Pourquoi il est nécessaire de continuer à soutenir financièrement le Tribunal spécial pour le Liban

La terrible explosion qui a eu lieu à Beyrouth le 14 février 2005 a été fermement condamnée à l’échelle internationale. (AFP)
La terrible explosion qui a eu lieu à Beyrouth le 14 février 2005 a été fermement condamnée à l’échelle internationale. (AFP)
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Publié le Jeudi 29 juillet 2021

Pourquoi il est nécessaire de continuer à soutenir financièrement le Tribunal spécial pour le Liban

  • Beaucoup considèrent l’enquête du TSL comme un échec, puisqu’elle n’a condamné qu’une seule personne
  • Des experts en justice internationale ayant participé à la réunion en ligne d’Arab News affirment que le tribunal devrait être autorisé à mener à bien son mandat

LONDRES: L’heure de vérité va bientôt sonner. Le Tribunal spécial des Nations unies pour le Liban (TSL), mis en place pour enquêter sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri et traduire les coupables en justice, est à court d’argent. Il devrait définitivement fermer ses portes à la fin du mois de juillet. 

Le Liban est en proie à une crise économique sans précédent. Les autorités du pays ne sont plus en mesure de payer leur part, qui représente 49% d’un budget de 40 millions de dollars (1 dollar = 0,85 euro) par an. Les 51% restants proviennent des contributions de vingt-huit pays donateurs, parmi lesquels les États-Unis et plusieurs nations européennes.

Le TSL a rendu son verdict il y a un an environ. Malgré les appels répétés du gouvernement pour solliciter une aide financière et permettre ainsi au tribunal de s’acquitter pleinement de son mandat, et en dépit du fait que les experts en justice pénale internationale défendent ardemment ses acquis, les pays donateurs semblent satisfaits de mettre fin à sa mission.

 

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(AFP)

Ce tribunal jouit d’un grand soutien au moment de sa mise en place: à l’époque, le Liban est le théâtre de l’une des pires atrocités commises dans le pays depuis la guerre civile. Le jour de la Saint-Valentin, un énorme attentat à la voiture piégée fait vingt-deux morts, parmi lesquels Rafic Hariri, devant l’hôtel Saint-Georges de Beyrouth; deux cent soixante-neuf personnes sont blessées.

La communauté internationale s’empresse de réagir en publiant un certain nombre de résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU [l’Organisation des nations unies, NDLR] et en créant une commission d’enquête afin d’aider les autorités libanaises à élucider ce meurtre, ainsi que d’autres crimes politiques.

Quatre ans après l’assassinat, le TSL est instauré après l’adoption de la résolution 1757 du Conseil de sécurité des nations unies. Situé à Leidschendam, aux Pays-Bas, il se donne pour mission d’établir la vérité et de rendre justice aux victimes. Il rend son jugement le 18 août 2020: Salim Ayache, membre présumé du Hezbollah, est reconnu coupable, tandis que les trois autres suspects sont acquittés.

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Des membres du Tribunal spécial pour le Liban participent à une audience sur l’assassinat de Hariri. (AFP)

Après des retards prolongés, des attaques contre les enquêteurs, des tentatives d’intimidation de témoins et des critiques acerbes venues des médias, le verdict du TSL est accueilli par un haussement d’épaules; il intervient quelques jours après l’explosion dévastatrice du port de Beyrouth. Beaucoup considèrent l’enquête comme un échec, puisqu’elle n’a condamné qu’une seule personne.

Si les gens qui défendent l’enquête du TSL admettent les limites de ce tribunal et de son verdict, ils saluent toutefois cet effort multilatéral fructueux qui a pour objectif de réaffirmer l’importance d’un ordre international fondé sur le droit. Ils soutiennent également que sa mission est incomplète et qu’elle s’inscrit dans une courbe d’apprentissage plus large des institutions de la justice pénale internationale.

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La photo de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri est brandie lors d’un rassemblement organisé par ses partisans devant son domicile, à Beyrouth. (AFP)

«Jamais un tribunal pénal international n’a interrompu son travail par manque d’argent. Cela n’aurait jamais dû se produire pour le TSL. Il devrait être autorisé à mener à bien son mandat», déclare Olga Kavran, qui fut chef des programmes de sensibilisation du TSL de 2010 à 2020, lors d’une réunion en ligne organisée lundi dernier par l’Unité de recherche et d’études d’Arab News.

