L’ombre grandissante des talibans risque de chasser les jeunes d’Afghanistan

Mahnoosh Amiri lors d'une visite au Simple Cafe dans les quartiers chics de Kaboul, en Afghanistan, le 10 juillet 2021. (Photo de Sayed Salahuddin)
Mahnoosh Amiri lors d'une visite au Simple Cafe dans les quartiers chics de Kaboul, en Afghanistan, le 10 juillet 2021. (Photo de Sayed Salahuddin)
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Publié le Mercredi 14 juillet 2021

L’ombre grandissante des talibans risque de chasser les jeunes d’Afghanistan

  • Beaucoup d’afghans craignent que les libertés en général ne soient «compromises» au moment où les talibans gagnent du terrain et les forces dirigées par les États-Unis quittent l'Afghanistan
  • Il n'est toujours pas facile d'être une femme quand les mariages forcés, la violence domestique et la mortalité maternelle sont monnaie courante, en particulier dans les zones rurales

KABOUL : Dans le sous-sol à peine éclairé d'un café chic de Kaboul, un groupe de jeunes hommes et femmes bien habillés éclatent de rire et fument des chichas autour d'un repas de pain et de kebab (viande grillée), tandis qu'une musique forte joue en arrière-plan.

Leur soirée s’est interrompue par une panne de courant, un problème récurrent dans la capitale afghane, avant que le propriétaire du café ne démarre le générateur et que la musique ne reprenne.

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Feraidoon Hasas, gérant d'un café à Kaboul, regarde un jeune homme jouer de la guitare au restaurant, fréquenté principalement par de jeunes Afghans instruits, le 10 juillet 2021. (Photo par Sayed Salahuddin)

Plusieurs jeunes affirment que rencontrer régulièrement leurs amis fait partie de leur routine, mais ils craignent que «les libertés dont ils jouissent actuellement soient compromises», au moment où les talibans gagnent du terrain et les forces de l'OTAN, dirigées par les États-Unis, quittent l'Afghanistan après près de 20 ans d'occupation.

«Le retour des talibans signerait la fin de notre liberté», confie à Arab News Chaïma Rezayi, une étudiante de 22 ans qui fait partie des convives au restaurant «Simple Café».

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De jeunes hommes jouent au billard à Kaboul, la capitale afghane, le 10 juillet 2021. (Photo de Sayed Salahuddin)

Rezayi révèle que de nombreux professionnels modernes réfléchissent sur le danger du progrès rapide des talibans pendant qu'elle cherchait à «s'installer ailleurs» si les talibans s’emparent du pouvoir.

«Lorsqu’ ils ne nous laisseront pas jouir de nos droits, je devrais peut-être quitter ce pays», a-t-elle clarifié.

Rezayi fait partie de la jeune génération afghane très instruite qui a grandi sous la protection de l'armée américaine. Une génération qui a parcouru le monde, obtenu des maîtrises dans des universités renommées et nourrit l’ambition «d’une vie meilleure et libre au sein de cette société conservatrice».

Presque tous les convives au café confient avoir entendu des «histoires de leurs parents et de leurs proches» sur le régime «répressif» des talibans et ses politiques dures envers les femmes, quand il a dirigé l'Afghanistan pendant cinq ans jusqu'à ce qu'il soit renversé par Washington à la fin de 2001.

Depuis, les femmes afghanes ont de nouveau le droit à l'éducation, au vote et au travail hors de chez elles. Pourtant, il n'est toujours pas facile d'être une femme quand les mariages forcés, la violence domestique et la mortalité maternelle sont monnaie courante, en particulier dans les zones rurales.

Cependant, l'accès à la vie publique s'est amélioré, notamment à Kaboul, où des milliers de femmes travaillent. Plus du quart du Parlement est aujourd’hui composé de femmes.

Mais les craintes grandissent quant à la dégradation potentielle des droits durement acquis à mesure que les talibans envahissent plusieurs régions du nord et du nord-est de l'Afghanistan, le bastion de l'alliance anti-Talibans à la fin des années 1990.

