Cannes couronne le féminisme et la jeunesse avec Julia Ducournau

La réalisatrice française Julia Ducournau (à gauche) remercie la réalisatrice américaine et présidente du jury du 74e Festival de Cannes Spike Lee après avoir remporté la Palme d'or pour son film "Titane" lors de la cérémonie de clôture de la 74e édition du Festival de Cannes à Cannes , sud de la France, le 17 juillet 2021. (AFP)
La réalisatrice française Julia Ducournau (à gauche) remercie la réalisatrice américaine et présidente du jury du 74e Festival de Cannes Spike Lee après avoir remporté la Palme d'or pour son film "Titane" lors de la cérémonie de clôture de la 74e édition du Festival de Cannes à Cannes , sud de la France, le 17 juillet 2021. (AFP)
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Publié le Samedi 17 juillet 2021

Cannes couronne le féminisme et la jeunesse avec Julia Ducournau

  • Le cinéaste new-yorkais a gaffé, faisant cette annonce d'emblée, alors qu'il était censé annoncer le prix d'interprétation masculine...
  • Cannes envoie un signal majeur dans une industrie qui s'interroge plus que jamais depuis quatre ans sur la place des femmes, et l'égalité entre les genres

CANNES: Le Festival de Cannes a frappé un grand coup en couronnant Julia Ducournau pour une oeuvre furieusement contemporaine, "Titane", la Française devenant la deuxième réalisatrice de l'histoire du festival à recevoir la Palme d'or.


Vingt-huit ans après "La leçon de Piano" de Jane Campion, première réalisatrice primée, le jury présidé par Spike Lee, premier artiste afro-américain à ce poste, vient récompenser la benjamine de la compétition, 37 ans.


Le cinéaste new-yorkais a gaffé, faisant cette annonce d'emblée, alors qu'il était censé annoncer le prix d'interprétation masculine...

Asghar Farhadi reçoit le Grand Prix à Cannes et veut "éveiller les consciences" en Iran

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Le réalisateur iranien Asghar Farhadi pose avec son trophée lors d'un photocall après avoir également reçu le Grand Prix pour son film "Ghahreman"(A Hero)" lors de la cérémonie de clôture de la 74e édition du Festival de Cannes à Cannes, dans le sud de la France, le 17 juillet 2021. (AFP)

Le cinéaste iranien Asghar Farhadi a appelé samedi à "éveiller les consciences" en Iran en recevant le Grand Prix du festival de Cannes, le deuxième prix le plus prestigieux après la Palme d'or, ex-aequo avec le Finlandais Juho Kuosmanen.


Le réalisateur a remporté ce prix pour "Un héros", l'histoire d'une rédemption empêchée dans une société iranienne rongée par la méfiance et la manipulation.


Après deux expériences internationales - "Le passé" (2013) et Everybody knows" (2018) - qui ont moins convaincu la critique, le cinéaste revient dans son pays et à ses thèmes de prédilection : le recensement des maux qui rendent l'émancipation et le bonheur en société impossibles, avec ce nouveau long-métrage de deux heures.


A 49 ans, il a déclaré en recevant son prix n'avoir "rien fait d'autre que d'écrire des films" et les tourner, "malgré tous les obstacles, les difficultés, les pressions, les obstacles qui auraient pu me dissuader". "Je continue d'avoir l'espoir, en suscitant des questionnements, que je pourrai contribuer à améliorer les choses", a-t-il ajouté. "Ce qui peut permettre de sauver mon pays, de l'améliorer, c'est d'éveiller les consciences".


Il est ex-aequo avec le Finlandais Juho Kuosmanen, qui a filmé dans "Compartiment No6", la rencontre entre une Finlandaise et un Russe le temps d'un voyage en train entre Moscou et Mourmansk, au nord du cercle polaire.

Cannes envoie ainsi un signal majeur dans une industrie qui s'interroge plus que jamais depuis quatre ans sur la place des femmes, et l'égalité entre les genres, dans le sillage de l'affaire Weinstein puis du mouvement #MeToo.


Seules quatre réalisatrices étaient en compétition cette année, pour 24 films au total. Le prix le plus prestigieux, attribué à "Titane", récompense un cinéma transgressif et défricheur, empreint de féminisme.


