Les élus américains à l'assaut des géants de la tech: refonte ou démolition ?

Selon cette ancienne cadre de l'administration américaine, cette volonté de bouleverser l'industrie vient de l'échec des autorités, aux Etats-Unis et ailleurs, à contrôler des firmes devenues ultra dominantes. (Photo, AFP)
Selon cette ancienne cadre de l'administration américaine, cette volonté de bouleverser l'industrie vient de l'échec des autorités, aux Etats-Unis et ailleurs, à contrôler des firmes devenues ultra dominantes. (Photo, AFP)
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Publié le Dimanche 20 juin 2021

Les élus américains à l'assaut des géants de la tech: refonte ou démolition ?

  • Une autre mesure imposerait la «portabilité» des données et «interopérabilité» des services
  • Les élus cherchent aussi à empêcher la Silicon Valley de faire passer ses produits en priorité -avec Google en ligne de mire

WASHINGTON: Ce pourrait être la fin des super plateformes telles qu'on les connaît: le Congrès américain s'apprête à voter sur une réforme majeure des géants des technologies, de taille à transformer internet et à ébranler les fondations des plus grandes entreprises américaines.

Une commission doit se prononcer mercredi sur cinq lois qui ouvrent la voie à de potentiels démantèlements de Google, Facebook, Apple et Amazon.

Si elles sont approuvées et entrent en vigueur, les sociétés n'auront plus le droit d'opérer des plateformes pour des entreprises tierces tout en proposant des services concurrents.

Un potentiel coup majeur pour Apple et Amazon, qui se voient reprocher depuis des années d'être à la fois juges et parties sur l'App Store (magasin d'applications du fabricant de l'iPhone) et le site de vente en ligne, respectivement.

Les élus cherchent aussi à empêcher la Silicon Valley de faire passer ses produits en priorité -avec Google en ligne de mire. 

Une autre mesure imposerait la "portabilité" des données et l'"interopérabilité" des services. Les utilisateurs de Facebook pourraient alors plus facilement quitter le réseau social, emmenant avec eux leurs contacts et infos personnelles.

Cette réforme interdira en outre aux Gafa et autres colosses technologiques les acquisitions de concurrents, et dotera les agences chargées d'appliquer le droit de la concurrence de meilleurs moyens financiers.

"Ce n'est plus de l'antitrust, c'est de la régulation", constate Fiona Scott Morton, professeure à la Yale University.

Selon cette ancienne cadre de l'administration américaine, cette volonté de bouleverser l'industrie vient de l'échec des autorités, aux Etats-Unis et ailleurs, à contrôler des firmes devenues ultra dominantes.

Services d'utilité publique

Après des années où l'Europe a mené l'offensive, Washington est entré dans la danse. Des poursuites ont été lancées ces derniers mois, notamment contre Google et Facebook, pour abus de position dominante. De nombreuses enquêtes sont toujours en cours.

Le président Joe Biden a nommé plusieurs personnalités anti-monopole à des postes majeurs, dont la juriste Lina Khan, récemment confirmée à la tête de l'autorité américaine de la concurrence (FTC).

La commission judiciaire de la Chambre des représentants, à majorité démocrate, doit se prononcer mercredi sur cette série de lois. 

Elles sont aussi soutenues par des républicains, un bon présage pour le vote à la Chambre. Leur sort au Sénat est moins garanti.

Cette réforme forcerait les plateformes "à fonctionner comme des compagnies aériennes, ou de gaz et électricité, qui doivent fournir leurs services à tous ceux qui les veulent, sans donner de privilèges à quiconque, y compris eux-mêmes", analyse Christopher Sagers, un spécialiste du droit de la concurrence et professeur de la Cleveland State University.

Selon lui, cette approche radicale "pourrait mettre fin à des produits très populaires".

"Je ne vois pas comment Apple pourra continuer à commercialiser ses propres applications mobiles, par exemple, si ses appareils ou l'App Store étaient considérés comme des plateformes", note-t-il. Mais "les marchés se réorganisent et de nouvelles entreprises voient le jour".

«Téléphones vierges»

D'autres experts sont plus inquiets des conséquences largement imprévisibles de ces attaques de groupes prospères, qui contribuent largement à l'économie des Etats-Unis et sont utilisés au quotidien par des centaines de millions de personnes.

