Dans la ville irakienne de Ramadi dévastée par la guerre, la toxicomanie fait des ravages

Un Irakien pleure un proche foudroyé par le Captagon: après des décennies de guerre, d'occupation et de négligence de la part du gouvernement central, la population de Ramadi s'en sort à peine, avec des taux de chômage élevés, une reconstruction d'après-guerre lente, et la double menace posée par ce qui reste de Daesh et les milices pro-iraniennes. (Photo fournie)
Un Irakien pleure un proche foudroyé par le Captagon: après des décennies de guerre, d'occupation et de négligence de la part du gouvernement central, la population de Ramadi s'en sort à peine, avec des taux de chômage élevés, une reconstruction d'après-guerre lente, et la double menace posée par ce qui reste de Daesh et les milices pro-iraniennes. (Photo fournie)
Des pilules de Captagon et un verre qui contient de la cocaïne dans un bureau de la Division anti-narcotiques des Forces de sécurité intérieure libanaises à Beyrouth. (Photo, AFP/Archives)
Des pilules de Captagon et un verre qui contient de la cocaïne dans un bureau de la Division anti-narcotiques des Forces de sécurité intérieure libanaises à Beyrouth. (Photo, AFP/Archives)
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Publié le Jeudi 12 août 2021

Dans la ville irakienne de Ramadi dévastée par la guerre, la toxicomanie fait des ravages

  • Autrefois voie de transit pour les substances illicites de contrebande, l'Irak connaît aujourd'hui une augmentation importante de la consommation de stupéfiants
  • Les habitants de Ramadi exhortent les autorités à donner la priorité à la réhabilitation plutôt qu'à la prison pour maîtriser le fléau du Captagon

RAMADI, IRAK / BOGOTA, COLOMBIE : Ramadi a été libéré par les forces de sécurité irakiennes dans les derniers jours de 2015, après plusieurs mois sous le contrôle de Daech.

Depuis, les habitants de cette capitale provinciale ravagée par la guerre, à 110 km à l'ouest de Bagdad, ont du mal à reconstruire leur vie face aux graves difficultés économiques.

Après des décennies de guerre, d'occupation et de négligence de la part du gouvernement central, la population de Ramadi s'en sort à peine, avec des taux de chômage élevés, une reconstruction d'après-guerre lente, et la double menace posée par ce qui reste de Daesh et les milices pro-iraniennes.

Dans la vaste province désertique d'Anbar, frontalière de la Syrie à l'ouest, les conditions sont propices à l'exploitation par des cellules terroristes et des gangs criminels exerçants le trafic d'êtres humains, d'armes et de drogue.

Longtemps utilisée comme voie de transit pour déplacer les marchandises par voie terrestre, la province offre désormais un marché prêt pour de nombreux articles illicites, en particulier le Captagon.

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Les forces gouvernementales irakiennes se rassemblent dans la région de Khalidiya, à l'est de Ramadi, la capitale de la province d'Anbar, lors de la lutte contre Daech. (Photo, AFP/Archives)

Le Captagon, une amphétamine également connue sous son nom de rue «0.1», est l'une des drogues les plus couramment utilisées sur les champs de bataille du Moyen-Orient. Les combattants accros aux stupéfiants disent que cela les aide à rester éveillés pendant des jours et engourdit leurs sens, leur donnant de l'endurance pour de longues batailles et leur permettant de tuer avec abandon.

Ahmed Ali refuse de donner son vrai nom car il a honte de sa toxicomanie. Le jeune homme de 23 ans a commencé à utiliser cette substance à des fins récréatives, après la défaite de Daech. Mais il en est rapidement venu à dépendre des petites pilules jaunes pour rester alerte pendant ses heures de travail pénibles.

«J'ai commencé à prendre du Captagon en 2017 lorsqu'un ami m’en a offert. J'étais curieux. Je voulais juste l'essayer», raconte Ali à Arab News, de son domicile à Ramadi. «C'est la drogue la plus populaire ici. La plupart des jeunes la prennent», avoue-t-il.

