Confiants, les talibans afghans attendent leur victoire après le départ des alliés

Des combattants talibans assistent à un cours de formation aux premiers secours organisé par le Comité international de la Croix-Rouge (AFP)
Des combattants talibans assistent à un cours de formation aux premiers secours organisé par le Comité international de la Croix-Rouge (AFP)
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Publié le Mercredi 16 juin 2021

Confiants, les talibans afghans attendent leur victoire après le départ des alliés

  • «Ces arrogants Américains pensaient qu'ils pouvaient éliminer les talibans », se moque le mollah Misbah, commandant des insurgés dans la province de Ghazni
  • Les talibans ont pris le contrôle de deux districts à Ghazni, une province-clef située entre deux routes importantes reliant Kaboul à Kandahar (sud), deuxième plus grande ville du pays

ANDAR : Ce n'est plus pour eux qu'une question de temps. Les talibans, qui se félicitent d'avoir "défait" les Américains, se préparent sur le terrain à reprendre le contrôle de l'Afghanistan en restaurant un régime ultra rigoriste.

"Ces arrogants Américains pensaient qu'ils pouvaient éliminer les talibans", se moque le mollah Misbah, commandant des insurgés dans la province de Ghazni, dévastée par les combats dans le centre-est du pays.

"Mais les talibans ont défait les Américains et leurs alliés. Et si Allah le veut, un régime islamique sera établi en Afghanistan quand les Américains seront partis", martèle auprès de l'AFP celui qui se présente comme le responsable de la santé publique pour les insurgés à Ghazni.

Les pourparlers inter-afghans débutés en septembre au Qatar piétinent. Pendant ce temps, les talibans profitent du retrait en cours des forces américaines pour gagner du terrain.

Depuis le lancement d'une nouvelle phase d'opérations début mai, ils ont pris le contrôle d'au moins une trentaine de districts sur environ 400.

Le soutien aérien des Américains se raréfiant, les forces afghanes bataillent pour ravitailler de nombreux avant-postes encerclés par les insurgés, poussant les troupes à abandonner leurs positions, en particulier dans les campagnes.

Les talibans ont pris le contrôle de deux districts à Ghazni, une province-clef située entre deux routes importantes reliant Kaboul à Kandahar (sud), deuxième plus grande ville du pays.

Les talibans sont désormais présents dans presque toutes les provinces et encerclent plusieurs grandes villes.

Une stratégie inquiétante qu'ils ont appliquée dans les années 1990 pour s'emparer de la quasi-totalité du pays et installer leur régime, tombé après l'intervention américaine en 2001.

Des talibans confiants

Beaucoup redoutent qu'ils préparent une grande offensive sur les villes après le départ des Américains et de leurs alliés.

Le gouvernement assure que l'armée est capable de les repousser, insistant sur leurs faiblesses: manque d'armes lourdes et incapacité à résister aux frappes de l'aviation afghane.

Mais le mollah Misbah ne s'inquiète pas. Pour lui, la victoire sera celle des talibans dès que les troupes internationales auront achevé leur retrait --théoriquement au plus tard le 11 septembre, a indiqué le président américain Joe Biden.

"Une fois les Américains partis, il (le gouvernement) ne tiendra même pas cinq jours", assure le commandant.

Avec fierté, il guide l'AFP dans une clinique capturée par les insurgés dont les murs portent encore les stigmates des combats.

"Quand leurs maîtres seront défaits, les esclaves ne pourront plus battre l'Emirat islamique", se moque le taliban au turban blanc à propos de l'armée afghane, tout en donnant ses ordres par radio.

Le ministère de la Défense n'a pas souhaité commenter.

Selon un porte-parole des talibans à Peshawar (Pakistan) s'exprimant sous couvert d'anonymat, l'avenir de cette guerre se décidera au niveau des responsables.

"Il est normal que les commandants militaires souhaitent utiliser la force", glisse-t-il à l'AFP. "Mais les décisions sont prises tout en haut... par le conseil des dirigeants. Et les commandants obéiront".

Formation par la Croix-Rouge

Derrière le front, les talibans administrent au quotidien les zones qu'ils contrôlent.

Le mollah Misbah gère depuis deux ans, avec l'aide du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), par l'intermédiaire du Croissant-Rouge, la clinique arrachée par ses troupes au gouvernement.

