PARIS: La réunion de Paris, ce jeudi, n’était pas simplement une nouvelle rencontre diplomatique consacrée au Liban. Elle visait à passer de déclarations politiques générales sur le soutien à l’État libanais à l’examen de la manière de permettre concrètement à cette armée d’étendre l’autorité de l’État à l’ensemble du territoire.
Le président français Emmanuel Macron a reçu son homologue libanais Joseph Aoun, avant que le roi de Jordanie Abdallah II ne les rejoigne, dans le cadre du « processus d’Aqaba », lancé par la Jordanie en 2015 pour favoriser la coordination internationale et régionale sur les questions de sécurité au Moyen-Orient.
La rencontre intervient alors que la France et ses partenaires cherchent à définir les conditions de la prochaine phase au Sud-Liban, à l’approche de la fin du mandat actuel de la FINUL.
Mais au-delà de ce dossier, Emmanuel Macron a voulu inscrire la réunion dans une problématique beaucoup plus large, celle de la stabilité du Moyen-Orient et de la nécessité d’empêcher que les différentes crises régionales ne s’alimentent mutuellement.
La particularité de la réunion de Paris tient au fait que les discussions ne se sont pas limitées au niveau politique. Des responsables militaires de haut rang de plusieurs pays y ont également participé afin d’examiner les besoins concrets de l’armée libanaise ainsi que les moyens de la soutenir dans la mise en œuvre d’un plan de déploiement clair et réalisable.
De la volonté politique à un plan opérationnel pour l’armée
Le message français est désormais de passer du soutien politique à un dispositif opérationnel, précisant où, comment et avec quels moyens l’armée libanaise peut être déployée, et de quelles capacités elle a besoin pour assumer ses responsabilités.
Pour le président français, les Forces armées libanaises sont indispensables pour permettre à l’État d’exercer son autorité sur l’ensemble du territoire.
Cette approche rejoint ce qu’a affirmé Aoun dans un discours devant les participants, où il n’a pas présenté la limitation des armes aux seules institutions de l’État comme une réponse à une pression extérieure, mais comme un « choix libanais », une nécessité nationale et une condition essentielle à la construction de l’État.
L’objectif est celui d’un État qui exerce son autorité sur l’ensemble de son territoire, protège ses frontières et sa population, soit seul à décider des questions de guerre et de paix et détienne exclusivement les armes.
Mais Aoun a replacé ce processus dans son contexte politique et sécuritaire. Le Liban, a-t-il souligné, a respecté ses engagements, tandis que leur mise en œuvre complète reste difficile dans un contexte marqué par la poursuite des attaques et des violations israéliennes et l’occupation de certaines parties du territoire libanais.
C’est là que se situe l’un des points les plus complexes de l’équation : il est demandé à l’armée libanaise d’assumer davantage de responsabilités dans le Sud, alors même que les conditions dans lesquelles elle doit agir restent extrêmement instables.
Selon Aoun, l’armée est le pilier essentiel de la protection de la souveraineté du Liban et de l’exercice de l’autorité de l’État, mais ses responsabilités ne se limitent pas au déploiement dans le Sud.
À l’intérieur du pays, l’armée et les Forces de sécurité intérieure ont notamment pour mission de maintenir l’ordre, d’appliquer la loi, de lutter contre le terrorisme, la criminalité organisée et le trafic de stupéfiants, ainsi que de protéger les institutions et les infrastructures essentielles.
Aux frontières, elle doit lutter contre la contrebande et tout ce qui menace la sécurité et la souveraineté du Liban.
Dans le Sud, sa mission est encore plus sensible, puisqu’elle consiste à renforcer la présence de l’État et à protéger la stabilité dans une région qui continue de connaître des attaques et des violations israéliennes, alors que les modalités de la prochaine phase n’ont pas encore été définitivement arrêtées.
Aoun estime que l’armée a démontré, malgré la faiblesse de ses ressources, sa capacité à assumer des responsabilités dépassant ses missions militaires traditionnelles, des guerres et des crises aux catastrophes et aux situations d’urgence, en passant par les opérations de secours et la protection des institutions.
Le message adressé aux partenaires internationaux est donc que cette institution a besoin de moyens à la hauteur des responsabilités qu’on lui demande désormais d’assumer.
L’après-FINUL et les enjeux d’une nouvelle architecture sécuritaire
C’est dans ce contexte que se pose, par ailleurs et avec une acuité particulière, la question de l’avenir de la FINUL.
La perspective de son retrait impose de réfléchir à une nouvelle architecture sécuritaire dans le Sud, afin que le départ progressif de la force internationale ne crée pas un vide que les institutions libanaises ne seraient pas encore en mesure de combler.
La France travaille notamment avec l’Italie et d’autres partenaires à la définition de cette prochaine étape, dont l’enjeu est de déterminer ce qui pourrait être maintenu ou adapté du dispositif international existant, dans le cadre d’un éventuel nouveau mandat des Nations unies.
Mais Paris insiste également sur le fait qu’une présence internationale destinée à accompagner la stabilisation du Sud ne saurait se substituer à l’État libanais. La responsabilité de l’autorité sur le territoire doit progressivement revenir aux institutions libanaises, et en premier lieu à l’armée.
C’est pourquoi la réunion militaire de Paris doit permettre de transformer les principes politiques en un plan concret de déploiement et de soutien.
Dans un message posté sur le réseau X, Macron a considérablement élargi le cadre de cette initiative. Pour lui, un Liban en paix constitue un espoir pour l’ensemble du Moyen-Orient, tandis qu’un Liban souverain et stable peut contribuer à la stabilité de la région.
Cette vision explique la présence de la Jordanie au plus haut niveau et la coordination revendiquée par Paris avec les États-Unis, l’Arabie saoudite et d’autres partenaires internationaux.
La question sécuritaire dépasse désormais les frontières du Liban. Pour cela, Paris souligne l’importance de préserver la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, en mer Rouge et dans le détroit de Bab-el-Mandeb.
Ce point n’est pas sans conséquences très concrètes pour les Européens et, en particulier, pour les Français.
Les perturbations des routes maritimes et les tensions autour des approvisionnements énergétiques ont des répercussions directes sur les prix du pétrole et, par conséquent, sur le quotidien des ménages.
Macron l’a d’ailleurs explicitement relié à une priorité intérieure : sécuriser les approvisionnements en pétrole et contribuer à réduire la pression sur les prix.
À cette équation régionale s’ajoute enfin le dossier israélo-palestinien. Macron a rappelé que la recherche d’une solution fondée sur deux États, Israël et la Palestine vivant en paix et en sécurité, demeure pour la France un enjeu central.





