En visite d'adieu à Moscou, Merkel plaide pour le dialogue avec Poutine

La chancelière allemande Angela Merkel accueille le président russe Vladimir Poutine lors de son arrivée au sommet du G20 à Hambourg, dans le nord de l'Allemagne, le 7 juillet 2017. (Saul Loeb/ AFP)
La chancelière allemande Angela Merkel accueille le président russe Vladimir Poutine lors de son arrivée au sommet du G20 à Hambourg, dans le nord de l'Allemagne, le 7 juillet 2017. (Saul Loeb/ AFP)
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Publié le Vendredi 20 août 2021

En visite d'adieu à Moscou, Merkel plaide pour le dialogue avec Poutine

  • Après avoir déposé des fleurs sur la tombe du soldat inconnu à Moscou, la chancelière a été accueillie au Kremlin par M. Poutine, un bouquet à la main
  • "Même si nous avons de profonds différends, nous nous parlons et cela doit continuer ainsi", a relevé la chancelière allemande, qui partira à l'automne après 16 ans de pouvoir et de relation complexe avec le maître du Kremlin

MOSCOU : Angela Merkel a plaidé vendredi à Moscou pour la poursuite du dialogue avec la Russie malgré leurs "profonds différends", à l'occasion de sa dernière rencontre avec Vladimir Poutine avant que la chancelière ne quitte le pouvoir.

Cette visite intervient un an jour pour jour après l'empoisonnement, attribué aux autorités russes, de l'opposant russe Alexeï Navalny à qui l'Allemagne de Mme Merkel sauva la vie, et qui se trouve actuellement en prison en Russie.

Après avoir déposé des fleurs sur la tombe du soldat inconnu à Moscou, la chancelière a été accueillie au Kremlin par M. Poutine, un bouquet à la main.

"Même si nous avons de profonds différends, nous nous parlons et cela doit continuer ainsi", a relevé la chancelière allemande, qui partira à l'automne après 16 ans de pouvoir et de relation complexe avec le maître du Kremlin.

Soulignant qu'ils avaient "beaucoup à discuter", Mme Merkel a cité la situation en Afghanistan, les liens bilatéraux, mais sans évoquer le cas d'Alexeï Navalny lors de cet échange préliminaire. Une conférence de presse des deux dirigeants est attendue dans l'après-midi, après 13H00 GMT.

Vladimir Poutine a lui relevé que ce rendez-vous n'était pas "juste une visite d'adieu", mais une rencontre "sérieuse" entre ces vétérans de la vie politique européenne car "beaucoup de questions doivent être discutées".

Mme Merkel, la russophone qui a grandi en RDA, et le président russe M. Poutine, germanophone car il servit le KGB en Allemagne de l'Est, se sont toujours targués d'avoir établi une vraie relation de travail.

Hormis l'Afghanistan et le cas d'Alexeï Navalny, bête noire du Kremlin qui a vu son organisation démantelée par les autorités, les deux dirigeants devraient aussi évoquer les contentieux que sont l'espionnage, la répression au Bélarus et la guerre en Ukraine.

 - "Injustement emprisonné" -

Au "jour anniversaire" de l'empoisonnement d'Alexeï Navalny, cette visite de la chancelière allemande apparaît comme symbolique. Car après deux jours dans le coma dans un hôpital sibérien, c'est à Berlin que le militant anticorruption avait été transféré le 22 août 2020.

C'est là que son empoisonnement par un produit militaire soviétique, le Novitchok, a été diagnostiqué et soigné. Sauvé, il accusera le Kremlin et ses services de sécurité (FSB). Depuis, l'Occident, Berlin en tête, réclame des explications à Moscou, qui dément tout.

Christo Grozev, un auteur de Bellingcat, média d'investigation qui dit avoir identifié le commando du FSB chargé de l'empoisonnement, a ainsi estimé sur Twitter que la date de la visite de M. Merkel pourrait être soit un signe "d'apaisement" à l'égard de Moscou soit "une tentative sincère de mettre la pression sur Poutine". 

Le porte-parole de la chancelière Steffen Seibert avait souligné mercredi que l'affaire Navalny "pèse lourdement sur la relation avec la Russie" car il "est injustement emprisonné". Le président français Emmanuel Macron est allé dans ce sens, demandant au téléphone jeudi à M. Poutine la libération d'Alexeï Navalny.