Les habitants y reçoivent des médicaments et des soins. Les combattants talibans blessés y sont également soignés et rapidement évacués pour éviter les frappes aériennes.

La clinique offre également des formations aux premiers secours, dispensées par des employés du CICR --qui forment également les forces afghanes à Ghazni, conformément à la charte de neutralité de l'organisation.

"Ainsi, nous pouvons aider les blessés sur le champ de bataille", se félicite un combattant taliban.

Arborant longues barbes et portant fusils d'assaut AK-47 à l'épaule, les combattants talibans se mêlent aux villageois.

Un unique chemin de terre relie le district d'Andar à la ville de Ghazni, capitale de la province éponyme. Le long de la route, les champs et les maisons des agriculteurs sont parfois équipés de panneaux solaires alimentant des pompes d'irrigation.

Les seules femmes visibles portent la burqa, vêtement couvrant intégralement de la tête aux pieds.

"Aucune sécurité"

"L'émirat islamique n'a pas beaucoup de combattants blessés, la plupart des patients sont des civils touchés par les frappes aériennes des forces ennemies", assure le mollah Misbah. Mais rien n'étaye cette déclaration.

Talibans et gouvernement exagèrent régulièrement le nombre des victimes du camp adverse et s'accusent mutuellement de s'en prendre aux civils.

La présence croissante des talibans près de Ghazni fait craindre un possible assaut contre la capitale provinciale. Ce scénario s'est déjà produit en 2018, le bazar avait été détruit et de nombreux civils tués.

"Les talibans sont très près de la ville", s'inquiète Ahmad Rahim, un commerçant. "Il n'y a aucune sécurité ici", déplore-t-il.

Ghazni reste cependant vivante, avec ses marchés et ses embouteillages. Mais dès la nuit tombée, la plupart des magasins ferment et les tirs et bombardements résonnent au loin.

"Bientôt les Afghans pourront vivre heureux et libres", promet Qari Hafizullah Hamdan, un commandant taliban du district proche de Qarabagh.


Six morts dans l'incendie d'une maison de retraite en Espagne

Parmi les policiers et sauveteurs, onze personnes ont dû être soignées après avoir inhalé de la fumée. (Photo, AFP)
Parmi les policiers et sauveteurs, onze personnes ont dû être soignées après avoir inhalé de la fumée. (Photo, AFP)
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  • Selon cette source, les six victimes sont trois femmes de 78, 89 et 95 ans et trois hommes de 67, 79 et 85 ans
  • Neuf camions de pompiers et dix ambulances ont été déployés sur les lieux

MADRID: Six personnes âgées sont décédées et deux autres ont été grièvement blessées dans la nuit de mardi à mercredi dans l'est de l'Espagne, dans l'incendie d'une maison de retraite qui a surpris les résidents dans leur sommeil. 

Selon les services de secours, 71 personnes ont été évacuées lors de cet incendie, qui s'est déclaré mardi vers 23H20 (22H20 GMT) dans une résidence médicalisée située dans la commune de Moncada, près de Valence. 

Les autorités avaient initialement fait état de cinq morts et trois blessés graves, mais le bilan s'est alourdi mercredi matin avec le décès de l'une des personnes prises en charge par les sauveteurs. 

« Je confirme qu'une sixième personne est décédée, une autre personne âgée », a déclaré une porte-parole des services de secours.  

Selon cette source, les six victimes sont trois femmes de 78, 89 et 95 ans et trois hommes de 67, 79 et 85 ans. Outre les deux blessés graves, 14 personnes ont été victimes d'inhalations de fumée, parmi lesquelles des secouristes. 

D'après les autorités, l'incendie de l'une des ailes de la résidence faisait déjà rage lorsque les pompiers sont arrivés sur les lieux.  

« Lorsque la première équipe est arrivée, le premier étage était plein de fumée et le feu était bien engagé », a raconté à la radio COPE l'un des pompiers, Rafael Esteve, décrivant une évacuation « compliquée » par l'heure tardive. 

« Beaucoup (de résidents) dormaient encore. Certains ont été réveillés par la fumée, mais la plupart se trouvaient au lit et étaient incapables de bouger », a-t-il expliqué, précisant que c'était la fumée qui avait « fait le plus de mal ». 

