Le Vietnam et l'Afghanistan: récit de deux retraits de l'armée américaine

Ces photos présentent la chute de Saigon en 1975 par le photographe néerlandais Hugh van Es (à gauche) et une scène de chaos à l'aéroport de Kaboul, le 19 août 2021. (Wikimedia Commons et AFP)
Ces photos présentent la chute de Saigon en 1975 par le photographe néerlandais Hugh van Es (à gauche) et une scène de chaos à l'aéroport de Kaboul, le 19 août 2021. (Wikimedia Commons et AFP)
Des Afghans tentent de s'embarquer dans un avion de transport de l'US Air Force à l'aéroport de Kaboul après la prise de la capitale par les talibans le mois dernier. (Fichier AFP)
Des Afghans tentent de s'embarquer dans un avion de transport de l'US Air Force à l'aéroport de Kaboul après la prise de la capitale par les talibans le mois dernier. (Fichier AFP)
Des Afghans désespérés courent après avoir tenté sans succès de monter à bord d'un avion de transport de l'US Air Force à l'aéroport de Kaboul, après la prise de la capitale par les talibans le mois dernier. (Fichier AFP)
Des Afghans désespérés courent après avoir tenté sans succès de monter à bord d'un avion de transport de l'US Air Force à l'aéroport de Kaboul, après la prise de la capitale par les talibans le mois dernier. (Fichier AFP)
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Publié le Lundi 06 septembre 2021

Le Vietnam et l'Afghanistan: récit de deux retraits de l'armée américaine

  • Reste à voir si les talibans qui gouvernent l'Afghanistan et les États-Unis parviendront à enterrer la haine qui les oppose
  • Les images du chaos qui a entouré les derniers jours de la présence américaine en Afghanistan rappellent celles des dernières évacuations de la ville de Saigon, en 1975

WASHINGTON: Les images du chaos qui a entouré les derniers jours de la présence américaine en Afghanistan rappellent celles des dernières évacuations de la ville de Saigon, en 1975; l'armée nord-vietnamienne, victorieuse, entrait alors dans la capitale du Sud-Vietnam.

Entre les photos emblématiques de Vietnamiens qui escaladent avec désespoir les murs de l'ambassade américaine et celles de ces civils qui s'efforcent de franchir les portes de l'aéroport de Kaboul le mois dernier, espérant embarquer à bord de l'un des derniers vols en partance du pays, la ressemblance est saisissante.

Rétrospectivement, il est impossible d’occulter les nombreuses similitudes entre l'expérience américaine au Vietnam et celle qui vient d’être vécue en Afghanistan. À l'instar du retrait accéléré de l'armée américaine du Vietnam au lendemain de la signature des accords de paix de Paris avec le Nord-Vietnam en 1973, l'accord de Doha – conclu au mois de février 2020 entre les États-Unis et les Talibans – a ouvert la voie à une sortie précipitée des États-Unis de l'Afghanistan.

En 1975, seuls les Marines sont restés dans le Sud-Vietnam. Leur mission consistait à assurer la garde de l'ambassade américaine à Saigon et d'un petit contingent dans une base aérienne voisine. Cette année-là, à la fin du mois d'avril, la ville qui fut rebaptisée Ho Chi Minh-Ville est tombée aux mains de l'armée nord-vietnamienne (ANV).

 

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Des troupes de communistes en liesse se dirigent à bord de chars vers le centre de la ville de Saigon, passée sous leur contrôle le 30 avril 1975. (Photo de l'agence de presse vietnamienne via l'AFP)

À travers cet accord de paix, les États-Unis espéraient «vietnamiser» le conflit en confiant les combats et la sécurité de l'armée américaine à l'Armée de la république du Vietnam (ARVN).

Cependant, le même scénario s'est produit. L'armée afghane, qui a reçu une formation et des équipements à hauteur de plusieurs milliards de dollars (1 dollar = 0,84 euro) de la part des États-Unis, n'est pas parvenue à assurer la sécurité du pays par elle-même. Il s’est produit la même chose avec l'ARVN, qui s’était effondrée en l’absence d’un soutien d'unités de combat terrestres et de conseillers de terrain américains.

Après la guerre humiliante du Vietnam, les États-Unis ont longtemps souffert, semble-t-il, d’un manque de confiance. Ils ont ainsi été amenés à douter de leur force, du rayonnement de leurs principes mais, surtout, de leur rôle sur la scène internationale.

«C'est le dernier message envoyé depuis la station de Saigon», écrit Thomas Polgar, le dernier commandant de station de la CIA à Saigon, avant son évacuation. «Nous avons mené un combat long et rude et nous l'avons perdu. Cette expérience inédite dans l'histoire des États-Unis ne signifie pas nécessairement que les États-Unis cesseront de jouer leur rôle de puissance mondiale.»

