A la veille du procès des accusés, Paris se souvient de l'horreur des attentats du 13 novembre 2015

Des policiers français montent la garde, Place de la République, à Paris, le 21 novembre 2015 alors que les gens se rassemblent pour rendre hommage aux victimes des attentats terroristes du 13 novembre. (AFP)
Des policiers français montent la garde, Place de la République, à Paris, le 21 novembre 2015 alors que les gens se rassemblent pour rendre hommage aux victimes des attentats terroristes du 13 novembre. (AFP)
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Publié le Dimanche 05 septembre 2021

A la veille du procès des accusés, Paris se souvient de l'horreur des attentats du 13 novembre 2015

  • Tenir un procès de cette ampleur jusqu'à son terme - prévu le 25 mai 2022 - constitue un défi inédit pour l'institution judiciaire
  • Ce procès sera le deuxième en matière de terrorisme à être intégralement filmé au titre des archives audiovisuelles de la justice, après celui des attentats contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher

PARIS: Le soir du 13 novembre 2015; une date qui reste gravée dans la mémoire de tous ceux qui ont vécu cette journée noire. Des commandos djihadistes font 130 morts et 350 blessés à l'extérieur du Stade de France près de Paris et sur des terrasses de la capitale. Après les explosions et le carnage, le pire reste à venir : l’attaque du Bataclan, où 1 500 personnes assistent au concert des Eagles of Death Metal. Le procès hors-norme des attentats du 13-Novembre s'ouvre à Paris à partir du 8 septembre. Dans les couloirs de la cour d’appel de Paris, nombre de magistrats le surnomment déjà le «procès du siècle». Il sera le deuxième en matière de terrorisme à être intégralement filmé au titre des archives audiovisuelles de la justice, après celui des attentats contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher. 

La France, déjà secouée par les attentats au mois de janvier précédent contre le journal satirique Charlie Hebdo et un magasin Hyper Cacher, vit, ce jour-là, ses plus sanglantes attaques depuis la Seconde Guerre mondiale. Elles ont été revendiquées par l'Etat islamique.

Trois djihadistes pénètrent la mythique salle parisienne de concerts et spectacles du Bataclan peu avant 21 h 50. Ils vont tuer 90 personnes jusqu’à l’intervention de la BRI. 

Six ans après les attentats djihadistes, la justice française replonge mercredi et pendant près de neuf mois dans l'horreur d'un carnage à Paris et en région parisienne qui fit 130 morts et plus de 350 blessés.

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Une photo prise le 2 septembre 2021 à Paris, montre une vue de la salle d'audience provisoire installée au Palais de Justice de Paris - Palais de justice de Paris, avant le procès des attentats de Paris du 13 novembre 2015 prévu le 8 septembre , 2021. (AFP)

 

Leurs trois fils étaient au Bataclan: plongée dans les souvenirs pour se préparer au procès

Maryline et Jacky Le Guen prendront la parole au procès des attentats du 13-Novembre, ils l'ont décidé avec leur avocate. Le couple livrera à la cour un de ces témoignages qui imposent le silence: celui de parents dont les trois fils étaient au Bataclan.

Aller à ce concert était une idée de Renaud, l'aîné de la fratrie, un fan de rock qui avait déjà vu les Eagles of Death Metal sur scène. Il a réuni ses frères, sa compagne, celle de son cadet. 

Renaud, 29 ans, n'a pas survécu à la tuerie.

Depuis le 13 novembre 2015, Maryline et Jacky Le Guen ont dû faire le deuil de leur aîné et aider leurs deux autres enfants, âgés alors de 15 et 25 ans, à se reconstruire. Et vivre, eux aussi. "On a voulu tout faire pour reprendre une vie normale", racontent-ils, avant de compléter l'un et l'autre: "Une vie normale entre guillemets". 

Le couple vit toujours dans le paisible pavillon de banlieue parisienne, tout en bois comme un chalet de montagne, où les enfants ont grandi.

Dans le jardin, on imagine les rires des frères lors des déjeuners dominicaux. Dans le salon, au-dessus de la télé, trône un poster avec des portraits de Renaud, et en fond, l'affiche du concert des Eagles of Death Metal.

Jacky compare sa situation à celle de "quelqu'un à qui on aurait amputé un membre": "Si on lui demande cinq ans après comment ça va, forcément, il va s'être adapté à son handicap. On s'adapte".

«Les enfants d'abord»
Il n'a pas eu de suivi psy. "On a essayé de faire passer nos enfants en priorité. Notre thérapie, c'était peut-être de nous occuper d'eux", confie le père. "Le traumatisme des enfants, c'est tellement angoissant", ajoute son épouse.

Lors de l'attaque du commando djihadiste, le petit groupe s'est retrouvé séparé. La compagne de Renaud s'est cachée dans un faux plafond. Celle de son frère cadet a réussi à s'échapper: c'est elle qui a prévenu, très tôt, Maryline et Jacky Le Guen.

Leurs appels sont restés sans réponse. "Pendant deux heures, nous avons cru que nos trois enfants étaient morts", raconte la mère. 

Leurs deux fils qui ont survécu étaient ensemble, au pied de la scène: ils sont restés allongés une heure et demie à faire les morts, à entendre les balles qui sifflaient. Le plus jeune est sorti couvert du sang du djihadiste qui s'est fait exploser sur scène. 

"Ils nous en ont parlé une seule fois. On leur a posé quelques questions, ils nous ont répondu", raconte Maryline. Il y a, depuis le drame, "un lien indéfectible entre eux", "ils sont restés soudés comme le soir du Bataclan, ils n'ont pas besoin de se parler pour se comprendre", explique leur mère.

Au nom de Renaud 
Maryline et Jacky n'ont jamais su où Renaud se trouvait dans la salle de concert. Il est mort quelques heures après l'attaque, à la Pitié-Salpêtrière. Il a été retrouvé par un proche de la famille qui a fait le tour des hôpitaux parisiens avec sa photo.

Une interne est venue voir la famille dans une petite salle au sous-sol de la Salpêtrière. "Elle nous a dit: +Renaud est probablement mort+. Je lui ai répondu: +Soit il est mort, soit il n'est pas mort, mais pas probablement+", raconte la mère de famille. Il n'avait pas sur lui de papier d'identité, seulement sa place de concert qui portait son nom. 

Si le couple Le Guen veut prendre la parole au procès, c'est en grande partie pour Renaud.

"Il y a les accusés, mais aussi des victimes. Beaucoup sont décédées. Il faut représenter Renaud", raconte Maryline. "Ça sera certainement une épreuve: cette solennité, des centaines de personnes... On va s'exprimer sur des choses intimes", se prépare Jacky. 

Les djihadistes du Bataclan, qui ont tué 90 personnes, sont morts. "S'ils avaient été dans le box, ça aurait changé beaucoup de choses. On les aurait regardés en se disant: +c'est peut-être lui qui a tué notre fils+". 

Au total, vingt personnes seront jugées à partir du 8 septembre. "A part Salah Abdeslam, je ne mémorise aucun nom. Je n'en ai pas envie. C'est certainement un blocage", racontent ensemble les époux.

Près de six ans après les faits, la cour d'assises spéciale de Paris doit juger à partir du 8 septembre vingt accusés, dont Salah Abdeslam, seul survivant du groupe ayant semé la mort ce soir-là.

Ce procès, hors norme par le nombre de parties civiles (près de 1 800), sa charge émotionnelle et sa durée, a nécessité deux ans de préparation et la construction d'une salle d'audience spéciale au sein du palais de justice de la capitale.

Tenir un procès de cette ampleur jusqu'à son terme - prévu le 25 mai 2022 - constitue un défi inédit pour l'institution judiciaire, particulièrement en temps de pandémie et de menace terroriste toujours élevée. 