« Survivre était impossible »  

Neuf camions de pompiers et dix ambulances ont été déployés sur les lieux. Parmi les policiers et sauveteurs, onze personnes ont dû être soignées pour avoir inhalé des fumées. 

D'après le chef régional des pompiers, José Miguel Basset, l'incendie s'est déclaré dans une pièce située au premier étage de la résidence. Pour ceux qui se trouvaient dans cette partie du bâtiment, « survivre était impossible », a-t-il expliqué. 

La maire de Moncada, Amparo Orts, a assuré sur la radio publique espagnole RNE que le bâtiment avait été « très sévèrement endommagé », précisant ne pas être certaine que la résidence puisse continuer à fonctionner. 

Selon des médias locaux, l'incendie pourrait avoir été provoqué par un court-circuit sur une machine d'alimentation en oxygène dans l'une des chambres de l'établissement, mais Mme Orts a assuré qu'il était « trop tôt » pour établir la cause du sinistre. 

Mercredi midi, plusieurs dizaines de personnes ont observé une minute de silence devant l'établissement. Les autorités ont, par ailleurs, décrété un deuil officiel de trois jours jusqu'à vendredi. 

Selon les médias locaux, cette même résidence pour personnes âgées avait été touchée par un autre incendie voilà 14 ans. Le sinistre avait coûté la vie à une octogénaire et fait plusieurs blessés, victimes d'inhalations toxiques. 

Sur Twitter, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a transmis mercredi ses « condoléances aux familles des personnes décédées », disant suivre « avec inquiétude l'évolution de l'état des blessés ». 

Le président de la région de Valence, Ximo Puig, qui s'est rendu sur les lieux, a lui aussi présenté ses condoléances aux proches des victimes. 

« L'essentiel à ce stade est que les blessés se rétablissent », a déclaré l'élu sur la radio RNE, précisant que des enquêteurs étaient actuellement sur place pour déterminer la cause de cette tragédie. 


Emeutes au Kazakhstan: fin du retrait des forces menées par la Russie

Photo prise et publiée par le ministère russe de la Défense le 15 janvier 2022 montrant des troupes russes débarquant un avion-cargo militaire à l'atterrissage à Ivanovo après avoir terminé leur mission au Kazakhstan. (Photo, AFP)
Photo prise et publiée par le ministère russe de la Défense le 15 janvier 2022 montrant des troupes russes débarquant un avion-cargo militaire à l'atterrissage à Ivanovo après avoir terminé leur mission au Kazakhstan. (Photo, AFP)
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  • Les forces armées russes et leurs alliés ont achevé mercredi leur retrait du Kazakhstan, après leur déploiement visant à épauler le pouvoir dans ce pays autoritaire d'Asie centrale
  • Plus de 2 000 soldats avaient été dépêchés dans l'ex-république soviétique à la demande du président Kassym-Jomart Tokaïev la suite de violences jamais vues depuis l'indépendance du pays en 1991

ALMATY : Les forces armées russes et leurs alliés ont achevé mercredi leur retrait du Kazakhstan, après leur déploiement visant à épauler le pouvoir dans ce pays autoritaire d'Asie centrale, menacé début janvier par des émeutes meurtrières.

Plus de 2 000 soldats avaient été dépêchés dans l'ex-république soviétique à la demande du président Kassym-Jomart Tokaïev la suite de violences jamais vues depuis l'indépendance du pays en 1991.

Début janvier, des manifestations contre une augmentation des prix de l'énergie avaient dégénéré en émeutes et en répression armée, faisant plus de 200 morts, des centaines de blessés et provoquant au moins 12 000 arrestations.

"L'opération de maintien de la paix (...) sur le territoire de la république du Kazakhstan est achevée", a déclaré le général Andreï Serdioukov, à la tête de cette mission de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), alliance militaire conduite par Moscou.

Le ministère russe de la Défense a précisé que "quatre avions de l'aviation de transport militaire russe avec des soldats de maintien de la paix ont décollé des aéroports de Nur-Sultan et d'Almaty" au Kazakhstan.

Ces troupes n'ont pas participé aux combats ayant opposé émeutiers et forces kazakhes, mais leur envoi a signifié le soutien politique et militaire de la Russie de Vladimir Poutine au régime en place.

