Des filles retournent à l'école à Hérat

Des filles portant des voiles blancs sur des tuniques noires s'entassent dans une salle de classe de la ville d'Hérat, dans l'Ouest de l'Afghanistan, après la prise de pouvoir des talibans, trop heureuses de pouvoir continuer à étudier. (Photo, AFP)
Des filles portant des voiles blancs sur des tuniques noires s'entassent dans une salle de classe de la ville d'Hérat, dans l'Ouest de l'Afghanistan, après la prise de pouvoir des talibans, trop heureuses de pouvoir continuer à étudier. (Photo, AFP)
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Publié le Jeudi 19 août 2021

Des filles retournent à l'école à Hérat

  • L'Occident reste très largement circonspect à l'égard des talibans en raison de leur passif en matière de droits humains
  • Les Afghans ont appris à se méfier des promesses des intégristes et se risquent dehors avec beaucoup de circonspection

HERAT : Des filles portant des voiles blancs sur des tuniques noires s'entassent dans une salle de classe de la ville d'Hérat, dans l'Ouest de l'Afghanistan, après la prise de pouvoir des talibans, trop heureuses de pouvoir continuer à étudier.

Les élèves se hâtent dans les couloirs et bavardent dans les cours de récréation comme si le tumulte du retour au pouvoir dimanche des talibans après deux décennies n'avait jamais existé.

La scène, que beaucoup pensaient inimaginable avec le retour des islamistes radicaux, a été filmée cette semaine à Hérat par un journaliste de l'AFP, quelques jours seulement après la prise de la ville par les talibans.

"Nous voulons progresser comme d'autres pays. Et nous espérons que les talibans maintiendront la sécurité. Nous ne voulons pas la guerre, nous voulons la paix dans notre pays", affirme l'une des élèves, Roqia.

Proche de la frontière iranienne, située 150 km plus à l'ouest, Hérat a toujours été une ville assez cosmopolite en Afghanistan, comparativement à d'autres régions plus conservatrices.

Les femmes et les filles marchaient plus librement dans les rues qu'ailleurs et allaient à l'école en plus grand nombre, dans une cité réputée pour ses arts et sa poésie.

Mais l'avenir reste incertain pour les femmes d'Hérat. Les talibans, lorsqu'ils avaient déjà été au pouvoir de 1996 à 2001, avaient imposé une version ultra-rigoriste de la loi islamique. Les femmes ne pouvaient ni travailler ni étudier.

Elles devaient porter la burqa, un voile qui recouvre tout le corps avec une grille en tissu au niveau des yeux, et avaient interdiction de sortir sans un chaperon masculin.

Celles qui étaient accusées de crimes comme l'adultère étaient fouettées et lapidées à mort.

Depuis ce weekend, les talibans s'évertuent à afficher un visage plus présentable aux yeux du monde, assurant que la burqa ne serait plus obligatoire et qu'un autre type de hijab (voile) pourrait suffire, ou encore que les femmes seraient autorisées à travailler "dans le respect des principes de l'islam".

Lors de la première conférence de presse des talibans à Kaboul mardi, un de leurs porte-parole, Zabihullah Mujahid, a affirmé qu'ils avaient appris de leur premier passage au pouvoir et qu'il y aurait de "nombreuses différences" dans leur manière de gouverner, même si en termes d'idéologie et de croyances, "il n'y a pas de différence".

Mais les gens ont appris à se méfier des promesses des talibans et se risquaient dehors avec circonspection à Kaboul, où dès mardi les hommes avaient troqué leurs vêtements occidentaux pour le shalwar kameez, l'ample habit traditionnel afghan.

L'Occident reste lui aussi très largement circonspect à l'égard des talibans en raison de leur passif en matière de droits humains sous leur précédent régime et de la détermination montrée par les Afghans qui tentent de fuir le pays.

Le mouvement n'a pas rendu publique de directive en matière d'éducation.

Mais dans une interview mardi depuis Doha avec Sky News, un autre porte-parole des talibans, Suhail Shaheen, a tenu à donner des garanties sur le sujet. Les filles "peuvent recevoir une éducation du primaire à l'université", a-t-il affirmé.