En raison de ses effets énergisants et stimulants pour l'humeur, le Captagon est devenu une drogue récréative populaire dans la région au sens large. «Les gens croient que cela les fait sentir mieux. Mais pour moi, je l'utilise pour rester alerte car mon travail m'oblige à rester éveillé longtemps », a déclaré Ali.

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Ahmed Ali, qui n’est pas son vrai nom, a commencé à utiliser du Captagon à des fins récréatives après la défaite de Daech dans sa ville natale, Ramadi, et il est rapidement devenu accro. (Photo, AN/Meethak Al-Khatib)

«Il n'y a pas beaucoup d'opportunités d'emploi ici, donc quand vous avez un travail, vous devez vous y tenir. Si vous perdez votre emploi, vous n'en aurez peut-être pas d'autre pendant de nombreuses années. Le plus longtemps que j’ai tenu sans sommeil est trois jours».

Le Captagon est populaire parmi les étudiants qui l'utilisent pour étudier toute la nuit, dans la croyance erronée qu'ils obtiendront ainsi de meilleures notes. En pratique, Ali trouve que c’est l'effet inverse.

«Une fois, j'ai passé un examen et j'ai pris deux comprimés et demi à la fois. Mon corps a commencé à trembler. Je ne pouvais rien écrire. Mes mains tremblaient. C'est la plus grosse quantité que j'ai prise en une seule fois».

La valeur marchande de deux pilules Captagon à Ramadi est de IQD 5 000 ($3,43). Si les trafiquants de drogue sont capables de déplacer des millions de ces minuscules pilules dissimulées dans des envois de marchandises légales, les revendeurs ont tout à gagner d'une base fiable de toxicomanes locaux.

La police d'Anbar a refusé de parler à Arab News de son combat contre le Captagon, mais a récemment vanté son succès dans plusieurs raids, qui ont conduit à 19 arrestations et à la saisie de 134 589 comprimés entre avril et juillet de cette année.

Néanmoins, le Captagon continue de se répandre partout en Anbar et dans les provinces voisines. Beaucoup de personnes exhortent maintenant les autorités à changer de tactique et à traiter les toxicomanes comme des patients ayant besoin d'une réadaptation, plutôt que comme des criminels et des déviants moraux.

Noureddine Al-Hamdani, 28 ans, est bénévole pour Peace Forum, un groupe indépendant fondé en 2017 pour lutter contre les nombreux maux sociaux qui empoisonnent la vie des habitants de Ramadi, de la violence conjugale aux violations des droits civils.

Noureddine rejoint régulièrement son équipe de bénévoles dans le bazar animé d'Anbar pour distribuer des brochures sur la toxicomanie. Il croit que la propagation de la consommation de drogue peut être directement liée à l'impact psychologique de la guerre.

«La guerre avec Daech est l'une des principales raisons de la propagation de Captagon ici», a expliqué Noureddine.

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Noureddine Al-Hamdani, 28 ans, est bénévole pour Peace Forum, un groupe indépendant fondé en 2017 pour lutter contre les nombreux maux sociaux qui empoisonnent la vie des habitants de Ramadi. (Photo, AN/Meethak Al-Khatib)

Par conséquent, la province est non seulement devenue un important intermédiaire régional pour le trafic de drogue, mais aussi un marché lucratif. «L'Anbar est une zone stratégique bordant plusieurs pays dont des drogues sont introduites dans le pays. (…) C’est devenu une zone de consommation de drogue», dit-il.

Noureddine est convaincu que la police locale mène une bataille perdue d'avance, et que les ressources pourraient être bien mieux dépensées sur des services de réadaptation, ce qui pourrait contribuer à réduire la demande de Captagon.

«Il n'y a pas d'établissements de santé qui peuvent aider les toxicomanes à Anbar. Ceci signifie que les consommateurs de drogue craignent de se confier aux gens, ou d'aller voir les autorités pour avouer qu'ils sont des toxicomanes et qu'ils ont besoin d'aide médicale. Les autorités les considèrent comme des criminels. Ainsi, la consommation de drogues augmente de jour en jour», dit-il.