«Cela ne signifie pas qu’il n’aurait pas dû y avoir un examen minutieux de la manière dont le tribunal est géré et des procédures menées. Après tout, la justice pénale internationale est un projet en cours de développement. Tous les tribunaux pénaux internationaux devraient faire l’objet d’un examen approfondi pour que les meilleures pratiques soient mises en œuvre et pour assurer la progression du projet de justice pénale internationale», ajoute Kavran.

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Cette photo, qui date du 19 février 2005, montre trois fils de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri (de gauche à droite: Ayman, Saadeddine et Bahaa) en train de visiter le site où une gigantesque explosion a coûté la vie à leur père, le 14 février 2005. (AFP)

Kavran, qui a fondé Iusticom, la première ONG spécialisée dans la communication de la justice, a coécrit le rapport intitulé «Tribunal spécial pour le Liban: vérité, justice ou responsabilisation?». Ce dernier a récemment été publié par le New York Academic Center de l’Université libano-américaine (LAU), en collaboration avec l’Unité de recherche et d’études d’Arab News.

Ce rapport défend avec acharnement le TSL et met en lumière certaines des raisons pour lesquelles il aurait été mal accueilli.

Le TSL est le premier tribunal international compétent en matière de terrorisme. Il est également pionnier dans la mise en place de procès en l’absence d’accusés et a introduit, fait inédit dans la région, le principe de responsabilisation pour des crimes politiques.

Il est important de noter que le TSL a réussi à établir une grande partie de «la vérité» que le peuple revendiquait après l’assassinat de Hariri.

«La déception vis-à-vis du jugement découle d’une combinaison d’attentes improbables, d’une compréhension limitée des procédures rigoureuses du tribunal et de préoccupations légitimes quant au mandat restreint du tribunal et au temps qu’il a mis à rendre son jugement», souligne le rapport.

«Compte tenu de l’ampleur des souffrances endurées au cours de la guerre civile libanaise – et pour lesquelles personne n’a jamais été tenu responsable – et des dizaines d’assassinats politiques qui ont marqué l’histoire du Liban, il semblait en effet difficile de justifier des coûts aussi élevés et un instrument juridique aussi complexe pour l’assassinat d’un seul homme.»

«Cela n’a fait qu’exacerber les attentes irréalistes selon lesquelles le tribunal traiterait des problèmes à plus grande échelle, notamment en ce qui concerne les États et les groupes qui portent atteinte à l’autorité de la nation libanaise.»

David Schenker, secrétaire d’État adjoint américain aux affaires du Proche-Orient et chercheur principal au Washington Institute, fait partie de ceux qui critiquent le tribunal. Dans une étude publiée par le magazine Foreign Policy le 19 juillet dernier, il est parvenu à la conclusion que l’enquête du TSL «n’a mené à aucune arrestation, ce qui devrait pousser Washington à mettre fin à son travail et à trouver de meilleurs moyens d’aider le peuple libanais».

«La vérité sur les assassins de Hariri a été fermement établie par le tribunal et le verdict devrait être appliqué. Cependant, au Liban, la justice n’évolue pas. Comme pour tant d’autres meurtres politiques, personne n’a été tenu responsable pour l’assassinat de Hariri», écrit-il.

Ayache, le comploteur reconnu coupable, vit toujours dans le pays, sous la protection du Hezbollah. Mais les autorités libanaises n’ont déployé que très peu d’efforts pour procéder à son arrestation.

«Les partisans du TSL soutiennent que ce tribunal continue, à ce jour, à remplir sa fonction, exposant les crimes du Hezbollah et nuisant ainsi à sa réputation. Malheureusement, il existe très peu d’indices qui montrent que les partisans du Hezbollah sont indignés par cela ou par quelque autre meurtre attribué à l’organisation», précise Schenker. 

«En revanche, seize ans après la mort de Hariri, le tribunal – qui a coûté près de 800 millions de dollars [1 dollar = 0,85 euro] aux pays donateurs – ne représente qu’une distraction par rapport à l’échec que le Liban s’est lui-même infligé et à l’emprise croissante du Hezbollah sur l’État.» 

LE FINANCEMENT DU TSL EN BREF

Le tribunal est financé à 51% par les contributions des pays donateurs.

 

Le tribunal est financé à 49% par le gouvernement libanais.

«Même si le gouvernement libanais et les Nations unies tentent de sauver le tribunal, l’administration Biden devrait mettre fin à son travail. Le tribunal ne pourra appliquer son verdict et, compte tenu de la situation économique qui se détériore de jour en jour au Liban, continuer de financer le tribunal représenterait une très mauvaise allocation des ressources», ajoute Schenker. 