 - Impasse ukrainienne -

En guise d'accueil pour Mme Merkel, la diplomatie russe s'est fendu mercredi d'un long communiqué, accusant Berlin et ses alliés de se servir de l'affaire Navalny pour "attaquer" Moscou et s'ingérer dans les législatives prévues en septembre.

L'opposant a lui remercié vendredi depuis sa prison, dans un message sur les réseaux sociaux, tous ceux qui lui ont sauvé la vie et affirmé qu'il poursuivrait son combat.

"J'ai une deuxième chance de vivre, et de prendre toutes les décisions que j'estime justes et honnêtes", a-t-il écrit.

Autre sujet brûlant pour cette dernière rencontre Merkel-Poutine: l'Ukraine. Mme Merkel tente avec la France de négocier avec Moscou une solution au conflit séparatiste prorusse qui déchire l'Est du pays depuis 2014, déclenché dans la foulée de l'annexion russe de la Crimée. Mais le processus est dans l'impasse.

La chancelière est d'ailleurs attendue dimanche à Kiev.

Mais derrière les sujets qui fâchent, Angela Merkel a aussi des points de convergence avec la Russie de M. Poutine.

Les deux vétérans ont ainsi imposé au final aux Etats-Unis, à des Européens méfiants et à l'Ukraine un gazoduc sous-marin, Nord-Stream 2 qui va accroître l'alimentation en gaz russe de l'Allemagne et de l'Europe pour les décennies à venir.


Les alliés de Washington du G7 poussent à la désescalade

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.  "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie. "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
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  • L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran
  • A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées"

ABBAYE-DES-VAUX-DE-CERNAY: Les ministres des Affaires étrangères du Groupe G7 ont entamé jeudi, sans l'Américain Marco Rubio, une réunion près de Paris avec la volonté affichée de pousser Washington à une désescalade au Moyen-Orient sans pour autant oublier l'Ukraine.

Le secrétaire d'Etat américain rejoindra vendredi matin ses homologues à l'Abbaye des Vaux-de-Cernay, près de Rambouillet, à une cinquantaine de kilomètres de Paris.

L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran, qui a des répercussions économiques mondiales en raison du quasi blocage du détroit d'Ormuz par Téhéran depuis près d'un mois.

A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées".

"Nous constatons que la Russie aide l'Iran sur le plan du renseignement pour cibler des Américains, pour tuer des Américains (au Moyen-Orient), et la Russie fournit également désormais des drones à l'Iran afin que (ce pays) puisse attaquer les pays voisins ainsi que les bases militaires américaines", a-t-elle déclaré à des journalistes.

"Si l'Amérique veut que la guerre au Moyen-Orient cesse, (...) elle doit aussi exercer une pression sur la Russie afin qu'elle ne puisse pas aider (l'Iran) dans ce sens", a-t-elle souligné.

"On a des raisons de penser qu'aujourd'hui la Russie soutient les efforts militaires de l'Iran qui semblent être dirigés notamment sur des cibles américaines", a de son côté déclaré jeudi soir le ministre français Jean-Noël Barrot, lors d'une conférence de presse clôturant la première journée des discussions.

De son côté, la ministre canadienne Anita Anand a appelé le G7 à soutenir "collectivement" une désescalade au Moyen-Orient, dans un entretien à l'AFP.

"Pour le gouvernement allemand, il est très important de savoir précisément ce que nos partenaires américains comptent faire", a pour sa part souligné le ministre allemand Johann Wadephul, alors que la confusion règne sur de potentielles négociations directes entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre.

L'Iran aurait répondu à la proposition annoncée par le président américain Donald Trump, et reçue via le médiateur pakistanais, a affirmé jeudi une source citée par l'agence de presse iranienne Tasnim.

Jeudi, l'émissaire américain Steve Witkoff a quant à lui assuré qu'il existait des "signaux forts" montrant que Téhéran veut passer un accord avec les Etats-Unis.

Mercredi, la télévision d'Etat avait pourtant affirmé que l'Iran avait rejeté ce plan tandis que la Maison Blanche menaçait de déchaîner "l'enfer" sur le pays en cas d'échec des négociations.

La France, qui exerce la présidence du G7 cette année, prône elle aussi la voie diplomatique, redoutant d'être entraînée dans le conflit.