«Les consommateurs de drogues ne sont pas des criminels. Malheureusement, les autorités les emprisonnent avec des criminels et des personnes accusées de terrorisme et d'autres crimes», se désole-t-il.

«Nous voulons que le gouvernement fournisse des soins de santé aux consommateurs de drogue, (des centres) où ils peuvent obtenir de l'aide et vaincre leur dépendance. Malgré nos nombreux appels aux autorités locales et centrales, nous n'obtenons aucune réponse», conclut le bénévole.

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La police d'Anbar expose des paquets de pilules de Captagon saisis devant un suspect lors d'une récente saisie de drogue. (Photo fournie)

Sous le dictateur irakien Saddam Hussein, les délits liés à la drogue étaient passibles de la peine de mort. Depuis son éviction en 2003, la position du système judiciaire irakien s'est assoupli à cet égard, mais continue d'emprisonner des personnes même pour des délits mineurs en relation avec la drogue.

La loi n° 50 sur les stupéfiants et les substances psychotropes, promulguée en 2017, autorise les tribunaux à prononcer des peines d'emprisonnement d'un à trois ans, et à imposer de lourdes amendes pour l'importation, la production ou la possession de stupéfiants. L'article 288 de la même loi prévoit la réclusion à perpétuité pour les personnes reconnues coupables d'avoir ouvert des repaires de drogue.

Hamid Ali Jassim, un avocat de Ramadi spécialisé dans les affaires de stupéfiants, estime que le système actuel ne fonctionne pas. «Avant 2003, l'Irak était toujours un pays de transit de drogue, où la drogue était acheminée de l'Iran vers la Syrie, les États du Golfe et le Liban. L'Irak n'était pas un pays consommateur ou producteur de drogue avant 2003», précise Jassim.

«Avant 2003, les lois antidrogue étaient si sévères que la possession de quelques pilules de stupéfiants pouvait entraîner une condamnation à mort. Puis, en 2017, une nouvelle loi sur les drogues a été promulguée en Irak, qui a également classé le Captagon comme une drogue psychoactive».

Mais lorsque les autorités ont réalisé que les revendeurs et les consommateurs de drogue n'étaient pas découragés, ils ont imposé des peines encore plus sévères. Désormais, la possession d'une centaine de pilules de Captagon peut entraîner jusqu'à six ans de prison et une amende minimale de IQD 10 millions ($6 850).

«Le système judicaire estime que de lourdes peines entraînerait une diminution de la consommation de drogue», souligne Jassim. «Nous n'avons pas d'établissements de santé qui peuvent offrir un traitement aux toxicomanes condamnés, et les autorités pensent que l’incarcération des personnes résoudra le problème de la drogue».

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Hamid Ali Jasim, un avocat de Ramadi spécialisé dans les affaires de stupéfiants, estime que la politique irakienne actuelle de lutte contre les stupéfiants ne fonctionne pas. (Photo, AN/Meethak Al-Khatib)

Jassim pense que l'épidémie de consommation de drogue est également aggravée par la corruption au sein du système pénitentiaire. «Après 2003, de nombreux policiers,  je ne dirais pas tous, mais la majorité, n'étaient pas satisfaits de leurs taux de rémunération, alors ils ont commencé à chercher d'autres sources de revenus, comme passer des appels téléphoniques ou d'autres choses aux détenus contre de l'argent, notamment du Captagon», révèle-t-il.

Jassim prétend aussi que les propriétés sont fréquemment perquisitionnées sans une décision de justice valide, que les suspects se voient souvent refuser le droit d'avoir un avocat présent lors de l'interrogatoire et que la torture est courante en garde à vue.

«Dans la plupart des cas, la police utilise des méthodes illégales pendant l'interrogatoire pour savoir où le suspect a obtenu son approvisionnement», affirme Jassim.

D'autres policiers auraient extorqué des pots-de-vin à des trafiquants de drogue en échange de peines de prison réduites. «Dans certains cas, les revendeurs concluent un «arrangement» avec les autorités pour être renvoyés devant les tribunaux en tant que consommateurs, et non en tant que revendeurs, pour obtenir une peine réduite».