"D'une façon générale, l'expérience du consommateur moyen en serait sérieusement dégradée", a assuré Iain Murray, du think tank Competitive Enterprise Institute, dans un communiqué.

En cas d'entrée en vigueur de ces lois, il estime qu'Apple devrait fermer son App Store, vendre des "téléphones vierges", sans aucune appli, ou alors se séparer complètement de sa division iPhone.

La "Information Technology and Innovation Foundation", qui reflète en général les vues de l'industrie, voit dans cette tentative des élus une copie conforme du projet de règlement sur les marchés numériques (DMA), le plan de régulation de l'Union européenne.

Cela va "fausser" la compétition, et "les consommateurs ne bénéficieront plus des économies d'échelle réalisées par les grandes entreprises", estime Aurelien Portuese, un expert de cette organisation, dans un communiqué.

Ces propositions de loi "révèlent un manque profond de compréhension du secteur de la tech, et de ses besoins pour fonctionner et rester compétitif, adapté, rentable et innovant", abonde l'analyste Olivier Blanchard de Futurum Research dans un billet de blog.

"Est-ce que les Gafa ont trop de pouvoir ? Ça se défend", continue-t-il. "Mais si l'objectif est de contrôler de larges et puissantes sociétés, le Congrès devrait s'attaquer au problème en mettant en place des garde-fous qui protègent les consommateurs et la compétition sans démolir tout le système".


La licence de China Telecom révoquée aux Etats-Unis

L'annonce, qui risque d'aggraver les tensions entre Washington et Pékin, a fait nettement baisser les Bourses chinoises mercredi. A Hong Kong, l'indice des valeurs technologiques Hang Seng Tech chutait de plus de 3% . (Photo, AFP)
L'annonce, qui risque d'aggraver les tensions entre Washington et Pékin, a fait nettement baisser les Bourses chinoises mercredi. A Hong Kong, l'indice des valeurs technologiques Hang Seng Tech chutait de plus de 3% . (Photo, AFP)
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  • La FCC a donné 60 jours à China Telecom America pour arrêter ses services aux USA, où la compagnie chinoise est présente depuis une vingtaine d'années
  • «Le fait que China Telecom America soit détenue et contrôlée par le gouvernement chinois pose des risques significatifs pour la sécurité nationale»

WASHINGTON : Le régulateur américain a révoqué mardi l'autorisation d'opérer aux Etats-Unis de la filiale locale de China Telecom, évoquant des risques "significatifs" pour la sécurité nationale.

La Commission fédérale des communications (FCC) a donné 60 jours à China Telecom America pour arrêter ses services aux Etats-Unis, où la compagnie chinoise est présente depuis une vingtaine d'années.

"Le fait que China Telecom America soit détenue et contrôlée par le gouvernement chinois pose des risques significatifs pour la sécurité nationale et l'application de la loi", a estimé la FCC dans un communiqué.

La commission a estimé que China Telecom et le gouvernement chinois peuvent "accéder, stocker, interrompre et/ou détourner les communications américaines, ce qui leur permet de perpétrer de l'espionnage et d'autres activités nuisant aux Etats-Unis".

"Promouvoir la sécurité nationale fait partie intégrante des responsabilités de la Commission pour défendre l'intérêt public, et notre action d'aujourd'hui correspond à cette mission", a-t-elle ajouté.

L'annonce est intervenue quelques heures après un appel vidéo entre des responsables chinois et américains portant sur le commerce, que Pékin a qualifiées de "pragmatiques, franches et constructives". 

Contacté par l'AFP, China Telecom n'a pas répondu dans l'immédiat.

Cette mesure constitue la dernière salve en date d'une longue passe d'armes qui oppose les deux plus grandes économies mondiales sur toute une série de questions, notamment Taïwan, Hong Kong, les droits de l'Homme, le commerce et la technologie.

«Espoirs douchés»

L'annonce, qui risque d'aggraver les tensions entre Washington et Pékin, a fait nettement baisser les Bourses chinoises mercredi. A Hong Kong, l'indice des valeurs technologiques Hang Seng Tech chutait de plus de 3% à la mi-journée.

Le retrait de la licence de China Telecom par Washington "semble avoir douché les espoirs que les relations entre la Chine et les Etats-Unis redeviennent meilleures", a commenté Jun Rong Yeap, analyste chez IG Asia. 

Selon lui, "les Etats-Unis pourraient être plus vigilants à l'égard des entreprises technologiques chinoises".