"Titane", qui n'est pas destiné à tous les publics, mêle d'amour pour les voitures et de quête de paternité. C'était le film le plus violent et trash de la compétition, loin de faire l'unanimité parmi les critiques. Il met en scène une nouvelle venue bluffante, Agathe Rousselle, et l'acteur français Vincent Lindon, en pompier sous stéroïdes.


"Un de mes buts a toujours été d'amener le cinéma de genre ou des films "ovniesques" dans des festivals généralistes pour arrêter d'ostraciser un pan de la production française", a déclaré Julia Ducournau pendant le festival. "Le genre permet aussi de parler de l'individu et très profondément de nos peurs et de nos désirs".


La réalisatrice avait déjà laissé un souvenir mémorable à Cannes avec son premier long-métrage, "Grave", une histoire brute de décoffrage d'étudiante en médecine vétérinaire qui devient cannibale, qui lui permettait de devenir la cheffe de file d'un renouveau du film de genre tricolore.  De l'autre côté de l'Atlantique, elle a été adoubée par un maître de l'épouvante, Night Shyamalan.

Le Palmarès du 74e Festival de Cannes

Palmarès du 74e Festival de Cannes dévoilé ce samedi soir:

- Palme d'or: "Titane" de la réalisatrice Julie Ducournau (France)

- Grand Prix: "Un héros" du réalisateur Asghar Farhadi (Iran) et "Hytti NRO 6" (Compartiment NO.6) du réalisateur Juho Kuosmanen (Finlande)

- Prix du jury: "Le genou d'Ahed" du réalisateur Nadav Lapid (Israël) et "Memoria" du réalisateur Apichatpong Weerasethakul (Thaïlande)

- Prix de la mise en scène: le réalisateur Leos Carax pour "Annette" (France)

- Prix d'interprétation masculine: l'acteur américain Caleb Landry Jones dans "Nitram"

- Prix d'interprétation féminine: l'actrice norvégienne Renate Reinsve dans "Julie en 12 chapitres"

- Prix du scénario: le réalisateur Ryusuke Hamaguchi pour "Drive my car" (Japon)

- Camera d'or: "Murina" de la réalisatrice Antoneta Alamat Kusijanovic (Croatie)

- Palme d'or du court métrage: "Tous les corbeaux du monde" de la réalisatrice Tang Yi (Hong Kong)

- Mention spéciale du court métrage: "Le ciel du mois d'août" de la réalisatrice Jasmin Tenucci (Brésil)

Deux acteurs trentenaires sacrés 
Autre signe en direction de la jeunesse, les prix d'interprétation vont également à deux trentenaires. Côté féminin, c'est la Norvégienne Renate Reinsve, 33 ans, qui l'emporte pour sa performance dans "Julie en 12 chapitres" de Joachim Trier, dans lequel elle incarne une jeune femme en quête d'elle-même.


Le désir, la fidélité, la maternité, la relation aux parents, les différences générationnelles... toutes les questions qui agitent Julie sont explorées dans de film, à l'aune des grands sujets contemporains : place des femmes dans la société, écologie, invasion numérique.

Côté masculin, le jury a couronné un Américain, Caleb Landry Jones, 31 ans pour sa performance dans "Nitram", où il incarne un jeune homme borderline qui s'apprête à commettre l'une des pires tueries de l'histoire de l'Australie. Le film offre une plongée dans la tête du tueur, qu'il incarne magistralement: Martin Bryant, condamné à la perpétuité.


Plus largement, à l'image d'une industrie travaillée par les évolutions sociétales, les films cannois, dans la compétition et au-delà, ont fait souffler un vent frais : malgré seulement quatre réalisatrices en compétition, le féminisme est omniprésent. Des réalisateurs s'en sont emparé, et les relations lesbiennes par exemple ont désormais toute leur place.


Le climat aussi a occupé une place plus importante que jamais, avec une sélection spéciale de films sur l'environnement, allant au-delà du manifeste, comme avec Aïssa Maïga qui s'est connectée à son histoire familiale dans "Marcher sur l'eau", pour aborder la question de l'accessibilité de cette ressource. Le sujet reste une grosse question pour le festival, qui a encore du chemin à faire pour continuer de réduire son empreinte écologique.