Bien que disposant de bases militaires dans les pétromonarchies du Golfe avec lesquels elle est liée par des accords de coopération de sécurité, elle a constamment souligné que sa posture était "purement défensive".

Difficile convergence de vues 

Mais cette position semble de plus en plus difficile à tenir alors que ces Etats sont visés par les frappes iraniennes, en représailles aux tirs provenant de bases américaines implantées au Moyen-Orient.

Au G7, la principale session de travail consacrée à la guerre au Moyen-Orient se tiendra vendredi.

Les chefs de la diplomatie des grands pays émergents (Inde et Brésil) ont été invités, de même que les ministres ukrainien, saoudien et sud-coréen.

L'Italie compte "promouvoir une désescalade" et assurer de "la disponibilité du gouvernement italien à contribuer aux efforts visant à garantir un passage sûr à travers le détroit d'Ormuz", selon une source diplomatique italienne.

Le Royaume-Uni et la France vont réunir cette semaine une trentaine de pays prêts à former une coalition visant à participer à la sécurisation du détroit d'Ormuz.

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.

"La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine.

Signe de la difficulté à faire converger les vues, cette réunion s'achèvera vendredi avec la publication d'un communiqué de la présidence française, plutôt qu'un communiqué conjoint, a indiqué une source diplomatique.

La ministérielle Affaires étrangères précèdera un G7 Finances et Energie avec les Banques centrales programmée lundi en visio-conférence.

 


Iran: Trump repousse son ultimatum au 6 avril

Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
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  • "A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."
  • "Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.

WASHINGTON: Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien."

"A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."

"Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.

 

 


Des pourparlers indirects en cours entre les États-Unis et l’Iran, dit le Pakistan

Des négociations indirectes sont en cours pour mettre fin à la guerre en Iran et Islamabad joue le rôle d'intermédiaire, a confirmé jeudi le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar. (AFP)
Des négociations indirectes sont en cours pour mettre fin à la guerre en Iran et Islamabad joue le rôle d'intermédiaire, a confirmé jeudi le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar. (AFP)
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  • M. Dar, qui est également vice-Premier ministre, a qualifié les spéculations sur des "pourparlers de paix" d’"inutiles", ajoutant : "En réalité, des discussions indirectes entre les États-Unis et l’Iran ont lieu par le biais du Pakistan"
  • "Dans ce contexte, les États-Unis ont transmis 15 points, qui sont actuellement examinés par l'Iran", a-t-il poursuivi sur X

ISLAMABAD: Des négociations indirectes sont en cours pour mettre fin à la guerre en Iran et Islamabad joue le rôle d'intermédiaire, a confirmé jeudi le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar.

M. Dar, qui est également vice-Premier ministre, a qualifié les spéculations sur des "pourparlers de paix" d’"inutiles", ajoutant : "En réalité, des discussions indirectes entre les États-Unis et l’Iran ont lieu par le biais de messages transmis par le Pakistan".

"Dans ce contexte, les États-Unis ont transmis 15 points, qui sont actuellement examinés par l'Iran", a-t-il poursuivi sur X.

"Des pays frères comme la Turquie et l'Égypte, entre autres, apportent également leur soutien à cette initiative", a-t-il ajouté.

Les déclarations de M. Dar constituent la première confirmation officielle de la part d'Islamabad que le Pakistan joue un rôle de facilitateur.

Islamabad a été présenté comme un médiateur potentiel, compte tenu de ses liens anciens avec l’Iran voisin et avec les États-Unis, ainsi que de son réseau de contacts dans la région.

Le Premier ministre Shehbaz Sharif et M. Dar sont tous deux en contact régulier avec de hauts responsables du gouvernement iranien, ainsi qu'avec leurs alliés du Golfe, notamment l’Arabie saoudite.

Le puissant chef de l’armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, est lui aussi impliqué dans ces efforts diplomatiques et a parlé au président américain Donald Trump dimanche dernier, ont indiqué des responsables.

Mais le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a maintenu que l'Iran n'avait "pas l'intention de négocier" et comptait "continuer à résister".

L'Iran veut "mettre fin à la guerre à ses propres conditions", a-t-il souligné. "Parfois, des messages peuvent être transmis (...) mais ça ne peut en aucun cas être qualifié de dialogue ni de négociation".