Les raisons de la victoire fulgurante des talibans

Un soldat de l'armée afghane dans une photo d'archive: L'armée était depuis des années rongée par la corruption et sapée par un commandement médiocre, un manque d'entraînement et un moral en berne. Les désertions étaient fréquentes et les inspecteurs du gouvernement américain avaient depuis longtemps alerté sur la faible viabilité des troupes. (Photo, AFP)
Un soldat de l'armée afghane dans une photo d'archive: L'armée était depuis des années rongée par la corruption et sapée par un commandement médiocre, un manque d'entraînement et un moral en berne. Les désertions étaient fréquentes et les inspecteurs du gouvernement américain avaient depuis longtemps alerté sur la faible viabilité des troupes. (Photo, AFP)
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Publié le Mardi 17 août 2021

Les raisons de la victoire fulgurante des talibans

  • Les insurgés auront manié la carotte et le bâton dans une véritable guerre psychologique qui les aura menés de ville en ville
  • Les talibans ont commencé à négocier les redditions longtemps avant leur offensive, en passant des accords avec des responsables officiels

KABOUL : L'impressionnante rapidité avec laquelle les talibans ont repris le contrôle en Afghanistan résulte non seulement de leur force sur le terrain, mais aussi de leur pression soutenue pour négocier accords et redditions.

Les insurgés auront manié la carotte et le bâton dans une véritable guerre psychologique qui les aura menés de ville en ville, certaines conquises presque sans un seul coup de feu, jusqu'à la capitale, Kaboul.

Pourquoi une si faible résistance de l'armée?

Au début du retrait des troupes internationales d'Afghanistan, en mai, tant Washington que Kaboul étaient confiants sur la capacité de l'armée afghane à contrer les talibans.

Forte de plus de 300000 hommes et doté d'un équipement à plusieurs milliards de dollars bien plus perfectionné que celui des fondamentalistes, l'armée afghane semblait en effet redoutable... du moins sur le papier.

En réalité, l'armée était depuis des années rongée par la corruption et sapée par un commandement médiocre, un manque d'entraînement et un moral en berne. Les désertions étaient fréquentes et les inspecteurs du gouvernement américain avaient depuis longtemps alerté sur la faible viabilité des troupes.

Si les forces afghanes ont pu faire front dans certaines provinces du sud comme à Lashkar Gah, elles ont par la suite dû opérer sans le soutien de l'armée américaine et de ses frappes aériennes.

Face à des ennemis moins nombreux mais plus déterminés et dotés d'une meilleure cohésion, les soldats afghans ont déserté ou capitulé, parfois par unités entières, laissant les insurgés prendre le contrôle des villes les unes après les autres.

Comment les talibans ont pris le dessus sur une armée démotivée?

L'effondrement de l'armée afghane trouve ses prémices dans l'accord conclu par l'ancien président Donald Trump avec les talibans en février 2020 à Doha, pour un retrait complet des troupes étrangères, en échange de garanties de sécurité et d'un engagement des talibans à discuter avec Kaboul.

Pour les talibans, il s'agit d'une première victoire, après près de deux décennies de guerre. Pour de nombreux afghans, démoralisés, c'est une trahison et un abandon.

Les talibans poursuivent leurs attaques contre des forces gouvernementales, tout en fomentant des assassinats ciblés de journalistes et de militants des droits humains, instillant la peur. Leur propagande se charge d'annoncer pour bientôt leur victoire inéluctable.

Selon certaines sources, des responsables locaux et des soldats sont bombardés de messages les pressant de se rendre ou de coopérer, leur promettant le pire en cas de refus. D'autres se voient proposer un sauf-conduit s'ils n'opposent pas de résistance.

Où sont passés les seigneurs de la guerre?

Face à l'inexorable avancée des talibans, plusieurs des célèbres seigneurs de la guerre que compte l'Afghanistan mobilisent leurs milices et promettent aux talibans un retour de bâton s'ils attaquent leurs fiefs.

