Cannes couronne le féminisme et la jeunesse avec Julia Ducournau

La réalisatrice française Julia Ducournau (à gauche) remercie la réalisatrice américaine et présidente du jury du 74e Festival de Cannes Spike Lee après avoir remporté la Palme d'or pour son film "Titane" lors de la cérémonie de clôture de la 74e édition du Festival de Cannes à Cannes , sud de la France, le 17 juillet 2021. (AFP)
La réalisatrice française Julia Ducournau (à gauche) remercie la réalisatrice américaine et présidente du jury du 74e Festival de Cannes Spike Lee après avoir remporté la Palme d'or pour son film "Titane" lors de la cérémonie de clôture de la 74e édition du Festival de Cannes à Cannes , sud de la France, le 17 juillet 2021. (AFP)
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Publié le Samedi 17 juillet 2021

Cannes couronne le féminisme et la jeunesse avec Julia Ducournau

  • Le cinéaste new-yorkais a gaffé, faisant cette annonce d'emblée, alors qu'il était censé annoncer le prix d'interprétation masculine...
  • Cannes envoie un signal majeur dans une industrie qui s'interroge plus que jamais depuis quatre ans sur la place des femmes, et l'égalité entre les genres

CANNES: Le Festival de Cannes a frappé un grand coup en couronnant Julia Ducournau pour une oeuvre furieusement contemporaine, "Titane", la Française devenant la deuxième réalisatrice de l'histoire du festival à recevoir la Palme d'or.


Vingt-huit ans après "La leçon de Piano" de Jane Campion, première réalisatrice primée, le jury présidé par Spike Lee, premier artiste afro-américain à ce poste, vient récompenser la benjamine de la compétition, 37 ans.


Le cinéaste new-yorkais a gaffé, faisant cette annonce d'emblée, alors qu'il était censé annoncer le prix d'interprétation masculine...

Asghar Farhadi reçoit le Grand Prix à Cannes et veut "éveiller les consciences" en Iran

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Le réalisateur iranien Asghar Farhadi pose avec son trophée lors d'un photocall après avoir également reçu le Grand Prix pour son film "Ghahreman"(A Hero)" lors de la cérémonie de clôture de la 74e édition du Festival de Cannes à Cannes, dans le sud de la France, le 17 juillet 2021. (AFP)

Le cinéaste iranien Asghar Farhadi a appelé samedi à "éveiller les consciences" en Iran en recevant le Grand Prix du festival de Cannes, le deuxième prix le plus prestigieux après la Palme d'or, ex-aequo avec le Finlandais Juho Kuosmanen.


Le réalisateur a remporté ce prix pour "Un héros", l'histoire d'une rédemption empêchée dans une société iranienne rongée par la méfiance et la manipulation.


Après deux expériences internationales - "Le passé" (2013) et Everybody knows" (2018) - qui ont moins convaincu la critique, le cinéaste revient dans son pays et à ses thèmes de prédilection : le recensement des maux qui rendent l'émancipation et le bonheur en société impossibles, avec ce nouveau long-métrage de deux heures.


A 49 ans, il a déclaré en recevant son prix n'avoir "rien fait d'autre que d'écrire des films" et les tourner, "malgré tous les obstacles, les difficultés, les pressions, les obstacles qui auraient pu me dissuader". "Je continue d'avoir l'espoir, en suscitant des questionnements, que je pourrai contribuer à améliorer les choses", a-t-il ajouté. "Ce qui peut permettre de sauver mon pays, de l'améliorer, c'est d'éveiller les consciences".


Il est ex-aequo avec le Finlandais Juho Kuosmanen, qui a filmé dans "Compartiment No6", la rencontre entre une Finlandaise et un Russe le temps d'un voyage en train entre Moscou et Mourmansk, au nord du cercle polaire.

Cannes envoie ainsi un signal majeur dans une industrie qui s'interroge plus que jamais depuis quatre ans sur la place des femmes, et l'égalité entre les genres, dans le sillage de l'affaire Weinstein puis du mouvement #MeToo.


Seules quatre réalisatrices étaient en compétition cette année, pour 24 films au total. Le prix le plus prestigieux, attribué à "Titane", récompense un cinéma transgressif et défricheur, empreint de féminisme.


"Titane", qui n'est pas destiné à tous les publics, mêle d'amour pour les voitures et de quête de paternité. C'était le film le plus violent et trash de la compétition, loin de faire l'unanimité parmi les critiques. Il met en scène une nouvelle venue bluffante, Agathe Rousselle, et l'acteur français Vincent Lindon, en pompier sous stéroïdes.


