Séisme, tempête et inondations: le calvaire sans fin des Haïtiens

Quelque 9 900 personnes ont été blessées par les secousses et leurs répliques. (Photo, AFP)
Quelque 9 900 personnes ont été blessées par les secousses et leurs répliques. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 18 août 2021

Séisme, tempête et inondations: le calvaire sans fin des Haïtiens

  • Au calvaire des sinistrés qui dorment dehors s'ajoutent mardi les averses charriées par la tempête tropicale Grace
  • Les précipitations risquent par endroits de provoquer «des inondations majeures», selon le Centre américain des ouragans

LES CAYES: Des habitants trempés, épuisés, sans autre choix que d'uriner et déféquer dans des rues menacées d'inondations: le sud-ouest d'Haïti plonge d'heure en heure dans le chaos, les sinistrés de son récent séisme étant mardi démunis face aux violentes intempéries d'une nouvelle tempête tropicale.

Dans la ville des Cayes, plus de 200 personnes commencent à bâtir, sous un vent et une pluie persistants, des abris précaires sur un terrain de football inondé. Tous sont sinistrés du tremblement de terre de magnitude 7,2 de samedi, qui en quelques secondes a réduit en poussière des dizaines de milliers d'habitations. Au moins 1 941 personnes ont été tuées, selon un bilan encore "très partiel" annoncé mardi par la protection civile haïtienne.

Alors que le déblaiement des décombres se poursuit dans cette ville, toujours avec l'espoir de trouver des survivants, un hélicoptère des gardes-côtes des États-Unis a organisé des rotations pour acheminer les patients en état critique.

Hélicoptères

Les États-Unis, qui ont évacué une quarantaine de personnes pour des soins urgents avec trois hélicoptères des gardes-côtes, ont affrété huit hélicoptères de l'armée depuis le Honduras, pour continuer les efforts d'évacuation médicale.

L'USS Arlington, un navire de transport de la marine américaine doit également arriver mercredi en Haïti avec à son bord, une équipe chirurgicale, a annoncé le Commandement sud du Pentagone.

L'aide médicale aux milliers de blessés s'organise aussi avec la montée de blocs opératoires de campagne dans quelques centres hospitaliers de la zone affectée par le séisme.

Sur le terrain de l'hôpital de l'Ofatma aux Cayes, les soldats américains ont déchargé des caisses de matériel avant d'accueillir dans leur appareil, en direction de Port-au-Prince, un homme sévèrement blessé sur une civière et Jéremy, 7 ans, porté dans les bras d'un travailleur de l'organisation d'évacuation médicale Hero Ambulance.

"Ce petit garçon a une hémorragie cérébrale et cela affecte son cerveau. Cela pourrait hypothéquer le reste de sa vie. Si on peut l'aider, il pourra avoir une enfance normale donc cela fait une différence", sourit Carolyn Davies, infirmière de l'ONG Canadian medical assistance, arrivée aux Cayes au lendemain de la catastrophe.

Après deux jours d'attente, ce soutien international est un soulagement pour l'équipe médicale de l'hôpital des Cayes qui n'en reste pas moins désabusée devant leur dénuement, et notamment l'absence de scanner, ou de personnes formées pour les faire fonctionner.

Extrême vigilance

Avec seulement un bonnet de douche pour se protéger des gouttes, Magalie Cadet est épuisée par les trois jours d'épreuves qu'elle vient de subir.

"Même pour faire nos besoins, on n'a aucun endroit, donc on doit chercher dans les rues pour se soulager", déplore cette femme de 41 ans, les nerfs usés par les incessantes répliques du tremblement de terre.

"Hier soir, je m'étais mise à l'abri près de l'église mais quand on a senti la terre trembler à nouveau, j'ai couru pour retourner ici", soupire-t-elle.

Quelque 9 900 personnes ont été blessées par les secousses et leurs répliques. Dans les décombres, les secouristes ont extrait 34 personnes vivantes au cours des dernières 48 heures ont indiqué les autorités.

Au calvaire des sinistrés qui dorment dehors s'ajoutent mardi les averses charriées par la tempête tropicale Grace. Les précipitations risquent par endroits de provoquer "des inondations majeures", selon le Centre américain des ouragans, basé à Miami.

Dans ces conditions, les autorités haïtiennes ont appelé à une "extrême vigilance" à l'égard des maisons fissurées, qui pourraient s'effondrer sous le poids de la pluie. 

Bricolant à la hâte des abris de fortune, les habitants sont dépités.

