Les États-Unis de Biden ne veulent plus être les gendarmes du monde

Le président Joe Biden a prononcé un discours mardi, au lendemain de l'annonce du départ des derniers militaires américains de l’Afghanistan (Photo, AFP).
Le président Joe Biden a prononcé un discours mardi, au lendemain de l'annonce du départ des derniers militaires américains de l’Afghanistan (Photo, AFP).
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Publié le Samedi 04 septembre 2021

Les États-Unis de Biden ne veulent plus être les gendarmes du monde

  • Loin de faire profil bas après un retrait chaotique qui l'a fragilisé auprès de l'opinion publique, Joe Biden a saisi l'occasion pour exposer très clairement sa doctrine internationale
  • «Il ne s'agit pas que de l'Afghanistan. Il s'agit de mettre fin à une époque d'interventions militaires majeures destinées à recréer d'autres pays», a-t-il dit

WASHINGTON: Barack Obama l'a laissé entendre, Donald Trump l'a scandé à sa tonitruante manière, mais c'est sans doute Biden qui, à l'occasion du retrait d'Afghanistan cette semaine, l'a exposé le plus clairement: les Etats-Unis ne veulent plus être les gendarmes du monde.

"+Il est temps de mettre fin à cette guerre éternelle+ (...) C'est Biden qui l'a dit mais cela aurait facilement pu être Trump", note Charles Franklin, professeur à la Marquette Law School.

Il commente un discours prononcé mardi par le président américain, au lendemain de l'annonce du départ des derniers militaires américains, après vingt années de guerre en Afghanistan.

Loin de faire profil bas après un retrait chaotique qui l'a fragilisé auprès de l'opinion publique, Joe Biden a saisi l'occasion pour exposer très clairement sa doctrine internationale.

"Il ne s'agit pas que de l'Afghanistan. Il s'agit de mettre fin à une époque d'interventions militaires majeures destinées à recréer d'autres pays", a-t-il dit.

Pour Benjamin Haddad, du centre de recherches Atlantic Council basé à Washington, c'est là "le plus éloquent rejet de l'internationalisme" par un président américain "depuis des décennies", selon un commentaire sur Twitter.

Certes, "America is back", "l'Amérique est de retour", répète souvent le démocrate de 78 ans, mais il a expliqué à quelles conditions.

"Nos erreurs"

"Nous devons apprendre de nos erreurs", a-t-il dit.

"Nous devons nous donner des missions avec des objectifs clairs et réalistes, pas des objectifs que nous n'atteindrons jamais", et "nous devons nous concentrer clairement sur la sécurité des Etats-Unis".

Joe Biden se targue d'une très longue expérience de politique étrangère, comme sénateur puis comme vice-président de Barack Obama.

Ce dernier a d'ailleurs initié, sans doute sans le dire aussi frontalement que Joe Biden, un repli de l'interventionnisme américain.

Barack Obama avait ainsi estimé que l'emploi d'armes chimiques par Bachar Al-Assad serait une "ligne rouge" appelant une riposte armée. Mais quand Damas l'a franchie, en août 2013, le président démocrate n'a finalement pas déclenché les frappes aériennes prévues. 

Pour Joe Biden, la rivalité qui oppose les nations démocratiques aux régimes autoritaires tels que la Chine doit prendre le pas sur les grandes opérations militaires. Dans son esprit, la démocratie doit prouver qu'elle peut répondre, mieux que les dictatures, aux grands défis tels que le changement climatique ou la pandémie, tout en étanchant la soif de prospérité des classes moyennes.

Dans cette grande compétition, Joe Biden compte sur le jeu des alliances, une différence radicale avec Donald Trump. Il organise d'ailleurs à l'automne un sommet virtuel rassemblant des chefs d'Etat et de gouvernement de nations démocratiques, dont la liste n'a pas été dévoilée.

Les Etats-Unis "ont toujours hésité entre s’isoler des péchés du monde et répandre les bienfaits de leur modèle. Depuis 1945, ils avaient choisi d’être les défenseurs puis les missionnaires de la démocratie. Ils rentrent à la maison", a commenté sur Twitter l'ancien ambassadeur de France à Washington, Gérard Araud.

