Face au retrait d'Afghanistan, Biden tente de reprendre la main sur la communication

Une "patrouille" des talibans dans une rue de Kaboul. Pendant l'offensive éclair des talibans à travers l'Afghanistan, qui a culminé avec la prise de Kaboul à la mi-août, l'administration Biden a eu l'air prise de court, comme tétanisée. (Photo, AFP)
Une "patrouille" des talibans dans une rue de Kaboul. Pendant l'offensive éclair des talibans à travers l'Afghanistan, qui a culminé avec la prise de Kaboul à la mi-août, l'administration Biden a eu l'air prise de court, comme tétanisée. (Photo, AFP)
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Publié le Mardi 24 août 2021

Face au retrait d'Afghanistan, Biden tente de reprendre la main sur la communication

  • Le président US veut passer un message, celui d'un retrait courageusement mis en œuvre pour tourner la page de la plus longue guerre des Etats-Unis, qui ne pouvait de toute façon plus continuer
  • Avec ses opérations efficaces d'évacuations émaillées d'images poignantes, l'armée semble tout faire pour redorer l'image du gouvernement

WASHINGTON : Interrogé sur le plongeon de sa popularité dans les sondages, Joe Biden a dégainé un grand sourire et ri. Le retrait chaotique d'Afghanistan ressemble peut-être à un désastre mais le président américain tient à se montrer confiant que l'avenir lui donnera raison.

"Je pense que lorsque tout cela sera fini, les Américains comprendront clairement ce que j'ai fait", a-t-il déclaré ce week-end.

"C'est mon travail", a-t-il lancé aux journalistes. "Mon travail consiste à prendre des décisions que personne d'autre ne peut ou ne veut prendre."

Pendant l'offensive éclair des talibans à travers l'Afghanistan, qui a culminé avec la prise de Kaboul à la mi-août, l'administration Biden a eu l'air prise de court, comme tétanisée.

A Kaboul, la panique régnait chez les milliers d'Afghans qui se pressaient vers l'aéroport, menant à des scènes terribles de civils s'agrippant à un appareil qui décollait ou tombant dans le vide.

Pendant ce temps aux Etats-Unis, Joe Biden semblait invisible, ce qui lui a valu un déluge de critiques dans l'opposition républicaine mais aussi chez certains de ses alliés.

Une semaine plus tard, la Maison Blanche tente de reprendre l'initiative.

Elle a été aidée par le Pentagone qui a, avec ses briefings quotidiens, tenté de compenser le silence initial de la Maison Blanche.

Mais de plus en plus, c'est le président de 78 ans qui mène la charge.

Son message? Les Américains ne sont pas en train d'assister à une débâcle mais bien à un retrait courageusement mis en oeuvre pour tourner la page de la plus longue guerre des Etats-Unis, qui ne pouvait de toute façon plus continuer.

Jusqu'ici, ces efforts de communication n'ont pas aidé sa popularité, déjà frappée par la flambée de l'épidémie de Covid-19 due au variant Delta.

Un sondage de la chaîne NBC publié dimanche lui donnait 49% de popularité, contre 53% en avril. Chez les démocrates, le mécontentement général a grimpé de 39% à 48% sur la même période. Et seuls 25% des sondés approuvent sa gestion de la situation en Afghanistan.

Mais Joe Biden, grand optimiste, s'est contenté de sourire lorsqu'il a été confronté à ces mauvais scores dimanche.

"Je n'ai pas vu ce sondage", a-t-il affirmé.

Avec ses opérations efficaces d'évacuations émaillées d'images poignantes, comme celles de militaires s'occupant de bébés, l'armée américaine semble tout faire pour redorer l'image du gouvernement Biden.

Plus de 37000 personnes ont été évacuées d'Afghanistan via l'aéroport de Kaboul depuis le 14 août, veille de la prise de Kaboul par les talibans, et 42000 depuis juillet.

Connu pour son empathie, Joe Biden s'était montré curieusement sec dans les premiers jours face aux images tragiques des évacuations. Mais il semble avoir retrouvé ses accents empreints de compassion ces derniers jours.

"Une opération incroyable", a-t-il lancé dimanche depuis la Maison Blanche.

Et il a récemment instillé un nouvel élément dans son discours: oui, les scènes sont peut-être chaotiques, reconnaît-il, mais le chaos est inévitable quand on se retire d'une guerre civile et ce retrait est l'unique objectif qui compte.

"Il est impossible d'évacuer autant de gens sans souffrances et pertes, sans les images poignantes que vous voyez à la télévision. C'est un fait. Mon coeur souffre pour les gens que vous voyez", a-t-il insisté.

Si Joe Biden se dit confiant sur le résultat à plus long terme de ce retrait, le temps risque de jouer contre lui.

