Exécuté à tort? Un documentaire pour influencer Biden sur la peine de mort

Cette photo non datée obtenue le 19 mai 2021, montre le condamné à mort Quintin Jones (AFP)
Cette photo non datée obtenue le 19 mai 2021, montre le condamné à mort Quintin Jones (AFP)
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Publié le Lundi 21 juin 2021

Exécuté à tort? Un documentaire pour influencer Biden sur la peine de mort

  • Le film, qui sera en salles le 2 juillet, retrace le meurtre de Wanda Lopez, poignardée un soir de 1983 dans une station-service de Corpus Christi, au Texas, où elle travaillait comme caissière
  • Patrick Forbes espère que son film aide à réhabiliter Carlos de Luna, mais aussi à "apporter des changements" plus larges

WASHINGTON : Le réalisateur Patrick Forbes espère que son documentaire, "Le Fantôme", sera "l'étincelle" qui fera bouger le président américain Joe Biden sur la peine de mort grâce à son message "très clair: un innocent a été exécuté".

Le film, qui sera en salles le 2 juillet, retrace le meurtre de Wanda Lopez, poignardée un soir de 1983 dans une station-service de Corpus Christi, au Texas, où elle travaillait comme caissière.

Juste avant de mourir, la jeune femme avait appelé la police pour signaler un homme suspect. Le documentaire, une reconstitution minutieuse et glaçante, s'ouvre sur l'enregistrement de ses derniers mots: "Tu les veux? Prends les, je te les donne. Je ne vais rien te faire, s'il te plait!"

Arrivés trop tard pour la sauver, les policiers se lancent à la poursuite du coupable, que des témoins ont vu fuir à pieds. Quarante minutes plus tard, ils arrêtent Carlos de Luna, un homme de 20 ans au casier déjà lourd, qui se cache sous une voiture.

Convaincus de tenir le meurtrier, les enquêteurs ne cherchent pas plus loin, même s'il clame son innocence et ne présente aucune tache de sang.

Lors de son procès, Carlos de Luna explique avoir fui par peur d'être mis en cause et assure connaître le coupable: un certain Carlos Hernandez qu'il dit avoir connu en prison.

Mais, confrontés à des photos des hommes de ce nom, il n'est pas en mesure de l'identifier. Et des mensonges à la barre fragilisent sa crédibilité. Le procureur en conclut que ce Carlos Hernandez est le fruit de son imagination, "un fantôme", et il est condamné à mort.

Après le rejet de tous ses recours, il est exécuté en 1989.

«Tocayo»

"A partir de là, la vérité a lentement commencé à jaillir", raconte à l'AFP le Britannique Patrick Forbes, qui a notamment réalisé Wikileaks: secrets et mensonges (2012).

En 2004, le professeur de droit James Liebman de l'Université de Columbia, lance une contre-enquête avec l'aide de ses étudiants et d'un détective privé.

Ils découvrent que Carlos Hernandez a bel et bien existé. Mort en prison en 1999, alors qu'il purgeait une peine pour avoir agressé une femme avec un couteau, cet homme ressemblait comme deux gouttes d'eau à Carlos de Luna.

En 2012, le professeur Liebman et ses étudiants publient un long article dans une revue juridique, titré "les deux Carlos: anatomie d'une erreur judiciaire", qui sert de base au film.

Patrick Forbes assure toutefois avoir entamé ses recherches sans opinion arrêtée. "Si mon film était un clip de campagne contre la peine de mort, il serait mauvais", dit-il.

Méthodiquement, il a cherché tous les protagonistes de l'affaire et met à l'écran policiers, procureurs, avocats, témoins... Mais aussi des femmes qui ont été victimes de Carlos Hernandez et qui restent traumatisées par les violences qu'il leur a infligées.

L'une d'elle raconte qu'il s'est vanté auprès d'elle d'avoir tué Wanda Lopez et d'avoir échappé à la justice grâce à son "tocayo", un mot espagnol qui désigne une personne ayant le même prénom.

«Toutes les erreurs»

Aujourd'hui, Patrick Forbes pense détenir la vérité: "Elle est horrible, mais elle est aussi très humaine: les gens font des erreurs" et, selon lui dans ce dossier, "toutes les erreurs qui pouvaient être commises ont été commises".