Seule une partie - environ 300 - des proches de victimes et rescapés des attaques témoignera, entre fin septembre et fin octobre.

Peu après 21h le 13 novembre 2015, un "kamikaze" se fait exploser près du Stade de France, où se joue un match amical France-Allemagne. Puis au cœur de Paris, deux commandos de trois hommes mitraillent à l'arme de guerre des terrasses de bistrots et tirent sur les spectateurs d'un concert au Bataclan, où l'assaut sera donné peu après minuit.

Deux assaillants fuient, la traque s'organise. Elle durera cinq jours: Abdelhamid Abaaoud, un des jihadistes francophones les plus recherchés et chef opérationnel des attentats, et son complice sont tués le 18 novembre, lors de l'assaut de la police dans un immeuble de Saint-Denis où ils s'étaient retranchés. 

Alors que la France pleure ses morts, ferme ses frontières et décrète l'état d'urgence, une enquête tentaculaire commence, avec l'étroite collaboration de la justice belge.

Quatre années d'investigations ont permis de reconstituer une grande partie de la logistique des attentats, du parcours à travers l'Europe des membres des commandos, revenus de Syrie par la route des migrants, à leurs planques louées en Belgique et près de Paris.

L'enquête met au jour une cellule djihadiste bien plus importante derrière ces attaques, celle qui a également frappé l'aéroport et le métro de Bruxelles le 22 mars 2016, faisant 32 morts. 

Le monde entier assiste aux attentats les plus meurtriers sur le sol français et découvre les heures suivantes, sonnée, les détails d'une nuit d'horreur.

«Cette cicatrice qui nous unit»: l'amitié «évidente» de deux otages du Bataclan

Un moment d'humanité au milieu du carnage. Alors qu'ils étaient otages des djihadistes au Bataclan, David a pris la main d'un inconnu "en costard" et lui a soufflé "ça va aller". Née dans la terreur des attentats du 13 Novembre, leur amitié les a aidés à se reconstruire.

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Près de six ans après, Stéphane Toutlouyan et David Fritz Goeppinger parlent sans tabou de ces deux heures passées les armes pointées sur eux. L'un termine les phrases de l'autre. (AFP)

"Je me souviens de tes mots. Pour moi, on était morts. Je ne voyais pas comment ça pouvait bien se terminer. T'étais vraiment optimiste..."

Près de six ans après, Stéphane Toutlouyan et David Fritz Goeppinger parlent sans tabou de ces deux heures passées les armes pointées sur eux. L'un termine les phrases de l'autre. Ils se chambrent, plaisantent, se tapent sur l'épaule, redeviennent sérieux, graves.

"J'oscillais entre +on va s'en sortir+ et +on va tous crever+. Et je me suis demandé qui était ce mec venu en costard à un concert de rock. J'ai pensé: +si je meurs, ça serait con de ne pas le toucher+", raconte David.

Jusqu'à ce vendredi soir de 2015, les deux hommes n'avaient pourtant pas grand-chose en commun.

David était un jeune homme aux cheveux longs de 23 ans, arrivé du Chili enfant en France.Stéphane un informaticien de presque 50 ans, père de famille au crâne rasé. Seul leur goût du rock les avait réunis au Bataclan pour le concert des Eagles of Death Metal.

La soirée avait bien commencé. Jusqu'à ce que David, fan de jeux vidéos, reconnaisse "le son caractéristique du fusil d'assaut AK-47". Comme beaucoup, Stéphane, assis au balcon, a pensé à des pétards. "Puis j'ai commencé à réaliser ce qui se passait sous mes pieds".

Huis-clos 
Après la mort du premier djihadiste, tous les deux sont pris en otage avec dix autres personnes par les deux survivants du commando, bloqués dans un étroit couloir long de 10 m.

Trois otages sont placés derrière la porte, les autres devant les fenêtres. Leur rôle: surveiller la rue. "Si vous voyez quelque chose et que vous ne nous prévenez pas, on vous tire dessus et on vous jette par la fenêtre", leur lâchent les djihadistes. 

L'un des deux demande à David: "Qu'est-ce que tu penses de François Hollande ?" "Je n'en pense rien, je ne suis pas Français, je suis Chilien", lui répond-il. Stéphane sourit intérieurement et pense au père de son ex-compagne, un Chilien qui lui avait dit: "Où que tu sois, tu soulèves une pierre et tu trouves un Chilien".

Pendant deux heures, ils vivent avec la peur et la mort, les râles des blessés de la fosse, les appels à l'aide.

Enfin les négociations avec les policiers de la Brigade de recherche et d'intervention (BRI) démarrent. Puis c'est l'assaut. Aucun otage n'est gravement blessé: un djihadiste est abattu, l'autre se fait exploser. "L'assaut, c'est un miracle. Ils sont rentrés, ils ont fait leur job avec leur professionnalisme", salue David.

En sortant, les otages réalisent la gravité de l'attaque. Les policiers leur demandent de ne pas regarder la fosse mais ils ne peuvent pas s'empêcher de voir "les montagnes de corps". Quatre-vingt-dix personnes sont mortes au Bataclan.

«Une amitié évidente»
Les chemins des otages se séparent là, dans la nuit, devant la salle. "Mais rapidement, j'ai eu besoin de retrouver les autres, qui ont vécu la même chose que moi", raconte Stéphane. Il contacte David sur Facebook, deux semaines après ils vont boire un verre. 

"On ne se connaissait pas, mais on s'est fait une accolade, en mode +on l'a échappé belle+. On a commencé à recoller les pièces du puzzle", explique Stéphane. "Je ne savais pas comment parler de tout ça avec mes proches. Là, c'était plus simple". 

"Rapidement, on a eu l'impression de ne pas avoir à construire une relation, parce qu'elle était déjà là. Etre ami, c'était une évidence", poursuit David. "Si un jour ça ne va pas, que ce soit sur le 13-Novembre ou pas, j'appelle Stéphane".

Plusieurs des otages continuent de se voir au moins une fois par mois, comme une banale bande de potes.

"Ça a été un appui indispensable pour se reconstruire, qui a complété les séances de psy, plus impersonnelles. Entre nous, on n'a pas besoin de réexpliquer, on se comprend", dit Stéphane. 

David reprend les mots d'une autre amie ancienne otage: "Le soir du 13-Novembre, on s'est tellement serrés les coudes qu'on a du mal à se lâcher". Et il résume: il y a "cette cicatrice qui nous unit".

David Fritz Goeppinger et Stéphane Toutlouyan ont décidé d'assister au procès des attentats. "Ça va boucler la boucle", veut croire ce dernier. Le premier espère juste que la photo du couloir où leur vie n'a tenu qu'à un fil sera montrée à l'audience.

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Les commandos de la police française de la Brigade de recherche et d'intervention (BRI - Brigade de recherche et d'intervention) posent avec un bouclier anti-émeute criblé de balles à Paris le 17 novembre 2015, qui a été utilisé lors de l'assaut du Bataclan pendant le mois de novembre 13, 2015 attentat terroriste à Paris. (AFP)

Comment ont été préparés les attentats djihadistes du 13 novembre 2015

Un donneur d'ordre en zone irako-syrienne contrôlée par le groupe Etat islamique (EI), des commandos entraînés dans les camps jihadistes, une cellule dormante à Bruxelles... Les attentats perpétrés le 13 novembre 2015 en France ont été minutieusement préparés.

Les informations collectées par l'agence européenne de police Europol, l'unité européenne de coopération judiciaire Eurojust, la police française et plusieurs services de renseignement étrangers ont permis de dérouler l'écheveau de l'opération.

