Les Libanais commémorent l'explosion du port dans une ambiance de colère et de désespoir

Mardi, les gens ont déposé des roses blanches sur les portraits des victimes de l'explosion du port de Beyrouth l'année dernière au moment où le Liban marque le premier anniversaire de l'explosion du 4 août. (Photo, Reuters)
Mardi, les gens ont déposé des roses blanches sur les portraits des victimes de l'explosion du port de Beyrouth l'année dernière au moment où le Liban marque le premier anniversaire de l'explosion du 4 août. (Photo, Reuters)
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Publié le Mercredi 04 août 2021

Les Libanais commémorent l'explosion du port dans une ambiance de colère et de désespoir

  • À l'occasion du premier anniversaire, l'UNICEF rappelle que six enfants comptent parmi les personnes décédées
  • Le Parlement libanais n'a pas encore voté sur la demande du juge Tarek Bitar de lever l'immunité de trois députés accusés

BEYROUTH : Les familles des victimes de l'explosion du port de Beyrouth semblent hésiter à révéler les mesures qu'elles comptent prendre mercredi pour commémorer le premier anniversaire de la tragédie.

Le 4 août 2020, l’explosion massive détruit une grande partie de la capitale et fait au moins 214 morts et plus de 6 500 blessés. Elle est causée par 2 750 tonnes de nitrate d'ammonium, entreposées au port pendant plusieurs années sans mesure de sécurité adéquates. 

À l'occasion du premier anniversaire, l'UNICEF rappelle que six enfants comptent parmi les personnes décédées, qui s’ajoutent à plus de mille enfants blessés. 

«Tout ce que l'on peut dire, c'est que les gens sont en colère et ne vont pas manque de le montrer», affirme à Arab News un militant, membre des groupes qui participeront aux manifestations prévues mercredi, sous couvert d'anonymat.

«Nous assisterons probablement à des réactions inattendues si les forces de sécurité traitent les manifestants avec violence. Nous savons que des mesures de sécurité strictes seront prises. Les institutions publiques et les administrations seront envahies, et le sit-in ne prendra fin qu'une fois l'immunité des fonctionnaires, convoqués par la justice dans le cadre de l'enquête sur l'explosion du port, levée». 

Le Parlement libanais n'a pas encore voté sur la demande du juge Tarek Bitar de lever l'immunité de trois députés accusés. À savoir, l'ancien ministre des Finances Ali Hassan Khalil, l'ancien ministre des Travaux publics Ghazi Zeaiter et l'ancien ministre de l'Intérieur Nouhad Machnouk.

Le ministre intérimaire de l'Intérieur Mohamed Fahmi a refusé de lever l'immunité de l'accusé Abbas Ibrahim, directeur général de la Sûreté générale libanaise, la semaine dernière. Seul le Barreau a levé l'immunité des avocats accusés.

Le juge Bitar a déjà inculpé les trois députés, en plus de l'ancien ministre Youssef Fenianos, de «négligence» et «d'intention possible de meurtre». Bien qu’au courant de la présence du nitrate d'ammonium au port, ils «n'ont pas pris de mesures pour épargner au pays les risques d'explosion».

Le pouvoir législatif s’abstient à ce jour de lever l'immunité de tout homme politique, et n'a pas accordé l’autorisation de poursuivre les responsables de la sécurité.

Par ailleurs, le juge Bitar a de nouveau convoqué Ibrahim et le directeur général de la sûreté de l'État, le général de division Antoine Saliba, ainsi que plusieurs juges. 

Des groupes de la société civile ont invité les citoyens libanais cette semaine à rejoindre les familles des victimes, la Défense civile et les pompiers, qui ont également perdu des membres dans l'explosion.

Une veillée aux chandelles est prévue après l'appel à la prière, suivie d'une messe tenue par le patriarche maronite Béchara Boutros Raï. «Les groupes qui participeront à la commémoration sont des soldats à la retraite, des syndicalistes et des professionnels indépendants», a révélé le militant.