Quel que soit le résultat, le tribunal a considérablement enrichi le dossier historique. Les 2 641 pages du jugement ainsi que les preuves qui y sont exposées sont particulièrement importantes dans un pays où la culture du «on passe à autre chose» et le concept profondément ancré qui consiste à laisser le passé derrière au nom de la «stabilité» ont longtemps prévalu. 

Lors de la réunion en ligne de lundi dernier, Nadim Chehadi, coauteur du rapport, directeur exécutif du New York Academic Center de la LAU et chercheur associé à la Chatham House de Londres, s’exprime en ces termes: «En 2005, les Libanais ont exigé la vérité.»

«Cependant, s’ils ont revendiqué la mise en place d’un tribunal international, ce n’est pas uniquement pour qu’il rétablisse la vérité, mais aussi pour que la communauté internationale la connaisse. En effet, les Libanais se sont sentis abandonnés au cours des dix à quinze dernières années. Si la communauté internationale découvrait la vérité, la protection serait rétablie», indique-t-il.

«Le tribunal est ignoré à l’échelle locale – pas seulement parce les gens en ont assez ou parce que le verdict a pris beaucoup de temps – et le processus vivement critiqué. Je crois qu’ils ne peuvent pas faire face à la réalité», ajoute Chehadi.

Plus que tout, le rapport stipule que le fait de ne pas avoir donné suite aux conclusions du cas Hariri et d’avoir mis un terme à l’affaire des trois attentats terroristes qui visaient les hommes politiques Marwan Hamadé, George Hawi et Elias Murr, montre que l’impunité règne au Moyen-Orient.

Nidal Jurdi, avocat libano-canadien, envoyé par intérim du Haut-Commissariat des nations unies aux droits de l'homme en Tunisie et représentant légal principal des victimes auprès du TSL, a également participé à la réunion en ligne.

Il explique que la déception provient en grande partie de la décision prise par le tribunal de condamner une seule personne plutôt que de poursuivre les gens qui ont commandé l’attaque ou participé au complot.

L’inaptitude du tribunal à appliquer le verdict le fait passer pour une entité inutile, poursuit-il. En outre, Jurdi n’est pas surpris de voir le TSL tant critiqué compte tenu de la lenteur de l’enquête et de la mauvaise gestion apparente des ressources. 

«La mise en place du TSL était nécessaire, mais il convient de le réformer de manière à mettre en lumière la situation au Liban dans le contexte des crimes organisés», renchérit-il.

Il estime que la fermeture du tribunal constituerait un nouveau coup plus violent porté aux victimes et à leurs familles que s’il n’avait jamais été instauré.

«Les victimes sont terriblement abattues. Vous me demandez si c’est mieux de ne condamner personne ou de condamner quelqu’un puis de mettre un terme à tout ça? Avec la seconde option, plus personne n’aurait foi dans la justice internationale au Moyen-Orient ou au Liban», conclut-il.

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


Le pape dans les pas de saint Augustin au 2e jour de sa visite en Algérie

Au deuxième jour de sa visite historique en Algérie, Léon XIV a quitté mardi Alger pour Annaba, sur les traces de saint Augustin, après une première séquence axée sur le dialogue interreligieux mais ternie par des critiques américaines contre les positions anti-guerre du pape. (AFP)
Au deuxième jour de sa visite historique en Algérie, Léon XIV a quitté mardi Alger pour Annaba, sur les traces de saint Augustin, après une première séquence axée sur le dialogue interreligieux mais ternie par des critiques américaines contre les positions anti-guerre du pape. (AFP)
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  • La veille, dans l'avion qui l'amenait en Algérie, le pape avait estimé que l'Eglise avait "le devoir moral de s'exprimer très clairement contre la guerre"
  • Soulignant ne pas avoir "peur" de l'administration Trump, il avait toutefois indiqué ne pas vouloir "entrer dans un débat" avec elle

ALGER: Au deuxième jour de sa visite historique en Algérie, Léon XIV a quitté mardi Alger pour Annaba, sur les traces de saint Augustin, après une première séquence axée sur le dialogue interreligieux mais ternie par des critiques américaines contre les positions anti-guerre du pape.

Le pontife américain est devenu lundi le tout premier pape à fouler le sol algérien, étape initiale d'une tournée dans quatre pays d'Afrique, en partie occultée par une diatribe de Donald Trump à son encontre.