La route des migrants 

Dès le soir des attaques, des morceaux de faux passeports syriens sont découverts près des corps de deux des trois kamikazes du Stade de France. Ces deux hommes - de nationalité irakienne - sont entrés en Europe par l'île grecque de Leros le 3 octobre 2015 et faisaient partie d'un groupe de 198 migrants illégaux. 

Dans ce même groupe de migrants, la police repère ensuite Adel Haddadi, de nationalité algérienne, et Muhammad Usman, un Pakistanais, brièvement incarcérés à leur arrivée en Grèce.

Tous deux sont interpellés dans un foyer pour migrants en Autriche en vertu d'un mandat d'arrêt européen délivré le 10 décembre 2015. Interrogés, ils reconnaissent avoir été envoyés en mission-suicide en France par le groupe État islamique. 

À la faveur de leurs investigations, les enquêteurs découvrent que la plupart des membres du commando djihadiste sont arrivés de Syrie en Europe en se faisant passer pour des réfugiés. 

Leur parcours est souvent le même. Avec de faux passeports syriens, ils arrivent en Grèce, traversent avec des voitures de location la Hongrie, l'Autriche et l'Allemagne ou passent par les Balkans, avant de rejoindre la Belgique.

La Copex 

Utiliser "la route des migrants" pour rejoindre l'Europe est une idée de la cellule des opérations extérieures (Copex) de l'EI, dédiée à la perpétration d'attentats en Europe.

La Copex a été créée en juin 2014. Chapeautée par le numéro 2 de l'organisation, Abou Mohammad Al-Adnani, elle est dirigée par le Belgo-Marocain Oussama Atar dit "Abou Ahmad al-Iraki".

En septembre 2014, pour répondre à la coalition militaire internationale et aux frappes aériennes occidentales sur les implantations et les troupes de l'EI, Abou Mohammad Al-Adnani a appelé les musulmans à réagir face aux "croisés" et leurs alliés. 

La France fait l'objet d'une vindicte particulière: "si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen - en particulier les méchants et sales Français - alors comptez sur Allah et tuez-le de n'importe quelle manière", exhorte-t-il. "Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec sa voiture, jetez-le d'un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le".

"Ce discours était fondateur d'une nouvelle stratégie visant à porter le combat contre les +mécréants+ sur leur propre sol et singulièrement en France, avec l'objectif avoué d'y répandre la terreur", analysent les enquêteurs français.

Plusieurs individus, agissant seuls ou en petits groupes, radicalisés et fascinés par la propagande de l'organisation jihadiste, ont répondu à ces appels au meurtre en commettant des attentats sanglants en France, souvent ensuite revendiqués par l'EI. 

Oussama Atar est considéré par les enquêteurs français comme l'ordonnateur de ceux du 13-Novembre. 

Jamais interpellé, il aurait été tué par une frappe de la coalition en zone irako-syrienne en novembre 2017. Il sera toutefois jugé en son absence par la cour d'assises spéciale de Paris.

Plusieurs membres de la Copex étaient français ou belges, "ce qui est logique, puisque les dirigeants de l'organisation avaient publiquement fait de la France leur cible prioritaire", ont noté les enquêteurs.

La logistique belge 

En Syrie dès 2003 puis en Irak à partir de 2004, où il affronte les troupes américaines avec les combattants jihadistes à Falloujah, Oussama Atar est arrêté par les Américains en février 2005. 

Condamné à vingt ans de prison par un tribunal irakien pour entrée illégale dans le pays, il fait la connaissance en prison d'Abou Mohammed Al-Adnani, le futur numéro 2 de l'EI (tué dans une frappe américaine le 30 août 2016). 

Oussama Atar est libéré en septembre 2012 pour raisons de santé et rentre en Belgique, avant de repartir en Syrie en décembre 2013. 

Lors de son séjour en Belgique, il est soupçonné d'avoir joué un "rôle majeur" dans la radicalisation de ses cousins Ibrahim et Khalid Bakraoui, tous deux incarcérés pour des braquages.

Libéré de prison en janvier 2014, Khalid Bakraoui se rend brièvement en Syrie en novembre de la même année. Revenu en Belgique en décembre, il met en place des planques et un réseau logistique à Molenbeek, une commune de Bruxelles.

Nombre de djihadistes impliqués dans les attentats du 13 novembre y transiteront avant de passer à l'action. 

Parmi eux, Abdelhamid Abaaoud dit "Abou Omar Al-Belgiki", commanditaire présumé de plusieurs attentats en Europe (dont l'attaque du Thalys) et considéré comme le chef opérationnel des commandos du Stade de France, près de Paris, des terrasses et de la salle de spectacles le Bataclan, dans la capitale.

Leurs membres venus de Syrie arriveront en Belgique à partir de la fin août 2015. Munis de fausses cartes d'identité belges, ils y resteront cachés dans ces planques louées par les frères Bakraoui.

La période août - novembre sera mise à profit par les jihadistes "pour acquérir les produits nécessaires à la fabrication du TATP (peroxyde d'acétone, un explosif fabriqué à base de produits vendus dans le commerce, ndlr) et très vraisemblablement se procurer les fusils d'assaut utilisés le 13 novembre 2015", estiment les enquêteurs. 

Les séjours en Syrie

Les jihadistes prêts à frapper en Europe sont pour la plupart des combattants confirmés. 

Presque tous les membres du commando parisien ont fait partie des plus expérimentées "katibat", les "brigades d'élite" de l'EI.

Ils ont été soumis à une solide formation militaire et à une formation idéologique intensive. Ainsi, le Français Bilal Hadfi, un des trois kamikazes de Saint-Denis, avait reçu une formation spéciale sur la fabrication de ceintures explosives.

Leur cruauté est sans limite. Dans une vidéo de propagande diffusée en janvier 2016 mais tournée avant les attentats, on voit sept des neuf membres des trois commandos exécuter des prisonniers non identifiés par décapitation ou par arme à feu. On les entend légitimer leurs futurs attentats en France.

Selon les services de renseignement, "ce crime de sang, commis par chacun des protagonistes, constituait la dernière validation permettant à l'organisation de s'assurer de sa fiabilité et de son engagement". 

Une fois en Europe, les jihadistes restent en liaison avec leur "émir" via des messageries chiffrées.

L'Irakien se faisant appeler Ahmad Al-Mohammad (qui s'est fait exploser devant le Stade de France) était porteur du numéro de téléphone turc d'Oussama Atar

13-Novembre: «l'attente monstrueuse» de la mère d'une victime du Bataclan

Sa fille unique, fauchée à 23 ans au Bataclan le 13 novembre 2015, n'a été identifiée que quatre jours plus tard: au procès de ces attentats jihadistes, Véronique témoignera de son "attente monstrueuse" et de sa "quête" sans fin pour obtenir des réponses.

Cette nuit tragique il y a près de six ans, Véronique est réveillée par les sonneries de son téléphone. Un message la prévient que sa fille Claire a été blessée au Bataclan.

"Son petit ami est arrivé vers 5h00 et m'a dit qu'elle était touchée à la cuisse et qu'il n'avait pas pu l'extraire car il y avait trop de corps par terre (...) qu'il l'avait laissée près de la porte pour que les services de secours la trouvent tout de suite", relate cette assistante de direction de 61 ans, qui ne souhaite pas donner son patronyme. 

"On l'a cherchée partout. On a téléphoné 10 000 fois, on nous a dit qu'on nous rappelait 50 000 fois", confie Véronique, les yeux rougis derrière ses lunettes. Elle était alors "persuadée que Claire était à l'hôpital quelque part et qu'on allait la retrouver". 

Au téléphone, elle ne cesse alors de "décrire (sa) fille physiquement, tous les détails y compris ses vêtements, comment elle était coiffée", sa taille, son poids, où elle se trouvait dans la salle du Bataclan. 