Mais elles s'inscrivent selon lui dans un système judiciaire qui ne donne pas des chances égales aux pauvres et aux minorités. "Le coupable est un homme pauvre hispanique, l'innocent exécuté est un homme pauvre hispanique, ils ne pouvaient pas être traités équitablement."

Alors il espère que son film aide à réhabiliter Carlos de Luna, mais aussi à "apporter des changements" plus larges.

Pour ce faire, il a accepté que "Le Fantôme" soit mis au service d'une pétition qui demande au président démocrate Joe Biden de commuer la peine des condamnés à mort par la justice fédérale.

Le démocrate a dit pendant la campagne être opposé à la peine capitale mais n'a pris aucune décision depuis sa prise de fonction. Au contraire, son ministre de la Justice a demandé récemment la peine de mort pour l'auteur de l'attentat du marathon de Boston.

Patrick Forbes espère que le cas de Carlos de Luna "le pousse à changer". "Ne serait-ce pas fantastique qu'un film amène un changement concret?"


Washington sanctionne des Iraniens accusés d'orchestrer la répression des manifestants

M. Larijani "coordonne la réponse aux manifestations au nom du Guide suprême de l'Iran et a publiquement appelé les forces de sécurité iraniennes à recourir à la force pour réprimer les manifestants pacifiques", écrit le ministère dans un communiqué. (AFP)
M. Larijani "coordonne la réponse aux manifestations au nom du Guide suprême de l'Iran et a publiquement appelé les forces de sécurité iraniennes à recourir à la force pour réprimer les manifestants pacifiques", écrit le ministère dans un communiqué. (AFP)
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  • Est en particulier visé Ali Larijani, à la tête de la plus haute instance de sécurité en Iran en tant que secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale
  • M. Larijani "coordonne la réponse aux manifestations au nom du Guide suprême de l'Iran et a publiquement appelé les forces de sécurité iraniennes à recourir à la force pour réprimer les manifestants pacifiques"

WASHINGTON: Le gouvernement américain a annoncé jeudi des sanctions économiques à l'encontre de plusieurs responsables sécuritaires iraniens accusés de coordonner la répression des manifestations dans le pays.

"Les dirigeants iraniens ont répondu brutalement aux manifestations pacifiques par des actes de violence, allant de tueries massives dans les rues à des attaques contre des victimes blessées et des hôpitaux", a dénoncé dans un message vidéo le ministre américain des Finances, Scott Bessent.

En réponse, le Trésor impose une nouvelle série de sanctions économiques contre les intérêts iraniens.

Est en particulier visé Ali Larijani, à la tête de la plus haute instance de sécurité en Iran en tant que secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale.

M. Larijani "coordonne la réponse aux manifestations au nom du Guide suprême de l'Iran et a publiquement appelé les forces de sécurité iraniennes à recourir à la force pour réprimer les manifestants pacifiques", écrit le ministère dans un communiqué.

Sont aussi sanctionnés quatre responsables sécuritaires opérant à l'échelle régionale en Iran.

"Notre message au peuple iranien est clair: vos revendications sont légitimes. Vous manifestez pour une noble cause", a déclaré le ministre Bessent dans la vidéo.

"Notre message aux dirigeants iraniens est également clair", a-t-il continué.

"Le Trésor américain sait que, tels des rats qui quittent un navire en perdition, vous transférez frénétiquement les fonds volés aux familles iraniennes vers des banques et des institutions financières à travers le monde. Soyez assurés que nous les traquerons, et vous avec."

Les sanctions américaines entraînent le gel de l'ensemble des avoirs détenus aux Etats-Unis par les personnes et entités visées.

Elles interdisent aussi à toute entreprise ou citoyen américain de faire des affaires avec elles, au risque d'être à leur tour frappés par des sanctions.


