«Âme meurtrie»: les survivants de l'explosion de Beyrouth toujours hantés

Cette photo prise le 28 juillet 2021 montre une vue d'une sculpture en acier de 25 mètres de haut surnommée "Le geste" par l'artiste libanais Nadim Karam, fabriquée à partir de débris résultant de l'explosion dans le port de la capitale libanaise Beyrouth qui a pris lieu le 4 août 2020, suspendu à une grue sur le site de l'explosion au port près du désormais emblématique silo à grains endommagé. (Photo, AFP)
Cette photo prise le 28 juillet 2021 montre une vue d'une sculpture en acier de 25 mètres de haut surnommée "Le geste" par l'artiste libanais Nadim Karam, fabriquée à partir de débris résultant de l'explosion dans le port de la capitale libanaise Beyrouth qui a pris lieu le 4 août 2020, suspendu à une grue sur le site de l'explosion au port près du désormais emblématique silo à grains endommagé. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 28 juillet 2021

«Âme meurtrie»: les survivants de l'explosion de Beyrouth toujours hantés

  • « Pratiquement chaque mois, on trouve un nouveau morceau de verre. J'ai encore des éclats dans les cuisses, dans les jambes, et mes bras je crois », confie cet ingénieur en télécommunications de 36 ans
  • « Les médecins ont dit qu'il y aurait des débris de verre dans mon corps pendant encore plusieurs années », ajoute-t-il

BEYROUTH : Un an après la gigantesque explosion meurtrière au port de Beyrouth, Shady Rizk va toujours à l'hôpital pour se faire retirer des morceaux de verre logés dans sa chair. Mais s'affranchir du traumatisme est impossible.

"Pratiquement chaque mois, on trouve un nouveau morceau de verre. J'ai encore des éclats dans les cuisses, dans les jambes, et mes bras je crois", confie cet ingénieur en télécommunications de 36 ans.

"Les médecins ont dit qu'il y aurait des débris de verre dans mon corps pendant encore plusieurs années", ajoute-t-il. 

En ce 4 août 2020, sur les coups de 18 heures, il filme au téléphone, de son lieu de travail, l'épaisse fumée qui s'échappe d'un entrepôt au port de Beyrouth, juste en face. 

Quelques secondes plus tard, le souffle de la déflagration le frappe de plein fouet. Transporté à l'hôpital, toute la peau de son visage est striée de coupures, son corps sanguinolent.

L'explosion, dont les images ont fait le tour du monde, a fait plus de 200 morts, plus de 6.500 blessés et dévasté des quartiers entiers de la capitale. 

Le drame a aussi traumatisé toute une population, déjà mise à genoux par un naufrage économique et une pandémie inédits.

"L'explosion vit toujours en moi", confie M. Rizk à l'AFP devant ses anciens bureaux en ruine.

Les stigmates sont toujours vifs alors que l'enquête locale n'a toujours pas abouti à des conclusions ni expliqué pourquoi des centaines de tonnes de nitrate d'ammonium ont été abandonnées pendant plus de six ans dans l'entrepôt numéro 12, "sans mesure de précaution" de l'aveu même des autorités.

L'opinion publique pointe du doigt la classe dirigeante, qu'elle juge corrompue. "Quand on sait que personne n'a été emprisonné (...) ça donne envie de tout casser, d'aller manifester (...) de jeter des cocktails Molotov, de mettre le feu. N'importe quoi pour extérioriser cette colère", s'emporte l'ingénieur.

« Pleurer de l'intérieur » 

Sur ses bras et ses jambes, le trentenaire qui veut émigrer au Canada pour fuir l'enfer qu'est devenu le Liban exhibe ses cicatrices. Une multitude de petites striures rouges qui rappellent les 350 points de sutures qu'il a dû recevoir après l'explosion.

Blessé aux yeux par les éclats de verre, sa vison a aussi été sévèrement endommagée. Il y a aussi les séquelles psychologiques avec lesquelles il faut apprendre à vivre.

"Le traumatisme, ça vous déchire de l'intérieur, c'est comme si je pleurais de l'intérieur", lâche M. Rizk.

Rony Mecattaf a lui fait le tour des spécialistes en Europe et a subi trois opérations. Mais le psychothérapeute de 59 ans s'est résigné à vivre avec la perte de sa vision périphérique.

