Décès de Jean-Denis Bredin, l'avocat engagé

Les académiciens Jean-Denis Bredin (à gauche) et Jean-Marie Rouart à Paris le 20 mars 2021. Photo Pool/AFP
Les académiciens Jean-Denis Bredin (à gauche) et Jean-Marie Rouart à Paris le 20 mars 2021. Photo Pool/AFP
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Publié le Jeudi 02 septembre 2021

Décès de Jean-Denis Bredin, l'avocat engagé

  • «Il fût l'un de nos plus brillants confrères possédant une plume à nulle autre pareille qui l'avait porté à l'Académie française» en 1990, a salué le bâtonnier de Paris, Olivier Cousi
  • Avocat au barreau de Paris depuis les années 50, il s'associe en 1965 à Robert Badinter pour fonder un cabinet d'affaires qui deviendra l'un des plus célèbres du pays

 

PARIS : L'avocat, professeur, écrivain et académicien Jean-Denis Bredin est décédé mercredi à 92 ans. Il a lutté sa vie durant contre les erreurs judiciaires et pour une "autre justice", plus rapide, moins formaliste.


"Il fût l'un de nos plus brillants confrères possédant une plume à nulle autre pareille qui l'avait porté à l'Académie française" en 1990, a salué le bâtonnier de Paris, Olivier Cousi, dans un tweet. "Une très grand figure du barreau français vient de s'éteindre. Il aura marqué son époque de son talent et des nombreux combats qu'il a menés", a également écrit sur Twitter le ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti.


Père de l'ancienne ministre socialiste de la Jeunesse et des Sports Frédérique Bredin, l'académicien français a signé une vingtaine d'ouvrages historico-judiciaires, dont un livre-référence ("L'affaire", 1983) sur Alfred Dreyfus, une des plus célèbres victimes d'erreur judiciaire de l'histoire de France.


Figure de la "gauche caviar" parisienne, M. Bredin était un homme prévenant, d'une politesse exquise, mais cette urbanité parfois lui pesait. Ainsi, choisit-il d'intituler son autobiographie (2007) d'un lucide "Trop bien élevé", laquelle faisait suite à un roman au titre tout aussi explicite, "Un enfant sage" (1990).


"Excusez-moi, oui, excusez-moi, si je suis là, car je vous gêne (...). Frapper avant d'entrer, s'effacer dans les portes, sourire, toujours sourire... Il ne suffira pas d'une vie entière pour se faire pardonner d'exister", écrit-il.


Né à Paris le 17 mai 1929 - son père, juif, porte le nom de Hirsch mais le couple divorce et le père décède en 1939; le petit garçon sera élevé dans la religion de sa mère, catholique -, il est reçu premier à l'agrégation de droit privé en 1957. J'étais "programmé pour être bon élève", dira-t-il.


Il enseigne (il adorait cela) à la Faculté de droit de Rennes, de Lille, à l'université Paris-Dauphine puis, à partir de 1971, à Paris I où il demeure jusqu'en 1993 avant d'être nommé professeur émérite.


Avocat au barreau de Paris depuis les années 50, il s'associe en 1965 à Robert Badinter pour fonder un cabinet d'affaires qui deviendra l'un des plus célèbres du pays. 


Il disait partager avec le futur garde des Sceaux du président socialiste François Mitterrand les mêmes "sensibilités sur les droits de l'Homme". "Ce dont j'ai peur, c'est la capacité des gens à se laisser dominer par des fanatismes, des idéologies", répétait-il.

«Mozart de l’arbitrage»

Parallèlement, en 1968, il travaille avec le ministre Edgar Faure à la réforme de l'enseignement supérieur. Après un passage dans les années 70 par la vice-présidence du Mouvement des radicaux de gauche (MRG), il est chargé de mission par le Premier ministre sur l'audiovisuel en 1985. Il a été aussi président du conseil d'administration de la Bibliothèque nationale, de 1982 à 1986.


M. Bredin a fait partie du comité de soutien à Christian Ranucci, l'un des derniers condamnés à mort exécutés en France (1976) avant de lutter, sans succès, pour sa réhabilitation. Il s'est battu également en vain pour une révision du procès de Guillaume Seznec (2006) et pour arracher la grâce de Dany Leprince (2010).


