Législatives sous tension en Arménie après la guerre perdue du Karabakh

Une femme passe devant les banderoles de campagne du Premier ministre par intérim Nikol Pashinian à Erevan, le 16 juin 2021. (AFP)
Une femme passe devant les banderoles de campagne du Premier ministre par intérim Nikol Pashinian à Erevan, le 16 juin 2021. (AFP)
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Publié le Jeudi 17 juin 2021

Législatives sous tension en Arménie après la guerre perdue du Karabakh

  • Porté au pouvoir par une révolution pacifique en 2018 grâce à sa promesse de chasser les élites corrompues du gouvernement de cette petite ex-république soviétique du Caucase, sa popularité a été mis à mal par le conflit perdu au Nagorny Karabakh 
  • Un cessez-le-feu a mis fin a six semaines de combats, qui ont fait près de 6 000 morts, mais Erevan a dû céder des territoires sous son contrôle depuis une trentaine d'années, décision qui a suscité d'importantes manifestations

EREVAN : L'Arménie élit dimanche son Parlement lors de législatives anticipées convoquées par le Premier ministre Nikol Pachinian, qui tente de se maintenir aux commandes, malgré la crise déclenchée par une récente défaite militaire face à l'Azerbaïdjan. 

Porté au pouvoir par une révolution pacifique en 2018 grâce à sa promesse de chasser les élites corrompues du gouvernement de cette petite ex-république soviétique du Caucase, sa popularité a été mis à mal par le conflit perdu au Nagorny Karabakh à l'automne 2020. 

Un cessez-le-feu a mis fin a six semaines de combats, qui ont fait près de 6 000 morts, mais Erevan a dû céder des territoires sous son contrôle depuis une trentaine d'années, décision qui a suscité d'importantes manifestations et des appels à la démission de M. Pachinian. 

Face à cette mobilisation, mais aussi en raison d'un conflit avec l'état-major militaire, le Premier ministre a fini par convoquer des législatives anticipées. 

Pour nombre d'analystes, sa victoire n'est pas acquise  et la campagne électorale c'est déroulée dans un contexte de polarisation extrême de la société et de la classe politique. 

Le Premier ministre arménien: populaire qui a perdu une guerre

Porté au pouvoir en héros par une révolution pacifique, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian joue sa survie politique après une cuisante défaite militaire fin 2020 contre son ennemi juré, l'Azerbaïdjan voisin.

Ce réformateur de 46 ans qui dirige depuis trois ans ce petit pays du Caucase fait face à un test politique clé lors de législatives anticipées dimanche, convoquées sous la pression de l'opposition qui réclamait un jugement par les urnes de celui qui était aux commandes lors de la guerre de l'automne contre les troupes de Bakou pour le contrôle du Nagorny Karabakh.

Après six semaines de combats meurtriers, l'Arménie a dû céder d'importants territoires qu'elle contrôlait depuis une première guerre dans les années 1990 autour du Karabakh, région sécessionniste d'Azerbaïdjan majoritairement peuplée d'Arméniens.

Négocié par Moscou, le cessez-le-feu a été dénoncé comme une humiliation nationale par l'opposition et une partie de l'état-major qui ont appelé au départ du chef de gouvernement. 

Après avoir résisté, prenant personnellement la tête de manifestations de rue pour dénoncer une "tentative de coup d'Etat", M. Pachinian s'est finalement résolu au printemps à des législatives anticipées. 

Mais l'ancien journaliste à la barbe poivre et sel a juré à ses partisans qu'ils remporteront le scrutin.

"Ne vous découragez pas, un brillant avenir attend l'Arménie!", a proclamé le tribun.

A Erevan, la figure de M. Pachinian divise donc profondément les électeurs. 

"Ce capitulard, ce traître doit partir", lance à l'AFP Gedhan Haïrapetian, un chômeur de 52 ans. 

"Nikol est notre héros et saveur, il ne faut pas le blâmer" pour la guerre perdue, réplique Sirouch Sirounian, une vendeuse de rue, 69 ans.

Pour elle, "ce sont les anciennes autorités qui sont responsables de tout, elles ont pillé le pays pendant des décennies" privant l'Arménie des moyens de faire face à l'Azerbaïdjan. 