«Continuez à manifester», «l'aide est en route», lance Donald Trump aux Iraniens

Les liaisons téléphoniques internationales, coupées depuis vendredi, ont été rétablies mardi depuis l'Iran vers l'étranger mais restent précaires, selon un journaliste de l'AFP à Téhéran.  Dans la capitale, les forces de sécurité ont été mardi moins visibles aux principaux carrefours de Téhéran, a-t-il constaté. (AFP)
Les liaisons téléphoniques internationales, coupées depuis vendredi, ont été rétablies mardi depuis l'Iran vers l'étranger mais restent précaires, selon un journaliste de l'AFP à Téhéran. Dans la capitale, les forces de sécurité ont été mardi moins visibles aux principaux carrefours de Téhéran, a-t-il constaté. (AFP)
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  • La Maison Blanche avait affirmé lundi que la possibilité de frappes aériennes était toujours sur la table, mais que la diplomatie demeurait "la première option"
  • Donald Trump a par ailleurs annoncé des sanctions contre les partenaires commerciaux de l'Iran - des droits de douane de 25% prenant effet "immédiatement

PARIS: Donald Trump a encouragé mardi les manifestants en Iran à renverser les institutions et a promis que "l'aide" arrivait, Téhéran dénonçant de son côté des "troubles orchestrés" pour servir de prétexte à une intervention militaire américaine.

"CONTINUEZ A MANIFESTER - PRENEZ LE CONTROLE DE VOS INSTITUTIONS!!!", a écrit le président américain sur son réseau Truth social, soulignant que "beaucoup d'aide est en route".

Le président américain a menacé plusieurs fois d'intervenir militairement depuis le début le 28 décembre du mouvement, l'un des plus vastes depuis la proclamation de la République islamique en 1979.

La mission iranienne à l'ONU a accusé mardi les Etats-Unis de chercher à renverser le régime par la force, "des troubles orchestrés et le chaos servant de modus operandi pour fabriquer un prétexte à une intervention militaire".

Fils de l'ancien chah d'Iran chassé du pouvoir en 1979 et figure de l'opposition iranienne en exil aux Etats-Unis, Reza Pahlavi a assuré mardi aux manifestants que "le monde n'a pas seulement vu et entendu votre voix et votre courage, maintenant il répond".

La répression a fait au moins 734 morts selon l'ONG Iran Human Rights (IHR) basée en Norvège, qui estime toutefois que le nombre réel de morts pourrait s'élever à plusieurs milliers.

Des rapports crédibles font état "de tueries à grande échelle menées par les forces de sécurité à travers le pays", affirme également l'ONG Human Rights Watch.

De nouvelles vidéos, authentifiées par l'AFP, sont apparues sur les réseaux sociaux montrant des dizaines de corps alignés dans une mosquée au sud de la capitale iranienne.

"Tirs au hasard" 

Les condamnations internationales ont afflué mardi: l'ONU s'est dit "horrifiée" et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a dénoncé un bilan "effroyable" et dit plancher sur de nouvelles sanctions contre Téhéran.

L'UE et des capitales européennes ont convoqué les ambassadeurs iraniens pour dénoncer la "répression la plus brutale et la plus sanglante contre des manifestations" depuis des années, selon Londres.

La Maison Blanche avait affirmé lundi que la possibilité de frappes aériennes était toujours sur la table, mais que la diplomatie demeurait "la première option".

Donald Trump a par ailleurs annoncé des sanctions contre les partenaires commerciaux de l'Iran - des droits de douane de 25% prenant effet "immédiatement".

L'Iran reste privé d'internet depuis le 8 janvier. Des défenseurs des droits humains accusent Téhéran de chercher ainsi à masquer la répression.

L'IHR évoque 10.000 arrestations.

"La violence augmente, les arrestations aussi. Les oppresseurs tirent au hasard", relate Kian Tahsildari à Istanbul, relayant le témoignage d'amis à Mashad (nord-est de l'Iran).

Téhéran "prêt à toute éventualité" 

Les liaisons téléphoniques internationales, coupées depuis vendredi, ont été rétablies mardi depuis l'Iran vers l'étranger mais restent précaires, selon un journaliste de l'AFP à Téhéran.

Dans la capitale, les forces de sécurité ont été mardi moins visibles aux principaux carrefours de Téhéran, a-t-il constaté.

Les médias d'Etat diffusent en boucle des images des dégâts et rendent hommage aux membres des forces de sécurité tués.

Les autorités iraniennes ont annoncé la tenue mercredi d'une cérémonie funéraire géante à Téhéran en l'honneur des "martyrs" des derniers jours, en référence essentiellement à ceux-ci.