"Un de mes buts a toujours été d'amener le cinéma de genre ou des films "ovniesques" dans des festivals généralistes pour arrêter d'ostraciser un pan de la production française", a déclaré Julia Ducournau pendant le festival. "Le genre permet aussi de parler de l'individu et très profondément de nos peurs et de nos désirs".


La réalisatrice avait déjà laissé un souvenir mémorable à Cannes avec son premier long-métrage, "Grave", une histoire brute de décoffrage d'étudiante en médecine vétérinaire qui devient cannibale, qui lui permettait de devenir la cheffe de file d'un renouveau du film de genre tricolore.  De l'autre côté de l'Atlantique, elle a été adoubée par un maître de l'épouvante, Night Shyamalan.

Le Palmarès du 74e Festival de Cannes

Palmarès du 74e Festival de Cannes dévoilé ce samedi soir:

- Palme d'or: "Titane" de la réalisatrice Julie Ducournau (France)

- Grand Prix: "Un héros" du réalisateur Asghar Farhadi (Iran) et "Hytti NRO 6" (Compartiment NO.6) du réalisateur Juho Kuosmanen (Finlande)

- Prix du jury: "Le genou d'Ahed" du réalisateur Nadav Lapid (Israël) et "Memoria" du réalisateur Apichatpong Weerasethakul (Thaïlande)

- Prix de la mise en scène: le réalisateur Leos Carax pour "Annette" (France)

- Prix d'interprétation masculine: l'acteur américain Caleb Landry Jones dans "Nitram"

- Prix d'interprétation féminine: l'actrice norvégienne Renate Reinsve dans "Julie en 12 chapitres"

- Prix du scénario: le réalisateur Ryusuke Hamaguchi pour "Drive my car" (Japon)

- Camera d'or: "Murina" de la réalisatrice Antoneta Alamat Kusijanovic (Croatie)

- Palme d'or du court métrage: "Tous les corbeaux du monde" de la réalisatrice Tang Yi (Hong Kong)

- Mention spéciale du court métrage: "Le ciel du mois d'août" de la réalisatrice Jasmin Tenucci (Brésil)

Deux acteurs trentenaires sacrés 
Autre signe en direction de la jeunesse, les prix d'interprétation vont également à deux trentenaires. Côté féminin, c'est la Norvégienne Renate Reinsve, 33 ans, qui l'emporte pour sa performance dans "Julie en 12 chapitres" de Joachim Trier, dans lequel elle incarne une jeune femme en quête d'elle-même.


Le désir, la fidélité, la maternité, la relation aux parents, les différences générationnelles... toutes les questions qui agitent Julie sont explorées dans de film, à l'aune des grands sujets contemporains : place des femmes dans la société, écologie, invasion numérique.

Côté masculin, le jury a couronné un Américain, Caleb Landry Jones, 31 ans pour sa performance dans "Nitram", où il incarne un jeune homme borderline qui s'apprête à commettre l'une des pires tueries de l'histoire de l'Australie. Le film offre une plongée dans la tête du tueur, qu'il incarne magistralement: Martin Bryant, condamné à la perpétuité.


Plus largement, à l'image d'une industrie travaillée par les évolutions sociétales, les films cannois, dans la compétition et au-delà, ont fait souffler un vent frais : malgré seulement quatre réalisatrices en compétition, le féminisme est omniprésent. Des réalisateurs s'en sont emparé, et les relations lesbiennes par exemple ont désormais toute leur place.


Le climat aussi a occupé une place plus importante que jamais, avec une sélection spéciale de films sur l'environnement, allant au-delà du manifeste, comme avec Aïssa Maïga qui s'est connectée à son histoire familiale dans "Marcher sur l'eau", pour aborder la question de l'accessibilité de cette ressource. Le sujet reste une grosse question pour le festival, qui a encore du chemin à faire pour continuer de réduire son empreinte écologique.

Cannes: Carax obtient le prix de la mise en scène

Le réalisateur français Leos Carax a remporté samedi le prix de la mise en scène pour "Annette", opéra-rock foisonnant et virtuose qui fait briller deux stars, Adam Driver et Marion Cotillard.