"Nounou"

La gestion très unilatérale du retrait d'Afghanistan a de fait secoué les pays alliés des Etats-Unis. Et elle a réjoui Pékin et Moscou, qui se sont empressés d'y lire un avertissement pour les pays ayant tout misé sur le soutien militaire américain.

"Il semble y avoir un degré certain de frustration" même s'il est difficile de savoir "à quel point c'est profond" parmi les alliés des Etats-Unis, à propos de la gestion du retrait d'Afghanistan, estime Tricia Bacon, professeure à l'American University.

Mercredi, au lendemain du grand discours de Joe Biden, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'est vu appliquer les réserves du président américain en matière internationale.

Joe Biden lui a redit sa promesse de l'aider contre "l'agression" russe en Crimée, en lui fournissant en particulier des équipements militaires.

Mais le président américain n'a pas, loin de là, ouvert grand les portes de l'Otan à l'Ukraine, très désireuse de rejoindre l'alliance militaire atlantiste.

Et Joe Biden n'a pas reculé non plus sur Nord Stream 2, un projet de gazoduc russe qui inquiète beaucoup Kiev. Plutôt que des sanctions, la Maison Blanche a choisi l'approche diplomatique sur ce dossier délicat.

Ailleurs qu'en Europe, Joe Biden "a peut-être bien baissé le rideau pour de bon sur l'interventionnisme militaire américain au Proche et Moyen-Orient au sens large", analyse dans un blog Imad Harb, directeur de recherches et d'analyse au "Arab Center" de Washington.

Faute de soutien militaire américain garanti, cela pourrait amener les pays de la région tentés de hausser la voix et d'agir contre l'Iran à faire preuve "de la plus grande retenue", estime-t-il.


«Continuez à manifester», «l'aide est en route», lance Donald Trump aux Iraniens

Les liaisons téléphoniques internationales, coupées depuis vendredi, ont été rétablies mardi depuis l'Iran vers l'étranger mais restent précaires, selon un journaliste de l'AFP à Téhéran.  Dans la capitale, les forces de sécurité ont été mardi moins visibles aux principaux carrefours de Téhéran, a-t-il constaté. (AFP)
Les liaisons téléphoniques internationales, coupées depuis vendredi, ont été rétablies mardi depuis l'Iran vers l'étranger mais restent précaires, selon un journaliste de l'AFP à Téhéran. Dans la capitale, les forces de sécurité ont été mardi moins visibles aux principaux carrefours de Téhéran, a-t-il constaté. (AFP)
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  • La Maison Blanche avait affirmé lundi que la possibilité de frappes aériennes était toujours sur la table, mais que la diplomatie demeurait "la première option"
  • Donald Trump a par ailleurs annoncé des sanctions contre les partenaires commerciaux de l'Iran - des droits de douane de 25% prenant effet "immédiatement

PARIS: Donald Trump a encouragé mardi les manifestants en Iran à renverser les institutions et a promis que "l'aide" arrivait, Téhéran dénonçant de son côté des "troubles orchestrés" pour servir de prétexte à une intervention militaire américaine.

"CONTINUEZ A MANIFESTER - PRENEZ LE CONTROLE DE VOS INSTITUTIONS!!!", a écrit le président américain sur son réseau Truth social, soulignant que "beaucoup d'aide est en route".

Le président américain a menacé plusieurs fois d'intervenir militairement depuis le début le 28 décembre du mouvement, l'un des plus vastes depuis la proclamation de la République islamique en 1979.

La mission iranienne à l'ONU a accusé mardi les Etats-Unis de chercher à renverser le régime par la force, "des troubles orchestrés et le chaos servant de modus operandi pour fabriquer un prétexte à une intervention militaire".

Fils de l'ancien chah d'Iran chassé du pouvoir en 1979 et figure de l'opposition iranienne en exil aux Etats-Unis, Reza Pahlavi a assuré mardi aux manifestants que "le monde n'a pas seulement vu et entendu votre voix et votre courage, maintenant il répond".

La répression a fait au moins 734 morts selon l'ONG Iran Human Rights (IHR) basée en Norvège, qui estime toutefois que le nombre réel de morts pourrait s'élever à plusieurs milliers.

Des rapports crédibles font état "de tueries à grande échelle menées par les forces de sécurité à travers le pays", affirme également l'ONG Human Rights Watch.

De nouvelles vidéos, authentifiées par l'AFP, sont apparues sur les réseaux sociaux montrant des dizaines de corps alignés dans une mosquée au sud de la capitale iranienne.

