Le retour empreint de persécutions des réfugiés syriens dans leur pays d’origine

Le retour empreint de persécutions des réfugiés syriens dans leur pays d’origine
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Le retour empreint de persécutions des réfugiés syriens dans leur pays d’origine

Le retour empreint de persécutions des réfugiés syriens dans leur pays d’origine
  • Des responsables de l'ONU ont fait état de violations des droits de l'homme et d'abus commis par les autorités syriennes à l'encontre des rapatriés
  • Selon les experts, l'hostilité et l'aggravation des difficultés économiques des communautés d'accueil poussent de nombreuses familles syriennes à rentrer chez elles

LONDRES: Confrontés à une multitude de défis économiques, sécuritaires et réglementaires dans les pays voisins, des centaines de milliers de réfugiés syriens qui ont fui la guerre civile sont rentrés chez eux, en dépit de la situation sombre qui les attend sur le plan sécuritaire et humanitaire.

Pour beaucoup, cette décision a été lourde de conséquences. Un rapport récent du Bureau des droits de l'homme des Nations unies constate que de nombreux réfugiés qui ont fui le conflit vers les pays voisins au cours de la dernière décennie sont maintenant «confrontés à des violations flagrantes des droits de l'homme et à des abus lorsqu'ils retournent en Syrie».

Le rapport, publié le 13 février, fait état d'incidents survenus dans diverses régions du pays et perpétrés par les autorités de facto, le gouvernement syrien et un ensemble de groupes armés.

Les rapatriés sont exposés à une multitude de menaces de la part de «toutes les parties au conflit», notamment les disparitions forcées, les arrestations arbitraires, la torture et les mauvais traitements en détention, ainsi que la mort en détention, indique le rapport.

De nombreux rapatriés interrogés par le Bureau des droits de l'homme des Nations unies ont déclaré qu'ils avaient été convoqués pour être interrogés par les services de sécurité syriens après leur retour en Syrie.

D'autres ont signalé avoir été arrêtés et détenus par les autorités gouvernementales dans les zones tenues par le régime, par Tahrir al-Cham ou par des groupes armés affiliés à la Turquie dans le nord-ouest, et par les Forces démocratiques syriennes dans le nord-est.

Toutes les personnes qui sont retournées en Syrie ne l'ont pas fait de leur plein gré.

Ce dimanche, des informations ont été diffusées sur les réseaux sociaux concernant quatre détenus syriens de la prison libanaise de Roumieh, près de Beyrouth, qui menaçaient de se suicider après que le frère et codétenu de l'un d'entre eux a été remis aux autorités syriennes le 2 mars.

Selon Samer al-Deyaei, président-directeur général et cofondateur de l'Association des avocats syriens libres, qui a publié des images de la manifestation dans la prison sur les réseaux sociaux, ces hommes reçoivent des soins médicaux et ont obtenu l'assurance que leur dossier sera réexaminé.

Toutefois, le différend a mis en évidence la volonté des autorités libanaises de placer les réfugiés syriens sous la garde de fonctionnaires du régime, malgré des cas bien documentés d'abus dans les prisons syriennes, mettant ainsi le Liban en infraction avec le principe de non-refoulement.

Le non-refoulement est un principe fondamental du droit international qui interdit à un pays accueillant des demandeurs d'asile de les renvoyer dans un pays où ils risqueraient d'être persécutés.

Mais la crainte de la persécution n’a pas empêché des milliers de Syriens qui avaient trouvé refuge à l’étranger de rentrer chez eux ces dernières années.

Depuis 2016, l'Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR), a vérifié ou surveillé le retour en Syrie d'au moins 388 679 Syriens des pays voisins au 30 novembre 2023.

Karam Shaar, chercheur principal au Newlines Institute for Strategy and Policy, un groupe de réflexion non partisan de Washington, estime que la situation difficile dans les pays d'accueil, tels que le Liban et la Turquie, est la principale raison du retour volontaire de nombreux réfugiés syriens.

«La situation dans ces pays d'accueil est devenue tellement horrible que les gens décident encore de retourner en Syrie malgré tous les défis», a-t-il déclaré à Arab News.

 «Ils sont donc entre le marteau et l'enclume. Et le plus triste, c'est que personne ne les écoute vraiment», a-t-il ajouté.

Bien que les Syriens aient bénéficié d'une plus grande sympathie internationale au début de la guerre civile, qui a débuté en 2011, et lorsque les extrémistes de Daech ont conquis des zones entières du pays en 2014, le conflit est désormais considéré comme un «conflit prolongé que peu de gouvernements sont réellement intéressés à examiner», a indiqué M. Shaar.

Depuis que la violence a éclaté en Syrie, plus de 14 millions de personnes ont fui leur domicile, selon les chiffres de l'ONU. Parmi elles, quelque 5,5 millions ont cherché refuge en Turquie, en Jordanie, en Irak, au Liban et en Égypte, tandis que plus de 6,8 millions sont toujours déplacées à l'intérieur du pays.

Les Syriens vivant dans ces pays d'accueil ont également été victimes d'hostilité et de discrimination de la part des communautés locales. Cet environnement hostile a été aggravé par la montée de la rhétorique anti-réfugiés.

«Les politiciens des pays voisins capitalisent toujours sur ces réfugiés et tentent de tirer parti de leur présence sur le plan politique et même économique, comme en Jordanie et en Égypte», a mentionné M. Shaar.

Dans l'étude des migrations, il existe plusieurs «facteurs d'incitation et d'attraction» qui contribuent à la «décision d'une personne de migrer ou de rester», a-t-il révélé.

Dans le cas du Liban, par exemple, «les facteurs d'attraction des syriens sont pratiquement inexistants», car un rapatrié pourrait être persécuté, les services de base sont au bord de l'effondrement, le chômage est généralisé et l'inflation est élevée.

«Toutefois, tout bien considéré, cette décision n'a de sens que parce que les facteurs d'incitation sont encore plus difficiles à surmonter», a ajouté M. Shaar.

«Au Liban, par exemple, ces facteurs d'incitation comprennent l'impossibilité de trouver un emploi, le fait que le gouvernement libanais harcèle désormais le HCR et lui demande de ne pas enregistrer les réfugiés, les difficultés liées à l'éducation des enfants dans les écoles publiques, etc.», a-t-il spécifié.

Pour les réfugiés syriens, «la situation en Turquie devient également extrêmement désastreuse», a-t-il affirmé.

La question des réfugiés a occupé le devant de la scène lors de l'élection présidentielle turque de mai dernier, plusieurs candidats de l'opposition ayant fait campagne en promettant d'expulser les réfugiés.

Bien que le pays accueille environ 3,6 millions de réfugiés syriens enregistrés, les Syriens ne se sont pas vus offrir une place dans les débats politiques turcs sur leur sort.

De même, au Liban, les réfugiés syriens vivent dans la crainte constante d'être expulsés, en particulier depuis que les forces armées libanaises ont expulsé sommairement des milliers de Syriens en avril 2023, dont de nombreux mineurs non accompagnés.

Cette décision a été condamnée par des organisations de défense des droits de l'homme, dont Amnesty International et Human Rights Watch.