EN BREF

  • Le 4 août 2020, l’explosion massive détruit une grande partie de la capitale et fait au moins 214 morts et plus de 6 500 blessés. 
  • Elle est causée par 2 750 tonnes de nitrate d'ammonium, entreposées au port pendant plusieurs années sans mesure de sécurité adéquates.

«Les manifestants se dirigeront vers plusieurs endroits, en particulier les résidences des politiciens»

L’activiste confie que l'hôpital universitaire américain de Beyrouth (AUH) a placé son service des urgences en état d'alerte élevé en prévision des manifestations.

Des équipes médicales d’hôpitaux endommagés par l'explosion, notamment Saint-Georges, Hôtel-Dieu, Geitaoui, Rizk et Wardieh, se réuniront également au port.

Les visages des victimes accompagneront les manifestants qui se dirigent vers le port. En effet, des artistes bénévoles ont dessiné les visages de nombreuses victimes le long des murs des trottoirs menant à l'endroit où l'explosion s'est produite.

Jour de deuil national, toutes les institutions seront fermées, telles que les banques, les restaurants et les cafés. Les drapeaux du pays en berne, des drapeaux noirs seront hissés au-dessus des bâtiments.

«Je m'attends à une participation importante car les gens sont furieux, et les responsables de ce crime doivent répondre de leurs actes. Malgré nos précautions, nous nous attendons à des blessures dans nos rangs», a prévenu le militant.

Les militants se sont tournés vers les réseaux sociaux pour appeler «les soldats et les officiers de l'armée libanaise et des Forces de sécurité intérieure, dont les salaires sont devenus inférieurs à $70, à ne pas protéger les tueurs ou réprimer les gens en colère ce 4 août».

Des expatriés libanais à Paris, Genève, Berlin, Barcelone, Bruxelles, Montréal, Ottawa, Vancouver, New York, San Francisco et Cleveland organisent aussi des sit-in pour soutenir Beyrouth.

La France et l'ONU organiseront le 4 août une conférence internationale «pour répondre aux besoins humanitaires des personnes les plus vulnérables du Liban». 

Le porte-parole des familles des victimes, Ibrahim Hoteit, a donné aux politiques un délai de trente heures, qui arrive à échéance mercredi après-midi, pour lever l'immunité des coupables présumés. Il affirme lors d'une conférence de presse que les manifestations risquent de «gagner en férocité à présent que nous en avons tenté en vain tous les mouvements pacifiques habituels».

Les partis politiques se sont joints à la commémoration, mais ils l'ont fait les 2 et 3 août, afin d'éviter tout affrontement entre leurs partisans et les manifestants.

Les crises économiques se multiplient au milieu de l'impasse politique.

Les citoyens sont furieux car ils manquent d'électricité, de médicaments et de carburant. Ils ont perdu 90 % de la valeur de leurs revenus à la lumière de la dévaluation de la livre libanaise.

Dans un communiqué publié à la veille de l'anniversaire de l'explosion du port, le Groupe international de soutien au Liban (ISG) a renouvelé sa solidarité «avec les familles des victimes et tous ceux dont la vie a été touchée par l’explosion du port de Beyrouth».

L'ISG, qui comprend des représentants de l'ONU, de la Chine, de la France, de l'Allemagne, de l'Italie, de la Fédération de Russie, du Royaume-Uni, des États-Unis, de l'UE et de la Ligue des États arabes, a exhorté les autorités libanaises à «achever rapidement l'enquête sur l’explosion du port afin que la vérité soit connue et que justice soit rendue».

Pour sa part, Democracy Reporting International (DRI) a accusé les autorités libanaises de «continuer de compromettre les enquêtes judiciaires et d'empêcher la levée de l'immunité des députés, des ministres et des responsables de la sécurité qui sont restés silencieux, ou qui ont accepté la présence de nitrate d'ammonium, sans rien faire».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le Qatar affirme que les pays du Golfe sont «unis» dans leur appel à la désescalade

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  • "Il nous semble qu'il y a une position très unanime dans le Golfe appelant à une désescalade et une fin de la guerre", a déclaré le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari
  • Les riches états pétroliers de la région ont été visés par des centaines de missiles et de drones iraniens depuis le lancement de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran le 28 février

DOHA: Les pays du Golfe sont "unis" dans leur appel à une désescalade dans la guerre au Moyen-Orient, a affirmé mardi le Qatar, alors que l'Iran poursuit ses attaques de représailles contre ses voisins de la région.