"Tirs au hasard" 

Les condamnations internationales ont afflué mardi: l'ONU s'est dit "horrifiée" et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a dénoncé un bilan "effroyable" et dit plancher sur de nouvelles sanctions contre Téhéran.

L'UE et des capitales européennes ont convoqué les ambassadeurs iraniens pour dénoncer la "répression la plus brutale et la plus sanglante contre des manifestations" depuis des années, selon Londres.

La Maison Blanche avait affirmé lundi que la possibilité de frappes aériennes était toujours sur la table, mais que la diplomatie demeurait "la première option".

Donald Trump a par ailleurs annoncé des sanctions contre les partenaires commerciaux de l'Iran - des droits de douane de 25% prenant effet "immédiatement".

L'Iran reste privé d'internet depuis le 8 janvier. Des défenseurs des droits humains accusent Téhéran de chercher ainsi à masquer la répression.

L'IHR évoque 10.000 arrestations.

"La violence augmente, les arrestations aussi. Les oppresseurs tirent au hasard", relate Kian Tahsildari à Istanbul, relayant le témoignage d'amis à Mashad (nord-est de l'Iran).

Téhéran "prêt à toute éventualité" 

Les liaisons téléphoniques internationales, coupées depuis vendredi, ont été rétablies mardi depuis l'Iran vers l'étranger mais restent précaires, selon un journaliste de l'AFP à Téhéran.

Dans la capitale, les forces de sécurité ont été mardi moins visibles aux principaux carrefours de Téhéran, a-t-il constaté.

Les médias d'Etat diffusent en boucle des images des dégâts et rendent hommage aux membres des forces de sécurité tués.

Les autorités iraniennes ont annoncé la tenue mercredi d'une cérémonie funéraire géante à Téhéran en l'honneur des "martyrs" des derniers jours, en référence essentiellement à ceux-ci.

Depuis le début du mouvement, initialement lié au coût de la vie, le pouvoir dit comprendre les revendications portant sur des questions économiques mais accuse des "émeutiers" pilotés par l'étranger d'être à l'origine des violences.

Mardi, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a affirmé sur Al Jazeera que la décision de couper l'internet avait été prise en raison "d'opérations terroristes" dont "les ordres venaient de l'étranger".

"Nous sommes préparés pour toute éventualité et nous espérons que Washington fera un choix guidé par la sagesse. Peu importe quelle option ils choisiront, nous y sommes prêts", a-t-il ajouté.

Agé de 86 ans, l'ayatollah Khamenei a déjà été confronté à d'importants défis, notamment durant la guerre de 12 jours avec Israël en juin 2025, déclenchée par une attaque massive contre les installations militaires et nucléaires iraniennes.

Mais ces manifestations "représentent sans doute le défi le plus sérieux" pour le guide suprême "depuis des années, tant par leur ampleur que par leurs revendications politiques de plus en plus explicites", relève Nicole Grajewski, professeure au Centre de recherches internationales de Sciences Po.

Des analystes jugent cependant prématuré de prédire dans l'immédiat la chute du pouvoir théocratique iranien, soulignant que la République islamique dispose de solides leviers répressifs, à commencer par le Corps des Gardiens de la Révolution.


Des frappes en Iran sont toujours une option pour Trump, selon la Maison Blanche

Donald Trump envisage des frappes aériennes en Iran pour mettre fin à la répression des manifestations qui secouent la République islamique depuis le 28 décembre, a affirmé lundi la Maison Blanche, ajoutant toutefois qu'une voie diplomatique restait ouverte. (AFP)
Donald Trump envisage des frappes aériennes en Iran pour mettre fin à la répression des manifestations qui secouent la République islamique depuis le 28 décembre, a affirmé lundi la Maison Blanche, ajoutant toutefois qu'une voie diplomatique restait ouverte. (AFP)
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  • La répression des manifestations en Iran a fait plus de 600 morts depuis le début de la contestation selon une ONG
  • "Une chose dans laquelle le président Trump excelle est de garder toutes les options sur la table. Et les frappes aériennes sont l'une des très nombreuses options qui s'offrent au commandant en chef"

WASHNIGTON: Donald Trump envisage des frappes aériennes en Iran pour mettre fin à la répression des manifestations qui secouent la République islamique depuis le 28 décembre, a affirmé lundi la Maison Blanche, ajoutant toutefois qu'une voie diplomatique restait ouverte.