Avec l'une de ses soeurs, Véronique fait la tournée des hôpitaux, même ceux de province car elles avaient appris "que des victimes étaient parties jusqu'à Rouen".

A l'Ecole militaire, où les autorités ont mis en place un accueil pour les familles, elle "(s')écroule" après trois jours de vaines recherches quand "un officiel" répond par la négative à sa question: "Est-ce qu'il y a encore des gens dans le coma qui n'ont pas été identifiés ?"

Ce n'est que "le mardi soir", le 17 novembre 2015, que Véronique apprend officiellement le décès de Claire.

Pendant tout ce temps, sa fille était à l'Institut médico-légal (IML), arrivée "comme X pouvant être mademoiselle machin", un "problème d'identification" peut-être lié à la carte de transports d'une autre jeune femme retrouvée dans ses affaires. 

A l'IML, on lui accordera "sept minutes" pour reconnaître le corps.  

«Manquements» 
Véronique a pris des congés sans solde jusqu'à la fin de l'année pour être "sûre" d'assister au moins aux premiers mois du procès des attentats du 13-Novembre, "déterminée" à y témoigner. 

"Il y a quelque chose de vital à se saisir de ce moment unique" pour parler de Claire, "une battante" qui vivait sa passion du rock "à fond", de son double cursus en commerce et philosophie et du premier CDD qu'elle venait juste de décrocher.

A la barre, Véronique veut aussi évoquer "cette attente monstrueuse", les "appels infructueux" et les fausses "promesses" qu'on allait la "tenir informée en une heure", mais aussi son "énorme quête" pour "connaître les circonstances exactes" du décès de sa fille.  

A-t-elle souffert et "à quelle heure son coeur s'est arrêté ?" Insatisfaite du premier rapport d'examen médico-balistique de sa fille, Véronique a demandé que soit ordonné un rapport complémentaire... qui ne lui donnera pas plus de réponses.

Elle a aussi sollicité le directeur de l'IML et les secrétaires d'Etat chargés de l'aide aux victimes successifs, détaillant son parcours et s'élevant contre les "manquements" dans la prise en charge. 

"Depuis, ils ont travaillé", notamment "sur l'annonce du décès aux familles", reconnaît Véronique. Mais il lui est toujours "impossible d'accepter que la France, en plein Paris, ait été dans une pagaille aussi totale sous prétexte qu'on n'avait pas connu ça depuis la Seconde guerre mondiale".

Le procès, qui s'ouvre le 8 septembre, Véronique ne le "(voit) pas trop comme une étape, mais comme un but", sans trop d'appréhension.

"Je me prépare à être déçue, pas déçue de la justice car je n'attends rien sur les peines, mais déçue parce que mes attentes ne correspondent pas à ce procès".  

Stade de France

Ce vendredi soir, François Hollande assiste au stade de France à Saint-Denis (nord de Paris) à une rencontre amicale de football entre la France et l'Allemagne. Peu avant 21H20, une forte détonation fait sursauter le chef de l'Etat et les 80 000 spectateurs. 

Quatre minutes plus tard, la deuxième détonation ne laisse plus de doute à l'exécutif quant au caractère terroriste de l'attaque: trois kamikazes se sont faits exploser aux portes du stade et, près de là, un chauffeur de car a aussi été tué.

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Le 13 novembre 2015, le président français François Hollande (C) et le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier (D) assistent à à une rencontre amicale de football entre la France et l'Allemagne au Stade de France stade de Saint-Denis. (AFP)

Le président Hollande est évacué discrètement, mais fait continuer le match pour ne pas déclencher de mouvement de panique chez les spectateurs confinés un long temps dans le stade. "C'est une horreur", dira-t-il quelques heures plus tard d'une voix blanche en s'adressant sur les ondes aux Français.

Les terrasses parisiennes

Pendant ce temps, un autre commando de trois hommes circulant en voiture mitraille en effet des terrasses, bondées en cette douce soirée automnale, des Xe et XIe arrondissements (est) de Paris, tuant 39 personnes en une demi-heure.

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Des clients sont assis à la terrasse de 'La Bonne Bière' à Paris le 3 septembre 2021 où des djihadistes ont attaqué le 13 novembre 2015. (AFP)

Le restaurant Le Petit Cambodge et le bar Le Carillon, près du canal Saint-Martin, sont les premiers visés à 21h25, puis le bar A la Bonne bière, la pizzeria Casa Nostra et le bistrot La Belle équipe. Un des assaillants finit par se faire exploser au café Comptoir Voltaire, faisant plusieurs blessés.

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La brasserie Le Comptoir Voltaire près de la place de la Nation dans l'est parisien, le jour de sa réouverture le 16 décembre 2015, un mois après les attentats du 13 novembre. (AFP)

 

Le Bataclan

A 2 kilomètres de là, dans la salle de concerts le Bataclan, le groupe de rock californien Eagles of Death Metal se produit devant 1 500 personnes enthousiastes. 

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La plaque commémorative à l'entrée du Bataclan à Paris le 13 novembre 2018, lors d'une cérémonie organisée pour les victimes des attentats de Paris de novembre 2015. (AFP)

Il joue le morceau "Kiss the devil" ("Embrasse le diable") lorsqu'un troisième commando fait irruption, à 21h40, et commence à tirer sur le public. Le carnage, qui durera plus de trois heures, fera 90 morts. 

Peu avant 22h00, un commissaire de police entre dans la salle, abat un assaillant dont la ceinture explose. 

Les deux autres djihadistes retiennent alors une douzaine d'otages à l'étage. 

Les deux preneurs d'otages meurent lorsque les forces d'élite donnent finalement l'assaut à 00h18, l'un deux en actionnant sa ceinture d'explosifs. 

13-Novembre: comment sont indemnisées les victimes de terrorisme ?

Près de 2 600 victimes directes et indirectes des attentats du 13 novembre 2015 ont été identifiées et la majorité d'entre elles ont été indemnisées en réparation des préjudices subis. Mode d'emploi de l'indemnisation des victimes d'actes de terrorisme.

Qu'est-ce qu'une victime de terrorisme ?

Le droit distingue la victime directe, qui a personnellement subi un dommage en lien direct avec l'acte de terrorisme, et la victime indirecte, un proche ou ayant-droit.

Depuis 1986, un fonds spécial, le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions (FGTI), prend en charge, au nom de la solidarité nationale, l'indemnisation des préjudices physiques et psychiques des victimes.

Le FGTI est financé par une "contribution solidaire" prélevée sur chacun des contrats d'assurance de biens signés en France.

Il indemnise les victimes d'actes de terrorisme survenus en France, quelle que soit leur nationalité, et les victimes françaises de terrorisme à l'étranger.

Comment indemnise-t-on les victimes ?

En France, l'indemnisation repose sur une approche individualisée et non sur une procédure automatique forfaitisée comme dans d'autres pays. L'indemnisation tient compte du retentissement particulier de l'attentat pour chaque victime, au plan personnel (blessures physiques et psychiques) et au plan économique.

"L'idée est d'indemniser au plus près des séquelles et des atteintes subies", explique Julien Rencki, le directeur général du Fonds. "La procédure peut apparaître longue, avec parfois le sentiment pour la victime de devoir justifier de ses préjudices. L'indemnisation ne sera jamais à la hauteur des traumatismes vécus".

La procédure repose notamment sur un médecin indépendant, expert dans l'évaluation des dommages corporels.

Quand ce médecin juge l'état de santé stabilisé, l'état de la victime peut être évalué. "Lors de sa rencontre avec le médecin expert, la victime est accompagnée par un médecin de son choix. Sur la base de ce rapport, les chargés d'indemnisation du Fonds de garantie formulent l'offre d'indemnisation définitive", explique Julien Rencki.