"Il nous semble qu'il y a une position très unanime dans le Golfe appelant à une désescalade et une fin de la guerre", a déclaré le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari, lors d'une conférence de presse à Doha.

Les riches états pétroliers de la région ont été visés par des centaines de missiles et de drones iraniens depuis le lancement de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran le 28 février, tandis que leurs exportations d'hydrocarbures sont affectées par la fermeture de facto du détroit d'Ormuz.

Lundi, une commission parlementaire iranienne a approuvé un projet visant à imposer des droits de passage aux navires transitant par ce détroit stratégique par lequel passait environ un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié mondiaux.

Le détroit a été "fermé en raison d'une opération militaire", et son avenir est "une question que l'ensemble de la région et les partenaires internationaux doivent décider collectivement", a déclaré le responsable qatari.

"Je pense que nous avons pris une décision collective, dans le Golfe, pour traiter cela comme une menace collective", a-t-il insisté.

Pays le plus visé par les attaques iraniennes, les Emirats arabes unis se sont démarqués ces derniers jours de leurs voisins en adoptant un ton plus offensif à l'égard de Téhéran.

"Un simple cessez-le-feu n'est pas suffisant. Nous avons besoin d'un résultat concluant qui réponde à l'ensemble des menaces iraniennes: capacités nucléaires, missiles, drones, mandataires terroristes et blocages des voies maritimes internationales", a écrit leur ambassadeur à Washington, Yousef Al Otaiba, la semaine dernière dans une tribune du Wall Street Journal.

Le diplomate émirati a affirmé que son pays était prêt "à rejoindre une initiative internationale pour rouvrir le détroit et le maintenir ouvert".


Plus de 200.000 personnes sont parties du Liban vers la Syrie depuis le début de la guerre 

Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR). (AFP)
Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR). (AFP)
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  • "Près d'un mois après l'intensification des hostilités au Liban, la Syrie a connu une forte augmentation du nombre de personnes traversant sa frontière avec le Liban. Entre le 2 et le 27 mars, plus de 200.000 personnes sont entrées en Syrie
  • "Plus de 28.000 Libanais ont également franchi la frontière syrienne. La plupart fuient les bombardements israéliens intensifs. Ils arrivent épuisés, traumatisés et avec très peu d’affaires", a poursuivi la responsable du HCR

GENEVE: Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

"Près d'un mois après l'intensification des hostilités au Liban, la Syrie a connu une forte augmentation du nombre de personnes traversant sa frontière avec le Liban. Entre le 2 et le 27 mars, plus de 200.000 personnes sont entrées en Syrie par les trois points de passage officiels", a déclaré Aseer al-Madaien, représentante par intérim du HCR en Syrie, lors d'un point presse donné en visioconférence à Genève depuis Damas.

"Ces chiffres ont été fournis par les autorités et confirmés par nos collègues sur le terrain", a-t-elle ajouté, précisant que "la grande majorité" de ces personnes, soit "près de 180.000, sont des Syriens, notamment des réfugiés syriens qui avaient déjà fui la Syrie pour trouver refuge au Liban et qui sont aujourd'hui contraints de fuir à nouveau".

"Plus de 28.000 Libanais ont également franchi la frontière syrienne. La plupart fuient les bombardements israéliens intensifs. Ils arrivent épuisés, traumatisés et avec très peu d’affaires", a poursuivi la responsable du HCR.

Le Hezbollah pro-iranien a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en menant une attaque contre Israël en représailles aux frappes israélo-américaines ayant tué le guide suprême iranien Ali Khamenei.

Le Liban avait accueilli plus d'un million de réfugiés syriens qui ont fui leur pays pendant la guerre civile déclenchée par la répression d'un soulèvement populaire contre le pouvoir de Bachar al-Assad en 2011.

Plus d'un demi-million de ces réfugiés ont regagné leur pays depuis la chute d'Assad fin 2024.