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Mina Rezayee, (à droite), propriétaire du Simple Cafe, un restaurant bien connu à Kaboul, avec un ami, le 10 juillet 2021. (Photo AN de Sayed Salahuddin)

La semaine dernière, le ministre d'État à la Gestion des catastrophes et aux Affaires humanitaires, Ghoulam Bahauddin Jailani, a signalé que «plus de 32 400 familles ont été contraintes de quitter leur domicile dans diverses régions, en raison des violences survenues au cours du dernier mois et demi».

«Nous avons fourni une aide à certaines d'entre elles, mais elles auront besoin d'aide pour longtemps», a-t-il expliqué aux journalistes.

Selon le ministère gouvernemental des Réfugiés et des Rapatriements, plus de 5 600 familles afghanes ont fui vers les régions voisines au cours des quinze derniers jours. Les talibans ont pris le contrôle de 85% du territoire et assurent à la communauté internationale que «les citoyens seront en sécurité sous leur autorité».

«L'Émirat islamique n'est contre personne et veut traiter tout le monde avec respect», a précisé à Arab News Zabihoullah Moujahid, un porte-parole des talibans.

Il a ajouté que «les jeunes de Kaboul qui craignent une prise de contrôle des talibans ont subi un lavage de cerveau de la part de la propagande», réitérant que les droits de tous les Afghans, en particulier les jeunes, «seront préservés en vertu des lois islamiques».

«La jeune génération est notre atout et nous la considérons comme notre avenir. Ces jeunes sont talentueux, ont acquis une connaissance à jour du monde, ils ne rencontreront aucun problème d'aucune sorte», insiste Moujahid.

Cependant, les résidents de Kaboul ne sont pas du tout convaincus de ces promesses.

«Si la situation change conduisant au retour des talibans, les gens instruits de ma génération vont certainement quitter le pays, a déclaré l'étudiante universitaire Mahnoush Amiri à Arab News. Elle ajoute que son père, un conseiller russe, est plus inquiet pour son avenir.

«Mon père souhaite que mes deux sœurs, mes deux frères et moi partions maintenant, avant que ça ne devienne difficile», dit-elle avant de continuer son repas au Simple Café, très prisé des jeunes Afghans.

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Amiri a déclaré qu'elle s'inquiétait pour l'avenir et cherchait à quitter l'Afghanistan si les talibans revenaient au pouvoir. (Une photo de Sayed Salahuddin)

Le restaurant Simple Café est situé dans le quartier chic de Kaboul, Karte Char, également connu sous le nom de la «petite Europe» de l'Afghanistan en raison de ses habitants aisés et de son décor.

Mina Rezayi, 32 ans, qui a fondé le café il y a quatre ans, déplore que la lenteur des activités commerciales. Ceci est en partie dû à la pandémie du coronavirus à l’origine de la Covid-19, à l'insécurité croissante à travers le pays, au départ des troupes étrangères et aux spéculations sur le retour des talibans.

Mina, diplômée en économie, a vécu en tant que réfugiée en Iran pendant quelques années et «bien qu'elle réalise à quel point il serait difficile d’immigrer et d'abandonner l'entreprise», elle n'a pas exclu la possibilité d’immigrer à nouveau.

«Si je ne peux pas étudier, travailler et être ici dans mon café, alors cet endroit serait une prison pour moi. Quitter son pays n'est pas une décision facile, et j'ai des souvenirs et des expériences amers de la migration, mais nous n'aurons pas d'autre option», a-t-elle dévoilé à Arab News.

Bien avant que le président américain Joe Biden n'annonce le départ des forces étrangères en avril, des dizaines de milliers d'Afghans avaient fui vers l'Europe, l'Australie, la Turquie et les États-Unis à la recherche d'un avenir meilleur, poussés par une montée de la violence.

Même si Washington affirme depuis des années qu'elle compte retirer ses troupes, l'annonce sans engagement préalable de Biden a surpris de nombreux Afghans, surtout parce qu'un accord de paix entre les talibans et le gouvernement de Kaboul n'avait pas encore été signé, malgré les pourparlers intra-afghans en cours à Doha, au Qatar.

Les soldats afghans se sont rendus en masse depuis le début du retrait des troupes étrangères le 1er mai, remettant armes et véhicules blindés aux talibans, tandis que les insurgés consolident leurs positions près des capitales provinciales, dont Kaboul.

Une récente évaluation du renseignement américain estime que Kaboul pourrait tomber aux mains des talibans dans les six mois après le départ des troupes du pays.