Des milliers d'écoles dans les zones contrôlées par les talibans sont toujours ouvertes, a-t-il précisé.

A Hérat, la directrice de l'école, Basira Basiratkha, s'est voulue prudemment optimiste, se disant "reconnaissante envers Dieu" d'avoir pu rouvrir l'établissement aussi rapidement.

"Nos chères élèves viennent en classe en nombre tout en portant le hijab islamique. Les examens continuent", a-t-elle ajouté.

 


Iles Salomon: sécurité renforcée avant le vote de défiance contre le Premier ministre

Des policiers gardent l’entrée du Parlement, le 6 décembre à Honiara (Photo, AFP).
Des policiers gardent l’entrée du Parlement, le 6 décembre à Honiara (Photo, AFP).
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  • Des troupes armées et des policiers ont mis en place des points de contrôle autour du Parlement et ont bouclé les rues du centre-ville de Honiara
  • L'opposition a présenté une motion visant à évincer M. Sogavare, l'accusant de corruption et d'utiliser des fonds chinois pour soutenir son gouvernement

HONIARA: Le Premier ministre des îles Salomon, Manasseh Sogavare, fait l'objet d'un vote de défiance lundi à Honiara, où les forces internationales de maintien de la paix déployées dans la capitale se préparent à de nouvelles émeutes.

Des troupes armées et des policiers ont mis en place des points de contrôle autour du Parlement et ont bouclé les rues du centre-ville de Honiara.

L'opposition a présenté une motion visant à évincer M. Sogavare, l'accusant de corruption et d'utiliser des fonds chinois pour soutenir son gouvernement.

Il a "volontairement compromis notre souveraineté pour son bénéfice politique personnel", a déclaré le chef de l'opposition Matthew Wale aux législateurs, alors que le débat sur la motion débutait.

La police a imposé une interdiction de vente d'alcool à Honiara dans l'espoir d'éviter une répétition des émeutes meurtrières qui ont éclaté il y a moins de deux semaines, faisant au moins trois morts quand la foule s'est déchaînée pendant trois jours pour réclamer la destitution de Manasseh Sogavare.

L'ordre avait été rétabli par les forces de maintien de la paix australiennes, fidjiennes, papouasiennes et néo-zélandaises, qui se sont partagées la capitale pour effectuer des patrouilles avec la police locale débordée.

La crise a été alimentée par la pauvreté, le chômage et les rivalités inter-îles dans cette nation de 800.000 habitants. Elle a été exacerbée par la décision de M. Sogavare de faire passer l'allégeance diplomatique des Salomon de Taïwan à la Chine en 2019.

La perspective de nouvelles violences a incité le consulat des Etats-Unis à Honiara à restreindre ses activités.

67 millions de dollars de dégâts

Un grand nombre de personnes ont quitté Honiara pour les provinces sur des ferries affrétés dimanche, et des conteneurs ont bloqué l'accès à certains quartiers du centre-ville.

Lundi, la Banque centrale des îles Salomon a évalué les dommages causés par les émeutes à 67 millions de dollars américains, précisant que 63 bâtiments de la capitale ont été brûlés et pillés.

M. Wale a accusé M. Sogavare d'utiliser des fonds chinois pour soutenir son gouvernement et a condamné les émeutes, tout en ajoutant qu'"elles ne sont rien en comparaison du pillage qui se produit au sommet aux dépens des habitants ordinaires des îles Salomon".

M. Wale a affirmé que Pékin effectuait des paiements pour obtenir le soutien de M. Sogavare avant le vote de défiance. 

Le député Silas Tausinga a déclaré que lui et d'autres collègues s'étaient vu offrir des paiements d'environ 30.000 dollars US provenant d'un fonds électoral financé par Pékin s'ils votaient pour le maintien du Premier ministre au pouvoir, selon le journal The Australian. 

M. Sogavare, 66 ans, dont c'est le quatrième mandat de Premier ministre, a déjà été renversé deux fois par des votes de défiance.