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Le compositeur de musique américain Ron Mael (G) prononce un discours à côté du compositeur de musique américain Russell Mael sur scène alors qu'ils acceptent le prix du meilleur réalisateur pour le film "Annette" au nom du réalisateur français Leos Carax lors de la cérémonie de clôture de la 74e édition du Festival de Cannes à Cannes, dans le sud de la France, le 17 juillet 2021. (AFP)


Neuf ans après "Holy Motors", Leos Carax remporte à 60 ans la plus haute distinction cannoise pour ce feu d'artifice cinématographique, coécrit et mis en musique par le groupe américain Sparks, qui avait fait l'ouverture du festival, célébrant en grande pompe les retrouvailles du cinéma mondial


"Ce n'est pas seulement un grand réalisateur français mais un immense cinéaste", a déclaré l'un des deux musiciens Ron Mael, en recevant ce prix en l'absence du réalisateur. "Malheureusement Leos Carax ne peut pas être des nôtres". 


"Il avait un problème de dents. Mais nous sommes ravis qu'il ait décroché ce prix et nous sommes très touchés d'avoir été associés à un film de Leos Carax", a-t-il ajouté.


Cinéaste français inclassable et écorché vif, Leos Carax signe ce show musical déjanté sur l'amour, la gloire et la chute, retraçant l'histoire d'un couple de stars à Los Angeles, dans son style flamboyant habituel.


La soirée a aussi été l'occasion de remettre une Palme d'or d'honneur au cinéaste italien Marco Bellocchio, qui après cinq décennies de carrière engagée, n'épargnant ni l'armée ni la religion, qui a présenté un documentaire très personnel, "Marx peut attendre".

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Le réalisateur italien Marco Bellocchio regarde son trophée alors qu'il pose lors d'un photocall après avoir reçu une Palme d'or honorifique lors de la cérémonie de clôture de la 74e édition du Festival de Cannes à Cannes, dans le sud de la France, le 17 juillet 2021. (AFP)


Et après l'émotion du palmarès, la Croisette va pouvoir décompresser. Cannes projette en clôture et en avant-première la comédie française la plus attendue de l'été, "OSS 117, Alerte rouge en Afrique noire", signée Nicolas Bedos avec Jean Dujardin toujours, en Hubert Bonisseur de La Bath, rejoint par Pierre Niney et Fatou N'Diaye.


Découverte d'un nouveau dinosaure à la queue inédite au Chili

Les ostéodermes, des structure de plaques osseuses situées dans les couches dermiques de la peau, du Stegouros elengassen sont alignés de part et d'autre de la queue et la font ressembler à une grande fougère. (Photo, AFP)
Les ostéodermes, des structure de plaques osseuses situées dans les couches dermiques de la peau, du Stegouros elengassen sont alignés de part et d'autre de la queue et la font ressembler à une grande fougère. (Photo, AFP)
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  • Le Stegouros elengassen, dont un squelette a été découvert il y a trois ans en Patagonie, déconcerte les scientifiques par sa queue
  • «La queue est recouverte de sept paires d'ostéodermes produisant une arme absolument différente de tout ce que l'on connaît pour aucun dinosaure»

Des paléontologues chiliens ont présenté mercredi les résultats de leurs recherches sur le Stegouros elengassen, dinosaure dont un squelette a été découvert presque intact il y a trois ans en Patagonie et qui déconcerte les scientifiques par sa queue.

Le dinosaure avait été découvert lors de fouilles en 2018 à Cerro Guido, un site connu pour abriter de nombreux fossiles, par une équipe pensant avoir à faire à un type d'animal déjà connu jusqu'à ce qu'apparaissent les restes de sa queue surprenante.  

"C'était la principale surprise (...) Cette structure est absolument étonnante", a déclaré Alexander Vargas, l'un des paléontologues, durant la présentation de la découverte à l'Université du Chili. 

"Car la queue était recouverte de sept paires d'ostéodermes (...) produisant une arme absolument différente de tout ce que l'on connaît pour aucun dinosaure", a ajouté le chercheur. 

Les ostéodermes -- des structure de plaques osseuses situées dans les couches dermiques de la peau - sont alignés de part et d'autre de la queue et la font ressembler à une grande fougère.

Les paléontologues ont découvert 80 % du squelette du dinosaure et estiment que l'animal avait vécu dans la région il y a 71 à 74,9 millions d'années. Il mesurait environ deux mètres de long, pesait 150 kilos et était herbivore. 

Selon les scientifiques, qui ont publié leurs recherches dans la revue spécialisée Nature, il pourrait représenter une lignée jusqu'alors inconnue d'un dinosaure cuirassé jamais vu dans l'hémisphère sud mais déjà identifié dans le nord du continent. 

"Nous ne savons pas pourquoi (la queue) a évolué. Nous savons qu'au sein des groupes de dinosaures cuirassés, il semble y avoir une tendance à développer de manière indépendante différents mécanismes de défense basés sur les ostéodermes", a expliqué Sergio Soto, autre membre de l'équipe.