Cette photo prise le 28 juillet 2021 montre une vue d'une sculpture en acier de 25 mètres de haut surnommée "Le geste" par l'artiste libanais Nadim Karam, fabriquée à partir de débris résultant de l'explosion dans le port de la capitale libanaise Beyrouth qui a pris lieu le 4 août 2020, suspendu à une grue sur le site de l'explosion au port près du désormais emblématique silo à grains endommagé
Cette photo prise le 28 juillet 2021 montre une vue d'une sculpture en acier de 25 mètres de haut surnommée "Le geste" par l'artiste libanais Nadim Karam, fabriquée à partir de débris résultant de l'explosion dans le port de la capitale libanaise Beyrouth qui a pris lieu le 4 août 2020, suspendu à une grue sur le site de l'explosion au port près du désormais emblématique silo à grains endommagé. (Photo, AFP)

Au quotidien, il doit s'asseoir dans une position particulière pour avoir son interlocuteur dans son champ de vision. Dans la rue il marche toujours sur la gauche. Ses amis le taquinent en le surnommant "l'homme à un œil".

Pour le quinquagénaire, les survivants du 4 août n'ont pas eu la possibilité de confronter leur traumatisme.

Ereintés comme le reste de la population par un enchaînement de crises, toutes inédites, ils doivent surmonter les difficultés d'un quotidien marqué par la dépréciation historique de la livre libanaise, les pénuries en tout genre, les files d'attente devant les stations-service et les coupures de courant dans la chaleur étouffante de l'été.

"Nous sommes tous en mode survie", reconnaît M. Mecattaf.

« Rage et désespoir »

Sur le toit de son appartement dans le quartier de Mar Mikhael soufflé par l'explosion, Julia Sabra partage un ressenti similaire.

Cinq mois après le drame, elle s'est réinstallée dans son ancien logement entièrement rénové. Mais elle et son petit ami ne s'y sentent toujours pas en sécurité.

"N'importe quel bruit nous terrifie", raconte la chanteuse de 28 ans: "Les portes qui claquent, l'orage, les rafales de vent, quelque chose qui tombe dans les escaliers".

Cette photo prise le 28 juillet 2021 montre une vue d'une sculpture en acier de 25 mètres de haut surnommée "Le geste" par l'artiste libanais Nadim Karam, fabriquée à partir de débris résultant de l'explosion dans le port de la capitale libanaise Beyrouth qui a pris lieu le 4 août 2020, suspendu à une grue sur le site de l'explosion au port près du désormais emblématique silo à grains endommagé
Cette photo prise le 28 juillet 2021 montre une vue d'une sculpture en acier de 25 mètres de haut surnommée "Le geste" par l'artiste libanais Nadim Karam, fabriquée à partir de débris résultant de l'explosion dans le port de la capitale libanaise Beyrouth qui a pris lieu le 4 août 2020, suspendu à une grue sur le site de l'explosion au port près du désormais emblématique silo à grains endommagé. (Photo, AFP)

Son quartier, célèbre pour sa vie nocturne, a retrouvé un semblant de normalité. Les soirs de weekend, les noctambules affluent dans les rues où se mêlent la cacophonie des musiques diffusées par les différents bars. 

Le jour de l'explosion, le quartier connu pour ses galeries d'art et ses restaurants mignonnets a pris des allures d'apocalypse: immeubles éventrés, ruelles envahies par les monticules de décombres et de verre brisé, blessés ensanglantés affluant de tous les côtés.

"Mon petit ami était inconscient au sol, avec du sang partout sur le visage et aux jambes", se souvient Julia.

A l'approche du 4 août, il ne lui reste que "de la rage et du désespoir. Il n'y a pas de répit. On essaye de guérir d'un certain traumatisme, d'une blessure, et il faut aussi gérer le quotidien et son lot de pénuries", regrette la jeune femme.

Malgré l'explosion, Beyrouth n'a pas totalement perdu son âme, dit-elle: "Mais c'est une âme meurtrie. Il y a un avant auquel on ne pourra jamais revenir".

