Les stocks stratégiques de pétrole, matelas pour amortir les crises

Cette photo aérienne montre des réservoirs de pétrole à Vern-sur-Seiche, dans l’ouest de la France, le 11 mars 2026.  Le G7 a convenu de libérer « 100 millions de barils » de diesel et de pétrole brut de ses réserves sur quatre mois, ont annoncé ses dirigeants le 2 octobre 2026. (AFP)
Cette photo aérienne montre des réservoirs de pétrole à Vern-sur-Seiche, dans l’ouest de la France, le 11 mars 2026. Le G7 a convenu de libérer « 100 millions de barils » de diesel et de pétrole brut de ses réserves sur quatre mois, ont annoncé ses dirigeants le 2 octobre 2026. (AFP)
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Les stocks stratégiques de pétrole, matelas pour amortir les crises

Les stocks stratégiques de pétrole, matelas pour amortir les crises
  • Près d'un sixième des réserves stratégiques de pétrole des États membres de l'AIE ont été écoulées depuis mars, suite à la décision du G7 de déstocker
  • L'AIE a pour mission d'assurer la sécurité énergétique des pays membres, chacun devant détenir des stocks de pétrole équivalents à au moins 90 jours d'importations nettes

PARIS: Près d'un sixième des réserves stratégiques de pétrole des États membres de l'Agence internationale de l'énergie ont été écoulées depuis le mois de mars, où le G7 a décidé de piocher dans ces stocks.

Donald Trump, qui réclamait depuis plusieurs jours aux États européens de libérer davantage de gazole, en agitant la menace d'interdire les exportations de carburant américain, a obtenu satisfaction vendredi.

Explications sur ces stocks constitués en prévision des crises.

Pourquoi stocker du pétrole ?

La planète consomme chaque jour environ 100 millions de barils d'or noir, utilisés dans les transports et l'industrie plastique, notamment.

Les États, surtout ceux qui ne produisent pas de pétrole, s'efforcent de se constituer un coussin de sécurité pour "atténuer les impacts économiques négatifs" de pénuries ou de perturbations de l'approvisionnement, explique l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

Le déstockage peut permettre de rassurer les marchés et de faire baisser les prix du brut.

Quel rôle pour l'AIE?

L'Agence internationale de l'énergie, créée en 1974 après le premier choc pétrolier, a pour mission fondatrice d'assurer la sécurité énergétique.

Elle compte 32 pays membres, dont l'Allemagne, la France, l'Australie, l'Autriche, la Belgique, le Canada, l'Italie, le Japon, le Mexique, la Turquie et les États-Unis.

Chacun a "l'obligation de détenir des stocks de pétrole équivalents à au moins 90 jours d'importations nettes", et ce sous forme de réserves prévues uniquement pour les situations d'urgence, de stocks commerciaux mobilisables par l'État, ou conservés dans d'autres pays via des accords.

Le 11 mars, l'AIE avait décidé d'un déstockage historique de 400 millions de barils de pétrole des réserves stratégiques, avec l'espoir d'atténuer les conséquences de la guerre au Moyen-Orient. C'était le sixième de l'histoire de l'AIE et le plus important jamais entrepris.

Au 2 octobre, 325 millions de ces barils avaient été libérés, selon l'AIE. Cela représente 18% des "plus de 1,2 milliard de barils" détenus par les États, et 600 millions de barils stockés par l'industrie, par obligation gouvernementale, à la date du 11 mars.

Le G7 demande à l'AIE de veiller à la mise en oeuvre immédiate et intégrale des engagements pris en mars 2026, ont indiqué les membres du G7 dans un communiqué vendredi.

Le pétrole est-il détenu seulement brut ?

L'obligation de détention de stocks de l'AIE ne précise pas si ces stocks doivent être détenus sous forme de pétrole brut ou raffiné (gazole ou fioul par exemple).

"Le choix le plus approprié dépendra des facteurs propres à chaque pays", indique l'AIE. Elle précise que des pays avec une grosse industrie de raffinage sont plus susceptibles de conserver du brut, étant capables de le transformer rapidement. Cela "permet plus de flexibilité".

Mais même pour ces pays, il est "judicieux" de conserver au moins une partie des stocks d'urgence sous forme raffinée, malgré les "coûts plus élevés", ajoute l'Agence.

Pour les membres de l'AIE et de l'UE, il y a obligation qu'un tiers des stocks soit "détenu sous forme de produits raffinés spécifiques".

En 2024, selon un document de la Société anonyme de gestion des stocks de sécurité (SAGESS), qui possède environ deux tiers des stocks physiques français, 30,6% des réserves étaient du pétrole brut et 49,8% du gazole. Le reste était de l'essence (9,1%), du carburéacteur pour moteurs d'avion (7,8%) et du fioul domestique (2,7%).

Ni la SAGESS ni le ministère français de l'Énergie n'ont répondu aux sollicitations de l'AFP pour actualiser ces chiffres.

Comment les stocks sont-ils débloqués?

"Une fois qu'il a été convenu de la nécessité d'une action collective de l'AIE, chaque pays membre contribue en proportion du poids qu'il représente dans la consommation pétrolière totale des membres de l'organisation", explique l'Agence.

L'application concrète - combien, quels produits, à quel rythme - est à la main des États.

En France, il est possible de déstocker dans les 24 heures, expliquait en avril à l'Assemblée nationale le PDG de la SAGESS.

Une "importante libération de gazole" sera effectuée "dans les 20 premiers jours par les membres et partenaires du G7", a annoncé le G7 vendredi. "Nous nous réunirons dans le cadre de l'AIE dans les prochains jours afin d'examiner la possibilité de libérations supplémentaires de gazole si nécessaire".

La France fera l'"effort" de privilégier le gazole au début, dans une "volonté d'envoyer un signal clair au marché", ajoutait le président français Emmanuel Macron.