Mais là encore, le pessimisme sur l'avenir du gouvernement afghan sape la combativité des troupes, qui abandonnent les villes sans combattre.

Ismail Khan, un des seigneurs de la guerre les plus connus d'Afghanistan, s'est rendu aux talibans après la chute d'Hérat, dont il était le maître incontesté depuis des décennies.

Deux chefs de guerre, Abdul Rashid Dostom et Atta Mohammad Noor qui avaient pris la tête de la résistance à Mazar-i-Sharif, ont fui en Ouzbékistan, dénonçant une trahison de l'armée afghane, tandis que leurs milices abandonnaient véhicules, armes et uniformes au bord des routes.

Comment expliquer une avancée si rapide ?

Les talibans ont commencé à négocier les redditions longtemps avant le début de leur offensive en mai.

Des accords ont supposément été passés avec des responsables gouvernementaux du bas de l'échelle aussi bien qu'avec des gouverneurs de provinces ou des ministres. Cette stratégie s'est révélée très efficace.

Ni champs de bataille sanglants ni cadavres dans les rues ne seront venus illustrer l'offensive finale des talibans vers Kaboul. Au contraire, les images ont montré talibans et responsables locaux confortablement assis dans des fauteuils pour signer la cession des villes et des provinces.

Il y a un mois, un rapport américain estimait que le gouvernement afghan pouvait tomber en 90 jours. Après la prise de la première capitale régionale par les talibans, cela aura pris moins de deux semaines.


L'Iran a présenté une nouvelle proposition aux Etats-Unis via le Pakistan (média d'Etat)

A man rides his motorcycle past a billboard depicting Iran’s Supreme Leader Mojtaba Khamenei, in Tehran on April 24, 2026. (AFP/File Photo)
A man rides his motorcycle past a billboard depicting Iran’s Supreme Leader Mojtaba Khamenei, in Tehran on April 24, 2026. (AFP/File Photo)
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  • L’Iran a soumis une nouvelle proposition de négociation visant à relancer le dialogue avec les États-Unis pour mettre fin au conflit
  • Le Pakistan joue un rôle de médiateur dans ces discussions, qui restent bloquées malgré les efforts diplomatiques

TEHERAN: L'Iran a présenté une nouvelle offre en vue de la reprise des négociations avec les Etats-Unis, actuellement au point mort, pour mettre fin durablement à la guerre, a annoncé l'agence officielle iranienne Irna.

"La République islamique a transmis jeudi soir le texte de sa dernière proposition au Pakistan, médiateur dans les discussions avec les Etats-Unis", selon l'agence, qui n'a pas donné plus de détails.


Téhéran active ses défenses aériennes, Trump prêt à ignorer le Congrès

Des véhicules passent devant un immense panneau d’affichage indiquant « Le détroit d’Ormuz reste fermé » sur la place de la Révolution à Téhéran, le 28 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
Des véhicules passent devant un immense panneau d’affichage indiquant « Le détroit d’Ormuz reste fermé » sur la place de la Révolution à Téhéran, le 28 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
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  • Téhéran a activé sa défense antiaérienne malgré un cessez-le-feu fragile, tandis que Washington affirme que la limite légale des 60 jours pour autoriser la guerre ne s’applique plus, ce qui suscite des tensions politiques
  • Le conflit et le blocage du détroit d’Ormuz provoquent une flambée des prix du pétrole et une crise énergétique mondiale, avec des risques économiques majeurs

TEHERAN: Téhéran a activé jeudi soir ses systèmes de défense antiaérienne contre des drones et des petits avions, à l'approche des 60 jours du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, date limite après laquelle Donald Trump doit théoriquement demander l'autorisation du Congrès pour poursuivre la guerre.

Mais son gouvernement a laissé entendre qu'il ignorera cette obligation qui incombe au président américain en principe vendredi, et que les démocrates se retrouvent impuissants à faire respecter.

