Solidarité exemplaire et sens des valeurs pour les uns, coup de marketing exceptionnel et opportunisme pour les autres. Alors même qu’elle fait l’objet d’attaques sur le traitement réservés aux communautés Ouïghours, la République populaire de Chine a volé au secours des Jeux de Tokyo et du CIO en s’engageant à fournir des vaccins à tout athlète participant aux Jeux de Tokyo cet été, et aux Jeux d’hiver de 2022 à Beijing. Intéressant de constater que cette annonce fait écho à la récente déclaration du Comité national olympique et paralympique américain (USOPC) qui, le 10 mars dernier, avait annoncé que les athlètes américains, déjà sélectionnés ou potentiellement sélectionnés pour les Jeux de Tokyo seraient tous vaccinés prochainement contre la COVID-19. « Nous sommes plus optimistes que jamais quant à la perspective de voir les athlètes de Team USA vaccinés bien avant les Jeux. La grande majorité des athlètes américains pourrait avoir accès au vaccin plus tôt que nous ne le pensions initialement », avait alors annoncé Sarah Hirshland, la directrice générale de l’USOPC.
L’espace de compétition des athlètes a toujours été doublé d’un terrain de confrontation pacifique entre les pays. C’est le concept même de soft power. Dans la politique mondiale, ce concept fait référence à l’influence non coercitive (donc non-militaire) d’un acteur international sur les autres, à son attractivité dans le monde, à la puissance de son modèle et de son système de valeurs. Pour de nombreux pays, dont la Chine et la Fédération de Russie, ou pour le Royaume d’Arabie Saoudite, le soft power est aussi une opportunité de coopération dans un contexte de concurrence internationale. Avec cette proposition de vaccination, la Chine continue le développement de son soft power. Vacciner un sportif, c’est symboliquement soutenir un héros. C’est permettre la tenue de Jeux universels. La République populaire s’inscrit ainsi dans une dynamique humanitaire, tout en faisant montre de son excellence pharmaceutique et logistique… et elle conforte ses engagements et investissements dans les Jeux d’hiver qu’elle hébergera du 4 au 20 février 2022 à Pékin.
Il est à noter, comme le souligne le philosophe François Julien dans son remarquable « Traité de l’Efficacité », que la pensée stratégique chinoise a toujours appréhendé parfaitement les idées similaires au concept de soft power. Pour lui, la philosophie chinoise de l’efficacité ne pose que la question de l’advenir, et non de l’être. En évitant la question du Soi, du sujet (ou de la séparation très occidentale « théorie vs pratique »), elle peut se concentrer exclusivement sur la question de l’efficacité à partir du cours naturel des choses.
Elle s’intéresse au processus, au procédé qui "conduit à" plutôt qu’à l’état. C’est une dynamique, une énergie cinétique et, ce qui l’intéresse, ce n’est donc pas l’action mais plutôt le potentiel de la situation qui contient sa propre transformation. Pour le philosophe chinois comme pour le dirigeant politique, l’action par le simple fait qu’elle soit saillante, peut porter son contraire et pousser à l’inverse de ce que l’on recherche. « Contre l’action et le héros acteur et influençant le cours de choses volontairement, elle oppose le non-agir qui est néanmoins agir car soutien du potentiel ». Mais en choisissant la collaboration internationale, la Chine se démarque des États-Unis qui ont fait de leur propre vaccination un axe de politique exclusivement de réunification domestique. C’est d’ailleurs toute la dimension symbolique recherchée par le Président Biden quand il annonce accélérer les plans de vaccination en fixant au 4 juillet (Fête nationale) le retour des États-Unis à la quasi-normale.

