Le vœu de Benjamin Netanyahou de retrouver son poste de Premier ministre en Israël a été exaucé et, avec lui, la possibilité de mettre fin à son procès pour corruption, qui était devenu le moteur de ses démarches pour reprendre le pouvoir.
Politiquement, cependant, il est plus faible qu’il ne l’a jamais été, puisque pour reconquérir le poste de Premier ministre, il a été contraint de se mettre à la merci de l’extrême droite et des ultra-orthodoxes, qui le feront chanter au point où Israël sera méconnaissable à la fin, voire pire, si ce gouvernement parvient à mener à terme un mandat complet.
Ceux qui soutiennent le gouvernement nouvellement formé accusent ses détracteurs de ne pas respecter la démocratie et le processus constitutionnel légitime qui a conduit à la prestation de serment de ce sixième gouvernement de Netanyahou.
Rien ne saurait être plus inexact. Les premiers signes – émergeant de la législation initiale, des accords de coalition et du comportement des ministres – sont que les membres du gouvernement s’apprêtent à mettre fin à tout semblant d’Israël en tant que démocratie libérale ou qui respecte même de loin le droit international.
Ils le feront en attaquant le système judiciaire, en marginalisant les minorités et en cherchant délibérément à provoquer une confrontation avec les Palestiniens, quitte à mettre en danger les accords de paix et de normalisation qu’Israël a signés avec d’autres pays de la région,ainsi que ses relations avec la communauté internationale au sens large.
Dans une démocratie, le changement de gouvernement est sain et nécessaire, mais cette nouvelle coalition cherche à éroder les fondements mêmes de la démocratie. Des actes comme la modification des lois dans les semaines suivant l’élection sans autre raison que de satisfaire les partenaires de la coalition – y compris la législation qui permet aux personnes reconnues coupables d’infractions, mais qui n’ont pas été condamnées à une peine privative de liberté, de faire partie du gouvernement – ou la modification des responsabilités de certains ministres sapent brutalement le processus démocratique, réduisant en lambeaux la notion de bonne gouvernance.
C’est un gouvernement dont le Premier ministre fait face à un procès pour corruption, le ministre de l’Intérieur et de la Santé a été condamné pour corruption et fraude fiscale, et le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir, ironiquement en charge de la police, a été condamné d’incitation au racisme et de soutien à une organisation terroriste. S’opposer à un tel gouvernement ne veut donc pas dire qu’on est mauvais perdant, mais constitue plutôt un acte élémentaire de défense des normes décentes de la vie publique.
L’extrême droite en Israël, contrairement à des groupements similaires en Europe par exemple, est très portée sur la religion et exploite le symbolisme religieux pour exclure les autres. Il est possible que, dans le judaïsme, les frontières entre l’identité nationale et la religion soient floues mais, néanmoins, le 37e gouvernement d’Israël, qui a prêté serment la semaine dernière, a déjà annoncé une directive déclarant ce qui suit: «Le peuple juif a un droit exclusif et inaliénable sur toutes les parties de la Terre d’Israël. Le gouvernement encouragera et développera le peuplement dans toutes les parties de la Terre d’Israël – en Galilée, dans le Néguev, dans le Golan, en Judée et en Samarie.»
Un sixième gouvernement dirigé par Netanyahou, mais qui n’est pas véritablement le sien
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Un sixième gouvernement dirigé par Netanyahou, mais qui n’est pas véritablement le sien

- Netanyahou a été contraint de se mettre à la merci de l’extrême droite et des ultra-orthodoxes, qui le feront chanter au point où Israël sera méconnaissable si ce gouvernement parvient à mener à terme un mandat complet
- L’extrême droite en Israël, contrairement à des groupements similaires en Europe par exemple, est très portée sur la religion et exploite le symbolisme religieux pour exclure les autres