Car M. Pachinian conserve une popularité certaine pour avoir réformé le pays et s'en être pris aux richissimes oligarques et aux élites corrompues déchues en 2018. 

Mais ses succès économiques ont été doublement mis à mal par la guerre avec l'Azerbaïdjan et la crise concomitante déclenchée par la pandémie.  

Le parti "Contrat Civil" de M. Pachinian et le bloc de son rival, l'ex-président Robert Kotcharian, pourraient bien être au coude-à-coude dimanche soir. 

Selon l'enquête de l'institut MPG, affiliée à l'américain Gallup, les deux formations sont aux alentours de 24% des intentions de vote. Suit le bloc de l'ex-Premier ministre Serge Sarkissian, avec 7,4%. 

Le chef du gouvernement vise malgré tout un score de 60%, appelant ses partisans à lui donner "un mandat d'acier", brandissant même un marteau à l'adresse de ses adversaires.

Risque d'affrontements 

"Je préviens tous ceux qui exercent des pressions sur les gens: après les élections, on viendra vous chercher", a-t-il lancé. 

En réponse, son adversaire Serge Sarkissian a exhorté ses partisans à lui répondre à coups de "massue". 

"Le risque d'affrontements de rue est assez élevé après un vote précédé d'une campagne aussi agressive", regrette l'analyste politique Viguen Hakobian.

D'autant que l'Arménie est habituée aux soulèvements post-électoraux. Avant la révolution de 2018, M. Pachinian, un ancien journaliste, avait été incarcéré pendant près de deux ans pour son rôle dans les manifestations réprimées dans le sang en 2008.

Son principal rival, l'ex-président Kotcharian, qui a dirigé le pays de 1997 à 2008, a fait campagne pour dénoncer l'incompétence du Premier ministre, à l'heure de la guerre avec son ennemi de toujours, l'Azerbaïdjan. 

"L'Arménie est restée sans leader", a-t-il lancé lors d'un rassemblement de campagne. 

L'accord de cessez-le-feu négocié par Vladimir Poutine et le déploiement de soldats de la paix russes ont permis à Erevan de garder l'essentiel du Nagorny Karabakh, région azerbaïdjanaise peuplée en majorité par des Arméniens. 

Mais l'Arménie a perdu de larges territoires tout autour de la région et vu l'Azerbaïdjan revenir à sa frontière, ce qui a entraîné des accrochages militaires ces dernières semaines. 

Environ 2,6 millions d'électeurs arméniens sont appelés aux urnes pour élire au moins 101 députés pour cinq ans. Quatre blocs électoraux et 22 partis - un record - sont en lice. 

Si aucune majorité ou coalition majoritaire n'émerge dimanche, un second tour devra être organisé le 18 juillet entre les deux partis ayant obtenu le meilleur score.


Trump dit mener les "derniers efforts" en vue d'un accord avec l'Iran

US President Donald Trump said on Tuesday that he was in the “final throes” of reaching a Middle East peace deal. (AFP file photo)
US President Donald Trump said on Tuesday that he was in the “final throes” of reaching a Middle East peace deal. (AFP file photo)
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  • Trump annonce un accord “très proche” avec l’Iran, attendu sous 2–3 jours après une baisse des tensions Israël-Iran
  • Trump annonce un accord “très proche” avec l’Iran, attendu sous 2–3 jours après une baisse des tensions Israël-Iran

TEHERAN: Le président américain Donald Trump a affirmé mardi que la diplomatie américaine menait les "derniers efforts" en vue de la conclusion d'un accord avec l'Iran, au lendemain de la cessation de frappes réciproques inédites depuis la trêve conclue il y a deux mois.

"Nous sommes dans les derniers efforts de ce qui va être un très, très bon accord", a-t-il affirmé, évoquant un délai de "deux à trois jours" pour que cet accord soit conclu.

Après 100 jours de guerre et l'entrée en vigueur le 8 avril d'un fragile cessez-le-feu, les explosions et alertes avaient de nouveau retenti à Téhéran ou Tel-Aviv dimanche et lundi. Les attaques ont fait 15 blessés en Iran, selon le chef de l'organisation nationale des urgences.

Donald Trump, qui cherche une sortie à ce conflit impopulaire aux Etats-Unis à l'approche des élections de mi-mandat, avait exhorté l'Iran et Israël à cesser "immédiatement" les hostilités.