Dans l'immédiat, il est engagé dans un contre-la-montre pour terminer l'évacuation massive de Kaboul avant la date butoir du 31 août, acceptée par les talibans.

Le temps presse aussi pour sa capacité à faire avancer ses autres grandes priorités à Washington, où ses ennemis se font plus pressants et ses alliés plus nerveux.

Deux plans colossaux d'investissements dans les infrastructures et les dépenses sociales, censés couronner le premier mandat Biden, font l'objet d'intenses tractations et disputes internes chez les démocrates, qui ne disposent que d'une étroite majorité au Congrès.

Et à plus long terme, l'horizon des élections de mi-mandat en novembre 2022 ("midterms") s'annonce menaçant pour les démocrates, qui pourraient perdre leurs majorités, ce qui compliquerait grandement les deux dernières années de Joe Biden à la Maison Blanche.

Malgré tout, sa porte-parole Jen Psaki s'est voulue lundi aussi optimiste que le président.

"La gouvernance ne se mesure pas sur comment vous vous en sortez lors de vos plus beaux jours", a-t-elle assuré à la presse. "Il s'agit de savoir comment vous réagissez dans les plus moments difficiles."


Pas de négociation directe entre l'Iran et les Etats-Unis à Doha, selon le Qatar

  • "M. Steve Witkoff et M. Jared Kushner sont ici à Doha pour rencontrer des médiateurs et des responsables qataris, et les discussions porteront sur l'ensemble des questions régionales (...) y compris, bien sûr, les négociations avec l'Iran, mais aussi le L
  • "Ils ne sont pas ici pour leurs négociations avec les Iraniens"

DOHA: Le Qatar, un des pays médiateurs dans le conflit Iran/Etats-Unis, a affirmé mardi qu'aucune discussion directe n'était prévue dans les jours à venir à Doha, où Washington a envoyé ses émissaires pour des réunions avec des médiateurs.

Les deux camps avaient annoncé l'envoi de responsables au Qatar pour avancer après la signature mi-juin d'un protocole d'accord visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient sur tous les fronts, y compris au Liban.

"M. Steve Witkoff et M. Jared Kushner sont ici à Doha pour rencontrer des médiateurs et des responsables qataris, et les discussions porteront sur l'ensemble des questions régionales (...) y compris, bien sûr, les négociations avec l'Iran, mais aussi le Liban", a déclaré Majed Al Ansari, porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Qatar.

"Ils ne sont pas ici pour leurs négociations avec les Iraniens", a-t-il précisé. Par ailleurs, selon lui, "aucune rencontre directe n'est programmée entre les deux parties dans les prochains jours" ni aucune "réunion de haut niveau".

Côté iranien, une "délégation technique effectue des allers-retours à Doha en fonction de l'avancée des négociations. Il n'y a actuellement aucune délégation de haut niveau sur place", a ajouté le porte-parole.

Les discussions techniques portent sur des points du dossier nucléaire, des questions économiques, de performance de l'Etat ou sur la sécurité, a énuméré Majed Al Ansari.

Le Qatar a d'abord refusé de prendre le rôle de médiateur, après avoir été la cible de tirs iraniens en représailles aux frappes américano-israéliennes contre l'Iran. Mais depuis plusieurs semaines, il joue un rôle plus actif dans les négociations auprès du Pakistan, autre pays médiateur.


Hostilités en pause entre Téhéran et Washington, réunions annoncées au Qatar

Un avion de chasse F-16 de l’US Air Force patrouille dans le ciel au-dessus du Moyen-Orient. (Central Command)
Un avion de chasse F-16 de l’US Air Force patrouille dans le ciel au-dessus du Moyen-Orient. (Central Command)
  • L’Iran et les États-Unis prévoient des échanges au Qatar, mais Téhéran exclut toute négociation directe
  • Tensions persistantes autour du détroit d’Ormuz après des attaques et un ralentissement du trafic maritime

WASHINGTON: L'Iran et les Etats-Unis ont annoncé lundi des réunions cette semaine au Qatar après leurs attaques des derniers jours, mais Téhéran évoque des rencontres techniques sans négociations directes avec le camp adverse quand Washington parle de "réunions de haut niveau".

Les deux camps ont décidé, selon un responsable américain, de cesser leurs attaques, menées en dépit de la signature d'un protocole d'accord à la mi-juin pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient.

Et le président américain a écrit sur son réseau Truth Social: "L'IRAN A DEMANDE UNE REUNION. ELLE AURA LIEU DEMAIN (mardi) A DOHA !".

Peu après, la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt a annoncé sur Fox News que les émissaires Steve Witkoff et Jared Kushner se rendraient sur place "cette semaine pour participer à des réunions de haut niveau".

