L’ombre grandissante des talibans risque de chasser les jeunes d’Afghanistan

Mahnoosh Amiri lors d'une visite au Simple Cafe dans les quartiers chics de Kaboul, en Afghanistan, le 10 juillet 2021. (Photo de Sayed Salahuddin)
Mahnoosh Amiri lors d'une visite au Simple Cafe dans les quartiers chics de Kaboul, en Afghanistan, le 10 juillet 2021. (Photo de Sayed Salahuddin)
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Publié le Mercredi 14 juillet 2021

L’ombre grandissante des talibans risque de chasser les jeunes d’Afghanistan

  • Beaucoup d’afghans craignent que les libertés en général ne soient «compromises» au moment où les talibans gagnent du terrain et les forces dirigées par les États-Unis quittent l'Afghanistan
  • Il n'est toujours pas facile d'être une femme quand les mariages forcés, la violence domestique et la mortalité maternelle sont monnaie courante, en particulier dans les zones rurales

KABOUL : Dans le sous-sol à peine éclairé d'un café chic de Kaboul, un groupe de jeunes hommes et femmes bien habillés éclatent de rire et fument des chichas autour d'un repas de pain et de kebab (viande grillée), tandis qu'une musique forte joue en arrière-plan.

Leur soirée s’est interrompue par une panne de courant, un problème récurrent dans la capitale afghane, avant que le propriétaire du café ne démarre le générateur et que la musique ne reprenne.

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Feraidoon Hasas, gérant d'un café à Kaboul, regarde un jeune homme jouer de la guitare au restaurant, fréquenté principalement par de jeunes Afghans instruits, le 10 juillet 2021. (Photo par Sayed Salahuddin)

Plusieurs jeunes affirment que rencontrer régulièrement leurs amis fait partie de leur routine, mais ils craignent que «les libertés dont ils jouissent actuellement soient compromises», au moment où les talibans gagnent du terrain et les forces de l'OTAN, dirigées par les États-Unis, quittent l'Afghanistan après près de 20 ans d'occupation.

«Le retour des talibans signerait la fin de notre liberté», confie à Arab News Chaïma Rezayi, une étudiante de 22 ans qui fait partie des convives au restaurant «Simple Café».

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De jeunes hommes jouent au billard à Kaboul, la capitale afghane, le 10 juillet 2021. (Photo de Sayed Salahuddin)

Rezayi révèle que de nombreux professionnels modernes réfléchissent sur le danger du progrès rapide des talibans pendant qu'elle cherchait à «s'installer ailleurs» si les talibans s’emparent du pouvoir.

«Lorsqu’ ils ne nous laisseront pas jouir de nos droits, je devrais peut-être quitter ce pays», a-t-elle clarifié.

Rezayi fait partie de la jeune génération afghane très instruite qui a grandi sous la protection de l'armée américaine. Une génération qui a parcouru le monde, obtenu des maîtrises dans des universités renommées et nourrit l’ambition «d’une vie meilleure et libre au sein de cette société conservatrice».

Presque tous les convives au café confient avoir entendu des «histoires de leurs parents et de leurs proches» sur le régime «répressif» des talibans et ses politiques dures envers les femmes, quand il a dirigé l'Afghanistan pendant cinq ans jusqu'à ce qu'il soit renversé par Washington à la fin de 2001.

Depuis, les femmes afghanes ont de nouveau le droit à l'éducation, au vote et au travail hors de chez elles. Pourtant, il n'est toujours pas facile d'être une femme quand les mariages forcés, la violence domestique et la mortalité maternelle sont monnaie courante, en particulier dans les zones rurales.

Cependant, l'accès à la vie publique s'est amélioré, notamment à Kaboul, où des milliers de femmes travaillent. Plus du quart du Parlement est aujourd’hui composé de femmes.

Mais les craintes grandissent quant à la dégradation potentielle des droits durement acquis à mesure que les talibans envahissent plusieurs régions du nord et du nord-est de l'Afghanistan, le bastion de l'alliance anti-Talibans à la fin des années 1990.

