En Asie centrale, les talibans réveillent de vieilles peurs

Des soldats ouzbeks gardent le poste-frontière avec l’Afghanistan, près de la ville de Termez (Photo, AFP).
Des soldats ouzbeks gardent le poste-frontière avec l’Afghanistan, près de la ville de Termez (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 31 août 2021

En Asie centrale, les talibans réveillent de vieilles peurs

  • Les voisins ex-soviétiques de l’Afghanistan en Asie centrale craignent un mélange de crise de réfugiés et de menace jihadiste
  • Si les forces talibanes n'ont jamais elles-mêmes franchi les frontières de ces pays, leur premier règne, entre 1996 et 2001, avait inspiré des jihadistes dans la région

TERMEZ: Le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan rappellent de mauvais souvenirs à ses voisins ex-soviétiques en Asie centrale, qui craignent un mélange de crise de réfugiés et de menace jihadiste.

Si les forces talibanes n'ont jamais elles-mêmes franchi les frontières de ces pays, leur premier règne, entre 1996 et 2001, avait inspiré des jihadistes dans la région.

A l'époque, des groupes, en particulier le redoutable Mouvement islamique d'Ouzbékistan (MIO), avaient trouvé un sanctuaire en Afghanistan pour mener des attaques transfrontalières.

Deux décennies plus tard, les régimes d'Asie centrale, bien souvent très autoritaires, ne veulent prendre aucun risque et empêcher tout afflux de réfugiés, notamment de crainte d'une infiltration jihadiste d'Afghanistan.

Estimant que des "combattants déguisés" pouvaient se cacher parmi ces populations, Vladimir Poutine a encouragé ses homologues centre-asiatiques à se fermer aux réfugiés et à rejeter des demandes en ce sens formulées, selon le président russe, par Washington.

Selon lui, "des centaines, voire des centaines de milliers ou peut-être des millions" de personnes pourraient vouloir fuir le territoire afghan.

Accueil en catimini

Signe d'une certaine anxiété et d'une volonté de ne pas créer d'appel d'air, l'Ouzbékistan, pays le plus peuplé de la région, refuse de communiquer sur le nombre d'Afghans ayant réussi à traverser l'Amou-Daria dans les environs de la ville frontalière de Termez.

L'AFP n'a pas eu l'autorisation de se rendre dans un camp de réfugiés côté ouzbek, ni dans un centre pour malades du Covid de Termez, dans lesquels se trouveraient jusqu'à 1.500 Afghans, selon un diplomate de l'ambassade afghane.

Le pouvoir ouzbek a lui-même diffusé des informations contradictoires sur l'arrivée de dizaines d'hélicoptères et d'avions de l'armée afghane en fuite. 

Des médias affirment que des centaines d'Afghans ont franchi l'Amou-Daria à bord de canoës de fortune.

Un secret bien gardé, semble-t-il, car des habitants de Termez interrogés par l'AFP ont exprimé leur surprise, affirmant ne rien savoir d'Afghans ayant rejoint l’Ouzbékistan.   

Abdoulaziz Moukhamadjanov, un homme d'affaires de 26 ans, affirme néanmoins que "si des réfugiés arrivent, on leur offrira l'hospitalité".

Les autorités ont seulement communiqué sur le transit dans la capitale Tachkent de quelque 2.000 personnes, évacuées de Kaboul par des Etats européens, en particulier l'Allemagne.

Face à une opinion publique inquiète, le Kirghizstan et le Kazakhstan ont, eux, dû démentir formellement avoir accueilli des réfugiés afghans, après des rumeurs virales diffusées sur les réseaux sociaux.

Le Tadjikistan et le Turkménistan, pour leurs parts, ont sous-entendu qu'ils pourraient accueillir des déplacés, tout en notant que le Covid rendrait l'affaire compliquée.

Facteur ethnique

Tous ont en mémoire le Mouvement islamique d'Ouzbékistan, soutenu par les talibans et accusé d'attentats en Ouzbékistan et au Tadjikistan et même d'une incursion armée au Kirghizstan.

Le MIO est aujourd'hui considéré comme très affaibli, mais la présence de membres d'ethnies centre-asiatiques parmi les talibans et d'autres groupes extrémistes en Afghanistan alimente les craintes d'un nouvel essor, explique Jennifer Brick Murtazashvili, de l'université américaine de Pittsburg.

Selon elle, les talibans pourraient utiliser "ces combattants comme un levier d'influence sur les Etats d'Asie centrale". 

Face à cette menace, la Russie a multiplié les manoeuvres militaires avec ses alliés d'Asie centrale et fait état de nouvelles commandes d’armements depuis ces pays. 

Le Tadjikistan, qui partage une frontière de plus de 1.300 kilomètres avec l'Afghanistan, est le plus inquiet et il refuse jusqu'ici le dialogue direct avec les talibans, contrairement à l'Ouzbékistan et au Turkménistan.

Début août, le président tadjik, Emomali Rakhmon, a dénoncé la formation de "groupes terroristes" côté afghan. 

Douchanbé a toutefois démenti avoir envoyé des armes à des combattants tadjiks dans la vallée du Panchir, qui résiste aux talibans. 