Dans la nuit de lundi à mardi, le vice-président américain JD Vance, récemment converti au catholicisme, a appelé le Vatican à "s'en tenir aux questions morales" et à "laisser le président des Etats-Unis se charger de définir la politique publique américaine".

La veille, dans l'avion qui l'amenait en Algérie, le pape avait estimé que l'Eglise avait "le devoir moral de s'exprimer très clairement contre la guerre". Soulignant ne pas avoir "peur" de l'administration Trump, il avait toutefois indiqué ne pas vouloir "entrer dans un débat" avec elle.

Sur fond de guerre au Moyen-Orient, Donald Trump avait déclaré dimanche ne pas être "un grand fan" du pape, l'accusant de soutenir le programme d'armement nucléaire iranien et de s'être opposé à l'opération militaire américaine au Venezuela en janvier.

Les évêques italiens et américains ont apporté leur soutien au chef de l'Eglise catholique, tout comme la Première ministre italienne Giorgia Meloni, réputée proche de M. Trump, qui a jugé "inacceptables" ses déclarations.

Grand penseur 

A Annaba (est), l'antique Hippone, le chef de l'Eglise catholique vivra une étape à la dimension personnelle et spirituelle, dans les pas de saint Augustin (354-430).

Le grand penseur chrétien qui y fut évêque a légué son nom à l'ordre religieux dont est issu le pape américain, fondé au XIIIe siècle et aujourd'hui composé d'environ 3.000 membres à travers le monde prônant la charité et la vie communautaire.

Léon XIV visitera le site archéologique romain et une maison d'accueil pour personnes âgées démunies, majoritairement musulmanes, prises en charge par des religieuses catholiques.

L'islam sunnite est religion d'Etat en Algérie, où les catholiques représentent moins de 0,01 % des 47 millions d'habitants.

L'après-midi, devant environ 1.500 fidèles, il célèbrera une messe à la basilique Saint-Augustin, perchée sur une colline, en présence de religieux africains de différentes nationalités.

Lundi, accueilli avec les honneurs sous un ciel d'Alger inhabituellement pluvieux, Léon XIV a rendu hommage, devant le Monument des martyrs, aux victimes de la sanglante guerre d'indépendance contre la France (1954-1962).

La "paix qui permet d'envisager l'avenir avec un esprit réconcilié n'est possible que par le pardon", a-t-il déclaré, appelant à ne "pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération".

 "Vivante, dynamique et libre" 

Devant les plus hautes autorités dont le président Abdelmadjid Tebboune, Léon XIV a aussi invité les responsables du pays à "ne pas dominer" le peuple et à promouvoir "une société civile vivante, dynamique et libre".

Depuis l'élan du mouvement prodémocratie Hirak en 2019, qui réclamait des réformes profondes et plus de transparence, les autorités algériennes ont repris le contrôle de l'espace public, dénoncent des ONG de défense des droits humains.

L'après-midi, le pape a visité la Grande Mosquée, au plus haut minaret du monde (267 mètres), avant de se rendre à la basilique Notre-Dame d'Afrique, qui surplombe la baie d'Alger.

Là, il s'est recueilli dans la chapelle des 19 "martyrs d'Algérie", des prêtres et religieuses assassinés pendant la décennie noire de guerre civile (1992-2002) entre groupes islamistes et forces gouvernementales, qui a fait 200.000 morts selon un bilan officiel.

Le pape a rappelé que ces religieux étrangers, dont les sept moines de Tibhirine (à 100 km au sud d'Alger), avaient choisi de rester en Algérie malgré des attentats meurtriers.

Mercredi, le pape de 70 ans quittera Alger pour le Cameroun, suite d'un premier voyage africain qui le conduira également en Angola et en Guinée équatoriale jusqu'au 23 avril, un périple de 18.000 km à l'agenda très dense.