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Mina Rezayee, (à droite), propriétaire du Simple Cafe, un restaurant bien connu à Kaboul, avec un ami, le 10 juillet 2021. (Photo AN de Sayed Salahuddin)

La semaine dernière, le ministre d'État à la Gestion des catastrophes et aux Affaires humanitaires, Ghoulam Bahauddin Jailani, a signalé que «plus de 32 400 familles ont été contraintes de quitter leur domicile dans diverses régions, en raison des violences survenues au cours du dernier mois et demi».

«Nous avons fourni une aide à certaines d'entre elles, mais elles auront besoin d'aide pour longtemps», a-t-il expliqué aux journalistes.

Selon le ministère gouvernemental des Réfugiés et des Rapatriements, plus de 5 600 familles afghanes ont fui vers les régions voisines au cours des quinze derniers jours. Les talibans ont pris le contrôle de 85% du territoire et assurent à la communauté internationale que «les citoyens seront en sécurité sous leur autorité».

«L'Émirat islamique n'est contre personne et veut traiter tout le monde avec respect», a précisé à Arab News Zabihoullah Moujahid, un porte-parole des talibans.

Il a ajouté que «les jeunes de Kaboul qui craignent une prise de contrôle des talibans ont subi un lavage de cerveau de la part de la propagande», réitérant que les droits de tous les Afghans, en particulier les jeunes, «seront préservés en vertu des lois islamiques».

«La jeune génération est notre atout et nous la considérons comme notre avenir. Ces jeunes sont talentueux, ont acquis une connaissance à jour du monde, ils ne rencontreront aucun problème d'aucune sorte», insiste Moujahid.

Cependant, les résidents de Kaboul ne sont pas du tout convaincus de ces promesses.

«Si la situation change conduisant au retour des talibans, les gens instruits de ma génération vont certainement quitter le pays, a déclaré l'étudiante universitaire Mahnoush Amiri à Arab News. Elle ajoute que son père, un conseiller russe, est plus inquiet pour son avenir.

«Mon père souhaite que mes deux sœurs, mes deux frères et moi partions maintenant, avant que ça ne devienne difficile», dit-elle avant de continuer son repas au Simple Café, très prisé des jeunes Afghans.

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Amiri a déclaré qu'elle s'inquiétait pour l'avenir et cherchait à quitter l'Afghanistan si les talibans revenaient au pouvoir. (Une photo de Sayed Salahuddin)

Le restaurant Simple Café est situé dans le quartier chic de Kaboul, Karte Char, également connu sous le nom de la «petite Europe» de l'Afghanistan en raison de ses habitants aisés et de son décor.

Mina Rezayi, 32 ans, qui a fondé le café il y a quatre ans, déplore que la lenteur des activités commerciales. Ceci est en partie dû à la pandémie du coronavirus à l’origine de la Covid-19, à l'insécurité croissante à travers le pays, au départ des troupes étrangères et aux spéculations sur le retour des talibans.

Mina, diplômée en économie, a vécu en tant que réfugiée en Iran pendant quelques années et «bien qu'elle réalise à quel point il serait difficile d’immigrer et d'abandonner l'entreprise», elle n'a pas exclu la possibilité d’immigrer à nouveau.

«Si je ne peux pas étudier, travailler et être ici dans mon café, alors cet endroit serait une prison pour moi. Quitter son pays n'est pas une décision facile, et j'ai des souvenirs et des expériences amers de la migration, mais nous n'aurons pas d'autre option», a-t-elle dévoilé à Arab News.

Bien avant que le président américain Joe Biden n'annonce le départ des forces étrangères en avril, des dizaines de milliers d'Afghans avaient fui vers l'Europe, l'Australie, la Turquie et les États-Unis à la recherche d'un avenir meilleur, poussés par une montée de la violence.