Cannes: Carax obtient le prix de la mise en scène

Le réalisateur français Leos Carax a remporté samedi le prix de la mise en scène pour "Annette", opéra-rock foisonnant et virtuose qui fait briller deux stars, Adam Driver et Marion Cotillard.

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Le compositeur de musique américain Ron Mael (G) prononce un discours à côté du compositeur de musique américain Russell Mael sur scène alors qu'ils acceptent le prix du meilleur réalisateur pour le film "Annette" au nom du réalisateur français Leos Carax lors de la cérémonie de clôture de la 74e édition du Festival de Cannes à Cannes, dans le sud de la France, le 17 juillet 2021. (AFP)


Neuf ans après "Holy Motors", Leos Carax remporte à 60 ans la plus haute distinction cannoise pour ce feu d'artifice cinématographique, coécrit et mis en musique par le groupe américain Sparks, qui avait fait l'ouverture du festival, célébrant en grande pompe les retrouvailles du cinéma mondial


"Ce n'est pas seulement un grand réalisateur français mais un immense cinéaste", a déclaré l'un des deux musiciens Ron Mael, en recevant ce prix en l'absence du réalisateur. "Malheureusement Leos Carax ne peut pas être des nôtres". 


"Il avait un problème de dents. Mais nous sommes ravis qu'il ait décroché ce prix et nous sommes très touchés d'avoir été associés à un film de Leos Carax", a-t-il ajouté.


Cinéaste français inclassable et écorché vif, Leos Carax signe ce show musical déjanté sur l'amour, la gloire et la chute, retraçant l'histoire d'un couple de stars à Los Angeles, dans son style flamboyant habituel.


La soirée a aussi été l'occasion de remettre une Palme d'or d'honneur au cinéaste italien Marco Bellocchio, qui après cinq décennies de carrière engagée, n'épargnant ni l'armée ni la religion, qui a présenté un documentaire très personnel, "Marx peut attendre".

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Le réalisateur italien Marco Bellocchio regarde son trophée alors qu'il pose lors d'un photocall après avoir reçu une Palme d'or honorifique lors de la cérémonie de clôture de la 74e édition du Festival de Cannes à Cannes, dans le sud de la France, le 17 juillet 2021. (AFP)


Et après l'émotion du palmarès, la Croisette va pouvoir décompresser. Cannes projette en clôture et en avant-première la comédie française la plus attendue de l'été, "OSS 117, Alerte rouge en Afrique noire", signée Nicolas Bedos avec Jean Dujardin toujours, en Hubert Bonisseur de La Bath, rejoint par Pierre Niney et Fatou N'Diaye.


Plus de 300 candidatures, sept finalistes : JD Malat Gallery met à l’honneur la scène artistique des Émirats

Les œuvres des sept artistes retenus dans le cadre de l’initiative « Made in the UAE » seront présentées à la JD Malat Gallery Dubai à partir du 11 juin 2026. (fournie)
Les œuvres des sept artistes retenus dans le cadre de l’initiative « Made in the UAE » seront présentées à la JD Malat Gallery Dubai à partir du 11 juin 2026. (fournie)
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  • JD Malat Gallery Dubai a sélectionné sept artistes résidant aux Émirats arabes unis parmi plus de 300 candidatures reçues dans le cadre de l’appel à projets « Made in the UAE »
  • Leurs œuvres seront présentées lors d’une exposition collective qui ouvrira le 11 juin 2026 à Downtown Dubai, mettant en lumière la diversité de la scène artistique contemporaine du pays

DUBAÏ: JD Malat Gallery Dubai a annoncé les sept artistes retenus dans le cadre de « Made in the UAE », une initiative curatoriale destinée à mettre en lumière des talents qui contribuent à façonner le paysage culturel contemporain des Émirats arabes unis.

Lancé en octobre 2025, l’appel à candidatures a suscité un vif intérêt à travers le pays, avec plus de 300 candidatures reçues de la part d’artistes résidant dans les différents émirats. À l’issue du processus de sélection, sept finalistes ont été retenus pour participer à une exposition collective qui ouvrira ses portes le 11 juin 2026 au sein de la galerie, située à Downtown Dubai.