 


Premiers pourparlers entre le Liban et Israël à Washington, sans le Hezbollah

De la fumée s'élève derrière des palmiers et le logo « Golden Arches » de McDonald's, sur le site d'une frappe aérienne israélienne qui a visé la région d'Al-Hosh, près de la ville côtière libanaise de Tyr, le 14 avril 2026. (AFP)
De la fumée s'élève derrière des palmiers et le logo « Golden Arches » de McDonald's, sur le site d'une frappe aérienne israélienne qui a visé la région d'Al-Hosh, près de la ville côtière libanaise de Tyr, le 14 avril 2026. (AFP)
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  • Avant même la rencontre prévue à Washington, le chef de la formation libanaise, Naïm Qassem, a réclamé son "annulation", affirmant que de tels pourparlers étaient une "capitulation"
  • Depuis que le Liban a été entraîné début mars par le Hezbollah dans le conflit avec l'Iran, les bombardements israéliens ont fait plus de 2.000 morts -- dont les frappes meurtrières sans précédent du 8 avril -- et déplacé plus d'un million de personnes

WASHINGTON: Washington accueille mardi des pourparlers directs de paix, les premiers du genre depuis 1993, entre des représentants du Liban et d'Israël mais avec un grand absent, le Hezbollah, réduisant les perspectives d'accord.

Parallèlement, le blocus américain des ports d'Iran, jugé mardi "dangereux et irresponsable" par Pékin, se poursuit au lendemain de son entrée en vigueur après l'échec des discussions au Pakistan entre Washington et Téhéran sur un règlement du conflit.

La guerre, déclenchée le 28 février par une attaque israélo-américaine contre l'Iran, a embrasé le Moyen-Orient, déstabilisé l'économie mondiale et fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban.

Après plus de cinq semaines de frappes des deux côtés, un fragile cessez-le-feu est en place depuis le 8 avril. Mais selon Israël et les Etats-Unis, il n'inclut pas le Liban, où les frappes israéliennes contre le Hezbollah pro-iranien continuent.

Avant même la rencontre prévue à Washington, le chef de la formation libanaise, Naïm Qassem, a réclamé son "annulation", affirmant que de tels pourparlers étaient une "capitulation".

Depuis que le Liban a été entraîné début mars par le Hezbollah dans le conflit avec l'Iran, les bombardements israéliens ont fait plus de 2.000 morts -- dont les frappes meurtrières sans précédent du 8 avril -- et déplacé plus d'un million de personnes.

La rencontre à Washington doit se dérouler en fin de matinée sous la médiation de Marco Rubio, aux côtés des ambassadeurs israélien et libanais à Washington, Yechiel Leiter et Nada Hamadeh Moawad, ainsi que l'ambassadeur des Etats-Unis au Liban, Nada Hamadeh Moawad.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a posé deux conditions à ces pourparlers: le "désarmement du Hezbollah" et la recherche d'un "véritable accord de paix".

Selon un responsable du département d'Etat, parlant sous couvert d'anonymat, cette discussion a pour objectif "de garantir la sécurité à long terme de la frontière nord d'Israël et à soutenir la détermination du gouvernement libanais à rétablir sa pleine souveraineté sur son territoire et sa vie politique".

"Fatigués" 

Côté libanais, le président Joseph Aoun a dit espérer la conclusion d'un accord sur un cessez-le-feu au Liban, "dans le but d'entamer des négociations directes entre le Liban et Israël", techniquement en état de guerre depuis des décennies.

A Beyrouth, des Libanais, las des guerres successives d'Israël, mettent leurs espoirs dans ces discussions.

"Nous sommes pour (les négociations) si c'est dans l'intérêt du Liban, si cela résout les problèmes", dit à l'AFP Kamal Ayad, un réparateur de fenêtres de 49 ans. "Nous voulons la paix, pour nos enfants et notre avenir, nous sommes fatigués, nous avons vécu tant de guerres".

L'administration Trump insiste sur le désarmement du Hezbollah, regrettant que l'armée libanaise n'ait pas su ou pu le faire jusqu'à présent.

Mais Washington est entre deux feux, exigeant le respect de l'intégrité territoriale du Liban tout en défendant le droit d'Israël à se défendre.

Il va falloir "beaucoup d'imagination et d'optimisme pour penser" que le différend entre Israël et le Liban "puisse être résolu demain à Washington", souligne un ancien responsable israélien de la Défense. "Il sera très difficile de parvenir à un accord, et Israël va créer une zone tampon dans le nord, très similaire à celle que nous avons à Gaza", dit-il à l'AFP sous couvert d'anonymat.

Israël prévoit d'établir une "zone de sécurité" dans le sud du Liban, où les forces israéliennes ont pénétré pour éliminer selon eux la menace que le Hezbollah pose pour les habitants du nord d'Israël.

Le Hezbollah est entré le 2 mars dans la guerre au Moyen-Orient pour venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué au premier jour de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran le 28 février.

Israël a riposté par des frappes aériennes meurtrières au Liban et une invasion dans le sud du pays.