China Telecom est le principal opérateur de téléphonie fixe en Chine, dont les actions avaient bondi de 20% en août lors de son entrée en bourse à Shanghai.

Il avait dû quitter Wall Street en janvier, tout comme ses compatriotes et rivaux China Mobile et China Unicom, à la suite d'un décret de l'ex-président américain Donald Trump interdisant à tout citoyen américain d'investir dans des entreprises accusées d'être liées à l'armée et à l'appareil sécuritaire chinois.

En avril 2020, le ministère américain de la Justice avait déjà menacé de mettre un terme aux activités américaines de China Telecom, déclarant que les agences gouvernementales américaines avaient "identifié des risques substantiels et inacceptables pour la sécurité nationale et l'application de la loi associés aux opérations de China Telecom". 

Les régulateurs américains ont également pris des mesures contre d'autres entreprises de technologies mobiles chinoises, notamment le géant privé Huawei. 

La Maison Blanche de Trump a entamé en 2018 une campagne agressive visant à court-circuiter les ambitions mondiales de Huawei, en coupant le géant technologique de ses composants clés et en lui interdisant d'utiliser les services Android de Google. 

Ce geste "envoie un message plus large à Pékin, à savoir que, quel que soit le président, les États-Unis continuent d'être préoccupés par les risques posés par les entreprises technologiques chinoises opérant aux États-Unis", a déclaré à Bloomberg Martijn Rasser, du Center for a New American Security à Washington.


La FII s’inquiète des risques de sauver l’environnement au détriment de l’économie

Riyad est désormais le siège régional de 44 sociétés multinationales – une augmentation de 20 depuis le lancement de la campagne en janvier. (Photo, Twitter)
Riyad est désormais le siège régional de 44 sociétés multinationales – une augmentation de 20 depuis le lancement de la campagne en janvier. (Photo, Twitter)
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  • «La crise de l’approvisionnement énergétique est imminente si le sous-investissement dans les projets pétroliers et gaziers se poursuit»
  • Larry Fink de BlackRock, le plus grand gestionnaire d’actifs au monde, a révélé qu’il y a une «forte probabilité» que le pétrole atteigne $100 le baril

RIYAD: Il était surprenant de voir que les grands hommes d’affaires et les grands gestionnaires d’actifs soient si mécontents du rythme rapide de l’action environnementale au détriment de la reprise économique mondiale.

Depuis des années, les pays producteurs de pétrole comme l’Arabie saoudite avertissent que le monde va trop vite dans sa démarche de réduction des émissions de carbone, engendrant une baisse notable des fonds alloués aux projets d’hydrocarbures.

Ces inquiétudes ont été clairement exprimées par le prince Abdelaziz ben Salmane, ministre saoudien de l’Énergie, et d’autres hauts responsables saoudiens.

Les avertissements des producteurs de pétrole sont rarement les bienvenus, mais face à la réalité, les grands investisseurs font désormais savoir sans ambiguïté qu’une crise de l’approvisionnement énergétique pourrait être imminente si le sous-investissement dans les projets pétroliers et gaziers se poursuit.

Lors du Future Investment Initiative Forum à Riyad, les principales entreprises de Wall Street ont mis en garde contre le risque d’une augmentation durable des prix du pétrole.

Larry Fink de BlackRock, le plus grand gestionnaire d’actifs au monde, a révélé qu’il y a une «forte probabilité» que le pétrole atteigne 100 dollars (1 dollar américain = 0,86 euro) le baril.

Il a réitéré les préoccupations qu’il avait soulevées lors du récent Sommet de l’Initiative verte du Moyen-Orient, où il avait clairement indiqué qu’il soutenait les investissements dans les hydrocarbures car le monde a besoin de sources d’énergie abordables.

Des acteurs de premier du Fonds d’investissement public d’Arabie saoudite, de la société de gestion d’actifs Ninety One et de HSBC Holdings ont tous appelé à une augmentation du rythme des investissements dans les hydrocarbures.

Fahad al-Saif, responsable de Global Capital Finance au Fonds d’investissement public, a déclaré aux délégués: «L’essence de l’urgence n’est pas encore là. Il doit y avoir une collaboration entre les institutions mondiales; c’est un problème de confiance dans la livraison.» Il a ajouté: «Je m’inquiète de l’équilibre du rythme auquel nous avançons.»