Mais cela ne le détourne de son combat en faveur des "innocents condamnés". "Il est fini le temps où une condamnation prononcée était irrémédiable parce que la justice était quasi religieuse", plaide-t-il.


Son expertise le conduit à participer à des procédures d'arbitrage, mode feutré de règlement des litiges hors de l'arène des tribunaux. Ce "Mozart de l'arbitrage", selon le journaliste et écrivain Franz-Olivier Giesbert, tranche ainsi dans l'affaire Greenpeace ou celle des frégates de Taïwan.


Dans l'interminable affaire Adidas, opposant Bernard Tapie au Crédit Lyonnais, il se retrouve en 2014 placé sous statut de témoin assisté. Il faisait partie du tribunal arbitral qui avait rendu une décision favorable à M. Tapie, permettant à ce dernier de toucher des centaines de millions d'euros.


Ses livres (fictions, nouvelles, essais) témoignent de ses combats. Son premier roman, "Un coupable" (1985), est le récit d'une erreur judiciaire. Il a aussi dénoncé les dérives judiciaires dans "Un tribunal au garde-à-vous" (2002, sur le procès de Pierre Mendès-France en 1941), ou dans "L'infamie" (2012, sur le procès de Riom en 1942 intenté par Vichy à Léon Blum et d'autres). 


Il a aussi consacré des ouvrages à des figures comme Joseph Caillaux, l'abbé Sieyès, les Necker, Charlotte Corday ou Bernard Lazare, le premier des dreyfusards, qui a, selon l'auteur, "tout au long de sa vie, revendiqué et respecté le devoir de vérité".


G7 : Appel « à un arrêt immédiat » des attaques contre les civils en Iran et au Moyen-Orient

Les ministres des Affaires étrangères du G7 posent pour une photo de groupe à l’Abbaye des Vaux-de-Cernay, près de Paris, le 27 mars 2026. (AFP)
Les ministres des Affaires étrangères du G7 posent pour une photo de groupe à l’Abbaye des Vaux-de-Cernay, près de Paris, le 27 mars 2026. (AFP)
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  • Le G7 appelle à l’arrêt immédiat des attaques contre les civils et les infrastructures en Iran et au Moyen-Orient, et insiste sur la coordination de l’aide humanitaire
  • Les ministres réaffirment la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz et appellent à des partenariats pour atténuer les chocs économiques mondiaux

DUBAÏ : Les ministres des Affaires étrangères des pays du G7 – Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni – ainsi que la haute représentante de l’Union européenne, se sont réunis sous présidence française à l’Abbaye des Vaux-de-Cernay, en France, les 26 et 27 mars 2026. La rencontre a porté sur la situation en Iran et dans l’ensemble du Moyen-Orient.

Dans une déclaration conjointe, les responsables ont insisté sur la nécessité de limiter les conséquences du conflit pour les populations civiles, les partenaires régionaux et les infrastructures critiques, tout en coordonnant les efforts d’aide humanitaire.

« Nous appelons à un arrêt immédiat des attaques contre les populations et les infrastructures civiles. Rien ne justifie de prendre pour cible des civils de manière délibérée lors de conflits armés ni de mener des attaques contre des installations diplomatiques », soulignent-ils.

Les ministres ont également évoqué l’importance de partenariats diversifiés pour atténuer les chocs économiques mondiaux, notamment les perturbations des chaînes d’approvisionnement, qui ont des répercussions directes sur (leurs) concitoyens, dans les secteurs économique, énergétique, commercial et des engrais.

Enfin, le G7 a réaffirmé la nécessité de garantir « de manière permanente la liberté de navigation gratuite et sûre » dans le détroit d’Ormuz, conformément à la résolution 2817 du Conseil de sécurité des Nations Unies et au droit de la mer.