Toute victime directement visée par l'attentat bénéficie du préjudice exceptionnel spécifique des victimes de terrorisme de 30 000 euros. L'indemnisation totale peut dépasser plusieurs millions d'euros. 

Combien de victimes indemnisées ?

Le Fonds a indemnisé plus de 6 300 personnes (4 533 victimes directes, 1 791 proches de victimes) au titre d'actes terroristes commis en France ou à l'étranger depuis 2015.

Les attentats de masse du 13-Novembre à Paris et Saint-Denis et ceux du 14 juillet 2016 à Nice, qui ont causé au total la mort de 216 personnes, ont généré la prise en charge de plus de 5.000 victimes (2.593 pour le 13-Novembre).

Le FGTI a émis une offre d'indemnisation définitive à 2.334 victimes du 13-Novembre, selon des chiffres de mai dernier. Pour plus de 1 600 personnes, la procédure d'indemnisation est terminée. 

Selon ses chiffres d'activité 2020, le Fonds a versé 126,7 millions d'euros aux victimes du 13-Novembre.

Environ 700 victimes n'ont pas accepté l'offre. 

Quels sont les recours possibles ?

Les victimes rejetant la proposition du Fonds peuvent saisir un médiateur indépendant pour toute contestation qui ne concerne pas le montant de l'offre, ou la juridiction d'indemnisation des victimes d'actes de terrorisme (Jivat).

Au 30 juin, la Jivat était saisie de 203 dossiers, essentiellement liés aux attentats du 13-Novembre et de Nice.

"Ce n'est pas énorme. Cela veut dire que le Fonds de garantie trouve un accord avec les victimes dans 90 à 95% des cas", se réjouit le président de la Jivat, Jean-Paul Besson.

Pour Nice, un certain nombre de recours émanaient de personnes auxquelles on a refusé la qualité de victime. Si 30 000 personnes étaient présentes sur la promenade des Anglais le 14 juillet 2016, seules celles ayant été sur la trajectoire du camion ont été reconnues comme victimes, explique M. Besson.

De même, pour les personnes se trouvant sur les terrasses le 13-Novembre, la juridiction a distingué celles directement visées par les tirs et celles "qui ont vu mais n'ont pas risqué leur vie".

Les neuf magistrats de la Jivat, tous spécialistes de la réparation du préjudice corporel, "apprécient au cas par cas", souligne Jean-Paul Besson.

Chaque affaire est examinée lors d'audiences collégiales se tenant tous les quinze jours au tribunal judiciaire de Paris.

Depuis sa mise en place en juin 2019, la juridiction a rendu 64 jugements au fond et alloué plus de 9 millions d'euros aux victimes d'actes de terrorisme. 

Ex-fêtard devenu le détenu le plus surveillé de France

Salah Abdeslam, djihadiste sur le tard et unique survivant des commandos du 13 novembre 2015 en France: Il est "le dixième homme", l'unique survivant des commandos des attentats du 13 novembre 2015 en France, celui vers qui tous les regards se tourneront au procès des attentats qui s'ouvre en septembre à Paris. Le Franco-Marocain Salah Abdeslam est un ancien petit délinquant et gros fêtard devenu djihadiste sur le tard.

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C'est Salah Abdeslam, qui a abandonné sa ceinture explosive et attend de se faire exfiltrer vers sa Belgique natale. (AFP)

Nuit du 13 au 14 novembre 2015, dans une cage d'escaliers de banlieue parisienne. Deux adolescents qui traînent sont rejoints par un jeune homme, qui finit son hamburger et leur propose le reste de ses frites. L'accent belge, une parka, du gel dans ses cheveux noirs, "l'air bien fatigué" et dans un état second.

C'est Salah Abdeslam, qui a abandonné sa ceinture explosive et attend de se faire exfiltrer vers sa Belgique natale. 

Il discute de tout et de rien, de sa fiancée avec qui il "va bientôt se marier". Il regarde par-dessus leur épaule une vidéo sur le massacre qui vient d'avoir lieu au Bataclan. Ces attentats, "c'est pas humain", commente-t-il.

Bientôt, sa photo et son avis de recherche seront partout.

Quelques heures plus tôt, il dépose trois "kamikazes" au Stade de France. Avant cela il avait fait des allers-retours en Europe pour aller chercher les commandos de djihadistes, acheté du matériel pour les explosifs, loué des planques et les voitures du "convoi de la mort" - son expression - qui prendra la route pour Paris. 

A Molenbeek, la commune de Bruxelles où il a grandi dans une famille de cinq enfants, et où il a finalement été arrêté en mars 2016 après quatre mois de cavale, le Franco-Marocain, 31 ans aujourd'hui, n'avait pourtant pas laissé l'image d'un djihadiste en devenir.

Son profil était plutôt celui d'un petit délinquant, condamné une dizaine de fois pour délits routiers, violences ou une tentative de cambriolage en 2010 avec un ami d'enfance: Abdelhamid Abaaoud, le futur coordinateur des attentats du 13-Novembre. Ensemble, ils ont fait les "400 coups", diront des proches.

Gros fêtard, buveur, fumeur, accro aux casinos, Abdeslam est coquet, a souvent "des copines". Il ne travaille pas, traîne dans les cafés, notamment celui de son frère aîné Brahim - futur tueur des terrasses parisiennes. Un "café de fumeurs de joints", selon les voisins. 

Il lui arrive de prier, mais pas aux bonnes heures. Dès la fin 2014 pourtant, il commence à parler de la Syrie, propose à sa fiancée d'y aller. Elle ne le prend pas au sérieux: il a passé "les trois quarts de sa vie" en boîte de nuit, dira-t-elle aux enquêteurs.

Mais des proches remarquent que les frères Abdeslam entrent dans un "trip Etat islamique". Ils arrêtent de boire, s'intéressent à la religion. Dans le bar que tient Brahim, on se regroupe maintenant pour regarder des vidéos jihadistes de prêche et d'"appels à la guerre".

En janvier 2015, Salah Abdeslam est signalé pour des velléités de départ. En février il est convoqué au commissariat pour parler d'Abdelhamid Abaaoud, parti en Syrie. "Un chouette gars", dit-il, assurant l'avoir perdu de vue.

«Finir le travail»

Quelques jours avant le 13-Novembre - ses proches le croient au ski - il dîne une dernière fois avec sa fiancée, pleure énormément, dira-t-elle.

Sa mission exacte reste une énigme. Il n'en a parlé qu'une fois, juste après son arrestation. "Je voulais me faire exploser au Stade de France", "j'ai fait marche arrière". 

Les enquêteurs estiment plutôt qu'il n'a pas réussi - les expertises ont montré que sa ceinture explosive était défectueuse.

Dans une lettre exhumée pendant l'enquête qui lui est attribuée, il écrira: "j'aurais voulu être parmi les martyrs (...) J'aimerais juste pour l'avenir être mieux équipé", assurant être prêt à "finir le travail".

Un profil d'islamiste convaincu qu'il a montré à son procès en Belgique en 2018, pour sa participation à une fusillade avec des policiers trois jours avant son arrestation. Il a d'emblée contesté la légitimité de ses juges, affirmant "placer (sa) confiance en Allah et c'est tout". Il a été condamné à vingt ans de prison.

Incarcéré en France en avril 2016, il est resté quasi-mutique depuis. Une seule fois, face aux juges d'instruction, il s'est lancé dans une tirade religieuse justifiant les attaques.