D'après CNN, qui cite deux responsables américains, Steve Witkoff est déjà en route pour Doha.

Un diplomate au fait des pourparlers a confirmé à l'AFP une rencontre "ces prochains jours des équipes techniques", ajoutant que "les canaux de communication pour désamorcer les incidents étaient opérationnels".

- Tensions autour d'Ormuz -

Après avoir d'abord démenti toute réunion, la diplomatie iranienne a confirmé lundi l'envoi d'une "délégation d'experts" cette semaine à Doha. Mais "dans les prochains jours, nous ne négocierons pas avec la partie américaine, à aucun niveau", a insisté le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï.

Les tensions se cristallisent autour de la gestion du stratégique détroit d'Ormuz, où le trafic a ralenti ce week-end après deux attaques de navires.

Au total, 29 bateaux transportant des matières premières ont franchi le détroit samedi et 12 dimanche, selon les données de la société de suivi maritime Kpler, un chiffre en net recul par rapport aux jours précédents.

L'Iran répète depuis des semaines en dépit de l'opposition des Etats-Unis qu'il n'y aura pas de retour à la situation d'avant-guerre, quand le passage était gratuit. Et il a menacé les navires tentés de contourner l'itinéraire autorisé.

Accusant Téhéran d'avoir ciblé deux navires la semaine dernière, les Etats-Unis ont bombardé le pays en retour, et l'Iran a ciblé ses voisins du Golfe, Koweït et Bahreïn.

De quoi fragiliser le protocole d'accord signé le 17 juin entre Téhéran et Washington.

- Frais de service -

L'Iran et Oman revendiquent leur souveraineté sur le transit dans le détroit et envisagent donc des frais de service. Pourtant la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, non ratifiée par Téhéran, garantit la liberté de navigation "sans entrave" des navires dans les détroits servant à la navigation internationale.

Verrouillé par la République islamique pendant la guerre lancée le 28 février par Israël et les Etats-Unis, cette voie maritime cruciale pour le commerce mondial d'hydrocarbures a rouvert peu après la signature du protocole d'accord.

Téhéran n'autorise cependant qu'un seul couloir de passage, le long de ses côtes.

Oman entretient de son côté le flou et a annoncé l'ouverture d'une voie de navigation alternative temporaire, présentée comme une initiative concertée avec l'ONU pour évacuer les marins et navires bloqués.

Le sultan d'Oman, Haïtham ben Tariq, et le président français Emmanuel Macron ont plaidé lundi pour une "navigation libre, sans conditions ni restrictions" et convenu d'y mener des "opérations de déminage conjointes". Ce à quoi la diplomatie iranienne a répondu en sommant la France de ne pas "compliquer davantage" la situation.

- "Détermination" -

Au Liban, que Téhéran avait exigé d'inclure dans les pourparlers avec les Etats-Unis, Israël a poursuivi ses frappes ce week-end, malgré la signature vendredi à Washington d'un accord-cadre pour une "paix durable".

Selon un média d'Etat libanais, une frappe israélienne a encore eu lieu lundi dans le sud du pays.

L'accord-cadre prévoit notamment qu'Israël continue à occuper le sud du Liban, comme depuis le début de cette nouvelle guerre contre le Hezbollah, jusqu'à ce que le mouvement chiite soutenu par l'Iran rende les armes.

Une exigence de longue date, que le gouvernement libanais peine à mettre en oeuvre malgré la pression des Etats-Unis.

Lundi, le président libanais Joseph Aoun a justement affiché sa "détermination" à asseoir l'autorité de l'Etat en déployant son armée jusqu'à la frontière avec Israël, dans une zone où le Hezbollah est implanté.

Le Liban a été entraîné dans le conflit le 2 mars, quand le Hezbollah a visé le nord d'Israël en soutien à son parrain iranien, visé par l'offensive américano-israélienne. Israël a riposté en jurant d'"éliminer" le mouvement, et déployé ses troupes dans le sud. Ses frappes ont depuis fait plus de 4.200 morts, selon Beyrouth.


Les Etats-Unis et l'Iran cessent les hostilités «pour le moment»

Les Etats-Unis et l'Iran vont suspendre leurs récentes attaques mutuelles qui avaient marqué une reprise des hostilités après la signature de leur protocole d'accord, a annoncé dimanche un responsable américain. (AFP)
Les Etats-Unis et l'Iran vont suspendre leurs récentes attaques mutuelles qui avaient marqué une reprise des hostilités après la signature de leur protocole d'accord, a annoncé dimanche un responsable américain. (AFP)
  • Les deux camps s'accusaient mutuellement de violations du cessez-le-feu ces derniers jours, dans un regain de tensions après la signature le 17 juin de leur protocole d'accord
  • Le responsable américain n'a cependant pas confirmé des informations de médias américains faisant état d'une rencontre entre Iraniens et Américains mardi au Qatar, avec Ormuz au programme

WASHINGTON: Les Etats-Unis et l'Iran vont suspendre leurs récentes attaques mutuelles qui avaient marqué une reprise des hostilités après la signature de leur protocole d'accord, a annoncé dimanche un responsable américain.