Avec les dossiers qui s’accumulent, les enquêtes sont souvent précipitées, les preuves déposées de manière incorrecte et les condamnations prononcées sans respecter les procédures. «Les procès de drogue ici ne prennent pas plus de 15 minutes», martèle Jassim, «de nombreuses personnes ont été injustement poursuivies».

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Les forces de sécurité irakiennes protègent les bénévoles du Forum de la paix au centre-ville de Ramadi. (Photo, AN/Meethak Al-Khatib)

Pour les consommateurs de Captagon comme Ali, trop effrayés pour s'exprimer ouvertement, le système est défectueux. «J'aimerais bien qu'il y ait une clinique de réadaptation ici. J'irais certes s'il y en avait une», dit-il.

Mais avant que l'infrastructure juridique et médicale de l'Irak puisse s'adapter, le langage autour de la toxicomanie et de la maladie mentale doit changer. «Les gens pensent que si vous prenez des substances illégales, vous êtes une personne dangereuse», reconnaît Ali.

«Vous trouvez des jeunes déprimés partout en Irak. La vie ici n'est pas normale. Mais les gens ont peur d'aller voir un psychologue. Les coutumes et les traditions les en empêchent. Les gens pensent que vous êtes fou».

«Les jeunes ici naviguent sur les réseaux sociaux et peuvent voir à quoi ressemble la vie en dehors de l'Irak, comment elle est meilleure. Ça les rend déprimés. Et ça peut leur donner une raison de consommer le Captagon».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le ministre des Affaires étrangères d'Oman en Iran pour discuter d'Ormuz

Le ministre des Affaires étrangères d'Oman, Badr al-Busaidi est attendu mardi en Iran, ont annoncé les autorités iraniennes, alors que Téhéran et Mascate discutent depuis des semaines d'un accord sur les modalités de passage dans le détroit d'Ormuz. (AFP)
Le ministre des Affaires étrangères d'Oman, Badr al-Busaidi est attendu mardi en Iran, ont annoncé les autorités iraniennes, alors que Téhéran et Mascate discutent depuis des semaines d'un accord sur les modalités de passage dans le détroit d'Ormuz. (AFP)
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  • M. al-Busaidi mènera les "consultations politiques en cours entre les deux parties, en tant qu'États riverains du détroit d'Ormuz, afin de contribuer à renforcer la paix et la sécurité dans la région"
  • Le ministre omanais doit également rencontrer son homologue iranien Abbas Araghchi, pour "renforcer la coopération bilatérale" et "discuter des enjeux régionaux"

TEHERAN: Le ministre des Affaires étrangères d'Oman, Badr al-Busaidi est attendu mardi en Iran, ont annoncé les autorités iraniennes, alors que Téhéran et Mascate discutent depuis des semaines d'un accord sur les modalités de passage dans le détroit d'Ormuz.

M. al-Busaidi mènera les "consultations politiques en cours entre les deux parties, en tant qu'États riverains du détroit d'Ormuz, afin de contribuer à renforcer la paix et la sécurité dans la région", a déclaré lundi le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, dans un communiqué.

Le ministre omanais doit également rencontrer son homologue iranien Abbas Araghchi, pour "renforcer la coopération bilatérale" et "discuter des enjeux régionaux".

En riposte aux frappes israélo-américaines sur son sol le 28 février, qui ont déclenché la guerre au Moyen-Orient, l'Iran a verrouillé le stratégique détroit d'Ormuz, par lequel circulait, avant le conflit, un cinquième des hydrocarbures mondiaux.

Téhéran a indiqué qu'il entendait imposer des frais de navigation pour des services aux navires y transitant, ce que refusent fermement les Etats-Unis et certains pays de la région. L'Iran a pris pour cible des navires qui tentent de traverser le détroit sans demander d'autorisation.

De son côté, le président américain Donald Trump martèle avoir le "contrôle total" du détroit et a affirmé qu'il en ferait, après la guerre un "territoire américain".