Les artistes sélectionnés sont Ahmed Emad (EAU/Égypte), Anila Ashraf (Pakistan), Camelia Mohebi (EAU), Elizaveta Pugacheva (Russie), Samo Shalaby (Égypte/Palestine), Sasan Nasernia (Iran) et Yousif Albadi (Soudan).

De la peinture à la sculpture en passant par des techniques mixtes, leurs travaux explorent des thèmes tels que l’identité, la mémoire, la matérialité et les échanges culturels. Ensemble, ils offrent un aperçu de la richesse et de l’évolution de la scène artistique contemporaine des Émirats.

La sélection a été effectuée par un jury réunissant des figures du monde de l’art et de la culture dans la région, dont Zina Khair, cofondatrice de la Khair Art Collection, Roxane Zand, fondatrice de Zand Fine Arts et ancienne vice-présidente de Sotheby’s pour le Moyen-Orient, Ali Mohammadioun, collectionneur, curateur et fondateur d’E Plus A Atelier, ainsi que Jean-David Malat, fondateur de JD Malat Gallery.

Face à la qualité des candidatures reçues, le jury a décidé d’élargir la sélection initialement envisagée afin d’inclure sept artistes.

« Le niveau des candidatures était exceptionnel et témoigne de la profondeur des talents qui participent aujourd’hui au dynamisme culturel des Émirats arabes unis », a déclaré Jean-David Malat.

« Au-delà de la qualité des œuvres, c’est la diversité des perspectives et des parcours qui a particulièrement retenu notre attention. Ces artistes incarnent l’identité internationale et plurielle qui fait de Dubaï une ville créative unique, » a-t-il ajouté.

 


Un couple saoudien transforme des matériaux du quotidien en œuvres d’art

Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)
Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)
Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)
Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)
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  • Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair partagent un langage artistique façonné par la curiosité et la collaboration
  • Sahar Al-Omair : « Notre philosophie artistique repose sur une compréhension profonde du pouvoir de l’ordinaire et du potentiel collectif humain. »

DJEDDAH : Les artistes saoudiens Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair trouvent de la beauté là où on l’attend le moins.

Depuis leur atelier installé dans leur maison de la province orientale, ce duo mari et femme a développé une pratique artistique fondée sur des milliers d’objets du quotidien que beaucoup ignorent ou jettent : clous, punaises, vis, grains de café et plaques de métal rouillées.

Grâce à des processus minutieux pouvant nécessiter plusieurs mois de travail, ils transforment ces matériaux ordinaires en œuvres complexes qui explorent la mémoire, la culture, les mutations environnementales et les liens humains.

Au cœur de leur démarche se trouve la conviction que la valeur existe souvent dans des éléments que l’on ne remarque pas. « Notre philosophie artistique repose sur une compréhension profonde du pouvoir de l’ordinaire et du potentiel collectif humain », a déclaré Al-Omair à Arab News.

« Chaque punaise, chaque clou ou chaque perle peut sembler insignifiant pris isolément. Pourtant, lorsque des milliers d’entre eux sont assemblés avec soin, ils se transforment en quelque chose de magnifique. 

À travers notre travail, nous montrons comment des éléments négligés ou considérés comme “imparfaits” peuvent s’unir pour composer de remarquables harmonies visuelles, tout comme les actions individuelles, lorsqu’elles sont coordonnées, peuvent accomplir des réalisations extraordinaires. » 

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Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)

Cette philosophie dépasse largement le choix des matériaux. Nombre de leurs œuvres abordent la mémoire collective, les transformations environnementales, l’identité culturelle et des récits humains oubliés, souvent au travers de processus exigeants qui brouillent les frontières entre démarche artistique, recherche et ingénierie.

L’un de leurs projets les plus ambitieux consistait à réaliser un portrait à partir de 13 000 grains de café usagés. Pour obtenir la gamme de tons nécessaire, les artistes ont passé deux mois à torréfier eux-mêmes les grains, traitant ce processus comme un peintre mélange ses couleurs.

« Nous avons acheté une petite torréfaction et torréfié les grains selon différentes nuances, quelques secondes seulement séparant une teinte d’une autre », explique Al-Omair.