Grèce: le pape clôture sa visite axée sur les migrants

Arrivé samedi en Grèce après un voyage en Chypre, François a été reçu deux fois par le chef de l'Eglise orthodoxe grecque. (Photo, AFP)
Arrivé samedi en Grèce après un voyage en Chypre, François a été reçu deux fois par le chef de l'Eglise orthodoxe grecque. (Photo, AFP)
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  • Après une dernière rencontre avec des jeunes dans une école catholique, le pape devrait quitter Athènes pour rentrer à Rome en fin de matinée
  • Le pape a alors prononcé un discours vibrant, prévenant que la Méditerranée «est en train de devenir un cimetière froid sans pierres tombales»

ATHÈNES : Le pape François devrait quitter la Grèce lundi, clôturant une visite historique de trois jours notamment sur l'île de Lesbos, marquée par ses appels en faveur d'une meilleure intégration des migrants en Europe, leitmotiv de son pontificat.

Après une dernière rencontre avec des jeunes dans une école catholique, le pape devrait quitter Athènes pour rentrer à Rome en fin de matinée. 

Arrivé samedi en Grèce après un voyage en Chypre, François a été reçu deux fois par le chef de l'Eglise orthodoxe grecque, et a visité dimanche le camp de migrants de Mavrovouni, sur l'île de Lesbos, où il a appelé à mettre fin à un "naufrage de civilisation". Il s'est ensuite rendu à Athènes pour célébrer une messe devant quelque 2 000 fidèles où il a prêché pour "la petitesse et l'humilité".

En avril 2016, François avait déjà visité un camp de migrants à Lesbos, celui de Moria, quand l'île était la principale porte d'entrée de migrants en Europe, et avait créé la surprise en ramenant avec lui 12 réfugiés syriens.

«Naufrage de civilisation»

Cette fois-ci, la visite du pape au camp de Mavrovouni a été plus courte qu'en 2016, mais il a tout de même été chaleureusement accueilli par une foule de migrants massés derrière des barrières dressées entre les conteneurs du camp qui abrite près de 2 200 demandeurs d'asile. 

Le camp de Mavrovouni a été érigé à la hâte il y a un an, sur un ancien champ de tir de l'armée de l'île égéenne, lorsque la structure de Moria, alors la plus grande d'Europe, a été détruite par les flammes.

Le pape a alors prononcé un discours vibrant, prévenant que la Méditerranée "est en train de devenir un cimetière froid sans pierres tombales". "Je vous en prie, arrêtons ce naufrage de civilisation!", a-t-il lancé. 

Le pontife a aussi longuement salué et béni des familles, parmi lesquelles de nombreux enfants dont certains l'ont enlacé. "Welcome!" (bienvenue), "We love you" (nous vous aimons), "Merci", pouvait-on entendre.

Sous une tente, il a ensuite écouté, visiblement ému, les chants joyeux d'une chorale d'exilés, avant de déplorer que la Méditerranée, "berceau de tant de civilisations" soit "désormais comme un miroir de la mort", rappelant "les images crues des petits corps gisant sur les plages".

«Mare mortuum»

"Ne permettons pas que la mare nostrum se transforme en une désolante mare mortuum, que ce lieu de rencontre devienne le théâtre de conflits! Ne laissons pas cette mer des souvenirs devenir la mer de l'oubli", a-t-il exhorté devant la présidente grecque Katerina Sakellaropoulou, le vice-président de la Commission européenne Margaritis Schinas et le ministre grec des Migrations Notis Mitarachi.

Une quarantaine de demandeurs d'asile, en majorité catholiques originaires du Cameroun et de République démocratique du Congo, ont participé à la prière de l'Angelus dite par le pape.

"C'est une bénédiction cette venue. Le pape est notre chef spirituel et il peut influencer les gens pour qu'ils voient différemment les réfugiés", a déclaré la Congolaise Rosette Leo, avant l'arrivée du pape. 

"On souffre ici, il fait froid, il n'y a pas de chauffage", a rapporté sa compatriote Angèle, une demandeuse d'asile, emmitouflée sous un bonnet et une écharpe de laine, espérant le "soutien" du pape.