Même si Washington affirme depuis des années qu'elle compte retirer ses troupes, l'annonce sans engagement préalable de Biden a surpris de nombreux Afghans, surtout parce qu'un accord de paix entre les talibans et le gouvernement de Kaboul n'avait pas encore été signé, malgré les pourparlers intra-afghans en cours à Doha, au Qatar.

Les soldats afghans se sont rendus en masse depuis le début du retrait des troupes étrangères le 1er mai, remettant armes et véhicules blindés aux talibans, tandis que les insurgés consolident leurs positions près des capitales provinciales, dont Kaboul.

Une récente évaluation du renseignement américain estime que Kaboul pourrait tomber aux mains des talibans dans les six mois après le départ des troupes du pays.

Ces avertissements ont entraîné une flambée des prix des passeports et des visas vers certains pays, alors que les Afghans les plus riches se précipitent pour quitter l’Afghanistan.

Fatema Saadat, 30 ans, qui dirige une entreprise de nettoyage privée au personnel entièrement féminin, a affirmé que le retour des talibans «signifie que l'Afghanistan deviendrait une cage où nous ne pouvons ni respirer ni travailler».

«Vivre dans de telles conditions serait insupportable; Je partirai aussi», affirme-t-elle.

La jeune mannequin Nigara Sadaat, couronnée Miss Afghanistan en 2020, a souligné qu'une hausse de la violence a déjà eu un impact sur l'industrie de la mode et du mannequinat. Elle se dit «personnellement inquiète» de l'avenir des «artistes» une fois que les talibans prendront le relais.

Les opinions de Fatema et Nigara contrastent fortement avec les sentiments exprimés par les femmes des zones les plus reculées de l'Afghanistan.

Souvent rejetées comme «un petit sous-ensemble privilégié» de la population afghane de plus de 36 millions d'habitants, une étude du 6 juillet réalisée le réseau d'analystes d’Afghanistan a révélé que les femmes rurales sont davantage préoccupées par la paix durable, la stabilité politique et la réduction de la violence en Afghanistan.

Au milieu des gains territoriaux rapides des talibans ces dernières semaines, Haroun Rahimi, professeur à l'Université américaine d'Afghanistan, indique que des centaines de personnes ont lancé le Mouvement des jeunes afghans pour la paix dans le but d’exprimer leurs craintes face à la «perte de liberté».

«Les femmes en particulier ont peur de ne pouvoir aller à l'école ou travailler. Cette peur se manifeste sous différentes formes : certaines se sentent impuissantes, elles sont désespérées, elles ne veulent rien faire, elles veulent juste quitter le pays», a déclaré Rahimi, à Arab News.

D'autres semblent plus optimistes.

Feraidoun Hasas, un gérant de Turk Cafe âgé de 23 ans, soutient que son entreprise «sera peut-être fermée sous le régime des talibans», mais il prie pour le rétablissement de la paix. Car il se souvient encore comment son père «louait la capacité des talibans à mettre en œuvre l'état de droit et à éradiquer la corruption dans une grande mesure».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'Iran accuse les Etats-Unis d'avoir violé le cessez-le-feu et menace de riposter

L'Iran a accusé mardi les Etats-Unis d'avoir violé le cessez-le-feu après des frappes américaines nocturnes dans le sud du pays, qui portent un coup aux apparents progrès dans les négociations pour mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
L'Iran a accusé mardi les Etats-Unis d'avoir violé le cessez-le-feu après des frappes américaines nocturnes dans le sud du pays, qui portent un coup aux apparents progrès dans les négociations pour mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
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  • "L'armée terroriste américaine, poursuivant ses actions illégales et injustifiées depuis le cessez-le-feu (...), a commis au cours des dernières 48 heures une violation flagrante du cessez-le-feu dans la région d'Hormozgan"
  • Et de prévenir: "La République islamique ne laissera aucun acte malveillant sans réponse et n'hésitera pas à défendre la nation iranienne"

TEHERAN: L'Iran a accusé mardi les Etats-Unis d'avoir violé le cessez-le-feu après des frappes américaines nocturnes dans le sud du pays, qui portent un coup aux apparents progrès dans les négociations pour mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient.