Ces avertissements ont entraîné une flambée des prix des passeports et des visas vers certains pays, alors que les Afghans les plus riches se précipitent pour quitter l’Afghanistan.

Fatema Saadat, 30 ans, qui dirige une entreprise de nettoyage privée au personnel entièrement féminin, a affirmé que le retour des talibans «signifie que l'Afghanistan deviendrait une cage où nous ne pouvons ni respirer ni travailler».

«Vivre dans de telles conditions serait insupportable; Je partirai aussi», affirme-t-elle.

La jeune mannequin Nigara Sadaat, couronnée Miss Afghanistan en 2020, a souligné qu'une hausse de la violence a déjà eu un impact sur l'industrie de la mode et du mannequinat. Elle se dit «personnellement inquiète» de l'avenir des «artistes» une fois que les talibans prendront le relais.

Les opinions de Fatema et Nigara contrastent fortement avec les sentiments exprimés par les femmes des zones les plus reculées de l'Afghanistan.

Souvent rejetées comme «un petit sous-ensemble privilégié» de la population afghane de plus de 36 millions d'habitants, une étude du 6 juillet réalisée le réseau d'analystes d’Afghanistan a révélé que les femmes rurales sont davantage préoccupées par la paix durable, la stabilité politique et la réduction de la violence en Afghanistan.

Au milieu des gains territoriaux rapides des talibans ces dernières semaines, Haroun Rahimi, professeur à l'Université américaine d'Afghanistan, indique que des centaines de personnes ont lancé le Mouvement des jeunes afghans pour la paix dans le but d’exprimer leurs craintes face à la «perte de liberté».

«Les femmes en particulier ont peur de ne pouvoir aller à l'école ou travailler. Cette peur se manifeste sous différentes formes : certaines se sentent impuissantes, elles sont désespérées, elles ne veulent rien faire, elles veulent juste quitter le pays», a déclaré Rahimi, à Arab News.

D'autres semblent plus optimistes.

Feraidoun Hasas, un gérant de Turk Cafe âgé de 23 ans, soutient que son entreprise «sera peut-être fermée sous le régime des talibans», mais il prie pour le rétablissement de la paix. Car il se souvient encore comment son père «louait la capacité des talibans à mettre en œuvre l'état de droit et à éradiquer la corruption dans une grande mesure».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'eau, enjeu dangereux de la guerre au Moyen-Orient

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  • Dans le viseur de Téhéran désormais: les usines de dessalement d'eau dans la région.
  • "Le premier qui ose s'attaquer à l'eau déclenche une guerre qui est bien plus faramineuse que celle qu'on a aujourd'hui", prévient l'économiste de l'eau Esther Crauser-Delbourg

PARIS: Les attaques contre l'eau sont peu fréquentes en temps de guerre mais elles ont fait leur apparition dans le conflit au Moyen-Orient avec notamment des frappes sur des usines de dessalement d'eau de mer, un secteur vital pour des millions d'habitants dans la région.

Après un ultimatum de Donald Trump, menaçant de détruire les centrales électriques iraniennes si Téhéran ne rouvrait pas rapidement le détroit d'Ormuz, l'Iran a fait monter les enchères. Dans son viseur désormais: les usines de dessalement d'eau dans la région.

"Le premier qui ose s'attaquer à l'eau déclenche une guerre qui est bien plus faramineuse que celle qu'on a aujourd'hui", prévient l'économiste de l'eau Esther Crauser-Delbourg, interrogée début mars par l'AFP.

Quelles infrastructures ont été touchées?

En Iran, les installations liées à la gestion de l'eau ont subi d'importants dégâts à la suite des frappes américano-israéliennes, selon le gouvernement.

"Des dizaines d'installations de transmission et de traitement de l'eau" ont été visées lors de ces attaques qui ont "détruit des parties des réseaux d'approvisionnement critiques", a détaillé dimanche le ministre de l'énergie, Abbas Aliabadi.

A Bahreïn, c'est une station de dessalement de l'eau de mer qui a été endommagée le 8 mars par une attaque de drones de Téhéran, menée en riposte à une attaque attribuée aux Etats-Unis contre une usine de désalinisation iranienne.

L'eau désalinisée, pourquoi c'est important?