"Hier soir, nous avons passé un mauvais moment. Beaucoup de vent et puis la pluie. Je suis restée assise: à chaque fois, les rafales nous envoyaient de l'eau", confie Natacha Lormira tout en tenant d'une main le maigre morceau de bois auquel est attachée une bâche déchirée.

"Je ne veux pas aller sous une galerie ou un coin de mur car on a tous vu des gens mourir sous des pans de murs. Donc on se résigne: mieux vaut être mouillée que morte", déplore-t-elle.

«L'État ne règle rien»

Trempé par la pluie qui perdure, Vladimir Gilles tente de planter suffisamment profond quelques morceaux de bambou dans la pelouse pour protéger sa femme et son enfant.

"Ma maison est détruite, je n'ai nulle part où dormir. On a besoin d'une bâche plastique pour juste faire un petit somme au sec mais l'État ne règle rien", peste le jeune homme de 28 ans.

Le Premier ministre Ariel Henry a bien décrété l'état d'urgence pour un mois dans les quatre départements affectés par la catastrophe. 

Mais le pays le plus pauvre du continent américain est confronté à un chaos politique, un mois après l'assassinat de son président Jovenel Moïse, compliquant encore sa gouvernance.

L'Unicef a estimé mardi que 1,2 million de personnes, dont 540 000 enfants, étaient affectées par la crise. 

L'accès en eau reste aussi très restreint par endroits, comme dans la commune de Pestel, où plus de 1 800 citernes sont fissurées ou écrasées, faisant craindre une dégradation des conditions sanitaires. Quelques mois après le terrible séisme de 2010, qui avait coûté la vie à 200 000 personnes, une mauvaise gestion des eaux usées dans une base onusienne avait facilité la propagation du choléra dans le pays.


Trump et le président taïwanais envisagent de se parler

Donald Trump a assuré mercredi qu'il parlerait au président taïwanais Lai Ching-te, une perspective immédiatement saluée par les autorités de l'île, pour ce qui serait une première depuis 1979. (AFP)
Donald Trump a assuré mercredi qu'il parlerait au président taïwanais Lai Ching-te, une perspective immédiatement saluée par les autorités de l'île, pour ce qui serait une première depuis 1979. (AFP)
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  • La Chine considère Taïwan comme l'une de ses provinces, qu'elle n'a pas réussi à unifier avec le reste de son territoire depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949
  • Elle plaide pour une solution pacifique tout en se réservant la possibilité de recourir à la force

TAIPEI: Donald Trump a assuré mercredi qu'il parlerait au président taïwanais Lai Ching-te, une perspective immédiatement saluée par les autorités de l'île, pour ce qui serait une première depuis 1979.

Ces déclarations d'intention interviennent juste après une visite à Pékin du président américain, au terme de laquelle il a déclaré avoir "beaucoup parlé" de ce dossier hautement inflammable avec son homologue chinois Xi Jinping.

"Je parlerai avec (Lai). Je parle avec tout le monde", a déclaré Donald Trump à des journalistes qui l'interrogeaient sur cette possibilité, une ligne rouge pour Pékin. "Nous allons travailler (sur) le problème de Taïwan."

Le ministère des affaires étrangères de Taipei a répondu peu après que l'île était "déterminée à maintenir le statu quo dans le détroit de Taïwan", estimant que la Chine était "le perturbateur de la paix et de la stabilité" dans la région.

Lai serait "heureux de discuter de ces questions avec le président Trump", a ajouté son communiqué.

Peu après sa première élection en 2016 mais avant de prendre ses fonctions, Donald Trump avait accepté un coup de téléphone de la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen, suscitant l'ire de Pékin.

Mais jamais des présidents américains et taïwanais en exercice ne se sont parlés directement depuis que Washington a transféré ses relations diplomatiques de Taipei à Pékin, en 1979.

La Chine considère Taïwan comme l'une de ses provinces, qu'elle n'a pas réussi à unifier avec le reste de son territoire depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949. Elle plaide pour une solution pacifique tout en se réservant la possibilité de recourir à la force.

A Pékin, le locataire de la Maison Blanche avait mis en garde les dirigeants de l'île contre toute proclamation d'indépendance.

"Je n'ai pas envie que quelqu'un déclare l'indépendance et, vous savez, nous sommes ensuite censés faire 15.000 kilomètres pour faire la guerre", avait-il expliqué vendredi à Fox News.

Washington a approuvé fin 2025 la deuxième vente d'armes à Taïwan depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, pour une valeur de 11,1 milliards de dollars.

Mais le président réserve sa réponse concernant la suite des livraisons souhaitées par Taipei. "Cela dépendra de la Chine. C'est un très bon atout de négociation pour nous", avait-il déclaré.