Les Etats-Unis et Israël ont déclenché une guerre contre l'Iran le 28 février, et instauré un cessez-le-feu depuis le 8 avril, en dépit duquel le bras de fer entre entre Téhéran et Washington se poursuit, propulsant les cours des hydrocarbures à des sommets inédits depuis quatre ans.

Selon la Constitution américaine, seul le Congrès a le pouvoir de déclarer la guerre. Une loi adoptée en 1973 permet cependant au président de déclencher une intervention militaire limitée pour répondre à une situation d'urgence, à condition, s'il engage des troupes américaines plus de 60 jours, qu'il obtienne une autorisation du pouvoir législatif.

Vendredi représente donc la date limite, mais le ministre de la Défense, Pete Hegseth, a argué jeudi qu'en raison du cessez-le-feu "l'horloge des 60 jours est suspendue".

"Les hostilités qui ont commencé le samedi 28 février sont terminées", a ajouté à l'AFP un haut responsable de l'administration américaine. "Il n'y a pas eu d'échanges de tirs entre les forces armées américaines et l'Iran depuis le mardi 7 avril".

Washington impose un blocus des ports iraniens en représailles au verrouillage par Téhéran du stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant le conflit un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde, faisant s'envoler les prix du pétrole.

Un haut responsable américain a évoqué une possible prolongation de cette mesure "pendant des mois".

Face à la perspective d'un enlisement du conflit, le Brent, la référence mondiale du pétrole brut, a brièvement dépassé jeudi les 126 dollars, un sommet depuis début 2022 lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Vendredi, il gagnait 0,59% à 111,05 dollars vers 05H00 GMT.

- "Défaite honteuse" -

Le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a affirmé jeudi que les Etats-Unis avaient subi une "défaite honteuse" face à l'Iran.

Le président iranien Massoud Pezeshkian a lui dénoncé le blocus américain comme un "prolongement des opérations militaires".

A Téhéran, des systèmes de défense antiaérienne ont été activés jeudi soir, contre des drones et des aéronefs dont la provenance n'a pas été communiquée.

"Le bruit de la défense antiaérienne a cessé après environ 20 minutes d'activité et de riposte contre de petits aéronefs", ont indiqué les agences Tasnim et Fars précisant que Téhéran se trouvait de nouveau dans une "situation normale".

La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban. Malgré la trêve et de premières discussions le 11 avril à Islamabad, la diplomatie semble dans l'impasse.

Pendant que les négociations piétinent, les répercussions du blocage d'Ormuz se font chaque jour un peu plus sentir pour l'économie mondiale, entre pénuries rampantes, poussées d'inflation et révisions à la baisse de la croissance.

"Le monde est confronté à la plus grave crise énergétique de son histoire", a jugé le patron de l'Agence internationale de l'énergie, Fatih Birol.

- "Au bord du gouffre" -

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est aussi alarmé de l'"étranglement" de l'économie planétaire en raison de la paralysie du détroit.

"C'est à présent le temps du dialogue, de solutions qui nous éloignent du bord du gouffre et de mesures capables d'ouvrir une voie vers la paix", a-t-il plaidé dans un message sur X.

Sur le front libanais, de nouvelles frappes israéliennes sur le sud du pays ont fait au moins dix-sept morts jeudi.

L'ambassade américaine à Beyrouth a appelé à une rencontre entre ce dernier et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, considérant le Liban "à un tournant". "Son peuple a l'occasion historique de reprendre en main son pays et de forger son avenir", a-t-elle estimé sur X.

Les opérations menées au Liban par Israël, qui combat le mouvement pro-iranien Hezbollah, ont fait plus de 2.500 morts et plus d'un million de déplacés depuis début mars, selon les autorités.