 


Le ministre libanais de la Défense reçoit l'ambassadeur saoudien à Beyrouth

Fahd Al-Dosari (à droite) et le général de division Michel Menassa à Beyrouth. (Photo fournie)
Fahd Al-Dosari (à droite) et le général de division Michel Menassa à Beyrouth. (Photo fournie)
  • L’ambassadeur saoudien au Liban, Fahd Al-Dosari, a été reçu lundi par le ministre libanais de la Défense, le général de division Michel Menassa, dans son bureau à Beyrouth
  • Les parties ont discuté des développements récents et des moyens de renforcer les relations bilatérales

BEYROUTH : L’ambassadeur saoudien au Liban, Fahd Al-Dosari, a été reçu lundi par le ministre libanais de la Défense, le général de division Michel Menassa, dans son bureau à Beyrouth.

Les deux parties ont évoqué les derniers développements et les moyens de renforcer les relations bilatérales, a rapporté l’Agence de presse saoudienne.

Par ailleurs, le prince Saud bin Naif bin Abdulaziz, gouverneur de la Province de l’Est, a reçu lundi à Dammam l’ambassadeur du Kenya auprès du Royaume, Joseph Masila. Ils ont eu des entretiens cordiaux et ont abordé des questions d’intérêt commun.


L'ex-ministre égyptien Nabil Fahmy officiellement nommé à la tête de la Ligue arabe

La Ligue arabe a officiellement entériné la nomination à sa tête de Nabil Fahmy, ancien chef de la diplomatie égyptienne. (AFP)
La Ligue arabe a officiellement entériné la nomination à sa tête de Nabil Fahmy, ancien chef de la diplomatie égyptienne. (AFP)
  • L'ancien haut diplomate de 75 ans a dirigé les Affaires étrangères égyptiennes de juin 2013 à juillet 2014
  • Il deviendra le huitième Egyptien à la tête de l'organisation panarabe basée au Caire, en succédant à Ahmed Aboul Gheit, en poste depuis 2016 (deux mandats)

LE CAIRE: La Ligue arabe a officiellement entériné la nomination à sa tête de Nabil Fahmy, ancien chef de la diplomatie égyptienne, lors d'une réunion à Amman en Jordanie des ministres des Affaires étrangères de l'organisation, a-t-elle indiqué lundi dans un communiqué.

Nabil Fahmy, qui avait été nommé secrétaire général à l'unanimité en mars, prendra ses fonctions début juillet et pour cinq ans.

L'ancien haut diplomate de 75 ans a dirigé les Affaires étrangères égyptiennes de juin 2013 à juillet 2014. Il deviendra le huitième Egyptien à la tête de l'organisation panarabe basée au Caire, en succédant à Ahmed Aboul Gheit, en poste depuis 2016 (deux mandats).

La Ligue arabe, qui compte 22 membres n'a eu qu'un seul secrétaire général non égyptien depuis sa création: le Tunisien Chedli Klibi dans les années 1980, après que l'Egypte a été suspendue de l'organisation pour avoir signé un traité de paix avec Israël.

Fondée en 1945, la Ligue arabe est la principale organisation régionale dédiée à la concertation politique au sein du monde arabe.


Guerre Israël-Hezbollah: JD Vance discute avec le président libanais d'une cellule de prévention

Un véhicule transportant des matelas passe devant un panneau d'affichage sur lequel est accroché un portrait du président libanais Joseph Aoun et où l'on peut lire : « La diplomatie est le moyen de mettre fin au wat au Liban », le long de l'autoroute de la ville côtière de Sidon, alors que des familles déplacées regagnent leurs villages d'origine dans le sud du Liban, le 15 juin 2026. (AFP)
Un véhicule transportant des matelas passe devant un panneau d'affichage sur lequel est accroché un portrait du président libanais Joseph Aoun et où l'on peut lire : « La diplomatie est le moyen de mettre fin au wat au Liban », le long de l'autoroute de la ville côtière de Sidon, alors que des familles déplacées regagnent leurs villages d'origine dans le sud du Liban, le 15 juin 2026. (AFP)
  • L'entretien a porté sur "la consolidation du cessez-le-feu au Liban, l'arrêt de l'escalade militaire israélienne et les mesures à prendre à cet égard, y compris la possibilité de former une cellule à cette fin"
  • De son côté, M. Vance a affirmé lundi que ce "mécanisme" était destiné à faire en sorte que "lorsque quelque chose se passe, cela ne se dégénère pas en escalade de plus grande ampleur

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a reçu un appel du vice-président américain JD Vance portant notamment sur la création d'une cellule préventive visant à mettre fin à la guerre entre Israël et le Hezbollah pro-iranien, a indiqué son bureau lundi.