La zone de Cerro Guido, dans la vallée de Las Chinas à 3.000 km au sud de Santiago, s'étend sur 15 km. Diverses formations rocheuses y affleurent, qui contiennent de nombreux fossiles. 

C'est "une espèce de livre qui nous permet de comprendre les successions de faune et flore à cet endroit", expliquent les paléontologues.

Elle leur a également permis de découvrir que l'Amérique et l'Antarctique actuels étaient proches il y a des millions d'années. 

"Il y a des preuves solides qu'il existe un lien biogéographique avec d'autres régions de la planète, dans ce cas l'Antarctique et l'Australie, car nous y avons deux dinosaures cuirassés étroitement apparentés" au Stegouros, a précisé Sergio Soto.


Un robot oiseau capable de se poser et d'agripper des objets

Le nouveau genre de volatile créé par une équipe d'ingénieurs de la prestigieuse université américaine de Stanford. (Photo, AFP)
Le nouveau genre de volatile créé par une équipe d'ingénieurs de la prestigieuse université américaine de Stanford. (Photo, AFP)
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  • Des pinces robotiques pouvant être fixées à des drones, transformant ces derniers en oiseaux robots capables de saisir des objets ou de se percher sur diverses surfaces
  • Ces nouvelles capacités pourraient permettre aux robots volants d'économiser leurs batteries au lieu de devoir faire du surplace

Une équipe d'ingénieurs de la prestigieuse université américaine de Stanford a créé des pinces robotiques pouvant être fixées à des drones, transformant ces derniers en oiseaux robots capables de saisir des objets ou de se percher sur diverses surfaces.

Ces nouvelles capacités pourraient permettre aux robots volants d'économiser leurs batteries au lieu de devoir faire du surplace -- par exemple lors d'opérations de recherches de survivants -- ou aider les biologistes à prélever plus aisément des échantillons en forêt.

"Nous voulons être capables d'atterrir n'importe où, c'est la raison pour laquelle c'est enthousiasmant d'un point de vue de l'ingénierie et de la robotique", a expliqué à l'AFP David Lentink, co-auteur d'un article à propos de cette innovation publié mercredi dans la revue Science Robotics.

Comme souvent en robotique, ce projet s'est inspiré de comportements animaliers -- en l'occurrence de la façon dont les oiseaux se posent et s'accrochent à des branches -- pour s'affranchir de difficultés techniques .

Mais imiter ces volatiles, à qui des millions d'années d'évolution permettent de s'agripper à des branches de différentes tailles ou formes, parfois couvertes de lichen ou rendues glissantes par la pluie, n'est pas tâche aisée.

A cette fin, l'équipe de Stanford a étudié grâce à des caméras haute vitesse la façon dont de petits perroquets atterrissaient sur des perches variant en taille et en matériau: bois, mousse, papier de verre et téflon.

Les perches étaient aussi équipées de capteurs enregistrant la force avec laquelle les oiseaux se posaient et redécollaient.

Les scientifiques ont constaté que si le mouvement d'atterrissage était le même dans chaque situation, les perroquets se servaient de leurs pattes pour s'adapter aux variations rencontrées.

Plus spécifiquement, les oiseaux enroulent leurs serres autour de leur perchoir et utilisent par ailleurs des coussinets à la fois doux et plissés pour s'assurer une bonne adhésion.

Pour pouvoir soutenir un petit drone à quatre hélices, les scientifiques ont conçu leurs pinces à partir du modèle des pattes du faucon pèlerin.

La structure, fabriquée grâce à une imprimante 3D, comprend des moteurs et du fil de pêche en guise de muscles et tendons.

Il faut 20 millisecondes au mécanisme pour s'accrocher, et un accéléromètre indique ensuite au robot que le processus d'atterrissage est achevé.

Un algorithme permet enfin à l'oiseau mécanique de garder son équilibre sur la branche.

L'oiseau robot est parvenu à attraper des objets qu'on lui lançait, comme des balles de tennis, et de se poser en conditions réelles dans des forêts du nord-ouest des Etats-Unis.