Dans une région parmi les plus arides du monde où la disponibilité de l'eau est dix fois inférieure à la moyenne mondiale selon la Banque mondiale, les usines de désalinisation ont un rôle vital pour l'économie et la consommation d'eau potable de ses millions d'habitants.

Environ 42% de la capacité mondiale de dessalement est présente au Moyen-Orient, montre une récente étude publiée dans la revue Nature. Aux Emirats arabes unis, 42% de l'eau potable provient de ces usines, 90% au Koweït, 86% à Oman et 70% en Arabie saoudite, détaille une note de l'Institut français des relations internationales (Ifri) de 2022.

"Là-bas, sans eau désalinisée, il n'y a rien", résume Esther Crauser-Delbourg. Cela est particulièrement stratégique dans les grandes métropoles comme Dubaï et Ryad.

Déjà en 2010, une note d'analyse de la CIA affirmait que "la perturbation des installations de dessalement dans la plupart des pays arabes pourrait avoir des conséquences plus graves que la perte de toute autre industrie ou matière première".

Et en 2008, le site Wikileaks révélait un câble diplomatique américain disant que "Ryad devrait évacuer dans un délai d'une semaine", dans le cas où l'usine de désalinisation de Jubail qui l'alimente, ou ses oléoducs, étaient "gravement endommagés ou détruits".

Quelles menaces pèsent sur elles?

Outre les frappes, ces usines sont vulnérables aux coupures du courant qui les alimente et à d'éventuelles contaminations de l'eau de mer, notamment de marées noires, affirment plusieurs connaisseurs.

"On a renforcé la sécurité d'accès, les contrôles dans le périmètre immédiat des usines", détaille Philippe Bourdeaux, directeur de la zone déléguée Afrique/Moyen-Orient de l'entreprise française Veolia, qui alimente en eau désalinisée les régions de Mascate, Sour, et Salalah, à Oman, et de Jubail en Arabie saoudite.

"Les récents événements nous poussent bien sûr à être très attentifs. Nous suivons de très près la situation des installations", ajoute-t-il, précisant que "dans certains pays, les autorités ont mis des batteries de missiles autour des plus grosses usines, contre la menace drone ou missile".

Pour les marées noires, les opérateurs disposent d'outils pour en diminuer les nuisances.

Quels sont les précédents?

Quelques attaques contre des usines de désalinisation se sont produites au cours des dix dernières années: le Yémen et l'Arabie saoudite se sont mutuellement attaqués, et Gaza a subi des frappes israéliennes, rapporte le groupe de réflexion californien Pacific Institute qui tient un registre des conflits liés à l'eau.

Avant 2016, il faut remonter à 1991 et la guerre du Golfe pour voir de telles attaques.

Quels effets en cas d'attaque?

Ils peuvent aller de perturbations ponctuelles à des conséquences beaucoup plus lourdes si la situation dure.

"On va potentiellement voir des grandes villes en exode. Et puis des rationnements", imagine Esther Crauser-Delbourg, avec des effets en chaîne sur l'économie: tourisme, industrie, et centres de données, très consommateurs d'eau pour être rafraichis.

Des garde-fous existent, tempère Philippe Bourdeaux de Veolia: les usines de désalinisation sont souvent interconnectées, ce qui peut limiter les conséquences de l'arrêt d'une seule usine, détaille-t-il.

Il ajoute qu'elles ont en général plusieurs jours, de deux à sept, de consommation en réserve, de quoi contenir les pénuries tant que les pannes ne durent pas trop longtemps.

 


Israël frappe Téhéran, l'AIE met en garde contre une grave crise de l'énergie

Tôt lundi, l'armée israélienne a annoncé mener "une large vague d'attaques" à Téhéran, où des agences iraniennes ont signalé des explosions. (AFP)
Tôt lundi, l'armée israélienne a annoncé mener "une large vague d'attaques" à Téhéran, où des agences iraniennes ont signalé des explosions. (AFP)
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  • La crise se cristallise autour du détroit d'Ormuz, stratégique pour l'approvisionnement mondial en hydrocarbures.
  • Donald Trump a lancé un ultimatum à l'Iran, qui le bloque quasi intégralement: si Téhéran ne le rouvre pas d'ici la nuit prochaine - 23H44 GMT lundi, selon l'heure de son message sur Truth Social - les Etats-Unis "anéantiront" les centrales électriques

TEHERAN: La guerre au Moyen-Orient pourrait provoquer la crise mondiale de l'énergie la plus grave de ces dernières décennies, a prévenu l'Agence internationale de l'énergie (AIE), alors qu'Israël a dit s'attendre à "plusieurs semaines de combats" et a frappé de nouveau Téhéran lundi matin.