"Il est prévu que les discussions techniques continuent sur tous les points du protocole d'accord. Les deux parties vont cesser (leurs attaques) pour le moment et les navires peuvent circuler librement" dans le détroit d'Ormuz et autour, a expliqué dans un mail transmis à l'AFP ce responsable.

Les deux camps s'accusaient mutuellement de violations du cessez-le-feu ces derniers jours, dans un regain de tensions après la signature le 17 juin de leur protocole d'accord.

Le responsable américain n'a cependant pas confirmé des informations de médias américains faisant état d'une rencontre entre Iraniens et Américains mardi au Qatar, avec Ormuz au programme.

Verrouillé par la République islamique pendant la guerre lancée le 28 février par Israël et les Etats-Unis, ce qui a déstabilisé le commerce mondial d'hydrocarbures et fait flamber les cours du pétrole, le détroit a rouvert la semaine dernière.

Téhéran n'autorise cependant qu'un seul couloir de passage, le long de ses côtes, et menace de s'en prendre à tout navire contrevenant. "Aucune autre institution ni aucun autre pays" que l'Iran n'est "responsable" de la gestion du détroit, a martelé dimanche le chef de la diplomatie Abbas Araghchi.

"Toute ingérence" dans la gestion du détroit conduira "à des retards dans (sa) réouverture et augmentera les tensions", a-t-il lancé.

Possible rencontre au Qatar 

L'Iran a vu d'un mauvais oeil l'annonce par Oman de l'ouverture d'une voie de navigation alternative temporaire, présentée comme une initiative concertée avec l'ONU pour évacuer les marins et navires bloqués. Des dizaines de bateaux l'ont empruntée cette semaine.

Et depuis jeudi, deux navires ont été touchés par des projectiles d'origine inconnue - des attaques attribuées à Téhéran par l'armée américaine qui a riposté deux jours de suite en bombardant l'Iran.

Téhéran a de son côté répliqué en tirant missiles et drones vers ses voisins du Golfe, notamment le Koweït et Bahreïn.

Citant deux responsables américains et une troisième source ayant connaissance du dossier, le média Axios a affirmé que des discussions devaient avoir lieu mardi au Qatar pour résoudre les différends concernant Ormuz, voie par laquelle transite habituellement quelque 20% des hydrocarbures mondiaux.

Si l'Iran et Oman revendiquent leur souveraineté sur Ormuz, la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), adoptée en 1982, garantit un droit de "passage en transit" dans les détroits qui servent à la navigation internationale, comme celui d'Ormuz, incontournable pour relier le Golfe au reste du monde.

Le texte, non ratifié par Téhéran, dispose que "tous les navires et aéronefs" dont le but est le transit "continu et rapide" du détroit jouissent d'une liberté de navigation "sans entrave".

Frappes israéliennes au Liban 

Au Liban, que Téhéran avait exigé d'inclure dans le protocole d'accord avec les Etats-Unis, Israël a poursuivi ses frappes dimanche. Et ce malgré, aussi, la signature vendredi à Washington d'un accord-cadre en vue d'une "paix durable".

Dans un communiqué conjoint, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense israéliens Israël Katz ont annoncé que l'armée avait détruit un long et profond tunnel du Hezbollah dans le sud du Liban.

L'Agence libanaise d'information ANI (officielle) a rapporté des bombardements, le ministère de la Santé faisant état de deux blessés après le lancement d'une grenade par "l'ennemi israélien" sur une localité du sud du pays.

Le chef du Parlement libanais allié au Hezbollah pro-Iran, Nabih Berri, a affirmé dimanche que l'accord avec Israël "ne sera pas adopté" en l'état.

Le mouvement chiite, qui rejette lui aussi cet accord, a dit se réserver le droit de "défendre sa patrie" après les dernières attaques israéliennes.

L'accord conditionne le retrait d'Israël du Liban - dont les troupes occupent un secteur dans le sud - au désarmement du Hezbollah. Une exigence de longue date que Beyrouth peine à mettre en oeuvre.

Le Liban a été entraîné dans le conflit début mars quand le Hezbollah a ciblé Israël en soutien à son parrain iranien, après l'offensive américano-israélienne sur Téhéran.