Ses préoccupations ont été reprises par John Green, directeur commercial de Ninety One, qui a affirmé que 60 à 70% des conversations qu’il a avec ses clients portent sur l’énergie.

Le prince Abdelaziz ben Salmane a souligné que les plans ambitieux de l’Arabie saoudite visant à réduire les émissions de carbone à zéro net d’ici 2060 ne signifient pas qu’il y aura moins d’investissements dans le pétrole.

Malgré les promesses d’atteindre le zéro net et de devenir un leader mondial des énergies renouvelables, le pays souhaite rester l’un des principaux pays producteurs de pétrole au monde, selon une stratégie annoncée par le ministre.

Le plan «Claim and Retain Leadership» (Revendiquer et conserver le leadership) reflète le désir du Royaume de maintenir sa domination dans le secteur pétrolier, la «prééminence sur les marchés de l’énergie» étant l’un des principaux objectifs de ce plan.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Sous pression de Pékin, la fortune des milliardaires de la tech et de l'immobilier se lézarde

L'offensive de Pékin contre les géants de la technologie et de l'immobilier coûte cher aux grandes fortunes chinoises du secteur. (Photo, AFP)
L'offensive de Pékin contre les géants de la technologie et de l'immobilier coûte cher aux grandes fortunes chinoises du secteur. (Photo, AFP)
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  • Les autorités veulent dompter les géants de la tech, accusés d'abuser de leur position dominante
  • Au nom de la lutte contre l'endettement, Pékin a engagé une reprise en mains financière du secteur immobilier

SHANGAI : Des milliards qui partent en fumée... L'offensive de Pékin contre les géants de la technologie et de l'immobilier coûte cher aux grandes fortunes chinoises du secteur, qui reculent dans un classement de référence.

Le fantasque milliardaire Jack Ma, homme le plus riche de Chine encore l'an dernier, a plongé cette année au cinquième rang, avec une fortune en baisse de 36%, à 39,6 milliards de dollars, selon le classement de l'institut Hurun publié mercredi.

Le fondateur du géant du commerce en ligne Alibaba  a trébuché l'an dernier en tentant d'introduire en Bourse sa filiale Ant, spécialisée dans les paiements en ligne.

Cette opération, qui aurait dû être la plus grosse introduction en Bourse de tous les temps, a été bloquée à la dernière minute par le régime chinois, quelque semaines après que Jack Ma eut critiqué publiquement les autorités de régulation financière.

Ce fiasco a été suivi d'une offensive des autorités contre les géants de la tech, accusés d'abuser de leur position dominante.

L'autre géant du secteur, Tencent, voit ainsi la fortune de son patron fondre de 19% et Pony Ma reculer de la deuxième à la quatrième place. 

Exception: à 38 ans, le patron de Bytedance, propriétaire du très populaire réseau social TikTok, a multiplié par trois sa fortune pour arriver à la deuxième place. Zhang Yiming pèse désormais 52,8 milliards de dollars.

La première place est occupée par le roi de l'eau minérale, Zhong Shanshan, qui a introduit en Bourse l'an dernier ses bouteilles Nongfu Spring, ainsi qu'une entreprise d'équipements médicaux, Wantai Biological Pharmacy Enterprise, qui a profité du boom des tests de dépistage du Covid-19.

M. Zhong, 67 ans, pèse désormais 60,5 mds de dollars.

Hurun souligne que pour la première fois aucun grand nom de l'immobilier ne figure dans les 10 premières places du classement.

La chute la plus vertigineuse est celle de Xu Jiayin, fondateur du promoteur Evergrande au bord de la faillite. Encore numéro un en 2017 et numéro cinq l'an dernier, M. Xu chute à la 70e place, avec un fortune en repli de 70%.

Au nom de la lutte contre l'endettement, Pékin a engagé une reprise en mains financière du secteur, qui a mis en difficulté plusieurs géants immobiliers.

Le régime du président Xi Jinping a d'ailleurs demandé à M. Xu de puiser dans ses économies pour aider son groupe à sortir de l'ornière, a rapporté mardi l'agence Bloomberg. Il conserve encore 11,3 milliards de dollars en poche, selon Hurun.

A la différence des magnats de l'immobilier, ceux de la voiture propre tirent leur épingle du jeu: l'empereur de la batterie Zeng Yuqun, à la tête du groupe CATL, grimpe à la troisième place après avoir triplé sa fortune en l'espace d'un an.