Il a également menacé de bombarder Oman si le pays se mettait "en travers" du chemin des Etats-Unis.

L'Iran et Oman discutent depuis plusieurs semaines pour établir une nouvelle route de navigation dans le détroit.

Mardi, le Qatar, un des pays médiateurs dans le conflit, les a appelés à conclure leurs négociations, pour permettre de "reprendre" les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran.

Téhéran affirme que la voie maritime restera fermée tant que Washington n'aura pas rempli ses engagements prévus par le protocole d'accord conclu mi-juin, dont la levée du blocus imposé par les Etats-Unis aux  ports iraniens.


La Syrie dit vouloir désamorcer les tensions avec Israël après l'attaque d'une base

Cette photo, diffusée par la page Telegram de la présidence syrienne, montre le président syrien Ahmed al-Sharaa (à droite) serrant la main de l'envoyé américain Tom Barrack au palais présidentiel de Damas, le 18 janvier 2026. (AFP)
Cette photo, diffusée par la page Telegram de la présidence syrienne, montre le président syrien Ahmed al-Sharaa (à droite) serrant la main de l'envoyé américain Tom Barrack au palais présidentiel de Damas, le 18 janvier 2026. (AFP)
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  • Selon des sources interrogées par l'AFP, le chef de la diplomatie syrienne, Assaad al-Chaibani, et le chef du Mossad, les services de renseignement extérieur israéliens, Roman Gofman, se sont rencontrés en Jordanie
  • Ils ont abordé, entre autres, la question de la mise en place d'une "salle des opérations spéciales" en Jordanie, sous supervision américaine, afin d'éviter tout affrontement en Syrie, y compris avec la Turquie

DAMAS: La Syrie et Israël ont tenu dimanche des discussions de haut niveau en Jordanie, Damas affirmant vouloir désamorcer la crise provoquée par une attaque israélienne et rester à l'écart des tensions entre Israël et la Turquie.

Avec cette frappe sur une base aérienne du nord du pays, vivement condamnée par Damas, Israël avait dit vouloir y empêcher le déploiement de troupes turques. Ankara a démenti toute présence militaire.

Selon des sources interrogées par l'AFP, le chef de la diplomatie syrienne, Assaad al-Chaibani, et le chef du Mossad, les services de renseignement extérieur israéliens, Roman Gofman, se sont rencontrés en Jordanie.

Ils ont abordé, entre autres, la question de la mise en place d'une "salle des opérations spéciales" en Jordanie, sous supervision américaine, afin d'éviter tout affrontement en Syrie, y compris avec la Turquie, selon ces sources qui ont requis l'anonymat.

L'agence de presse officielle syrienne Sana, citant une source au ministère syrien des Affaires étrangères, a confirmé que des pourparlers parrainés par les Etats-Unis avaient eu lieu en Jordanie, dans l'objectif d'"une désescalade après le récent bombardement israélien du territoire syrien".

D'après Sana, un groupe mené par le chef de la diplomatie syrienne s'est entretenu avec une "délégation israélienne de haut niveau". Les discussions devaient, entre autres, "faire en sorte que les tensions actuelles entre les deux pays ne se répercutent pas sur le territoire syrien", de même source.

La Turquie a été le premier pays à majorité musulmane à reconnaître Israël, mais les relations sont tendues avec le président Recep Tayyip Erdogan, qui a été qualifié vendredi par Benjamin Netanyahu de "dictateur antisémite".

Un porte-parole du bureau du Premier ministre israélien a, lui, indiqué à l'AFP ne pas avoir de commentaire à faire à ce sujet.

Selon une source diplomatique, ces négociations entre Israël et la Syrie sont les premières depuis plusieurs mois.

Après l'arrivée au pouvoir fin 2024 de l'islamiste Ahmad al-Chareh, dont la coalition de rebelles a renversé le président Bachar al-Assad, Israël a lancé des centaines de frappes contre la Syrie.