« Nous sommes finalement parvenus à obtenir neuf nuances distinctes, puis nous avons classé les grains comme dans une bibliothèque de couleurs. Les torréfactions légères servaient aux tons beige chaud et brun doux, les torréfactions moyennes aux teintes terreuses plus riches, et les plus foncées aux ombres profondes et aux contrastes. Chaque variation comptait, ce qui a rendu le processus extrêmement expérimental et détaillé. »

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(Fourni)

Leurs œuvres monumentales réalisées avec des clous exigent un niveau de précision similaire. Certaines pièces intègrent plus de 100 000 clous, obligeant Al-Sadah à calculer les dimensions, la répartition du poids et les charges structurelles avant même le début de la production.

« Au départ, ce n’était pas facile du tout », a confié Al-Sadah à Arab News. « Nous ne savions pas par où commencer ni à qui demander conseil. Il a fallu énormément de recherches, vraiment énormément.

Je pense que cette difficulté a été une bénédiction, car elle nous a poussés à expérimenter et à faire preuve de créativité avec les connaissances dont nous disposions. Je suis certain qu’il existe des méthodes plus rapides ou plus simples, mais comme nous ne les connaissions pas, nous avons dû inventer nos propres procédés. »

Le langage visuel des artistes est également profondément influencé par leur environnement dans la région de Qatif, un territoire historiquement marqué par ses oasis, ses palmeraies et son héritage agricole.

« Le calme de l’oasis, la densité des palmiers, les paysages désertiques et les vestiges de l’architecture ancienne ont forgé en nous chez nous une mémoire visuelle très forte », explique Al-Omair.

Elle ajoute que voir nombre de ces éléments disparaître progressivement au fil du temps a eu un impact émotionnel profond sur eux et continue d’influencer leur travail.

Leur prochaine exposition, par exemple, utilisera de la rouille récupérée sur des tôles ondulées en zinc qui dissimulent aujourd’hui les vestiges de la source historique de Darosh, une source d’eau vieille de 2 000 ans dont le déclin est devenu un symbole des transformations environnementales de la région.

« Ce n’est pas la première fois que nous travaillons avec des matériaux considérés comme “laids” ou sans valeur pour les présenter comme des œuvres dignes d’attention », souligne Al-Sadah.

« Le matériau porte déjà sa propre beauté, son histoire et sa présence ; nous ne faisons que les révéler. Ce qui nous intéresse, c’est l’authenticité de la surface elle-même : les textures, les taches, l’érosion, les traces du temps et de l’abandon. Même les dégradations acquièrent une signification visuelle et émotionnelle », explique-t-il.

Le couple s’est rencontré lors d’un atelier artistique en 2021 et a rapidement découvert un langage créatif commun malgré des parcours différents. Al-Sadah travaillait le bois et l’art numérique, tandis qu’Al-Omair se consacrait au dessin et à la composition visuelle.

« Lorsque nous avons commencé à travailler ensemble, la collaboration nous a semblé très naturelle ; notre manière de penser était étonnamment similaire », raconte Al-Omair.

« Nous étions tous deux passionnés par la narration et les détails. Alors que nous discutions d’une œuvre à ses débuts, nous nous sommes retrouvés à la réaliser entièrement ensemble. Depuis, nous travaillons comme un duo d’artistes », ajoute-t-elle.

Aucun des deux n’a suivi de formation artistique formelle, une réalité qui, selon eux, a nourri leur esprit d’expérimentation.

« Comme nous n’avions ni mentors ni cadres établis sur lesquels nous appuyer, nous avons été poussés vers une approche beaucoup plus expérimentale », explique Al-Sadah. « Nous avons dû tout apprendre par nous-mêmes, ce qui a façonné une grande partie de notre démarche. D’une certaine manière, nous nous estimons chanceux d’avoir bénéficié de cette indépendance, même si elle s’accompagnait d’incertitudes. »

Depuis leur mariage en 2022, le couple a réalisé entre 20 et 30 œuvres collaboratives, dont beaucoup nécessitent des mois de recherche, de tests de matériaux et de fabrication.

Au fil du temps, ils ont constitué une communauté fidèle de collectionneurs qui découvrent souvent leur travail directement dans leur atelier.