Quand le vinyle ne tourne plus rond

Un tourne-disque vinyle dans un magasin de musique à Paris, le 18 février 2020. (Photo, AFP)
Un tourne-disque vinyle dans un magasin de musique à Paris, le 18 février 2020. (Photo, AFP)
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  • Depuis le retour en verve du vinyle en France il y a cinq ans, c'était un marché de niche porteur, avec une progression de 10,2% et 4,5 millions d'unités vendues en 2020 dans le pays
  • «Chez certaines majors, les prix sont montés à 30-40 euros, c'est un jeu très malsain», dit Aurélie Hannedouche, du Sma

PARIS: Pénurie de matière première, augmentation disproportionnée du prix répercutée sur le mélomane, embouteillage au pressage pénalisant les labels indépendants : le vinyle sort de son sillon vertueux. 

Depuis le retour en verve du vinyle en France il y a cinq ans, c'était un marché de niche porteur, avec une progression de 10,2% et 4,5 millions d'unités vendues en 2020 dans le pays, d'après le  Syndicat national de l'édition phonographique (Snep). 

Désormais, il y a plusieurs grésillements autour des platines. D'abord, « une politique prix qui augmente déraisonnablement » et « met en péril notre marché du disque » comme l'ont consigné dans un communiqué récent le Syndicat des musiques actuelles (Sma) et la Fédération nationale des labels et distributeurs indépendants (Félin). 

Car la pénurie de matière première -- dommage collatéral de la crise sanitaire qu'on retrouve dans d'autres secteurs industriels -- est répercutée par les majors du disque sur les prix de vente au détail du vinyle (il n'y pas de prix unique, contrairement au livre).  

« Dans des dimensions délirantes », dénonce Christophe Ouali, membre de la direction du Groupement des disquaires indépendants (Gredin). Ce responsable vise principalement Warner et Universal, ainsi que, dans une moindre mesure, Sony dont les hausses s'appliquent sur moins de références d'après ses constats. 

« Jeu très malsain »  

« Chez certaines majors, les prix sont montés à 30-40 euros, c'est un jeu très malsain », dit aussi Aurélie Hannedouche, du Sma. Sont concernés ce qu'on appelle les fonds de catalogues, soit les disques d'artistes emblématiques.  

Christophe Ouali, qui constate des hausses médianes autour de 35%, évoque un « calcul court-termiste criminel ». Et d'illustrer: « ‘Nevermind’ de Nirvana (qui fêtait ses 30 ans cette année) a connu une baisse de 40% des ventes en juin après augmentation ; l'album (culte) à la banane du Velvet Underground and Nico, en passant de 20 à 30 balles, a subi moins 80% de ventes ». 

« Avec les confinements, certains ont remis des disques sur la platine et se sont refaits une discothèque aux déconfinements, dans une frénésie de conso qui tape dans les stocks : quand ‘Harvest’ (incontournable de Neil Young) reviendra dans les bacs entre 45 et 50 euros, les clients ne vont pas prendre un crédit à la consommation pour l'acheter », tonne-t-il encore.  

Les artistes aussi ont des sueurs froides. Dominique A, qui fêtera l'an prochain les 30 ans de son premier album « La fossette », s'est opposé sur Facebook à Warner qui voulait « opérer » sur le prix de ses vinyles « d'importantes majorations ». Soit « contribuer à faire du disque un objet destiné aux privilégiés ».  

« On est à bout » 

« La deuxième mi-temps du match sera peut-être sifflée en début d'année prochaine avec l'évaluation de l'effondrement des ventes. C'est beaucoup d'épuisement, on est à bout », souffle Christophe Ouali. 

La pénurie (de polymère, indispensable au vinyle) provoque aussi un embouteillage dans les usines de pressage. C'est l'autre point qui fâche. Les majors du disque réservent « les chaînes de production, car elles ont de plus gros volumes, sont prioritaires », déplore Aurélie Hannedouche. Ce qui lèse les labels indépendants (1 500 en France, selon Sma et Félin) qui produisent aussi des vinyles. 

Or, « la période des fêtes de Noël est très importante pour le marché physique des labels indépendants », poursuit la responsable du Sma. Les genres musicaux qu'ils représentent - comme le rock et la pop - ne peuvent pas se reposer sur le marché numérique, à la différence des musiques urbaines, esthétiques dominantes courtisées par les majors.  

Et ceux placés sur liste d'attente doivent désormais absorber des délais de fabrication passés de 8-13 semaines « à 6-9 mois, c'est le temps d'une grossesse ! », grogne encore Christophe Ouali. 

Même en anticipant, les retards sont là, comme « Mr Maserati », best-of de Baxter Dury, avec une sortie décalée du 3 décembre au 11 février 2022, chez Pias qui manque donc le rendez-vous sous le sapin. 

L'AFP a sollicité les antennes françaises des majors. « Pas de communication », fait savoir Universal. Warner et Sony n'ont pas donné suite.