Lai Ching-te s'en est ému, relevant que "Taïwan se trouvait au coeur des intérêts mondiaux". Selon lui, "la paix et la stabilité dans le détroit de Taïwan ne seront jamais sacrifiées ni marchandées".


La menace de l'Iran sur les câbles sous-marins d'Ormuz: de quoi parle-t-on ?

Les Gardiens de la Révolution iraniens ont menacé lundi d'instaurer des "permis" pour autoriser l'utilisation des câbles sous-marins traversant le détroit d'Ormuz. (AFP)
Les Gardiens de la Révolution iraniens ont menacé lundi d'instaurer des "permis" pour autoriser l'utilisation des câbles sous-marins traversant le détroit d'Ormuz. (AFP)
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  • Les réseaux de câbles FALCON et Gulf Bridge relient eux les pays du Golfe - dont l’Iran - à l'Inde et à l'Afrique de l'Est, remontant jusqu'à l'Egypte
  • Transitent par ces câbles, "n'importe quelles données que vous pouvez imaginer: vidéos, courriers électroniques, réseaux sociaux, transactions financières, communications gouvernementales"

PARIS: Les Gardiens de la Révolution iraniens ont menacé lundi d'instaurer des "permis" pour autoriser l'utilisation des câbles sous-marins traversant le détroit d'Ormuz. De quelles infrastructures s'agit-il exactement? Et comment ces menaces pourraient-elles se concrétiser?

Quels câbles passent par Ormuz ? 

Une section de l’AAE-1 (Asie, Afrique, Europe), vaste infrastructure sous marine qui relie des points allant de Hong Kong à l'Italie et à la France, passe par le détroit d'Ormuz.

Les réseaux de câbles FALCON et Gulf Bridge relient eux les pays du Golfe - dont l’Iran - à l'Inde et à l'Afrique de l'Est, remontant jusqu'à l'Egypte.

Transitent par ces câbles, "n'importe quelles données que vous pouvez imaginer: vidéos, courriers électroniques, réseaux sociaux, transactions financières, communications gouvernementales", explique à l'AFP Alan Mauldin, directeur de la recherche au sein de la société spécialisée TeleGeography.

Le potentiel de perturbation mondiale de la menace iranienne serait limité, selon Alan Mauldin, car les données qui circulent entre l'Asie et l'Europe sur l’AAE-1 ne passent pas par le détroit d'Ormuz mais par une autre liaison.

Et "tous les pays du Golfe qui utilisent des câbles sous-marins qui traversent le détroit d'Ormuz disposent de plusieurs autres options", ajoute l'expert.

Néanmoins, "la capacité des réseaux terrestres pourrait ne pas suffire à gérer un reroutage complet du trafic" si les connexions sous-marines du Golfe étaient coupées, remarquait en mars l'expert dans un blog.

Et le Qatar, qui est le point terminal de la branche de l'AAE-1 dans le Golfe, pourrait être particulièrement affecté.

Quelle menace pèse sur ces câbles ? 

"On est dans un espace géographique restreint, dans un détroit, avec des eaux peu profondes, une mer fermée. C'est particulièrement propice à des opérations de harcèlement.

Par des capacités habitées (bateaux, sous-marins) ou non-habitées (drones, missiles), donc à proximité d'une côte qui, pour l'instant, reste libre de tout mouvement", analyse Eric Lavault, ancien officier de la marine française.

D'ailleurs, observe-t-il, les forces américaines n'ont pas été en mesure d'empêcher l'Iran, qui conserve "un solide potentiel militaire", de lancer des opérations depuis sa longue côte.

Les autorités iraniennes pourraient donc empêcher les opérations de maintenance, la pose de nouveaux câbles, sans compter que si ces câbles sont volontairement ou involontairement endommagés, il faudra les réparer, énumère Eric Lavault.

Partout dans le monde, les câbles sous-marins sont régulièrement endommagés, la plupart du temps par accident par exemple avec les ancres de navires. TeleGeography recense environ 200 incidents par an. Et une flotte de réparation dédiée est en alerte.

Mais ces navires de réparation ont besoin d'autorisations pour pénétrer dans les eaux d'un pays. Lors de leurs opérations, ils restent immobiles sur zone pendant un certain temps, vulnérables à de potentielles attaques.

Un seul navire de ce type appartenant à la société e-Marine, basée aux Emirats arabes unis, se trouve actuellement dans le Golfe, selon Alan Mauldin, limitant les possibilités de réparation tant que le détroit d'Ormuz est bloqué.

Est-ce conforme au droit ?