L'armée israélienne a également mené des incursions dans le sud du pays et déployé des troupes dans la zone tampon placée sous surveillance de l'ONU, qui séparait les forces israéliennes et syriennes sur le plateau du Golan, où Israël revendique la mise en place d'une "zone de sécurité" qu'il entend maintenir.

"Violation flagrante" 

En parallèle, les deux pays ont tenu, sous la pression des Etats-Unis, plusieurs cycles de discussions directes.

A l'issue de négociations en janvier, les deux pays avaient convenu de mettre en place un mécanisme de partage de renseignements.

Un diplomate arabe à Damas avait indiqué à l'époque à l'AFP qu'une salle d'opérations conjointe basée en Jordanie devait notamment suivre les questions de coordination sécuritaire et de contrôle des frontières.

Tom Barrack, l'envoyé spécial américain en Syrie qui est également ambassadeur en Turquie, a condamné le bombardement israélien de mardi, accusant Israël d'"escalade inutile".

Dans un entretien accordé à l'influenceur Mario Nawfal et diffusé vendredi, il a aussi suggéré que la frappe pourrait avoir cherché à provoquer un conflit avec la Turquie dans le cadre d'une manœuvre électoraliste du Premier ministre, Benjamin Netanyahu, qui aborde en position difficile les législatives d'octobre en Israël.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a dénoncé des "positions qui contredisent la ligne du président américain Donald Trump".

M. Barrack a également déclaré que le plateau du Golan - un territoire syrien dont Israël s'est emparé en 1967 avant de l'annexer en 1981 - était "occupé" par Israël, alors que les Etats-Unis sont parmi les rares pays à avoir reconnu son annexion par Israël, sous le premier mandat de Donald Trump en 2019.

Les discussions ont par ailleurs eu lieu au lendemain de frappes israéliennes visant, selon Israël, des combattants en Syrie, près du plateau du Golan.

Damas a fait état d'un blessé et dénoncé une "violation flagrante" de sa souveraineté.


De Riyad à Paris : pourquoi les Saoudiens reviennent toujours en France

Paris reste une destination attractive pour les touristes saoudiens, les amateurs de gastronomie et les passionnés de culture. (Shutterbox)
Paris reste une destination attractive pour les touristes saoudiens, les amateurs de gastronomie et les passionnés de culture. (Shutterbox)
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  • Pour les voyageurs saoudiens, la France offre bien plus que ses monuments, avec une culture, une histoire et une gastronomie qui laissent une impression durable
  • Des lunes de miel aux carrières dans la pâtisserie, en passant par des années d’études à Paris, les visiteurs racontent des expériences qui continuent de les attirer en France

RIYAD : Le secteur touristique français a franchi une étape remarquable en 2025, en accueillant 102 millions de visiteurs internationaux et en confortant sa position de destination la plus visitée au monde.

Pour de nombreux voyageurs saoudiens, la France n’est pas simplement une destination incontournable : c’est une expérience enrichissante, façonnée par les rencontres avec sa culture, son histoire, sa gastronomie, son art et sa vie intellectuelle.

Les deux pays sont de plus en plus connectés grâce à des liaisons aériennes directes. Saudia assure des vols directs entre Paris et Riyad ainsi qu’entre Paris et Djeddah. Dans le même temps, Air France a lancé sa liaison directe Paris-Riyad à l’été 2025, élargissant les possibilités de voyage entre les deux capitales.

Pour les visiteurs saoudiens, ces liaisons ouvrent la porte aux attractions emblématiques, mais surtout à une ville qui peut se découvrir à travers sa culture, son histoire, ses musées, sa gastronomie et la vie quotidienne.

Marwan Alrasheed, traducteur et consultant culturel, s’est rendu en France à l’automne 2025, animé précisément par cette curiosité.

« Je suis venu découvrir la richesse culturelle de Paris, qu’elle soit artistique, historique, philosophique ou culinaire », a-t-il déclaré à Arab News, décrivant Paris comme occupant « une place prépondérante dans l’histoire de la culture humaine ».

Alrasheed a séjourné pendant dix jours dans le Quartier latin, près de la Sorbonne, l’un des quartiers les plus étroitement associés à l’histoire intellectuelle de la ville.