La crise se cristallise autour du détroit d'Ormuz, stratégique pour l'approvisionnement mondial en hydrocarbures. Donald Trump a lancé un ultimatum à l'Iran, qui le bloque quasi intégralement: si Téhéran ne le rouvre pas d'ici la nuit prochaine - 23H44 GMT lundi, selon l'heure de son message sur Truth Social - les Etats-Unis "anéantiront" les centrales électriques iraniennes.

En réponse, Téhéran a menacé de fermer complètement le détroit et cibler "toutes les infrastructures énergétiques, de technologie de l'information et de dessalement d'eau appartenant aux Etats-Unis", a prévenu l'armée iranienne, selon l'agence Fars.

La crise de l'énergie a fait réagir le directeur de l'AIE, Fatih Birol, depuis l'Australie. Selon lui, "à ce jour, nous avons perdu 11 millions de barils par jour, soit plus que les deux crises pétrolières majeures réunies" des années 1970.

Dans les faits, le détroit d'Ormuz est quasiment fermé depuis le début de la guerre, le transit de marchandises s'y étant effondré de 95%, selon la société d'analyse Kpler. Seul un petit nombre de cargos et de pétroliers ont réussi à le franchir. Or, d'ordinaire, 20% de la production mondiale d'hydrocarbures y transite.

"Aucun pays ne sera immunisé contre les effets de cette crise si elle continue dans cette voie. Il est donc nécessaire de mener une action à l'échelle mondiale", a lancé M. Birol, évoquant une "menace majeure" pour l'économie de la planète.

Dans l'espoir d'endiguer la flambée de l'or noir, les Etats-Unis ont même autorisé vendredi pour un mois la vente et la livraison du pétrole iranien se trouvant sur des navires. Mais Téhéran a affirmé n'avoir aucun surplus de pétrole brut en mer.

Outre le blocage du détroit et le fait que Téhéran vise des navires croisant le Golfe, nombre de sites énergétiques des pays du Golfe sont sous le feu de l'Iran. D'après le chef de l'AIE, au moins 40 infrastructures énergétiques sont "gravement ou très gravement endommagées" dans neuf pays du fait de la guerre lancée le 28 février par les frappes américano-israéliennes contre l'Iran.

Nouvelles attaques à Téhéran 

Tôt lundi, l'armée israélienne a annoncé mener "une large vague d'attaques" à Téhéran, où des agences iraniennes ont signalé des explosions. D'après Fars, les frappes ont touché le nord, le centre, l'est et l'ouest de la capitale. Un épais panache de fumée noire se dégage toujours dans le ciel d'au moins un point plus d'une heure après l'explosion, a constaté un journaliste de l'AFP.

A Bandar Abbas, dans le sud du pays, l'attaque d'un transmetteur radio "par l'armée terroriste américano-sioniste" a par ailleurs fait un mort et un blessé, a rapporté dans la nuit la radio-télévision publique iranienne Irib.

Dans la capitale iranienne, l'angoisse domine. "La seule chose commune que nous ressentons dans cette période est l'incertitude sur l'issue" de cette guerre, a décrit Shiva, Téhéranaise de 31 ans.

La nuit a aussi été le théâtre d'attaques dans plusieurs pays du Golfe.

Le ministère de la Défense des Emirats arabes unis a dit répondre à une attaque de missiles et de drones en provenance d'Iran. Deux missiles et un drone ont aussi visé l'Arabie saoudite, selon le gouvernement, tandis que le Bahreïn a fait sonner l'alerte, d'après son ministère de l'Intérieur.

Si Washington entretient le flou sur la fin de ses opérations militaires, entrées dans leur quatrième semaine, Israël a indiqué dimanche se préparer à "encore plusieurs semaines de combats contre l'Iran et le Hezbollah" pro-iranien au Liban.

L'armée israélienne compte "intensifier les opérations terrestres ciblées et les frappes" au Liban pour repousser le Hezbollah "loin de la frontière", a indiqué son chef d'état-major, le lieutenant-général Eyal Zamir.