Entre 1992 et 1997, ce pays, le plus pauvre d'ex-URSS, a été ravagé par une guerre contre une rébellion islamiste finalement vaincue par l'autoritaire Emomali Rakhmon mais dont des cadres ont constitué le MIO.

Pour l'Ouzbékistan et le Turkménistan, "des considérations économiques pourraient prévaloir et nécessiter une relation plus forte avec les talibans", note Parviz Moullojanov, professeur invité à l'EHESS de Paris.

Mais pour le Tadjikistan, "la sécurité passe avant tout."


Witkoff voit des «signaux forts» en faveur d'un accord avec l'Iran

Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
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  • "Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche
  • Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur

WASHINGTON: Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff.

"Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur.

 

 


Les alliés de Washington du G7 poussent à la désescalade

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.  "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie. "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
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  • L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran
  • A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées"

ABBAYE-DES-VAUX-DE-CERNAY: Les ministres des Affaires étrangères du Groupe G7 ont entamé jeudi, sans l'Américain Marco Rubio, une réunion près de Paris avec la volonté affichée de pousser Washington à une désescalade au Moyen-Orient sans pour autant oublier l'Ukraine.

Le secrétaire d'Etat américain rejoindra vendredi matin ses homologues à l'Abbaye des Vaux-de-Cernay, près de Rambouillet, à une cinquantaine de kilomètres de Paris.

L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran, qui a des répercussions économiques mondiales en raison du quasi blocage du détroit d'Ormuz par Téhéran depuis près d'un mois.

A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées".

"Nous constatons que la Russie aide l'Iran sur le plan du renseignement pour cibler des Américains, pour tuer des Américains (au Moyen-Orient), et la Russie fournit également désormais des drones à l'Iran afin que (ce pays) puisse attaquer les pays voisins ainsi que les bases militaires américaines", a-t-elle déclaré à des journalistes.

"Si l'Amérique veut que la guerre au Moyen-Orient cesse, (...) elle doit aussi exercer une pression sur la Russie afin qu'elle ne puisse pas aider (l'Iran) dans ce sens", a-t-elle souligné.

"On a des raisons de penser qu'aujourd'hui la Russie soutient les efforts militaires de l'Iran qui semblent être dirigés notamment sur des cibles américaines", a de son côté déclaré jeudi soir le ministre français Jean-Noël Barrot, lors d'une conférence de presse clôturant la première journée des discussions.

De son côté, la ministre canadienne Anita Anand a appelé le G7 à soutenir "collectivement" une désescalade au Moyen-Orient, dans un entretien à l'AFP.

"Pour le gouvernement allemand, il est très important de savoir précisément ce que nos partenaires américains comptent faire", a pour sa part souligné le ministre allemand Johann Wadephul, alors que la confusion règne sur de potentielles négociations directes entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre.

L'Iran aurait répondu à la proposition annoncée par le président américain Donald Trump, et reçue via le médiateur pakistanais, a affirmé jeudi une source citée par l'agence de presse iranienne Tasnim.

Jeudi, l'émissaire américain Steve Witkoff a quant à lui assuré qu'il existait des "signaux forts" montrant que Téhéran veut passer un accord avec les Etats-Unis.

Mercredi, la télévision d'Etat avait pourtant affirmé que l'Iran avait rejeté ce plan tandis que la Maison Blanche menaçait de déchaîner "l'enfer" sur le pays en cas d'échec des négociations.

La France, qui exerce la présidence du G7 cette année, prône elle aussi la voie diplomatique, redoutant d'être entraînée dans le conflit.

Bien que disposant de bases militaires dans les pétromonarchies du Golfe avec lesquels elle est liée par des accords de coopération de sécurité, elle a constamment souligné que sa posture était "purement défensive".

Difficile convergence de vues 

Mais cette position semble de plus en plus difficile à tenir alors que ces Etats sont visés par les frappes iraniennes, en représailles aux tirs provenant de bases américaines implantées au Moyen-Orient.

Au G7, la principale session de travail consacrée à la guerre au Moyen-Orient se tiendra vendredi.

Les chefs de la diplomatie des grands pays émergents (Inde et Brésil) ont été invités, de même que les ministres ukrainien, saoudien et sud-coréen.

L'Italie compte "promouvoir une désescalade" et assurer de "la disponibilité du gouvernement italien à contribuer aux efforts visant à garantir un passage sûr à travers le détroit d'Ormuz", selon une source diplomatique italienne.

Le Royaume-Uni et la France vont réunir cette semaine une trentaine de pays prêts à former une coalition visant à participer à la sécurisation du détroit d'Ormuz.

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.

"La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine.

Signe de la difficulté à faire converger les vues, cette réunion s'achèvera vendredi avec la publication d'un communiqué de la présidence française, plutôt qu'un communiqué conjoint, a indiqué une source diplomatique.

La ministérielle Affaires étrangères précèdera un G7 Finances et Energie avec les Banques centrales programmée lundi en visio-conférence.

 


Iran: Trump repousse son ultimatum au 6 avril

Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
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  • "A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."
  • "Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.

WASHINGTON: Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien."

"A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."

"Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.