Téhéran a d'abord annoncé l'arrêt de son opération militaire contre Israël, qui l'a ensuite imité. "A l'heure actuelle, les hostilités sur ce front ont cessé", a confirmé le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu.

Signe d'accalmie, le principal aéroport international de Téhéran a annoncé tôt mardi un "retour à la normale" de ses conditions d'exploitation, au lendemain de la réouverture de l'espace aérien du pays, partiellement fermé entre dimanche et lundi.

En moins de 24 heures, l'Iran a tiré une trentaine de missiles contre Israël selon un responsable militaire israélien, en réponse à une frappe israélienne contre la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah pro-iranien, dans laquelle deux personnes sont mortes et 20 ont été blessées.

Lundi à la mi-journée, le commandement des forces armées iraniennes a annoncé "la cessation de l'opération", qualifiée de "sévère riposte" à Israël. Mais, a-t-il prévenu, "en cas de poursuite de l'agression et des hostilités, y compris dans le sud du Liban, des actions bien plus sévères et répressives qu'auparavant seront entreprises".

- 14 tués au Liban -

Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien et principal négociateur de Téhéran, avait affirmé que l'Iran avait "rompu l'équation qui consiste à conclure un cessez-le-feu sur le papier et à le violer systématiquement sur le terrain."

Sur le même ton, Benjamin Netanyahu a assuré qu'Israël riposterait "avec force" à toute nouvelle attaque iranienne.

Lui qui avait ordonné des frappes contre l'Iran malgré l'objection du président américain a aussi dit, "avec respect", qu'Israël exercerait son droit à se défendre "chaque fois que nécessaire".

Plus tôt, le ministre de la Défense Israël Katz a affirmé que son pays  "continuera(it) d'agir" contre le Hezbollah.

Téhéran exige un traitement simultané du conflit entre Israël et le Hezbollah, et celui plus large déclenché par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran le 28 février, tandis que Washington souhaite conclure le dossier libanais dans un second temps.

Les frappes israéliennes se sont poursuivies lundi dans le sud du Liban, contre une quinzaine de localités dont la ville de Tyr, faisant 14 tués et plus d'une vingtaine de blessés, selon le gouvernement et la Croix-Rouge.

Le Hezbollah a lui revendiqué de nouvelles attaques contre des forces israéliennes dans le sud du Liban, mais pas sur le territoire israélien.

L'armée israélienne a de son côté affirmé que trois projectiles avaient été tirés "en direction de soldats israéliens en opération dans le sud du Liban", et qu'un projectile supplémentaire était "tombé à proximité des troupes" sans faire de blessé.

Le chef de l'armée libanaise, Rodolphe Haykal, a lui rencontré mardi au Pakistan son homologue pakistanais, Asim Munir. Le Pakistan fait figure de principal médiateur dans les pourparlers visant à mettre fin durablement à la guerre.

Le Pakistan a "souligné l'engagement de son armée à renforcer sa collaboration en matière de défense avec les forces armées libanaises" et à prendre en compte "l'évolution du contexte sécuritaire régional", selon un communiqué militaire.

Alimentant les craintes d'une nouvelle extension du conflit, l'armée israélienne a annoncé tôt mardi avoir intercepté une "cible aérienne suspecte en provenance du Yémen", moins de 24 heures après que les rebelles houthis installés dans ce pays et alliés de l'Iran ont revendiqué une attaque contre Israël et décrété une interdiction de navigation israélienne en mer Rouge, autre voie maritime stratégique.

Dans ce contexte, les prix du pétrole, qui ont flambé ces dernières semaines en raison du blocage du détroit d'Ormuz, ont légèrement reculé mardi matin, le prix du baril de Brent de la Mer du Nord perdant 0,90% à 93,40 dollars, tandis que le West Texas Intermediate se repliait de 1,16% à 90,24 dollars.