L'état d'urgence instauré dans la foulée des manifestations et des émeutes a également pris fin mercredi, le porte-parole de la présidence Berik Ouali écrivant sur Facebook que "l'unité et l'intégrité du peuple, des forces de l'ordre et de l'armée" avaient permis le rétablissement de l'ordre dans le pays.

Les autorités ont imputé les violences à des "terroristes", formés à l'étranger, une version qui a permis d'appeler à la rescousse les soldats russes et de l'OTSC, qui compte, en plus de la Russie, l'Arménie, le Bélarus, le Tadjikistan, le Kirghizstan et le Kazakhstan.

Le contingent, dépêché le 6 janvier dans cette ex-république soviétique d'Asie centrale à l'invitation de son président comprenait 2.030 troupes russes, bélarusses, arméniennes, tadjikes et kirghizes. Le retrait avait commencé le 13 janvier.

Dans les rues d'Almaty, plus grande ville du pays, des journalistes de l'AFP ont constaté mercredi que la police bloquait toujours l'accès à plusieurs rues centrales après qu'un groupe d'opposition banni a appelé à manifester.

Lutte au sommet du pouvoir?

Les évènements ayant ensanglanté le Kazakhstan restent très opaques, avec des signes d'une lutte interne au sommet du pouvoir.

Mardi, l'influent "Chef de la Nation", l'ex-président Noursoultan Nazarbaïev, s'est exprimé pour la première fois depuis le début de la crise pour faire allégeance au président actuel.

Après près de deux semaines de silence, M. Nazarbaïev, âgé de 81 ans, a affirmé se trouver dans la capitale Nur-Sultan (renommée en son honneur), mais l'on ignore quand son discours a été enregistrée.

Il y a assuré que son successeur Kassym-Jomart Tokaïev, à qui il a cédé la présidence en 2019, avait "tous les pouvoirs". "Il n'y a par conséquent aucun conflit ou confrontation au sein de l'élite", a-t-il ajouté, dénonçant des "rumeurs sans fondement".

Lors des émeutes de début janvier, la colère des protestataires était notamment dirigée contre M. Nazarbaïev, accusé d'avoir encouragé la corruption dans cette ex-république soviétique, qu'il a dirigée pendant trois décennies.

Plusieurs de ses proches ont été écartés ces derniers jours de positions clés, et d'autres ont été incarcérés.

Les violences de début janvier sont les plus graves au Kazakhstan depuis l'indépendance de ce pays en 1991.

Le bilan officiel est de 225 morts et les autorités ont fait état en outre de quelque 12 000 arrestations.

Le pouvoir kazakh a affirmé que les assaillants pilotés de l'étranger avaient instrumentalisé le mouvement social contre la vie chère mais n'a pas avancé de preuves quant à la nature "terroriste" des émeutes.

Les violences les plus graves ont eu lieu à Almaty avec des échanges de tirs, le pillage de magasins et l'incendie de la mairie et de la résidence présidentielle.


Un médecin syrien jugé pour crimes contre l'humanité à Francfort

L'accusé Alaa Moussa, accusé de crimes contre l'humanité, notamment de torture et de meurtre dans sa patrie déchirée par la guerre, la Syrie, est assis à côté de ses avocats Oussama Al-Agi, Stefan Bonn et Ulrich Endres alors qu'il attend le 19 janvier 2022, au tribunal de Francfort-sur-le-Main, dans l'ouest de l'Allemagne, le début de son procès. (Photo, AFP)
L'accusé Alaa Moussa, accusé de crimes contre l'humanité, notamment de torture et de meurtre dans sa patrie déchirée par la guerre, la Syrie, est assis à côté de ses avocats Oussama Al-Agi, Stefan Bonn et Ulrich Endres alors qu'il attend le 19 janvier 2022, au tribunal de Francfort-sur-le-Main, dans l'ouest de l'Allemagne, le début de son procès. (Photo, AFP)
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  • L'accusé s'était dans ce dernier cas, remontant à 2011, «vanté d'avoir inventé une nouvelle méthode de torture», a précisé mercredi une représentante du parquet
  • Alaa Moussa, âgé de 36 ans, est arrivé à 09H00 GMT menotté dans le box des accusés

FRANCFORT: Des prisonniers torturés, frappés sur des blessures, leurs membres aspergés d'alcool puis brûlés: les exactions reprochées à un médecin syrien ont été longuement détaillées mercredi devant le tribunal allemand qui le juge pour crimes contre l'humanité commis sous le régime de Bachar al-Assad.