Le HCR a indiqué que son plan d'urgence pour les personnes rejoignant précipitamment la Syrie depuis le Liban prévoyait "un nombre pouvant atteindre de 300 à 350.000 personnes".

"Ce nombre dépendra en grande partie d'éventuelles opérations terrestres supplémentaires. Parallèlement, le gouvernement syrien nous a informés qu'il mettait en place un plan d'urgence au cas où davantage de Libanais se dirigeraient vers la Syrie", a ajouté Mme al-Madaien.


Israël occupera une partie du sud du Liban après la guerre, déclare son ministre de la Défense

 Israël a l'intention d'occuper une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée, a déclaré mardi son ministre de la Défense, Israël Katz. (AFP)
Israël a l'intention d'occuper une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée, a déclaré mardi son ministre de la Défense, Israël Katz. (AFP)
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  • "Le retour au sud du Litani de plus de 600.000 habitants du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord sera totalement empêché tant que la sécurité et la sûreté des habitants du nord (d'Israël) ne seront pas garanties"
  • "Toutes les maisons des villages (libanais) adjacents à la frontière (avec Israël) seront démolies conformément au modèle de Rafah et de Beit Hanoun à Gaza"

JERUSALEM: Israël a l'intention d'occuper une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée, a déclaré mardi son ministre de la Défense, Israël Katz.

"A la fin de cette opération, Tsahal (l'armé israélienne, NDLR) s'installera dans une zone de sécurité à l'intérieur du Liban, sur une ligne défensive contre les missiles antichars, et maintiendra le contrôle sécuritaire de toute la zone jusqu'au Litani", fleuve qui s'écoule à une trentaine de kilomètres au nord de la ligne de démarcation entre Israël et le Liban, a déclaré M. Katz, dans une vidéo diffusée par son bureau.

"Le retour au sud du Litani de plus de 600.000 habitants du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord sera totalement empêché tant que la sécurité et la sûreté des habitants du nord (d'Israël) ne seront pas garanties", a ajouté M. Katz.

"Toutes les maisons des villages (libanais) adjacents à la frontière (avec Israël) seront démolies conformément au modèle de Rafah et de Beit Hanoun à Gaza, afin d'éliminer une fois pour toutes les menaces le long de la frontière qui pèsent sur les habitants du nord", a encore ajouté M. Katz en référence à deux villes de la bande de Gaza dévastées par les opérations militaires d'Israël dans sa guerre contre le Hamas après le 7 octobre 2023.

Le Liban a été entraîné dans la guerre entre Israël et les Etats-Unis d'une part et l'Iran d'autre part par une attaque le 2 mars du mouvement islamiste Hezbollah contre Israël en représailles à la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué au premier jour du conflit.

Depuis lors, les frappes israéliennes massives sur le pays du Cèdre ont tué plus de 1.200 personnes et en ont blessé plus de 3.600, selon le dernier bilan du ministère de la Santé. L'armée israélienne affirme elle avoir éliminé "850 terroristes" au Liban.

M. Katz ne cesse de multiplier les déclarations martiales à l'encontre du Liban et des Libanais.

Dimanche, l'ONG Human Rights Watch (HRW) a indiqué lui avoir écrit pour exprimer ses "vives préoccupations concernant (des propos tenus récemment par des responsables israéliens) qui sapent le respect du droit international humanitaire" et dénotent selon elle une volonté de s'y soustraire.

Dans une copie de la lettre publiée par HRW, cette dernière lui reproche nommément ses propos du 16 mars, dans lesquels il menaçait déjà d'empêcher le retour des personnes ayant fui la région au sud du Litani.

"Utiliser le refus du retour des civils comme outil de négociation constitue un déplacement forcé, ce qui est interdit par les lois de la guerre et peut constituer un crime de guerre", écrit l'ONG.

Depuis le 2 mars, le Hezbollah a tiré "entre 4.000 et 5.000 roquettes, drones et missiles, ainsi que des mortiers (...) en direction d'Israël, certains en direction de nos troupes, d'autres vers des communautés civiles", a déclaré mardi le lieutenant-colonel Nadav Shoshani, porte-parole international de l'armée israélienne.