Au terme d'une première séance de négociations en Suisse, Washington et Téhéran se sont entendus sur la mise en place d'une "cellule de gestion des conflits", selon les médiateurs pakistanais et qatari.

M. Aoun a reçu à ce sujet "un appel téléphonique du vice‑président américain JD Vance, du principal conseiller du président américain Jared Kushner et du Premier ministre qatari, Cheikh Mohammed ben Abdelrahmane al-Thani", a précisé la présidence libanaise.

L'entretien a porté sur "la consolidation du cessez-le-feu au Liban, l'arrêt de l'escalade militaire israélienne et les mesures à prendre à cet égard, y compris la possibilité de former une cellule à cette fin", selon la même source.

Cette cellule constituera "le premier test réel", a commenté le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi.

De son côté, M. Vance a affirmé lundi que ce "mécanisme" était destiné à faire en sorte que "lorsque quelque chose se passe, cela ne se dégénère pas en escalade de plus grande ampleur".

"Nous pensons (...) que nous pouvons parvenir à une situation dans laquelle la souveraineté et l'intégrité territoriale du Liban est protégée, comme la sécurité d'Israël", a ajouté le vice-président américain à l'issue des pourparlers en Suisse.

"Cela va nécessiter une certaine coordination avec les forces armées libanaises, et aussi que les Iraniens maîtrisent le Hezbollah", a-t-il avancé.

Des affrontements meurtriers entre Israël et le Hezbollah ont eu lieu vendredi et samedi au Liban, faisant vaciller le protocole d'accord irano-américain qui prévoit la fin des hostilités sur tous les fronts.

"Nous négocions pour nous-mêmes" 

Le Liban connaît désormais une accalmie, confirmée lundi par le porte-parole du secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres. Dimanche "a été le premier jour depuis la reprise des hostilités le 2 mars au Liban" où les Casques Bleus "n'ont pas détecté des tirs ou des interceptions", a affirmé Stéphane Dujarric, selon qui ce calme "s'est poursuivi ce (lundi) matin".

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a toutefois prévenu lundi que les soldats déployés dans le sud du Liban "disposent d'une liberté d'action totale pour neutraliser toute menace directe ou potentielle à leur encontre ou à l'encontre des habitants du nord" d'Israël.

"L'armée israélienne ne fait l'objet d'aucune restriction sur cette question", a ajouté M. Netanyahu, selon un communiqué de son bureau.

L'entente pour créer une cellule de crise, qui n'inclut pas Israël, intervient à la veille de nouvelles discussions directes à Washington entre le Liban et Israël, qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques.

Il s'agira de la cinquième session depuis le début de la guerre entre le Hezbollah et Israël le 2 mars.

Le mouvement chiite a attaqué Israël pour venger la mort le 28 février du guide suprême iranien Ali Khamenei, dans l'offensive américano-israélienne. Les frappes israéliennes de représailles ont fait plus de 4.000 morts.

Une trêve, théoriquement en vigueur depuis le 17 avril, n'a jamais été respectée.

"Nous négocions pour nous-mêmes, et n'acceptons pas qu'une autre partie négocie pour nous", a insisté Joseph Aoun lundi.

"Nous accueillons toute aide venant de tout pays pour mettre fin à la guerre (...) mais il y a une grande différence entre oeuvrer à nous aider et s'ingérer dans nos affaires internes", a-t-il rappelé, dans une allusion à l'Iran, qui a longtemps exercé une forte influence au Liban à travers le Hezbollah.

Beyrouth, qui s'est employé au cours des derniers mois à dissocier les dossiers libanais et iranien, pousse en faveur de la réussite des pourparlers de Washington, auxquels s'oppose le Hezbollah, afin de mettre fin à la guerre et de déterminer l'avenir des relations entre les deux pays.