La répression des manifestations en Iran a fait plus de 600 morts depuis le début de la contestation selon une ONG, la République islamique faisant face à l'un de ses plus importants mouvements de contestation depuis sa proclamation en 1979.

"Une chose dans laquelle le président Trump excelle est de garder toutes les options sur la table. Et les frappes aériennes sont l'une des très nombreuses options qui s'offrent au commandant en chef", a affirmé à la presse la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt.

Toutefois, elle a assuré que "la diplomatie (était) toujours la première option pour le président".

Selon elle, une voie diplomatique reste ouverte avec l'Iran, le pouvoir adoptant un "ton très différent" lors de discussions privées avec l'émissaire américain, Steve Witkoff.

"Ce que vous entendez de la part du régime iranien est très différent des messages que l'administration (américaine) reçoit en privé, et je pense que le président veut examiner ces messages", a-t-elle ajouté.

Donald Trump "ne souhaite pas voir des gens se faire tuer dans les rues de Téhéran, et malheureusement, c'est ce à quoi nous assistons actuellement", a également assuré Karoline Leavitt.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a lui déclaré lundi qu'un canal de communication était "ouvert" entre l'Iran et Steve Witkoff, malgré l'absence de relations diplomatiques entre les deux pays ennemis.

Le pouvoir cherche à présent à reprendre la main en faisant descendre dans les rues des milliers de ses partisans, après avoir imposé une coupure totale d'internet depuis le 8 janvier.

Le président américain avait annoncé dimanche qu'une réunion avec des responsables iraniens était "en cours de préparation", sans toutefois écarter l'option militaire. "Nous pourrions devoir agir avant une rencontre", avait-il avancé, en ajoutant que l'armée américaine étudiait des "options très fortes".

 


Partez maintenant! le message des États-Unis à leurs ressortissants en Iran

Cette image, prise le 6 janvier 2026 à partir d'images UGC publiées le même jour sur les réseaux sociaux, montre les forces de sécurité iraniennes utilisant des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants au bazar de Téhéran. (Fichier/AFP)
Cette image, prise le 6 janvier 2026 à partir d'images UGC publiées le même jour sur les réseaux sociaux, montre les forces de sécurité iraniennes utilisant des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants au bazar de Téhéran. (Fichier/AFP)
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  • L'Iran ne reconnaissant pas la double nationalité et traitant les citoyens américains et iraniens ayant une double nationalité uniquement comme des ressortissants iraniens, le fait de montrer des liens avec les États-Unis pourrait conduire à la détention
  • Il a été conseillé aux citoyens américains de quitter le pays par voie terrestre, notamment via l'Arménie ou la Turquie, s'ils peuvent le faire en toute sécurité

DUBAI: L'aide à l'alerte qui montre des liens avec les États-Unis peut conduire à la détention.
Les États-Unis ont demandé à leurs ressortissants en Iran de quitter le pays immédiatement, dans un contexte d'escalade des troubles.

"Quittez l'Iran maintenant", a déclaré l'ambassade virtuelle de Téhéran, gérée par le département d'État, dans une alerte de sécurité diffusée lundi, invitant les Américains à planifier leur départ sans l'aide du gouvernement américain.

L'alerte fait état d'une escalade des manifestations, d'un risque de violence, d'arrestations, de perturbations de l'Internet et d'un renforcement des mesures de sécurité.

L'Iran ne reconnaissant pas la double nationalité et traitant les citoyens américains et iraniens ayant une double nationalité uniquement comme des ressortissants iraniens, le fait de montrer des liens avec les États-Unis pourrait conduire à la détention.

Il a été conseillé aux citoyens américains de quitter le pays par voie terrestre, notamment via l'Arménie ou la Turquie, s'ils peuvent le faire en toute sécurité. Ceux qui ne sont pas en mesure de partir ont été invités à rester dans des lieux sûrs, à éviter les manifestations, à faire profil bas et à s'assurer un accès à la nourriture, à l'eau et aux médicaments.

Les États-Unis n'ont pas de relations diplomatiques ou consulaires avec l'Iran. L'ambassade de Suisse à Téhéran joue le rôle de puissance protectrice des États-Unis en cas d'urgence.