« Les gens ne viennent pas seulement acheter une œuvre terminée », explique Al-Sadah. « Ils assistent souvent à des fragments du processus, aux expérimentations, aux échecs, aux matériaux et aux histoires qui se cachent derrière chaque réalisation. Cela suscite un lien émotionnel différent avec l’œuvre lorsqu’elle rejoint leur foyer. »

Bien qu’ils soient ouverts à des expositions sur de grandes scènes internationales, ils restent profondément attachés aux paysages, à l’histoire et aux transformations en cours de l’Arabie saoudite.

« Même si nos œuvres voyagent à l’international à l’avenir, nous ne considérons pas cela comme incompatible avec la préservation ou la mise en valeur des récits saoudiens », affirme Al-Sadah.

« D’une certaine manière, plus notre travail est enraciné dans notre environnement et nos expériences, plus il semble toucher un public universel. » 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, autrice de «Persepolis», est décédée

 L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, qui s'est fait mondialement connaître avec la bande dessinée et le film "Persepolis", est décédée à Paris à l'âge de 56 ans, a appris l'AFP jeudi auprès de son entourage. (AFP)
L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, qui s'est fait mondialement connaître avec la bande dessinée et le film "Persepolis", est décédée à Paris à l'âge de 56 ans, a appris l'AFP jeudi auprès de son entourage. (AFP)
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  • Adversaire acharnée des autorités de Téhéran, Marjane Satrapi avait refusé la Légion d'honneur française en 2025 pour dénoncer "l'attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l'Iran"
  • "Depuis un moment, j'ai réellement du mal à comprendre la politique de la France vis-à-vis de l'Iran", avait-elle expliqué sur Instagram, regrettant que de "jeunes Iraniens épris de liberté, des dissidents, des artistes, se voient refuser des visas"

PARIS: L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, qui s'est fait mondialement connaître avec la bande dessinée et le film "Persepolis", est décédée à Paris à l'âge de 56 ans, a appris l'AFP jeudi auprès de son entourage.

"Marjane Satrapi morte de tristesse un peu plus d'un an après le décès de Mattias Ripa, son mari et l'amour de sa vie", indique un communiqué de ses proches transmis à l'AFP. Producteur, acteur et scénariste, Mattias Ripa est mort le 8 avril 2025.

Exilée en France depuis 1994, naturalisée française en 2006, Marjane Satrapi avait connu la consécration avec la saga autobiographique "Persepolis" dans laquelle elle racontait son enfance en Iran sous le joug des mollahs, la répression subie par le peuple iranien et son douloureux départ vers l'Europe.

Primé en 2001 au festival de BD d'Angoulême, le premier volet avait été suivi de trois autres et porté à écran par Marjane Satrapi en 2007, avec Vincent Paronnaud à la co-réalisation, décrochant le prix du jury du festival de Cannes en 2007. "Même si ce film est universel, je tiens à le dédier à tous les Iraniens", avait alors déclaré Marjane Satrapi, qui a, ces dernières années encore, dénoncé les agissements de la République islamique d'Iran.

En 2005, un autre de ses albums situé en Iran, "Poulet aux Prunes", avait décroché le prix du meilleur album à Angoulême et Marjane Satrapi avait également co-réalisé son adaptation au cinéma en 2011 avec, au casting Mathieu Amalric, Edouard Baer, Maria de Medeiros.

Adversaire acharnée des autorités de Téhéran, Marjane Satrapi avait refusé la Légion d'honneur française en 2025 pour dénoncer "l'attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l'Iran", qui connaissait alors une nouvelle vague de répression.

"Depuis un moment, j'ai réellement du mal à comprendre la politique de la France vis-à-vis de l'Iran", avait-elle expliqué sur Instagram, regrettant que de "jeunes Iraniens épris de liberté, des dissidents, des artistes, se voient refuser des visas".

"Le refus de la Légion d'honneur n'est en aucun cas une action ou une pensée contre la France. Bien au contraire, j'aime profondément ce pays qui est le mien", avait-elle précisé.

Son compte Instagram portait la trace du chagrin causé par la perte de son mari en 2025. Réparti sur plusieurs posts, un message proclamait ainsi: "I Lost the love of my life" (j'ai perdu l'amour de ma vie).