Son itinéraire, riche et varié, reflétait ces centres d’intérêt. Il s’est notamment rendu aux Deux Magots, le célèbre café associé à des écrivains, artistes et philosophes tels que Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre et Albert Camus.

Il a également exploré le Louvre, où il a admiré la Joconde de Léonard de Vinci et la Victoire de Samothrace.

Alrasheed s’est aussi arrêté à Shakespeare and Company, la librairie anglophone de la rive gauche associée à plusieurs générations d’écrivains, qualifiant son voyage d’« hors du commun et instructif ».

La gastronomie a constitué une autre manière de découvrir la ville.

Passionné d’histoire, Alrasheed a participé à une visite consacrée aux boulangeries historiques parisiennes, explorant l’univers culinaire de la capitale parallèlement à ses visites de musées et de lieux littéraires.

Pris dans leur ensemble, ces expériences ont durablement marqué sa perception de Paris et lui ont donné toutes les raisons d’y revenir. « La gastronomie, la culture, l’art et l’histoire vous invitent tous à revenir », a-t-il déclaré.

Pour Dania Halawani, originaire de Djeddah, la France a offert un autre type de lien personnel. Sa première visite a eu lieu pendant sa lune de miel, lorsqu’elle a passé une semaine à voyager entre Paris, Versailles et Marseille.

« En plus d’être d’une beauté à couper le souffle et incroyablement riche en culture à chaque coin de rue, c’est un pays absolument romantique », a-t-elle déclaré à Arab News.

Versailles a été l’un des temps forts du voyage. « Nous avons parcouru le palais et nous avions l’impression de revivre son histoire et de la respirer », a-t-elle raconté.

Le séjour lui a également permis de se familiariser davantage avec la langue française, l’anglais ne lui permettant pas toujours de communiquer, et elle a commencé à apprendre des mots et des expressions au fil de son voyage.

Pour d’autres visiteurs saoudiens, la France a été une source d’inspiration professionnelle.

Les voyages répétés à Paris de la cheffe pâtissière saoudienne Al-Batoul Al-Maddah l’ont aidée à transformer son intérêt pour la pâtisserie en véritable carrière.

« Je voyageais à Paris à chaque vacances et je découvrais de nouvelles pâtisseries et de nouvelles saveurs, car la pâtisserie ressemble à la mode : tout est question de nouvelles tendances », a-t-elle déclaré à Arab News.

Elle a ensuite choisi d’étudier à Paris, attirée par la culture culinaire de la ville et la créativité de sa scène pâtissière.

« Ma vie étudiante à Paris a été remarquable et j’ai eu la chance d’en apprendre davantage sur ce que j’aime vraiment », a-t-elle déclaré.

Pour Hadeel Al-Nufaiey, l’expérience est allée encore plus loin. Elle a vécu cinq ans à Paris pendant ses études à l’université Paris Descartes, décrivant cette période comme une expérience culturelle, éducative et sociale déterminante.

La vie à Paris l’a amenée à participer à des conversations sur l’Arabie saoudite avec des personnes qui connaissaient peu le Royaume.

Elle a expliqué qu’elle se retrouvait souvent à présenter la société et la culture saoudiennes à des personnes dont la perception était largement façonnée par la couverture médiatique.

« J’ai essayé de contribuer au changement autant que possible et j’espère avoir représenté l’Arabie saoudite de la meilleure manière », a-t-elle déclaré.

À son retour à Riyad, la France était également devenue une partie de sa vie familiale : ses deux jeunes enfants parlent couramment français.

Cafés philosophiques, bibliothèques historiques, pâtisseries et bien d’autres découvertes sont autant d’expériences que les voyageurs saoudiens rapportent de France. Ce qui les relie souvent, c’est le sentiment que le pays offre bien plus qu’une simple liste d’attractions incontournables : il offre la possibilité de découvrir des idées, des goûts et des traditions qui continuent de façonner leurs souvenirs longtemps après la fin du voyage. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com