Dimanche, elle avait détruit un pont stratégique dans le sud du Liban, utilisé selon elle par le Hezbollah. Des images de l'AFP ont montré de la fumée s'élever après l'attaque contre le pont de Qasmiyeh, situé sur la principale route côtière reliant la région de Tyr au reste du pays.

Le président libanais Joseph Aoun a estimé qu'il s'agissait d'un "prélude à une invasion terrestre" et dénoncé "une escalade dangereuse et une violation flagrante de la souveraineté du Liban", où la guerre a fait plus d'un millier de morts et plus d'un million de déplacés.

Inquiétude sur le nucléaire 

Si Israël et les Etats-Unis affirment avoir fortement affaibli le pouvoir iranien depuis le lancement de leur offensive le 28 février, Téhéran poursuit ses attaques et ses menaces.

La préoccupation grandissante concerne les attaques ciblant des sites nucléaires.

Samedi soir, deux frappes iraniennes particulièrement destructrices ont fait plus d'une centaine de blessés dans le sud d'Israël. Un des missiles a touché une zone résidentielle à quelques kilomètres d'un centre stratégique de recherche nucléaire à Dimona, site ultra-secret.

"Nous pensions que nous étions en sécurité. Nous ne nous attendions pas à ça", a déclaré à l'AFP Galit Amir, soignant de Dimona, âgé de 50 ans.

Le directeur de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus a appelé "urgemment toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue militaire et à éviter toute action susceptible de déclencher des incidents nucléaires".

 


L'Iran se dit prêt à aider les navires japonais a traverser le détroit d'Ormuz (agence japonaise)

L’Iran est prêt à laisser passer des navires liés au Japon dans le détroit d’Ormuz, une artère vitale pour l’approvisionnement mondial en pétrole, a rapporté Kyodo News. Ci-dessus, un cargo près du détroit d’Ormuz le 11 mars 2026. (Reuters)
L’Iran est prêt à laisser passer des navires liés au Japon dans le détroit d’Ormuz, une artère vitale pour l’approvisionnement mondial en pétrole, a rapporté Kyodo News. Ci-dessus, un cargo près du détroit d’Ormuz le 11 mars 2026. (Reuters)
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  • L’Iran affirme être prêt à garantir la sécurité des navires japonais dans le détroit d’Ormuz, malgré les tensions régionales et les perturbations du trafic maritime
  • Le Japon, fortement dépendant du pétrole transitant par ce détroit stratégique, active ses réserves face aux risques pesant sur l’approvisionnement mondial

TOKYO: L’Iran est disposé à aider les navires japonais à emprunter le détroit d'Ormuz, a déclaré le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi à l’agence Kyodo News dans une interview publiée samedi.

Le Japon dépend des importations de pétrole brut en provenance du Moyen-Orient, dont la majeure partie transite par le détroit d’Ormuz, une voie commerciale cruciale pour l’approvisionnement mondial en carburant.

En pratique, l'Iran a bloqué l'accès au détroit en réponse aux frappes menées par Israël et les Etats-Unis, laissant les pays tributaires de cette voie maritime se démener pour trouver des de remplacement et puiser dans leurs réserves.

"Nous n’avons pas fermé le détroit. Il est ouvert", a contesté M. Araghchi, lors d'une interview téléphonique avec l'agence japonaise Kyodo News vendredi.

Selon lui, les pays qui attaquent l'Iran font face à des restrictions, mais d'autres se voient offert une assistance.

L'Iran est préparé à assurer des traversées en toute sécurité pour le Japon, a-t-il ajouté.

La quatrième économie mondiale est le cinquième plus grand importateur de pétrole, dont 95% vient du Moyen-Orient et 70% passe par le détroit d'Ormuz.

Lundi, Tokyo a annoncé commencer à puiser dans ses réserves stratégiques de pétrole, qui sont parmi les plus importantes au monde, équivalant à 254 jours de consommation intérieure.

Les membres de l’Agence internationale de l’énergie ont convenu, le 11 mars, d’utiliser leurs stocks de pétrole pour atténuer la flambée des prix provoquée par la guerre au Moyen-Orient, ce qui représente de loin la plus vaste opération de ce type jamais menée.