Les signes d'ouverture de ces derniers jours ont de nouveau cédé la place à une rhétorique martiale, dans un conflit où les armes se sont quasiment tues depuis le 8 avril mais où les menaces ne cessent pas tout comme le blocage du détroit d'Ormuz, faisant flamber les prix du pétrole.

"L'armée terroriste américaine, poursuivant ses actions illégales et injustifiées depuis le cessez-le-feu (...), a commis au cours des dernières 48 heures une violation flagrante du cessez-le-feu dans la région d'Hormozgan", a déclaré le ministère des Affaires étrangères, sans préciser la nature des faits.

Et de prévenir: "La République islamique ne laissera aucun acte malveillant sans réponse et n'hésitera pas à défendre la nation iranienne".

Le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) avait annoncé plus tôt avoir frappé dans la nuit des sites de lancement de missiles dans le sud de l'Iran.

L'Iran n'a pas officiellement confirmé l'information, mais les médias d'Etat ont rapporté des explosions dans la ville portuaire de Bandar Abbas, et annoncé qu'une enquête était en cours pour en déterminer l'origine.

Dans un autre incident, les Gardiens de la Révolution iraniens ont affirmé avoir abattu un drone américain et tiré sur d'autres aéronefs tentant de pénétrer dans l'espace aérien du pays, sans préciser la date de ces incidents.

Les dernières frappes américaines connues remontent à début mai quand le sud de l'Iran avait été visé, provoquant une riposte de l'armée iranienne sur des bateaux dans le détroit d'Ormuz. Une "broutille", avait alors dit Donald Trump.

 Internet partiellement rétabli 

Portés la veille par l'espoir d'un accord, les marchés mondiaux ont "retrouvé un ton plus prudent", malgré "l'optimisme du week-end", commente Daniela Hathorn, analyste chez Capital.com. Les Bourses européennes hésitaient à la mi-journée et le pétrole est reparti à la hausse.

En Iran, les autorités ont annoncé de premières mesures pour rétablir internet après une coupure quasi-totale depuis le début de la guerre, déclenchée par une attaque israélo-américaine le 28 février. L'ONG étrangère de surveillance de la cybersécurité NetBlocks avait auparavant fait état d'un rétablissement "partiel".

"Depuis quelques minutes, je peux ouvrir des sites internet internationaux avec mon fournisseur d'accès", a déclaré à l'AFP une habitante de 22 ans de la ville occidentale de Kermanshah, ajoutant qu'elle avait toutefois toujours besoin de VPN (réseau privé virtuel) pour accéder aux réseaux sociaux.

Malgré les menaces, les tractactions diplomatiques se poursuivent. De hauts responsables iraniens, dont le négociateur en chef Mohammad Bagher Ghalibaf et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, se sont rendus lundi à Doha, une première depuis le début de la guerre.

Le gouverneur de la Banque centrale a également fait le déplacement pour discuter des fonds gelés à l'étranger en raison des sanctions américaines. Téhéran exige le déblocage de 24 milliards d'avoirs, selon l'agence de presse Tasnim.

C'est un des principaux points de contentieux, aux côtés du volet nucléaire que l'Iran souhaite aborder dans un second temps. Washington, qui soupçonne Téhéran de vouloir se doter de la bombe atomique, réclame la destruction du stock d'uranium hautement enrichi, dont le sort est incertain depuis de précédentes frappes israélo-américaines, en juin 2025.

11 morts au Liban 

Si Téhéran avait averti lundi qu'il n'était pas imminent, l'accord reste possible, a avancé le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, parlant de discussions "autour de la formulation précise du texte initial".

"Le président a exprimé sa volonté de parvenir (à un accord). Soit il conclura un accord, soit il n'y aura aucun accord", a-t-il ajouté.

