Le patronat critique un budget élaboré dans l'urgence

(De G) Le ministre français de l'Intérieur Laurent Nunez, le Premier ministre français Sébastien Lecornu et le chef de cabinet du Premier ministre français Philippe Gustin assistent à une réunion de crise interministérielle concernant le blocus des lycées, place Beauvau, à Paris le 1er octobre 2026. (Photo de Kenzo TRIBOUILLARD / AFP)
(De G) Le ministre français de l'Intérieur Laurent Nunez, le Premier ministre français Sébastien Lecornu et le chef de cabinet du Premier ministre français Philippe Gustin assistent à une réunion de crise interministérielle concernant le blocus des lycées, place Beauvau, à Paris le 1er octobre 2026. (Photo de Kenzo TRIBOUILLARD / AFP)
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Le patronat critique un budget élaboré dans l'urgence

Le patronat critique un budget élaboré dans l'urgence
  • Les entreprises devront contribuer à hauteur de près de 20 milliards d'euros au budget 2027, une situation inattendue pour le patronat
  • Le président du Medef, Patrick Martin, souligne des signaux contradictoires envoyés par le gouvernement concernant la fiscalité et les nouvelles taxes
  • Selon l'institut Rexecode, les entreprises seront le principal contributeur budgétaire, devant les ménages et les collectivités locales

PARIS: Les entreprises seront fortement contributrices au budget 2027, une situation qu'elles n'avaient pas entièrement anticipée et que le patronat attribue à des tentatives désespérées du gouvernement pour ne pas inquiéter les marchés.

Le patron du Medef, Patrick Martin, a exprimé vendredi sur Radio Classique sa surprise :

Le Premier ministre avait envoyé (le 9 septembre) une lettre aux entrepreneurs assez rassurante.

Cependant, "en échangeant avec lui, avec Bercy, on a eu des signaux assez contradictoires par rapport à ce courrier".

Sébastien Lecornu évoquait dans son courrier une "stabilité fiscale" pour 2027, sans "impôt nouveau". Il mentionnait toutefois qu'il faudrait "examiner l'efficacité de certaines niches fiscales ou sociales", ou "revoir une aide qui n'avait plus d'efficacité démontrée ou s'est transformée en effet d'aubaine".

Au final, les entreprises devront contribuer pour "près de 20 milliards d'euros" au prochain budget, selon le Medef, chiffre également avancé par l'institut de tendance libérale Rexecode.

Patrick Martin décrit la situation comme "une forme d'improvisation du gouvernement", avec ces taxes nouvelles "apparues au fil des jours" en septembre, sur les produits sucrés, les gestionnaires d'infrastructures aéroportuaires et autoroutières, ou encore sur le transport maritime.

Un bateau qui prend l'eau

Le gouvernement réagit selon lui "à l'augmentation des taux d'intérêt" sur la dette, au plus haut depuis 2002 jeudi, alimentée par "la crispation du paysage politique".

Même sensation du côté de l'U2P, troisième organisation patronale, dont le président Michel Picon estimait vendredi sur BFM Business qu'on "n'est plus dans la politique de l'offre", favorable aux entreprises, en vigueur au début de la présidence d'Emmanuel Macron.

Mais plutôt face à "un bateau qui prend l'eau de tous les côtés avec un capitaine qui a du mal à faire face à la situation et qui essaie de mettre des rustines un peu partout. Et quand on a mis une rustine là, le lendemain, c'est dans les lycées que ça pète."

Dans une note intitulée "qui paie l'effort du budget 2027 ?", l'institut Rexecode relève que les entreprises "sont le premier contributeur" à l'effort budgétaire annoncé, avec 20 milliards d'euros, devant les ménages (16,7 milliards) et les collectivités locales (9,2 milliards).

Par rapport à 2026, les nouveaux efforts des entreprises s'élèvent à 12 milliards d'euros, contre 16,1 milliards pour les ménages et 9,2 milliards pour les collectivités.

Rexecode observe aussi que le discours gouvernemental d'un effort "porté prioritairement par la dépense" ne vaut pas pour les entreprises, puisque "88% de ce qui leur est demandé passe par des prélèvements". S'agissant des ménages, c'est à peu près 50/50.

Erreur rédactionnelle

La mesure la plus critiquée concerne les allègements de cotisations patronales, qui vont diminuer de 6,6 milliards d'euros. Pour le Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (Meti), ce projet de budget va "dégrader encore sévèrement la compétitivité des entreprises".

Une autre, sur "l'apport-cession", visant à empêcher que certains gros contribuables échappent à l'impôt sur la plus-value réalisée via une holding en transmettant des titres à leurs héritiers, va "renchérir de façon colossale le coût de la transmission d'entreprises familiales en France", selon le Meti, qui espère que l'article "résulte d'une erreur rédactionnelle".

Patrick Martin observe que le budget présenté jeudi "n'est que le point d'entrée" de la discussion parlementaire, et les organisations patronales s'apprêtent à discuter avec députés et sénateurs pour y faire inclure des amendements évitant "un point de sortie" plus défavorable.

Mais face à l'inquiétude des marchés, les patrons se veulent responsables. Amir Reza-Tofighi, président des Entrepreneurs, espère que le Parlement "corrigera les mesures qui pénalisent l'emploi, les salaires et l'investissement", mais reconnaît : "Nous avons besoin d'un budget".

Michel Picon, à l'U2P, ne veut pas non plus "ajouter du feu dans une situation économique difficile et une situation sociale compliquée". Pour lui, "il faut que tout le monde fasse un petit effort".