Trump affirme qu'Iran et Israël veulent «conclure un cessez-le-feu immédiat»

Un colon israélien se tient à côté d'un fragment de missile qui dépasse du sol, à la suite des frappes iraniennes, dans le centre de la Cisjordanie occupée par Israël, le 8 juin 2026. (Reuters)
Un colon israélien se tient à côté d'un fragment de missile qui dépasse du sol, à la suite des frappes iraniennes, dans le centre de la Cisjordanie occupée par Israël, le 8 juin 2026. (Reuters)
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  • "Le blocus restera en place, avec toute sa force et son effet, jusqu'à ce qu'un +accord final+ soit conclu. Les choses devraient aller vite"
  • Quelques minutes auparavant, dans un autre message, le milliardaire républicain avait estimé qu'"Israël et l'Iran (devaient) immédiatement cesser de tirer".

WASHINGTON: Donald Trump a affirmé lundi que l'Iran et Israël "(cherchaient) à conclure un cessez-le-feu immédiat", alors que les deux pays ont repris leurs attaques directes pour la première fois depuis la trêve conclue il y a deux mois.

"Les négociations finales sur la +paix+ se poursuivent, sous réserve que l'ignorance ou la stupidité ne viennent pas s'y opposer", a ajouté sur son réseau Truth Social le président américain, qui ne cache pas ses désaccords avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

"Le blocus restera en place, avec toute sa force et son effet, jusqu'à ce qu'un +accord final+ soit conclu. Les choses devraient aller vite".

Quelques minutes auparavant, dans un autre message, le milliardaire républicain avait estimé qu'"Israël et l'Iran (devaient) immédiatement cesser de +tirer+".

Donald Trump cherche une issue au conflit, très impopulaire aux Etats-Unis, à l'approche des élections législatives de mi-mandat en novembre prochain.

Si des escarmouches ont eu lieu ces derniers jours autour du détroit d'Ormuz entre Etats-Unis et Iran, c'est la première fois que Téhéran cible le territoire israélien depuis le cessez-le-feu du 8 avril et qu'Israël bombarde le sol iranien.

 


Des chasseurs français de l'Otan abattent un drone en Lettonie

Des chasseurs français de l'Otan stationnés dans les pays baltes ont abattu un drone en Lettonie, a déclaré lundi la ministre lettone des Affaires étrangères, Baiba Braze. (AFP)
Des chasseurs français de l'Otan stationnés dans les pays baltes ont abattu un drone en Lettonie, a déclaré lundi la ministre lettone des Affaires étrangères, Baiba Braze. (AFP)
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  • L'armée lettone a indiqué dans un communiqué qu'"un aéronef sans pilote étranger avait pénétré dans l'espace aérien letton à la suite de la guerre électronique russe", sans révéler l'origine du drone
  • Les deux avions français "ont décollé de la base aérienne de Siauliai", dans le nord de la Lituanie, avant d'abattre le drone vers 10H00 locales (07H00 GMT)

VILNIUS: Des chasseurs français de l'Otan stationnés dans les pays baltes ont abattu un drone en Lettonie, a déclaré lundi la ministre lettone des Affaires étrangères, Baiba Braze.

"Merci à nos alliés français d'avoir abattu le drone qui a pénétré dans l'espace aérien letton!", a‑t‑elle écrit sur X.

L'armée lettone a indiqué dans un communiqué qu'"un aéronef sans pilote étranger avait pénétré dans l'espace aérien letton à la suite de la guerre électronique russe", sans révéler l'origine du drone.

Les deux avions français "ont décollé de la base aérienne de Siauliai", dans le nord de la Lituanie, avant d'abattre le drone vers 10H00 locales (07H00 GMT), a indiqué  pour sa part Gintautas Ciunis, porte-parole de l'armée lituanienne.

Le 19 mai, un chasseur de l'Otan avait abattu dans l'espace aérien de l'Estonie un drone ukrainien, première interception d'un drone étranger dans le ciel d'un Etat balte par la police de l'air de l'Otan depuis l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie en 2022.

Les Etats baltes, ex-républiques soviétiques partageant une longue frontière avec la Russie, enregistrent depuis plusieurs semaines un nombre croissant d'intrusions et de chutes de drones sur leurs territoires.

Selon les Européens, la Russie fait dévier délibérément de leur trajectoire des drones ukrainiens destinés à frapper des installations industrielles et des terminaux pétroliers dans la région de Saint-Pétersbourg, située sur le golfe de Finlande.

Ces incidents ont mis au jour les carences des défenses aériennes des pays baltes, impuissantes à neutraliser un drone errant avant sa chute sur leur territoire.