"Dangereux et irresponsable" 

En Iran, le blocus maritime des Etats-Unis contre les ports iraniens dans le Golfe et en mer d'Oman est toujours en cours, suscitant une vive réaction de la Chine.

Pékin, qui dépend largement de l'Iran pour son approvisionnement pétrolier, a appelé au rétablissement d'une navigation "sans entraves" dans le détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial, notamment des hydrocarbures, et verrouillé par Téhéran depuis le début de la guerre.

Le blocus américain "ne fera qu'exacerber les tensions, fragiliser un accord de cessez-le-feu déjà fragile et compromettre encore davantage la sécurité du passage dans le détroit", a regretté Guo Jiakun, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, parlant d'un comportement "dangereux et irresponsable".

Le président américain Donald Trump avait menacé lundi de "destruction" tout "navire d'attaque rapide" iranien forçant le blocus. Téhéran, de son côté, dénonçant un acte "illégal" de "piraterie", a averti qu'il s'en prendrait aux ports de ses voisins du Golfe si "la sécurité des ports de la République islamique (...) était menacée".

 


Le Kurde Nizar Amedi élu président de l'Irak, Al-Maliki pressenti pour Premier ministre

Le Parlement irakien a élu samedi à la présidence du pays Nizar Amedi, qui doit à présent choisir un Premier ministre, dans un pays récemment entraîné dans la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
Le Parlement irakien a élu samedi à la présidence du pays Nizar Amedi, qui doit à présent choisir un Premier ministre, dans un pays récemment entraîné dans la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
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  • Nizar Amedi a prêté serment après avoir obtenu la majorité des voix des députés, selon une retransmission en direct du vote par la chaîne officielle Al-Iraqiya. Il succède Abdel Latif Rachid
  • Agé de 58 ans, il était le candidat de l'une des deux principales formations kurdes, le Parti de l’Union patriotique du Kurdistan

BAGDAD: Le Parlement irakien a élu samedi à la présidence du pays Nizar Amedi, qui doit à présent choisir un Premier ministre, dans un pays récemment entraîné dans la guerre au Moyen-Orient.

Conformément au système de partage du pouvoir en vigueur en Irak, la présidence de la République, un poste largement honorifique, est attribuée à un Kurde, la fonction de Premier ministre à un chiite et la présidence du Parlement à un sunnite.

Nizar Amedi a prêté serment après avoir obtenu la majorité des voix des députés, selon une retransmission en direct du vote par la chaîne officielle Al-Iraqiya. Il succède Abdel Latif Rachid.

Agé de 58 ans, il était le candidat de l'une des deux principales formations kurdes, le Parti de l’Union patriotique du Kurdistan.

M. Amedi a été ministre de l’Environnement entre 2022 et 2024 dans le gouvernement du Premier ministre sortant Mohammed Chia al-Soudani.

Il a également été conseiller des anciens présidents de la République, Jalal Talabani, Fouad Massoum et Barham Saleh.

Après les élections législatives de novembre, la date de l'élection du président avait été fixée à janvier mais avait été reportée deux fois en raison de désaccords politiques, reculant d'autant la nomination d'un Premier ministre.

Le président dispose désormais de 15 jours pour nommer un Premier ministre, qui devrait être Nouri al-Maliki.

Déjà deux fois consécutives à ce poste (entre 2006 et 2014), M. Maliki avait reçu en janvier l'appui de la principale alliance chiite du pays, le Cadre de coordination, qui détient la majorité au Parlement et a des liens avec Téhéran, pour redevenir Premier ministre.

Ce probable retour au pouvoir de M. Maliki avait suscité de vives inquiétudes à Washington.

M. Maliki avait dans un premier temps bénéficié du soutien américain après l'invasion de 2003 et la chute de Saddam Hussein, mais s'était brouillé avec Washington après s'être rapproché de l'Iran.

L'Irak a longtemps été un terrain de confrontation par procuration entre les Etats-Unis et l'Iran, les gouvernements successifs négociant un équilibre délicat entre ses deux partenaires, eux-même ennemis.

Les Etats-Unis et l'Iran ont entamé samedi à Islamabad des négociations pour tenter d'obtenir une trêve durable après plusieurs semaines de guerre au Moyen-Orient.

L'Irak a été happé par le conflit, des groupes pro-iraniens attaquant des intérêts américains dans le pays et ces mêmes groupes étant l'objet de frappes imputées aux Etats-Unis et à Israël.