L'accord entre l'UE et le Mercosur entre en vigueur, de façon provisoire

Un policier français se tient à côté de tracteurs stationnés alors que des agriculteurs participent à une manifestation contre l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, le jour d’un vote sur une saisine des tribunaux, à Strasbourg le 21 janvier 2026. (AFP)
Un policier français se tient à côté de tracteurs stationnés alors que des agriculteurs participent à une manifestation contre l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, le jour d’un vote sur une saisine des tribunaux, à Strasbourg le 21 janvier 2026. (AFP)
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  • L’accord UE–Mercosur entre en vigueur provisoirement, créant une vaste zone de libre-échange de plus de 700 millions de consommateurs avec baisse des droits de douane sur plusieurs produits
  • Soutenu par certains pays pour dynamiser l’économie, il est vivement critiqué notamment en France pour les risques de concurrence déloyale envers les agriculteurs européens

BRUXELLES: Il est vivement dénoncé par la France et le monde agricole mais plébiscité par Bruxelles, l'Espagne et l'Allemagne: l'accord commercial entre l'Union européenne et les pays latino-américains du Mercosur entre en vigueur vendredi, de façon provisoire.

Ce traité, fruit de plus de 25 ans de tractations ardues, va créer l'une des plus grandes zones de libre-échange au monde, avec plus de 700 millions de consommateurs.

Les premières conséquences de son application sont immédiates, d'après Bruxelles.

Dès vendredi, les droits de douanes sur les voitures, produits pharmaceutiques ou le vin, que l'UE exporte vers l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay seront "supprimés ou considérablement réduits".

"C'est une grande journée", a salué le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, qualifiant cet accord d'"historique".

"C'est en réalité une journée bien sombre", rétorque l'eurodéputée française Manon Aubry à l'AFP. Les agriculteurs européens "vont se confronter à une concurrence déloyale de centaines de milliers de tonnes de denrées agricoles qui vont inonder le marché européen, avec des normes sanitaires et environnementales au rabais", alerte l'élue de gauche radicale, très investie sur ce dossier.

- Les tracteurs à Bruxelles -

Cet accord commercial a fait l'objet d'innombrables rebondissements depuis les premières négociations, lancées à la fin des années 1990.

Et pour cause: les deux camps sont fondamentalement divisés quant à ses effets.

Pour ses partisans, Berlin et Madrid en tête, ce texte va permettre de relancer l'économie européenne, en souffrance face à la concurrence de la Chine et aux droits de douane des Etats-Unis.

Pour ses détracteurs, le risque est au contraire de bousculer l'agriculture européenne avec des produits importés moins chers et pas forcément respectueux des normes de l'UE, faute de contrôles suffisants. On retrouve ici la France, la Pologne, et de nombreux agriculteurs.

Dans l'espoir d'amadouer ce camp-ci, Bruxelles a enchaîné les concessions ces derniers mois, dont des garanties renforcées pour les produits les plus sensibles.

Mais rien n'y a fait.

Equipés de tracteurs, fumigènes et drapeaux, les agriculteurs sont venus crier leur colère jusque dans les rues de Bruxelles et de Strasbourg, devant le Parlement européen.

Et le traité de libre-échange, qui facilite l'entrée en Europe de bœuf, sucre, riz, miel et soja sud-américains, avec des quotas de produits détaxés qui inquiètent les filières concernées, a finalement été signé mi-janvier.

- Diversifier les partenariats -

Le Parlement européen a dans la foulée saisi la justice pour vérifier la légalité de l'accord.

En attendant cette décision de la Cour de justice de l'UE, d'ici peut-être plus d'un an, la Commission a décidé d'appliquer cet accord de façon provisoire, ce qu'elle est en droit de faire.

Une décision là encore critiquée par la France - son président Emmanuel Macron a parlé d'une "mauvaise surprise" - et les agriculteurs.

Au sein des cortèges du monde agricole, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a souvent cristallisé les critiques, se faisant vilipender nommément.

Celle-ci rétorque que l'UE n'a d'autre choix que de diversifier ses partenariats commerciaux face au retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

Elle a donc aussi scellé un accord commercial avec l'Inde fin janvier et avec l'Australie en mars.

Pour marquer l'entrée en vigueur de celui du Mercosur vendredi, la cheffe de l'exécutif européen échangera, aux côtés du président du Conseil européen, Antonio Costa, par visioconférence, avec les dirigeants des pays du Mercosur.