Donald Trump cherche une issue à cette guerre qui a gravement perturbé l'économie mondiale en raison du quasi blocage par Téhéran du stratégique détroit d'Ormuz, par où transite en temps normal un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde.

Sa réouverture est un enjeu majeur des négociations en cours et les tensions y restent vives: un pétrolier a ainsi été touché mardi au large d'Oman, selon l'agence maritime britannique UKMTO.

Sur le front libanais, Israël a appelé mardi pour la première fois les habitants de Nabatiyé dans le sud du Liban à évacuer toute la ville, au lendemain d'une frappe qui a fait onze morts dans l'est.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a juré d'intensifier les frappes pour "écraser" le Hezbollah pro-iranien, faisant peser plus d'incertitude encore sur les négociations en cours, alors que Téhéran veut qu'un accord avec les Etats-Unis comprenne le Liban.


Les Etats-Unis frappent l'Iran malgré les progrès des négociations

Les Etats-Unis ont annoncé lundi avoir frappé des sites de missiles dans le sud de l'Iran, portant un coup au cessez-le-feu malgré d'apparents progrès dans les négociations pour régler la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
Les Etats-Unis ont annoncé lundi avoir frappé des sites de missiles dans le sud de l'Iran, portant un coup au cessez-le-feu malgré d'apparents progrès dans les négociations pour régler la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
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  • L'armée américaine a précisé "faire preuve de retenue durant le cessez-le-feu" en vigueur depuis le 8 avril entre l'Iran et les Etats-Unis après plusieurs semaines de guerre qui ont fait des milliers de morts et secoué l'économie mondiale
  • Mais le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a fait savoir qu'un accord avec l'Iran restait possible. Les discussions tournent essentiellement "autour de la formulation précise du texte initial, cela prendra donc quelques jours"

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont annoncé lundi avoir frappé des sites de missiles dans le sud de l'Iran, portant un coup au cessez-le-feu malgré d'apparents progrès dans les négociations pour régler la guerre au Moyen-Orient.

Après des semaines de blocages et de menaces, Washington et Téhéran ont fait état d'avancées ces derniers jours dans les discussions. Donald Trump avait même laissé entrevoir un compromis imminent au cours du week-end.

Mais les espoirs de paix ont été douchés lundi, d'une part par l'annonce du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu d'une intensification de l'offensive de son armée au Liban, puis par une attaque contre l'Iran.

"Les forces américaines ont mené aujourd'hui des frappes de légitime défense dans le sud de l'Iran afin de protéger nos troupes contre les menaces posées par les forces iraniennes. Les cibles comprenaient des sites de lancement de missiles et des embarcations iraniennes qui tentaient de poser des mines", a déclaré le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) dans un communiqué.

Les médias iraniens ont rapporté que plusieurs fortes explosions avaient été entendues à Bandar Abbas (sud) vers minuit (20H30 GMT). La télévision d'Etat a ensuite précisé que la situation était revenue à la normale, ajoutant qu'une enquête était en cours pour déterminer l'origine des bruits.

L'armée américaine a précisé "faire preuve de retenue durant le cessez-le-feu" en vigueur depuis le 8 avril entre l'Iran et les Etats-Unis après plusieurs semaines de guerre qui ont fait des milliers de morts et secoué l'économie mondiale.

Mais le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a fait savoir qu'un accord avec l'Iran restait possible. Les discussions tournent essentiellement "autour de la formulation précise du texte initial, cela prendra donc quelques jours", a-t-il déclaré lors d'une visite officielle en Inde, sans fournir d'informations sur les dernières frappes.

Donald Trump cherche une issue à cette guerre qui a gravement perturbé l'économie mondiale en raison du blocage du stratégique détroit d'Ormuz par Téhéran, par où transite en temps normal un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde.

Marco Rubio a soutenu mardi que le détroit rouvrirait "d'une manière ou d'une autre". Et d'ajouter: "ce qui se passe là-bas est illégal, c'est illégal, c'est insoutenable pour le monde entier".