Depuis le début du mouvement, initialement lié au coût de la vie, le pouvoir dit comprendre les revendications portant sur des questions économiques mais accuse des "émeutiers" pilotés par l'étranger d'être à l'origine des violences.

Mardi, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a affirmé sur Al Jazeera que la décision de couper l'internet avait été prise en raison "d'opérations terroristes" dont "les ordres venaient de l'étranger".

"Nous sommes préparés pour toute éventualité et nous espérons que Washington fera un choix guidé par la sagesse. Peu importe quelle option ils choisiront, nous y sommes prêts", a-t-il ajouté.

Agé de 86 ans, l'ayatollah Khamenei a déjà été confronté à d'importants défis, notamment durant la guerre de 12 jours avec Israël en juin 2025, déclenchée par une attaque massive contre les installations militaires et nucléaires iraniennes.

Mais ces manifestations "représentent sans doute le défi le plus sérieux" pour le guide suprême "depuis des années, tant par leur ampleur que par leurs revendications politiques de plus en plus explicites", relève Nicole Grajewski, professeure au Centre de recherches internationales de Sciences Po.

Des analystes jugent cependant prématuré de prédire dans l'immédiat la chute du pouvoir théocratique iranien, soulignant que la République islamique dispose de solides leviers répressifs, à commencer par le Corps des Gardiens de la Révolution.


Des frappes en Iran sont toujours une option pour Trump, selon la Maison Blanche

Donald Trump envisage des frappes aériennes en Iran pour mettre fin à la répression des manifestations qui secouent la République islamique depuis le 28 décembre, a affirmé lundi la Maison Blanche, ajoutant toutefois qu'une voie diplomatique restait ouverte. (AFP)
Donald Trump envisage des frappes aériennes en Iran pour mettre fin à la répression des manifestations qui secouent la République islamique depuis le 28 décembre, a affirmé lundi la Maison Blanche, ajoutant toutefois qu'une voie diplomatique restait ouverte. (AFP)
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  • La répression des manifestations en Iran a fait plus de 600 morts depuis le début de la contestation selon une ONG
  • "Une chose dans laquelle le président Trump excelle est de garder toutes les options sur la table. Et les frappes aériennes sont l'une des très nombreuses options qui s'offrent au commandant en chef"

WASHNIGTON: Donald Trump envisage des frappes aériennes en Iran pour mettre fin à la répression des manifestations qui secouent la République islamique depuis le 28 décembre, a affirmé lundi la Maison Blanche, ajoutant toutefois qu'une voie diplomatique restait ouverte.

La répression des manifestations en Iran a fait plus de 600 morts depuis le début de la contestation selon une ONG, la République islamique faisant face à l'un de ses plus importants mouvements de contestation depuis sa proclamation en 1979.

"Une chose dans laquelle le président Trump excelle est de garder toutes les options sur la table. Et les frappes aériennes sont l'une des très nombreuses options qui s'offrent au commandant en chef", a affirmé à la presse la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt.

Toutefois, elle a assuré que "la diplomatie (était) toujours la première option pour le président".

Selon elle, une voie diplomatique reste ouverte avec l'Iran, le pouvoir adoptant un "ton très différent" lors de discussions privées avec l'émissaire américain, Steve Witkoff.

"Ce que vous entendez de la part du régime iranien est très différent des messages que l'administration (américaine) reçoit en privé, et je pense que le président veut examiner ces messages", a-t-elle ajouté.

Donald Trump "ne souhaite pas voir des gens se faire tuer dans les rues de Téhéran, et malheureusement, c'est ce à quoi nous assistons actuellement", a également assuré Karoline Leavitt.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a lui déclaré lundi qu'un canal de communication était "ouvert" entre l'Iran et Steve Witkoff, malgré l'absence de relations diplomatiques entre les deux pays ennemis.

Le pouvoir cherche à présent à reprendre la main en faisant descendre dans les rues des milliers de ses partisans, après avoir imposé une coupure totale d'internet depuis le 8 janvier.

Le président américain avait annoncé dimanche qu'une réunion avec des responsables iraniens était "en cours de préparation", sans toutefois écarter l'option militaire. "Nous pourrions devoir agir avant une rencontre", avait-il avancé, en ajoutant que l'armée américaine étudiait des "options très fortes".