Abdelhamid Abaaoud, tueur des terrasses et coordinateur des attentats du 13 novembre

Abdelhamid Abaaoud s'était fait connaître en paradant sur une vidéo où il tractait des cadavres de "mécréants" en Syrie. Abdelhamid Abaaoud, coordinateur des attentats jihadistes du 13 novembre 2015 en France et tireur des terrasses avant d'être tué, était un ancien délinquant devenu émir du groupe Etat islamique (EI).

Dans l'extrait diffusé à la télévision française début 2014, Abdelhamid Abaaoud, 27 ans à l'époque, des boucles de cheveux noirs sous un chapeau afghan, petite barbe, est au volant d'un 4x4 auquel sont accrochés les corps de rebelles syriens. "Avant on tractait des jet-skis, des quads, des motocross", déclame tout sourire "Abu Omar al-Belgiki", dans ce reportage sur la "brigade des immigrés" de l'EI, composée de jihadistes français et belges.

Troisième d'une famille de six enfants, Belge d'origine marocaine, il a grandi à Molenbeek, une commune de l'agglomération bruxelloise, où son père tenait un commerce.

Parmi ses amis d'enfance, on retrouve Salah Abdeslam, le seul membre encore en vie des commandos du 13-Novembre, jugé à partir du 8 septembre dans le procès des attentats parisiens. Il compte aussi parmi ses voisins Mohamed Abrini, "l'homme au chapeau" des attentats de Bruxelles, qui comparaîtra également devant les assises de Paris.

Copains de délinquance, Abdelhamid Abaaoud et Salah Abdeslam font les "400 coups" à deux, diront des proches. Ils seront notamment condamnés ensemble pour une tentative de cambriolage en 2010.

Entre ses 22 et ses 28 ans, Abdelhamid Abaaoud a cumulé dix-huit condamnations pour des délits de droit commun.

C'est en prison qu'il se serait radicalisé, courant 2012. A sa sortie, ses proches remarquent qu'il s'habille différemment, se laisse pousser la barbe, se met à pratiquer la religion rigoureusement et montre de la sympathie pour les jihadistes. Il part alors en Egypte étudier l'arabe et le Coran. 

En 2013, il se rend pour la première fois en Syrie, pour quelques mois. De retour en Belgique, il vend sa voiture, des parts d'un commerce de vêtements monté avec un ami, récupère de l'argent issu de braquages ou de vols et repart en Syrie début 2014, cette fois avec son frère de 13 ans enlevé à la sortie de l'école. 

 Ses proches préviendront la police, son père portera plainte. Il sera condamné en juillet 2015 par défaut à Bruxelles à vingt ans de prison pour ce séjour et l'enlèvement. Le petit frère serait mort en Syrie.

Sur place, Abdelhamid Abaaoud prend vite du galon et devient un "émir" au sein du comité des opérations extérieures de l'EI, chargé du recrutement et de la formation express de combattants européens et binationaux.

"Son rôle est de chercher les meilleurs potentiels pour les renvoyer en Europe. Il faut des profils lisses, indétectables", avait décrypté un enquêteur au procès à Paris de l'une de ses recrues, Reda Hame.

Début 2015, Abdelhamid Abaaoud coordonne à distance la cellule djihadiste de Verviers (Belgique), démantelée in extremis par les autorités belges averties d'un projet d'attentat imminent. 

Interrogé à l'époque dans ce dossier, Salah Abdeslam l'avait décrit comme "un bon ami", "un chouette gars", qu'il connaît depuis plus de dix ans. "En dehors du jihad, c'est quelqu'un de bien".

Le patronyme Abaaoud se retrouvera ensuite dans tous les dossiers d'attentats ou projets avortés de cette période, imaginés en Syrie et coordonnés par ses soins. 

De Verviers à l'attentat avorté contre une église de Villejuif (région parisienne) ou l'attaque déjouée par des passagers à bord du train Thalys en août 2015, avant le 13-Novembre, puis quelques mois plus tard les attentats de Bruxelles en mars 2016.

Arrêté à Paris en août 2015, Reda Hame a raconté aux enquêteurs comment Abdelhamid Abaaoud l'avait formé au maniement des armes en quelques jours en Syrie. "Il m'a demandé si ça m'intéressait de partir à l'étranger. Il m'a dit par exemple, imagine un concert de rock dans un pays européen, si on te passe de quoi t'armer, est-ce que tu serais prêt à tirer dans la foule ?".

Devenu une cible prioritaire des services antiterroristes européens, Abdelhamid Abaaoud parvient toutefois à échapper à leur vigilance. Avec une autre de ses recrues, le futur tireur du Thalys Ayoub El Khazzani, il remonte la route des Balkans jusqu'en Belgique en se faisant passer pour un migrant.

 "Il est comme un poulpe, il s'adapte, il sait comment vous parler", disait de lui ce dernier à son procès en décembre.

Le 13 novembre 2015 au soir, alors que tous les services de renseignement le croient en Syrie, le chef de l'opération prend place, vêtu de noir, chaussures orange aux pieds, dans la voiture du commando des terrasses parisiennes.

Il sera tué quelques jours plus tard dans l'assaut, donné par l'unité d'élite de la police française, de l'appartement de Saint-Denis où il s'était réfugié avec sa cousine et un autre membre du commando. 

Mohamed Abrini, ami d'Abdeslam et soutien clé des attentats du 13-Novembre 

Mohamed Abrini a grandi dans le quartier bruxellois de Molenbeek et était connu de la justice belge depuis son adolescence pour des délits et des séjours en prison. Il a basculé dans l'islamisme radical en 2014, après la mort de son frère parti combattre en Syrie.

Ce Belgo-Marocain, né en 1984, compte parmi les vingt accusés du procès des attentats du 13 novembre 2015 (130 morts) qui s'ouvre le 8 septembre à Paris.

Il lui est reproché d'avoir accompagné en région parisienne les commandos djihadistes, véhiculant notamment son ami Salah Abdeslam. Cet homme de 36 ans est aussi accusé d'avoir participé au financement de l'opération en récupérant de l'argent en juillet 2015 à Birmingham (Angleterre), après un séjour en Syrie.

Après le 13 novembre, il a continué d'avoir un rôle actif dans la cellule franco-belge qui a perpétré les attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles (32 morts), revendiqués eux aussi par le groupe Etat islamique (EI).

Ce matin-là, il accompagne les "kamikazes" à l'aéroport de Zaventem. L'image de "l'homme au chapeau" poussant un chariot à bagages chargé d'explosifs a fait le tour du monde. Mais, il renonce in extremis à passer à l'action et s'enfuit à pied.

Arrêté le 8 avril 2016 dans l'agglomération bruxelloise, Mohamed Abrini s'est très peu livré lors de l'instruction, minimisant son implication.

"J'étais planqué avec eux, mais c'est tout", déclare-t-il aux enquêteurs à propos des jihadistes du 22 mars, niant avoir participé à la confection des explosifs.

Présenté comme l'un des logisticiens du 13-Novembre, qui a laissé son ADN dans plusieurs planques, il a simplement concédé avoir récupéré la somme de 3 000 livres (3 500 euros) à Birmingham, d’après une audition de fin avril 2016.

Il dit avoir agi sur instruction d'Abdelhamid Abaaoud, le coordinateur présumé, tué dans un assaut policier près de Paris cinq jours après les attaques.

Né le 27 décembre 1984, Mohamed Abrini a grandi dans une famille de six enfants à Molenbeek, commune de la capitale belge, qui compte parmi les plus pauvres du pays et est pointée du doigt après les attentats comme un repaire de jihadistes.

Il y fréquente les frères Abdeslam qui sont quasiment ses voisins.

Fêtard et influençable 
Adolescent rebelle à l'autorité, fêtard et influençable, il arrête l'école avant la fin du secondaire et vit de petits boulots, notamment dans une boulangerie, ce qui lui vaudra le surnom de "Brioche". 