A ce stade, les déclarations iraniennes restent floues. S'agit-il de mettre en place des péages? Des permis? Qui serait concerné entre les poseurs de câbles, les propriétaires, les exploitants et les utilisateurs?

"Compte tenu des problèmes de longue date avec l'Iran, tous les câbles qui passent par le détroit d'Ormuz, ont été posés dans les eaux omanaises" mais Téhéran, dont les côtes sont de l'autre côté du détroit, revendique "la souveraineté absolue sur le fond et le sous-sol de sa mer territoriale", soulignait Alan Mauldin dans sa note de mars.

Et "l'Iran joue sur le droit international", souligne Eric Lavault. Car si ce pays a signé la convention de Nations Unies de Montégo Bay de 1982 (CNUDM) qui codifie le droit de la mer, il ne l'a jamais ratifiée, remarque-t-il.

En principe, "ils n'ont pas le droit d'exiger des péages" aux navires ni aux câbles.

La CNUDM autorise la pose de câbles et d'oléoducs dans les zones économiques exclusives des Etats, qui s'étendent jusqu'à 200 milles nautiques (370 kilomètres) de leurs côtes.

"L'Etat côtier n'a normalement pas le droit de s'y opposer", rappelle Eric Lavault pour qui "c'est une fois de plus un pilier fondamental du droit international qui se fissure".


Israël: les militants d'une nouvelle flottille en détention après leur interception en mer

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  • Dans la nuit de mardi à mercredi, le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué que les 430 membres de la flottille avaient été transférés à bord de navires israéliens et faisaient route vers Israël
  • Une organisation de défense des droits humains, Adalah, a indiqué mercredi que certains d'entre eux étaient arrivés au port d'Ashdod où ils étaient détenus

ASHDOD: Les autorités israéliennes ont entamé mercredi le transfert et le placement en détention à Ashdod, dans le sud d'Israël, de centaines de militants propalestiniens arrêtés à bord d'une flottille à destination de Gaza, selon une ONG.

Les forces israéliennes avaient intercepté lundi au large de Chypre des bateaux participant à une nouvelle "flottille pour Gaza".

Dans la nuit de mardi à mercredi, le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué que les 430 membres de la flottille avaient été transférés à bord de navires israéliens et faisaient route vers Israël.

Une organisation de défense des droits humains, Adalah, a indiqué mercredi que certains d'entre eux étaient arrivés au port d'Ashdod où ils étaient détenus.

"Ayant mis le cap sur Gaza pour y apporter de l'aide humanitaire et contester le blocus illégal, ces participants civils ont été enlevés de force dans les eaux internationales et conduits en territoire israélien entièrement contre leur volonté" a déclaré Adalah.

Une cinquante de navires avaient quitté la Turquie la semaine dernière avec pour objectif une nouvelle tentative de briser le blocus imposé par Israël à la bande de Gaza, ravagée par deux ans de guerre.

Un porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères a déclaré dans la nuit de mardi à mercredi que les 430 militants pourraient rencontrer leurs représentants consulaires.

"Cette flottille s'est une fois de plus révélée n'être rien de plus qu'un coup de communication au service du Hamas", a ajouté le porte-parole, en référence au mouvement islamiste palestinien qui a mené l'attaque sans précédent contre Israël en octobre 2023, déclenchant la guerre à Gaza.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait dénoncé plus tôt "un plan malveillant destiné à briser le blocus (...) imposé aux terroristes du Hamas".

Neuf ressortissants indonésiens, membres de la flottille, "ont été signalés comme ayant été arrêtés par Israël", a déclaré une porte-parole du ministère indonésien des Affaires étrangères, citant des informations datées de mercredi.

L'Indonésie a appelé Israël à libérer immédiatement tous les navires et membres d'équipage. Le journal indonésien Republika avait indiqué plus tôt que deux de ses journalistes figuraient parmi les personnes interpellées.

La Turquie et l'Espagne ont condamné l'interception. Les organisateurs ont indiqué que la flottille comptait également 15 citoyens irlandais, dont Margaret Connolly, la sœur de la présidente Catherine Connolly.

Israël contrôle tous les points d'entrée vers la bande de Gaza, sous blocus israélien depuis 2007.

Pendant la guerre à Gaza, où une trêve fragile est en vigueur depuis octobre 2025, le territoire a connu de graves pénuries de nourriture, de médicaments et d'autres biens essentiels, Israël ayant parfois complètement interrompu les livraisons d'aide humanitaire.

Une précédente flottille avait été interceptée en avril dans les eaux internationales au large de la Grèce et la plupart des militants expulsés vers l'Europe. Deux d'entre eux ont été amenés en Israël, détenus pendant plusieurs jours puis expulsés.