Paris mise sur le renforcement de l’armée libanaise pour sortir du face-à-face Israël-Hezbollah

 Les forces de l'armée libanaise se déploient à la suite d'une frappe aérienne israélienne menée dans la nuit du 7 septembre 2026 contre le village de Kfar Roummane, dans le sud du Liban.
Les forces de l'armée libanaise se déploient à la suite d'une frappe aérienne israélienne menée dans la nuit du 7 septembre 2026 contre le village de Kfar Roummane, dans le sud du Liban.
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Paris mise sur le renforcement de l’armée libanaise pour sortir du face-à-face Israël-Hezbollah

Paris mise sur le renforcement de l’armée libanaise pour sortir du face-à-face Israël-Hezbollah
  • Le Liban est actuellement victime d'un cercle vicieux de confrontations militaires entre Israël et le Hezbollah, avec un État libanais trop faible pour intervenir.
  • Paris ne prévoit pas de résoudre directement le conflit, mais souhaite modifier les rapports de force en soutenant l'État libanais.


PARIS: Au Liban, Israël frappe, le Hezbollah maintient ses armes au nom de la confrontation avec Israël et l’État libanais reste trop faible pour s’interposer efficacement entre les deux. La France veut parier sur un renforcement de l’État et de son armée pour sortir enfin de ce face-à-face.

Le Liban se trouve donc pour le moment du moins, enfermé dans un cercle vicieux dont il est difficile d’apercevoir l’issue.

D’un côté, les opérations et les frappes israéliennes se poursuivent; de l’autre, le Hezbollah refuse de désarmer et conserve une capacité militaire qui constitue précisément, pour Israël, la justification de la poursuite de son action.

Entre les deux, l’État libanais peine à imposer son autorité car son armée ne dispose pas des moyens nécessaires pour contrôler seule l’ensemble du territoire.

Paris ne prétend pas résoudre le face-à-face Israël-Hezbollah

C’est dans cet espace extrêmement étroit que la France entend agir. Son pari est simple à énoncer, mais difficile à réaliser, et consiste à renforcer suffisamment l’armée libanaise pour qu’elle puisse devenir l’acteur sécuritaire légitime et crédible capable de briser cette logique d’affrontement.

Autrement dit, Paris ne prétend pas résoudre directement le face-à-face entre Israël et le Hezbollah, mais cherche plutôt à modifier les rapports de force qui l’entretiennent, en donnant enfin à l’État libanais les moyens d’occuper la place qui lui revient.

Pour la France, il ne s’agit plus de tenir une conférence supplémentaire de soutien au Liban ou à son armée, mais de passer à une phase beaucoup plus opérationnelle : définir ce dont les forces armées libanaises ont besoin

C’est tout le sens de la réunion du processus d’Aqaba organisée à Paris, le mercredi 17 septembre, à la demande du roi de Jordanie, Abdallah II, et en présence du président libanais Joseph Aoun.

Pour la France, il ne s’agit plus de tenir une conférence supplémentaire de soutien au Liban ou à son armée, mais de passer à une phase beaucoup plus opérationnelle : définir ce dont les forces armées libanaises ont besoin, comment elles pourraient se déployer et avec quels partenaires internationaux elles pourraient progressivement reprendre la maîtrise du territoire.

La démarche est ambitieuse parce qu’elle suppose de sortir d’une contradiction qui dure depuis des années : on demande à l’État libanais d’exercer sa souveraineté, mais on ne lui donne pas toujours les moyens militaires, financiers et institutionnels de le faire.

On demande au Hezbollah de désarmer, mais ce dernier persiste à faire la sourde oreille tant qu’Israël continue d’occuper, de bombarder et de raser des dizaines de villages libanais. Et plus cette situation perdure, plus l’armée libanaise reste marginalisée.

Parier sur l’armée libanaise

C’est précisément cette équation que Paris veut tenter de renverser en aidant à renforcer l’armée libanaise pour rassurer les Libanais, convaincre les partenaires internationaux et, surtout, offrir à Israël une alternative au maintien de ses propres opérations militaires.

Les besoins sont immenses et la France ne peut pas être seule à les assumer, d’où la réunion de Paris, qui cherche ainsi à mobiliser un cercle beaucoup plus large de partenaires, européens, occidentaux et arabes

Cela suppose un effort considérable allant de la formation aux équipements, sans oublier le renseignement, le financement et les capacités opérationnelles.

Les besoins sont immenses et la France ne peut pas être seule à les assumer, d’où la réunion de Paris, qui cherche ainsi à mobiliser un cercle beaucoup plus large de partenaires, européens, occidentaux et arabes.

La participation des pays du Golfe est, à cet égard, particulièrement importante. Malgré les crises qui se multiplient autour d’eux, l’Arabie saoudite, le Qatar, les Émirats arabes unis et leurs partenaires continuent de regarder le Liban comme un enjeu de stabilité régionale.

Leur implication montre que le dossier libanais n’a pas disparu derrière les autres crises du Moyen-Orient.

Pour l’Arabie saoudite en particulier, soutenir la reconstruction d’un État libanais capable d’exercer son autorité constitue une manière de réinvestir politiquement dans le Liban sans revenir aux anciennes logiques d’influence.

Mais le pari français comporte une autre dimension, peut-être encore plus délicate : celle de l’après-FINUL.

Avec la perspective de la fin du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban, fin 2026, la question n’est plus seulement de savoir comment maintenir la présence internationale au Sud, mais comment éviter qu’un vide sécuritaire ne s’installe.

L’Italie, premier contributeur de troupes à la FINUL, et la France, qui entretient depuis longtemps une relation militaire et politique particulière avec le Liban, travaillent à réfléchir à ce que pourrait être le dispositif appelé à prendre le relais.

Il ne s’agit pas encore de présenter une force définitivement constituée, mais de réfléchir à une nouvelle architecture internationale, à son mandat et à son articulation avec l’armée libanaise.

L’objectif serait précisément de ne pas reproduire indéfiniment la situation actuelle, avec une présence internationale indispensable mais qui ne peut, à elle seule, remplacer l’État libanais.

Le futur dispositif devrait donc accompagner la montée en puissance de l’armée plutôt que se substituer à elle, et il s’agit là d’une différence fondamentale.

Car la France semble avoir tiré une conclusion de plusieurs décennies d’engagement international, à savoir que la stabilité du Liban ne pourra pas être durablement assurée par des forces étrangères si l’État libanais lui-même ne retrouve pas le monopole de l’autorité et de la force légitime.

Encore faut-il que toutes les pièces du puzzle s’emboîtent.

Israël doit pouvoir être convaincu que le renforcement de l’armée libanaise permettra effectivement de réduire les menaces à sa frontière. Le Hezbollah doit accepter, tôt ou tard, le principe d’un monopole de l’État sur les armes. L’armée libanaise doit disposer des moyens de remplir cette mission. Et la communauté internationale doit être prête à investir politiquement et financièrement dans cette transformation.

C’est pourquoi la réunion de Paris est davantage qu’une réunion militaire et constitue une tentative de sortir de la logique selon laquelle chaque acteur répond à l’action de l’autre par une nouvelle action.