Après une première condamnation à l'âge de 17 ans, son casier judiciaire va s'étoffer rapidement dans les années 2000.
La justice belge a recensé "au moins sept condamnations pour des vols, parfois vol avec violence ou vol avec effraction, et cinq autres pour des infractions au code de la route", selon une source proche du dossier.

Pour ce récidiviste, les séjours en prison s'enchaînent. L'un d'eux, en 2014, est lié au non-respect d'une libération conditionnelle. "On lui interdisait de fréquenter des gens condamnés, quand tu es Molenbeekois, c'est impossible", explique à l'AFP son avocat belge, Me Stanislas Eskenazi.

C'est l'époque où la guerre fait rage en Syrie. Les départs de jeunes combattants belges se multiplient et Mohamed Abrini voit partir son frère Souleymane, de neuf ans son cadet, enrôlé par Abdelhamid Abaaoud, lui aussi Molenbeekois. 

Le décès sur place de Souleymane à la fin de l'été 2014 sera "un choc énorme" qui convaincra Mohamed de se rendre lui aussi en zone de guerre l'année suivante, selon Me Eskenazi.

Dès le début de l'enquête, Mohamed Abrini assure qu'il s'y est rendu pour se recueillir sur la tombe de son frère. "Je n'ai reçu aucune mission en rapport avec l'EI", assure-t-il.

Ce voyage à l'été 2015 répondait aussi à un besoin spirituel, soutient-il : avant de partir, "J'ai commencé à faire ma prière, j'ai lu des livres religieux pour apprendre ma religion". Ce départ en Syrie lui vaut d'être fiché comme "radicalisé" par les autorités belges.

Hasna Aït Boulahcen, de la boîte de nuit au djihadisme 
Présentée un temps comme la première femme kamikaze en France, Hasna Aït Boulahcen est morte lors de l'assaut de l'unité d'élite de la police à Saint-Denis avec son cousin d'Abdelhamid Abaaoud, cerveau des attentats du 13-Novembre. 

Dans la cité des 3 000 à Aulnay-sous-Bois (région parisienne), où vit sa mère, on se souvient d'elle. "Hasna, c'était une fofolle, elle aimait bien faire la fête", raconte Safia* (nom d'emprunt), une amie d'enfance. "On aimait bien délirer aux Champs (-Élysées)", poursuit la jeune femme.

Près de six ans après les pires attentats jamais commis en France, qui ont fait 130 morts en novembre 2015, le souvenir reste intact pour Safia. Lorsque cette mère de famille a vu la photo de son amie sur toutes les chaînes de télévision, c'était "l'incompréhension".

"Hasna c'était une naïve. Elle s'est fait embobiner par son cousin", explique la jeune femme. Mais dans la cité, on avait noté le changement. Depuis le retour d'un voyage au Maroc à l'été 2015, la jeune brune filiforme avait troqué sa minijupe et son chapeau de cowboy pour un niqab (voile intégral), explique un voisin. 

A qui voulait l'entendre, la jeune femme affirmait qu'"elle allait se rendre en Syrie", poursuit le retraité. Mais elle finit par changer d'avis, considérant le pays "trop rigoriste".

"Gamine, elle n'avait aucun cadre éducatif", se désole ce voisin.

Née le 12 août 1989 à Clichy-la-Garenne (région parisienne), Hasna Aït Boulahcen a eu une enfance maltraitée. Avec ses deux frères et sa soeur, l'aînée de la fratrie est ballotée de famille d'accueil en famille d'accueil entre ses huit et quinze ans. La violence, la jeune femme la subira une nouvelle fois pendant près d'une année, battu par son concubin avant de fuir chez sa mère à Aulnay-sous-Bois. 

Sa mère en fera autant trois semaines avant les attentats du 13 novembre mais pour sa "radicalisation" soudaine.

«Laissez-moi sortir!»
Depuis quelques mois, la jeune femme a repris contact avec son cousin Abdelhamid Abaaoud parti en Syrie. Ado, la jeune femme était "amoureuse" de son cousin belge. Ce dernier lui "promet de l'épouser" lors de leurs échanges sur les réseaux sociaux, confie une amie qui l'a hébergée.

Moins de 48 heures après les attentats, Hasna Aït Boulahcen retrouve l'homme le plus recherché de France, caché derrière des buissons, à proximité d'une autoroute à Aubervilliers (région parisienne).

Il se présente comme le chef des kamikazes et lui fait part de son intention de commettre des attaques pendant la période des fêtes de Noël dans un centre commercial et un commissariat du quartier parisien de La Défense.

Après cette rencontre, la jeune femme devient son intendante. Elle lui achète de l'eau, des couettes, de quoi se nourrir et se vêtir mais surtout elle se démène pour trouver le logement de Saint-Denis. 

Son frère ambulancier, Youssef Aït Boulahcen, sera de la confidence. Il a été condamné à quatre ans de prison en 2019 pour "non-dénonciation de crime terroriste".

Hasna Aït Boulahcen finira par trouver une planque. Son dealer la met en contact avec Jawad Bendaoud, un délinquant qui s'est approprié des squats. 

Le 17 novembre, la néo-djihadiste s'installe dans un appartement sans eau de la rue Corbillon dans le centre-ville de Saint-Denis avec Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh, les deux survivants du commando des terrasses.

Un renseignement anonyme permet de localiser la planque. 

Le lendemain, à 04H20, l'unité d'élite de la police française prend d'assaut le bâtiment. Pendant plusieurs heures, l'unité d'intervention crible l'immeuble de plus de 1.200 munitions. 

"Il est où ton copain?", lance un policier. "C'est pas mon copain (...). Laissez-moi sortir s'il vous plaît", supplie à deux reprises Hasna Aït Boulahcen. Chakib Akrouh déclenche sa ceinture d'explosifs, tuant au passage Abdelhamid Abaaoud. Hasna Aït Boulahcen meurt asphyxiée à 26 ans.

Son corps déchiqueté, retrouvé dans les décombres, a été identifié grâce à ses empreintes digitales.

Parmi ses effets personnels retrouvés, un cahier de chant: "Hasna rêvait d'être rappeuse", confie une de ses amies qui lui a parlé quelques jours avant sa mort. "Elle a gâché sa vie".


Les grandes lignes du projet d'«ordre» de Valérie Pécresse

La cheffe du parti de droite Les Républicains (LR) de la région Ile-de-France et candidate à l'élection présidentielle de 2022 Valérie Pécresse assiste au journal télévisé du soir de TF1 à Boulogne-Billancourt, le 4 décembre 2021. (Photo, AFP)
La cheffe du parti de droite Les Républicains (LR) de la région Ile-de-France et candidate à l'élection présidentielle de 2022 Valérie Pécresse assiste au journal télévisé du soir de TF1 à Boulogne-Billancourt, le 4 décembre 2021. (Photo, AFP)
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  • Fin des visas si les pays ne reprennent pas leurs ressortissants expulsés
  • Ou encore, serment de «respect de la laïcité» pour les fonctionnaires, licenciement possible en cas de radicalisation

PARIS : Valérie Pécresse, désignée samedi candidate de LR à l'élection présidentielle, porte un projet d'"ordre" pour "relever notre pays", permettant selon elle d'économiser 76 milliards d'euros par an à l'horizon 2027, dont voici les grandes lignes:

IMMIGRATION

- Quotas annuels votés par le Parlement

- Fin des visas si les pays ne reprennent pas leurs ressortissants expulsés, "intensification" des charters 

- Dépôt des demandes d'asile depuis les ambassades à l'étranger

- Prestations sociales conditionnées à "cinq ans de résidence régulière" 

- Durcissement du regroupement familial 

LAÏCITÉ, INTÉGRATION

- Serment de "respect de la laïcité" pour les fonctionnaires, licenciement possible en cas de radicalisation