Villepin retourne dans l'arène, avec 2027 dans le viseur

Dominique de Villepin a déjà la panoplie du candidat. Un parti, La France humaniste, lancé en juin 2025. Une présence médiatique. Un livre politique, sorti l'an dernier. (AFP)
Dominique de Villepin a déjà la panoplie du candidat. Un parti, La France humaniste, lancé en juin 2025. Une présence médiatique. Un livre politique, sorti l'an dernier. (AFP)
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  • L'homme politique de 72 ans, figure de la présidence de Jacques Chirac, prépare plus ou moins discrètement son grand retour
  • Il se montre en tout cas très généreux en indices. En janvier, il clame ainsi, après avoir multiplié les allusions, sa volonté d'être "présent" dans "le grand combat" de 2027

PARIS: Quand se lancera-t-il? L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin entretient un suspense savamment construit, bien que mince, sur sa candidature à l'élection présidentielle, et remet vendredi un pied dans l'arène avec une conférence sur "l'état de la France".

L'homme politique de 72 ans, figure de la présidence de Jacques Chirac, prépare plus ou moins discrètement son grand retour.

Il se montre en tout cas très généreux en indices. En janvier, il clame ainsi, après avoir multiplié les allusions, sa volonté d'être "présent" dans "le grand combat" de 2027.

Dominique de Villepin a déjà la panoplie du candidat. Un parti, La France humaniste, lancé en juin 2025. Une présence médiatique. Un livre politique, sorti l'an dernier.

Une bonne cote de popularité aussi, même si, pour l'instant, elle ne se convertit pas en intentions de vote.

Pour changer cela, Dominique de Villepin veut accélérer le mouvement.

Première étape: une conférence à l'université parisienne de La Sorbonne vendredi à 20H, centrée sur la politique nationale. Ces derniers mois, il avait surtout commenté les questions internationales.

"Le but est de poser un constat sur l'état de la France" et du même coup "les jalons d'une ligne politique", dit son entourage à l'AFP. "C'est la pré-campagne présidentielle qui s'ouvre", ajoute-t-on.

Pour la vraie campagne, patience. Son entourage affirme que l'annonce de candidature pourrait arriver "dès avril comme en décembre".

Questionné sur LCP en janvier concernant son calendrier, Dominique de Villepin répond qu'il faut attendre que les Français soient "dans le temps de la présidentielle". Les élections municipales étant passées, la route est dégagée.

Dostoïevski 

Dominique de Villepin joue sa propre temporalité, volontiers à contre-courant.

Sur les réseaux sociaux, où les formats courts et survoltés règnent, ce passionné de poésie publie des vidéos dans lesquelles il analyse en détail les écrivains Fiodor Dostoïevski, Léon Tolstoï ou Albert Camus - mais aussi l'Evangile selon Saint Jean.

Héraut d'un droit international piétiné, l'énarque au verbe flamboyant signe des messages fleuves disséquant l'actualité du monde, Iran, Gaza ou Venezuela.

Il s'exprime sur ces sujets avec sa légitimité de diplomate de carrière devenu ministre des Affaires étrangères sous Jacques Chirac de 2002 à 2004. Et surtout, en tant que visage du "non" français à la guerre en Irak en 2003, son heure de gloire.

Sa position d'observateur, hors du jeu, lui permet pour l'instant de commenter ce qui lui plaît sans trop se mouiller.

Un retour réussi signerait une revanche de taille pour Dominique de Villepin, effacé par l'accession à l'Elysée de son rival Nicolas Sarkozy en 2007 puis la brumeuse affaire Cleastream, dans laquelle il a finalement été relaxé.

Sa tentative présidentielle, en 2012, s'était arrêtée dans la douleur quand il avait échoué à rassembler les parrainages d'élus locaux nécessaires pour candidater. Il dit en avoir tiré les leçons.

A droite, à gauche 

Mais qui constituerait son électorat? Si sa carrière politique s'est faite à droite, ses récentes prises de position tranchent avec cet héritage.

Il s'élève contre le "désastre humanitaire" à Gaza, critique l'impopulaire réforme des retraites, insiste sur le besoin de justice sociale et veut réinventer le monde du travail.

En février, le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard l'a jugé "plus à gauche" que le Parti socialiste quand il a dénoncé la "diabolisation" de LFI dans l'affaire du meurtre de Quentin Deranque.

Dominique de Villepin, acclamé à la Fête de l'Humanité en 2024, chasse même sur les terres des Ecologistes en plaidant pour "mettre fin à l'exploitation aveugle des ressources".