Les cours du pétrole ont réagi de manière contrastée aux derniers développements, après être repassés sous la barre des 100 dollars lundi. Le WTI perdait 5,2% mardi matin en Asie, tandis que le baril de Brent prenait 1,8%.

Question nucléaire 

Les dernières heures avaient été marquées par une nouvelle accélération des échanges diplomatiques.

De hauts responsables iraniens, incluant le négociateur en chef Mohammad Bagher Ghalibaf et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, se sont rendus lundi à Doha. C'est la première visite de ce type depuis les frappes de représailles menées par Téhéran contre ses voisins du Golfe.

Donald Trump avait déjà tempéré les espoirs d'un accord imminent, disant ne pas vouloir "se précipiter".

Téhéran s'est également montré prudent. "Nous sommes parvenus à une conclusion sur une grande partie des questions", a commenté le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï. "Mais de là à dire que la signature d'un accord est imminente, personne ne peut l'affirmer."

En parallèle, une délégation du Pakistan incluant le médiateur principal dans le conflit et chef de l'armée Asim Munir ainsi que le Premier ministre Shehbaz Sharif se trouvait lundi en Chine, pays soutenant les efforts pakistanais pour résoudre la crise.

La réouverture du détroit d'Ormuz, verrouillé de facto par l'Iran depuis le début de la guerre lancée par les Etats-Unis et Israël le 28 février, est un enjeu majeur du conflit.

Donald Trump a évoqué samedi un compromis "largement négocié" prévoyant sa réouverture, tandis que l'Iran insiste sur le fait que la question nucléaire ne fait pas partie "à ce stade" du protocole en discussion et qu'elle serait abordée lors de négociations séparées.

Lundi soir, le président Trump a aussi mentionné le dossier de l'uranium enrichi iranien, affirmant qu'il serait "soit immédiatement remis aux Etats-Unis (...) et détruit, soit, de préférence, en collaboration et en coordination avec la République islamique d'Iran, détruit sur place ou dans un autre lieu acceptable". On ignore s'il signifiait par là qu'il s'agissait d'un point de l'accord en discussion.

Violations au Liban 

Plus tôt lundi, il a aussi semblé faire monter les enjeux d'un éventuel accord de paix.

Dans un message sur les réseaux sociaux, il a énuméré les dirigeants de pays à majorité musulmane avec lesquels il a discuté dernièrement, affirmant "qu'après tout le travail effectué par les Etats-Unis (...) tous ces pays devraient être obligés, au minimum, de signer simultanément les accords d'Abraham".

Signés en 2020, ces accords ont débouché sur une normalisation des relations des Emirats arabes unis et de Bahreïn, deux proches alliés de Washington, avec Israël. Nombre d'Etats ont jusqu'ici refusé de les imiter, en particulier l'Arabie saoudite ainsi que la Syrie et le Liban, a fortiori depuis le conflit qui a ravagé la bande de Gaza.

Sur le front libanais, un autre cessez-le-feu a été conclu depuis le 17 avril, mais Israël et le Hezbollah pro-iranien s'accusent mutuellement de le violer, poursuivant leurs attaques quotidiennes.

Benjamin Netanyahu a affirmé lundi qu'Israël allait "intensifier" son offensive pour "écraser" le Hezbollah, après des dizaines de frappes israéliennes qui ont fait trois morts, selon l'agence nationale d'information libanaise, Ani.

Le Hezbollah a revendiqué de son côté une série d'attaques contre trois casernes et un poste militaire dans le nord d'Israël.