Alaa Moussa, âgé de 36 ans, s'est installé dans le box des accusés, le visage dissimulé par la large capuche de son manteau vert avant la lecture de l'acte d'accusation au premier jour de son procès devant le tribunal régional de Francfort.

C'est la deuxième fois que l'Allemagne, pionnière dans la poursuite des exactions commises par les autorités syriennes, juge des crimes imputés à d'anciens exécutants du régime.

Alaa Moussa doit répondre de 18 cas de torture d'opposants et du meurtre par injection d'un détenu lorsqu'il travaillait dans des hôpitaux militaires. Il encourt la prison à vie. 

Il a confirmé au tribunal avoir exercé dans des établissements de l'armée "jusqu'en juillet 2014", sans s'exprimer sur les accusations. Depuis 2015, ce père de deux enfants réside en Allemagne où il est arrivé avec un visa officiel.

L'accusé a contribué à perpétrer "une attaque systématique visant la population civile" en Syrie, a déclaré la procureure fédérale Anna Zabeck. Il a "torturé et infligé de graves dommages physiques ainsi que psychologiques aux détenus", a-t-elle affirmé à la cour en énumérant les sévices qui lui sont reprochés.

Rouages de la répression 

Les opposants torturés ont subi, selon les cas, coups à la tête, au ventre, dans les parties génitales, sur des blessures.

Selon des éléments recueillis par la justice, le médecin aurait procédé à la correction d'une fracture osseuse sans anesthésie, arrosé une plaie avec un désinfectant contenant de l'alcool, avant d'y mettre le feu. L'accusé s'était dans ce dernier cas, remontant à 2011, "vanté d'avoir inventé une nouvelle méthode de torture", a précisé mercredi une représentante du parquet.

L'accusé est également soupçonné, au cours de l'été 2011, année du déclenchement du soulèvement en Syrie, d'avoir aspergé d'alcool avant d'y mettre le feu les parties génitales d'un adolescent dans la salle d'urgence de l'hôpital militaire de Homs. 

A un détenu qu'il avait frappé avec une matraque, le médecin aurait ensuite administré une injection avec une substance létale.

Ce procès doit notamment "montrer que les hôpitaux militaires étaient, et sont probablement toujours, intégrés dans la lutte systématique contre la société civile syrienne, en complément des prisons des services secrets", a expliqué à l'AFP un avocat des parties civiles, Me René Bahns.

Le médecin a toujours fermement nié les faits reprochés, qui auraient été commis dans deux hôpitaux militaires à Homs, dans le centre de la Syrie, et à Damas. 

"Ni partisan, ni opposant" 

Mercredi, s'exprimant dans un allemand clair, il a déroulé son CV de médecin formé en Syrie, originaire "d'un petit village à l'ouest de Homs", où vit une minorité chrétienne à laquelle appartient sa famille.  

"Il n'est ni un partisan ni quelqu'un qui s'est détourné du régime parce qu'il n'a rien à voir avec le régime. Il n'est pas non plus un résistant, c'est très clair", a commenté son avocat, Me Ulrich Enders, à l'issue de l'audience, promettant de "réfuter" les charges au cours du procès qui durera plusieurs mois.

Après son arrivée en Allemagne, Alaa Moussa, chirurgien orthopédique, a exercé dans plusieurs établissements hospitaliers avant d'être reconnu par des réfugiés syriens et arrêté en 2020.

Le procès de Francfort est "un engagement clair de la justice allemande en faveur du principe du droit mondial (...) et un signal fort dans la lutte contre l'impunité des crimes contre l'humanité", a souligné la procureure fédérale. 

Au nom de sa "compétence universelle", la justice allemande avait condamné la semaine dernière un ancien gradé syrien à la prison à vie pour crimes contre l'humanité dans le cadre du premier procès au monde lié aux exactions attribuées au régime de Bachar al-Assad.

Le conflit en Syrie a fait près de 500 000 morts et poussé à l'exil 6,6 millions de personnes. L'Allemagne a accueilli quelque 800 000 réfugiés syriens.