Son créneau un peu à part lui vaut d'être isolé.

Il ne semble pas chercher à se faire des amis dans son ancienne famille politique, dont il dénonce "la course à l'échalote avec l'extrême droite" et la "tentation identitaire".

Pour le Dominique de Villepin version 2026, l'avenir est plutôt vers l'électorat centriste ou de gauche modérée. Mais son profil d'homme fortuné, nourri par ses activités de consultant, et son CV de chiraquien pourraient en irriter une partie.

Sur ce marché, il ne manque aussi pas de concurrents. Rien qu'au centre, deux autres anciens Premiers ministres, Edouard Philippe et Gabriel Attal, se disputent déjà la lumière. A plus d'un an de l'échéance, d'autres encore peuvent éclore.

 

 


Hommage national à Lionel Jospin aux Invalides

Un "grand destin français", une "certaine idée de la gauche": Emmanuel Macron rend un hommage national jeudi à l'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin, décédé dimanche, symbole la "gauche plurielle" au gouvernement de 1997 à 2002. (AFP)
Un "grand destin français", une "certaine idée de la gauche": Emmanuel Macron rend un hommage national jeudi à l'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin, décédé dimanche, symbole la "gauche plurielle" au gouvernement de 1997 à 2002. (AFP)
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  • La cérémonie se déroulera à 11H00 aux Invalides, dans la cour Sud du Dôme et non dans la cour d'honneur pavée, comme le veut la tradition, en raison de travaux, en présence du Premier ministre Sébastien Lecornu
  • De nombreuses personnalités de gauche sont également attendues dont l'ancien président François Hollande, qui était très proche de Lionel Jospin, le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure et les anciens Premiers ministres PS

PARIS: Un "grand destin français", une "certaine idée de la gauche": Emmanuel Macron rend un hommage national jeudi à l'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin, décédé dimanche, symbole la "gauche plurielle" au gouvernement de 1997 à 2002.

La cérémonie se déroulera à 11H00 aux Invalides, dans la cour Sud du Dôme et non dans la cour d'honneur pavée, comme le veut la tradition, en raison de travaux, en présence du Premier ministre Sébastien Lecornu, des membres du gouvernement, des présidents des deux Chambres et ceux des commissions et groupes parlementaires.

De nombreuses personnalités de gauche sont également attendues dont l'ancien président François Hollande, qui était très proche de Lionel Jospin, le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure et les anciens Premiers ministres PS Laurent Fabius, Édith Cresson ou encore Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls.

Mais sans Jean-Luc Mélenchon, qui s'est plaint jeudi de ne pas avoir été invité, ce que démentent l'Élysée et les proches de l'ancien Premier ministre. L'ancien ministre de l'Enseignement professionnel (2000-2002) a ensuite assuré avoir été invité par sms jeudi "matin", un délai trop court pour "être présent à Paris".

Le cercueil fera son entrée à 11H05 dans la cour, sur une marche funèbre, au pas du tambour. Suivront l'éloge funèbre du chef de l'État, la sonnerie "Aux Morts", une minute de silence et la Marseillaise. La garde républicaine doit interpréter la chanson de Jacques Prévert et Vladimir Kosma, "Les Feuilles mortes", que Lionel Jospin avait lui-même interprétée dans une émission télévisée en 1984.

"Le souvenir d'un homme droit, construit, au service des autres (...) un homme comme il y en a peu aujourd'hui", a déclaré aux journalistes Dominique Strauss-Kahn, son ancien ministre des Finances en arrivant aux Invalides.

Les obsèques de Lionel Jospin, décédé à l'âge de 88 ans, se dérouleront à 14H30 au cimetière parisien du Montparnasse.

Plusieurs milliers de personnes sont attendues pour cet hommage plus personnel ouvert au public, durant lequel François Hollande, à la tête du PS quand Lionel Jospin était à Matignon, Martine Aubry, son emblématique ministre du Travail, Daniel Vaillant, ex-ministre de l'Intérieur ou encore Pierre Moscovici, à l'époque chargé des Affaires européennes, prendront la parole.

A cette occasion, le PS invite chaque militant à apporter une rose et des cahiers d'hommage seront ouverts dans l'ensemble des fédérations.