Une vingtaine de blessés après qu'un homme a pulvérisé une substance dans un centre commercial de Tokyo

Une vingtaine de personnes ont été blessées dans un centre commercial de luxe du centre de Tokyo après qu'un homme y a pulvérisé une substance, ont indiqué lundi des responsables de la police et des pompiers. (AFP)
Une vingtaine de personnes ont été blessées dans un centre commercial de luxe du centre de Tokyo après qu'un homme y a pulvérisé une substance, ont indiqué lundi des responsables de la police et des pompiers. (AFP)
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  • A la mi-journée, quelques rues autour du bâtiment, situé dans le quartier commerçant de Ginza qui abrite de nombreuses marques de luxe, ont été bloquées après l'incident et des camions de pompiers et des ambulances se sont alignés le long de la rue
  • En revanche les passants, essentiellement des touristes, continuaient à déambuler, filmant et photographiant sur les trottoirs de l'autre côté de la rue, et certains sortaient même tranquillement par les autres accès du bâtiment

TOKYO: Une vingtaine de personnes ont été blessées dans un centre commercial de luxe du centre de Tokyo après qu'un homme y a pulvérisé une substance, ont indiqué lundi des responsables de la police et des pompiers.

Le porte-parole de la police de Tokyo, Yusuke Koide, a expliqué à l'AFP qu'un homme avait pulvérisé une substance près d'un distributeur automatique au rez-de-chaussée du bâtiment, tandis qu'un responsable local des pompiers a précisé qu'une "vingtaine de personnes ont été blessées" après un signalement faisant état d'une "odeur" dans ce quartier très touristique.

A la mi-journée, quelques rues autour du bâtiment, situé dans le quartier commerçant de Ginza qui abrite de nombreuses marques de luxe, ont été bloquées après l'incident et des camions de pompiers et des ambulances se sont alignés le long de la rue.

En revanche les passants, essentiellement des touristes, continuaient à déambuler, filmant et photographiant sur les trottoirs de l'autre côté de la rue, et certains sortaient même tranquillement par les autres accès du bâtiment.

"Pour le moment, 19 personnes ont été transportées à l'hôpital", a dit aux journalistes le responsable des pompiers, Ryosuke Kobayashi.

Un journaliste de l'AFP sur place a vu deux personnes sur des brancards être installées dans une ambulance, tandis que des pompiers et des responsables vêtus de combinaisons de protection chimique faisaient sortir des personnes du centre commercial pour les examiner dans des véhicules spécialisés.

"Ma gorge me grattait" 

"Quand je suis arrivée, l'agitation avait déjà commencé, et j'ai pensé qu'il y avait peut-être eu un petit incendie ou quelque chose comme ça. Une fois entrée dans le coin des distributeurs, ma gorge me grattait, presque engourdie", a témoigné auprès de la chaine de télévision NHK une femme de 70 ans qui se trouvait dans le centre commercial.

NHK a indiqué que les blessures semblaient légères.

Selon une source proche de l'enquête citée par NHK, la substance pulvérisée contiendrait de la capsaïcine, un composant actif du piment qui provoque une sensation de brûlure.

L'enquête de police a rapidement débuté, a déclaré un officier des pompiers présent sur les lieux, sans donner plus de détails.

La capitale japonaise reste marquée par l'attaque au gaz sarin dans le métro de Tokyo, perpétrée en mars 1995 par la secte Aum et qui avait fait 14 morts et plus de 5.800 blessés.

Le 20 mars 1995, vers 08H00 du matin, cinq disciples de la secte Aum ont quasi simultanément déposé des sacs en plastique remplis de ce gaz liquéfié, un virulent agent neurotoxique, dans des rames de métro de différentes lignes avant de les percer avec la pointe d'un parapluie et de s'enfuir.

La criminalité violente est relativement rare au Japon, qui affiche un faible taux d'homicides, et ses lois sur les armes à feu sont parmi les plus strictes au monde.

Cependant, des attaques au couteau et même des fusillades se produisent occasionnellement, comme lors de l'assassinat de l'ancien Premier ministre Shinzo Abe en juillet 2022.

En décembre dernier, quatorze personnes ont été blessées lors d'une attaque au couteau dans une usine du centre du Japon, au cours de laquelle un liquide non spécifié avait également été pulvérisé.