"Nous voulons plus que des mots, nous voulons de l'aide", a commenté la Syrienne Menal Albilal, après le départ du pape. Car "les conditions ici sont mauvaises", s'est désolée cette mère d'un bébé de deux mois, dont l'asile a été rejeté et qui craint d'être expulsée en Turquie.

Leitmotiv de son pontificat, la cause des réfugiés est resté cette fois encore la pierre angulaire de son 35e voyage en Grèce et auparavant à Chypre, d'où 50 migrants seront transférés à Rome. 

Jorge Bergoglio, 84 ans, lui-même issu d'une famille de migrants italiens installés en Argentine, n'a de cesse de prôner l'accueil des milliers de "frères et soeurs", sans distinguer la religion, ni le statut de réfugié ou d'exilé économique.


À Kaboul, les bus bibliothèques sont de retour, pour la joie des enfants

Des enfants lisent dans une bibliothèque mobile qui a ouvert ses portes pour la première fois depuis le retour au pouvoir des talibans, à Kaboul le 5 décembre 2021. (Photo, AFP)
Des enfants lisent dans une bibliothèque mobile qui a ouvert ses portes pour la première fois depuis le retour au pouvoir des talibans, à Kaboul le 5 décembre 2021. (Photo, AFP)
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  • Cinq de ces bus circulent ainsi à Kaboul, loués et équipés par une ONG locale, Charmaghz, dirigée par Freshta Karim
  • L'ONG Charmaghz a juste assez d'argent pour faire circuler les bus pendant un mois environ

KABOUL : Devant un orphelinat de Kaboul, les sourires des enfants sont de retour : dimanche, le bus bibliothèque est à nouveau là, pour la première fois depuis que les talibans ont repris le pouvoir mi-août.

"Je me sens vraiment heureux. Je peux à nouveau étudier sur les livres que j'aime", dit Arezo Azizi, une fille de 11 ans, montrant son ouvrage favori : un livre de calcul où plus un chat sait compter, plus il gagne de morceaux de fromage.   

Elle est assise dans ce véhicule où les rangées de sièges ont été enlevées et remplacées par des tables, des chaises et des étagères remplies de livres pour enfants et de coloriages.

"La bibliothèque n'était pas venue depuis trois mois", explique-t-elle au milieu du brouhaha créé par les enfants.

Cinq de ces bus circulent ainsi à Kaboul, loués et équipés par une ONG locale, Charmaghz, dirigée par Freshta Karim, une Afghane diplômée de l'université d'Oxford (Royaume-Uni).

Des centaines de petits Afghans ont profité ces dernières années de bibliothèques mobiles qui sillonnent la capitale, rendant visite aux écoles et aux orphelinats parfois très démunis.

Mais après la prise du pouvoir par les talibans à la mi-août, "nous avons perdu presque tous nos parraineurs", rappelle Ahmad Fahim Barakati, le directeur adjoint de l'ONG.

Le ministère de l’Éducation taliban a donné l'autorisation de circuler aux bibliothèques mobiles il y a quelques semaines. Mais il a fallu ensuite obtenir, ces derniers jours, un accord du ministère des Transports, propriétaire de ces véhicules, explique M. Barakati.

La libraire, Ramzia Abdi Khail, 22 ans, portant une tunique et un voile noirs, est toute aussi ravie que les enfants d'être de retour. "C'est un sentiment délicieux. D'autant qu'en ce moment, les écoles n'ont pas toutes rouvert", souligne-t-elle. 

L'éducation des filles a particulièrement souffert du retour au pouvoir des talibans, les collèges et les lycées n'ayant notamment toujours pas été autorisés à reprendre leurs activités.

"Nous accueillons aussi des enfants de la rue et j'adore m'occuper d'eux car, d'ordinaire, ils ne vont pas à l'école. Comme ça, je peux leur rendre service", souligne la libraire, qui a avec elle "des livres islamiques", "des livres d'histoire en anglais et en dari" (le persan afghan), "des livres de coloriage", "des jeux".

L'ONG Charmaghz a juste assez d'argent pour faire circuler les bus pendant un mois environ, souligne M. Barakati. "Nous collectons de l'argent sur internet à travers le monde et j'espère qu'on va avoir assez de sponsors et de donateurs" pour continuer, dit-il.