- Maintien en rétention des "terroristes radicalisés" après leur peine

- Interdiction du "port forcé" du voile ainsi que pour les accompagnatrices scolaires

- 30% maximum de logements sociaux par quartier

SÉCURITÉ, JUTICE

- "5 milliards" d'euros pour équiper les forces de l'ordre et "9 milliards par an" pour les tribunaux

- Armement des polices municipales 

- Jugements en "moins de six mois" pour les délits du quotidien et "15 jours" pour les violences conjugales

- Construction de "20 000 places de prison", ouverture de centres fermés pour les courtes peines 

- Retenues sur salaires "contre les amendes impayées"

- Majorité pénale à 16 ans

- "Circonstance aggravante" pour certaines infractions commises "dans 72 zones de reconquête républicaine"

- Reconnaissance faciale dans les transports en commun

ÉCONOMIE

- Hausse "de 10% des salaires nets jusqu’à 2,2 Smic", par un transfert aux entreprises des cotisations sociales vieillesse

- Relance "dès le printemps 2022" de la réforme des retraites: départ à 65 ans, pension d'"au moins un Smic" si on a travaillé toute sa vie

- Hausse des pensions de réversion, cumul emploi-retraite possible

- Renforcement de la dégressivité des allocations chômage après six mois

- "Droit au logement prioritaire" pour les travailleurs de première ligne

- Suppression de 200 000 postes de fonctionnaires mais création de 50 000 pour "protéger, éduquer, soigner" 

- "Comité de la hache" de simplification administrative 

- Fin des 35 heures de travail hebdomadaire

CLIMAT, ÉNERGIE

- Taxe carbone aux frontières de l'Europe

- Objectif de neutralité carbone "en 2050": Livret Vert, aucun véhicule neuf à énergie thermique "en 2040"

- Lancement de 6 EPR, zones d'"interdiction d'implantation des éoliennes"

ÉCOLE

- Deux heures de français et une de maths en plus en primaire

- Examen d'entrée en 6e avec "classes de remise à niveau" en cas d'échec

- Création d'une "réserve éducative nationale" avec des profs à la retraite

- Autonomie renforcée des écoles et universités

- Revalorisation des carrières des enseignants, poursuites de "tous les faits" d'outrage ou agression

FAMILLE, SANTÉ, CULTURE

- Prime à la natalité de "900 euros par an" dès le premier enfant, hausse des allocations familiales

- Défiscalisation des pensions alimentaires des parents seuls

- Don défiscalisé aux descendants possible "tous les six ans"

- Recrutement de 25 000 soignants à l'hôpital

- Déconjugalisation de l'allocation adulte handicapé

- Création d'une journée nationale des héros français


Covid-19: 10 millions de Français ont reçu une dose de rappel, annonce Véran

Olivier Véran, ministre de la Santé. (Photo, AFP)
Olivier Véran, ministre de la Santé. (Photo, AFP)
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  • Les autorités sanitaires ont répété vendredi qu'il n'y aurait pas de pénurie de doses de vaccins
  • Plus de 50 000 nouveaux cas confirmés de Covid-19 ont été enregistrés en 24 heures

PARIS: Dix millions de Français ont reçu leur dose de rappel de vaccin contre la Covid-19, a annoncé le ministre de la Santé Olivier Véran samedi soir. 

« 10 millions de Français ont fait leur dose de rappel pour maintenir leur protection face à la Covid. De nouveaux rendez-vous continueront d’ouvrir chaque jour pour que toutes les personnes éligibles puissent faire leur rappel en temps et en heure », a-t-il tweeté. 

L'objectif que s'était fixé le gouvernement pour cette fin de semaine est donc atteint. 

Il y a dix jours, le gouvernement a annoncé que tous les adultes étaient désormais éligibles à une dose de rappel, ce qui a provoqué un afflux de prises de rendez-vous. 

Pour le ministre de la Santé, il n'y a pas de difficulté logistique susceptible d'empêcher le bon déroulement de cette campagne de rappel qui vise à un « effet coupe-feu » contre la cinquième vague de l'épidémie. 

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Evolution en France du nombre de nouveaux cas, hospitalisations, entrées en soins critiques et décès, totaux et tendances pour ces quatre indicateurs, au 2 décembre. (Graphique, AFP)

Les autorités sanitaires ont répété vendredi qu'il n'y aurait pas de pénurie de doses de vaccins. 

A partir du 15 janvier, la dose de rappel sera obligatoire pour les 18-64 ans afin que leur pass sanitaire reste valide. 

Cela ne veut pas dire que l'injection devra forcément avoir été faite avant cette date qui correspond simplement à l'entrée en vigueur du mécanisme: à compter du 15 janvier, le pass de ces personnes sera désactivé si elles n'ont pas eu leur dose de rappel au maximum 7 mois après la dernière injection. 


Hôpital: des milliers de manifestants à Paris pour réclamer «des lits, des postes»

Des techniciens de laboratoire tiennent une pancarte indiquant "pas de laboratoire, pas d'hôpital" alors qu'ils manifestent devant le ministère de la Santé à Paris le 1er juin 2021. (Photo, AFP)
Des techniciens de laboratoire tiennent une pancarte indiquant "pas de laboratoire, pas d'hôpital" alors qu'ils manifestent devant le ministère de la Santé à Paris le 1er juin 2021. (Photo, AFP)
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  • Les hausses de salaires du « Ségur de la santé » n'ont pas éteint les revendications.
  • Plus nombreux qu'à l'accoutumée – 6 000 selon une source syndicale, 2 100 selon la préfecture de police - ils étaient d'abord venus demander « en urgence l'arrêt de toutes les fermetures programmées de lits »,

PARIS : Quelques milliers de personnes ont défilé samedi près du ministère de la Santé, à Paris, pour réclamer l'arrêt des fermetures de lits dans les hôpitaux publics et de meilleurs conditions de travail pour les soignants.

Les hausses de salaires du "Ségur de la santé" n'ont pas éteint les revendications. Tout au long de leur - court - cortège entre les Invalides, l'hôpital Necker et le ministère, les manifestants ont repris le slogan: "On veut des lits, des postes, pour l'hôpital public".

Plus nombreux qu'à l'accoutumée - 6.000 selon une source syndicale, 2.100 selon la préfecture de police - ils étaient d'abord venus demander "en urgence l'arrêt de toutes les fermetures programmées de lits", afin d'envoyer "un message très clair" pour "rassurer les agents de l'hôpital dans un contexte de nouvelle vague" de Covid, a déclaré à l'AFP Yves Veyrier, secrétaire général de Force ouvrière.

Le syndicat, dont la section de l'hôpital Nord-Mayenne est à l'origine de cette manifestation, avait battu le rappel de ses troupes pour l'occasion. La CGT, SUD, plusieurs collectifs de soignants (Inter-Urgences, Inter-Hôpitaux, Santé en danger) et quelques partis politiques (LFI, EELV) étaient également présents, de même que des associations d'usagers de petits établissements comme Amilly (Loiret) ou Longjumeau (Essonne).

Les conditions de travail étaient aussi sur toutes les lèvres. Infirmière en réanimation au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), Séverine, 44 ans, déplore ainsi que dans son service des lits restent "fermés parce que les gens ne sont pas là" pour occuper les postes. Elle espère des recrutements "pour pouvoir faire (son) travail correctement".

"On nous en demande toujours plus avec toujours moins de moyens", regrette Sophie, 37 ans, infirmière à Melun (Seine-et-Marne), qui aimerait avoir plus "de communication et d'empathie" avec les malades, mais estime qu'on ne lui "donne plus le temps d'avoir cette relation avec les patients".