenimés en Europe et aux États-Unis sur l'autorisation des réfugiés à entrer dans leur pays, on pourrait être pardonné d’ignorer que 73 % des réfugiés résident dans des pays voisins de leur pays d'origine. Par exemple, 1 personne sur 8 au Liban et 1 sur 15 en Jordanie sont des réfugiés, sans compter qu'actuellement sur la petite île d'Aruba 1 sur 6 sont des Vénézuéliens déplacés. En outre, plus des deux tiers (68 %) de tous les réfugiés proviennent de cinq pays seulement, ce qui est un triste témoignage de l'échec de la communauté internationale soit à résoudre les conflits en Syrie, au Venezuela, en Afghanistan, au Soudan du Sud et au Myanmar pour que les réfugiés puissent rentrer chez eux en toute sécurité, soit à soutenir suffisamment les pays qui plient sous la pression supplémentaire qu’impose l'accueil des réfugiés.