Il ajoute: «Ceux qui ne parviennent pas à tirer des leçons de l'histoire sont condamnés à la vivre une nouvelle fois. Espérons que nous ne revivrons pas une nouvelle expérience du Vietnam et que nous saurons tirer la leçon de cette histoire. La station de Saigon clôt ses activités.»

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Des Afghans se regroupent sur le tarmac de l'aéroport de Kaboul, le 16 août 2021, pour fuir un Afghanistan désormais contrôlé par les talibans. (Fichier AFP)

À juste titre, les historiens militaires américains diraient que les leçons apprises au Vietnam sont parties en fumée au moment où les États-Unis se sont lancés dans une autre guerre à durée indéterminée, ses objectifs initiaux et précis ayant été éclipsés par la volonté de construire une nation.

À l'instar de Saigon à la fin des années 1960 et au début des années 1970, le gouvernement de Kaboul, soutenu par l'armée américaine, ne possédait pas les compétences ni la légitimité nécessaires pour affronter seul une insurrection.

En 1969, Henry Kissinger, qui était à l’époque conseiller américain pour la sécurité nationale, a fait part de sa profonde inquiétude au sujet d’une victoire militaire qu’il jugeait improbable. Ces craintes ont été relayées au président Richard Nixon dans un mémo de 1969 désormais déclassifié.

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Des soldats américains rattrapent un bébé à travers une barrière à l'aéroport de Kaboul, alors que la foule, le mois dernier, tentait de prendre l'avion pour fuir l'assaut des talibans. (Fichier AFP)

«Je ne pense pas que l'armée sud-vietnamienne soit capable d'assumer un fardeau plus grand que celui qu’elle assume actuellement», écrit-il, avant d'ajouter que «la stratégie adoptée par le gouvernement de Hanoï consiste à nous faire attendre; elle découle de sa philosophie en matière de guerre révolutionnaire, mais aussi de ses prédictions, qui prévoient que les États-Unis affronteront des problèmes de plus en plus importants.»

Au Vietnam comme en Afghanistan, le temps et le manque de patience stratégique sont apparus comme les grands points faibles de l'Amérique face à une insurrection obstinée. Les quatre administrations qui ont piloté la politique étrangère des États-Unis depuis le début de la guerre en Afghanistan n'ont pas évalué les chances de succès de manière aussi rationnelle et impartiale que l'avait fait Kissinger dans son mémo de 1969.

Certes, la mission en Afghanistan n'a pas engendré les troubles civils et l'agitation politique observés lors de la guerre du Vietnam. Cependant, les politiciens américains s'accordaient, depuis un certain temps déjà, pour juger peu judicieuse cette implication militaire indéterminée dans un pays d'Asie centrale dont la culture est radicalement différente.

À l'heure où la saga de l'Afghanistan touche à sa fin, certains constatent que la période qui a suivi l'année 1975 a donné lieu à un rapprochement lent mais frappant entre les États-Unis et le Vietnam.

En vingt ans, les nations autrefois belligérantes ont su forger une relation qui se traduit aujourd'hui par un réel partenariat stratégique, comme en témoigne le partenariat global de 2013 conclu entre les États-Unis et le Vietnam.

Ainsi, vingt-cinq ans après le lancement, en 1995, des relations bilatérales entre les États-Unis et le Vietnam, ces deux pays sont liés par une amitié nourrie de respect mutuel et de méfiance envers les motivations géopolitiques de la Chine.

Ce partenariat s'étend désormais aux relations politiques, économiques, sécuritaires et humaines. Des dizaines de milliers de Vietnamiens qui étudient aux États-Unis injectent près d'un milliard de dollars dans l'économie américaine.

«Il ne faut pas oublier que les répercussions immédiates de la guerre du Vietnam ont été effroyables. De nombreux Sud-Vietnamiens ont été placés dans des camps puis assassinés, ce qui constitue une violation flagrante des droits de l'homme», confie à Arab News James Carafano, membre de l'Heritage Foundation (laboratoire d’idées et lobby américain situé à Washington, NDLR). «Le Vietnam d'aujourd'hui est un pays tout à fait différent. Les Vietnamiens sont terrifiés par la Chine et ils ont besoin des États-Unis pour les défendre.»

C’est un Vietnam puissant, prospère et indépendant qui sert les intérêts de Washington. En revanche, Hanoï et Pékin ne parviennent pas à résoudre leurs différends relatifs aux revendications territoriales en mer de Chine méridionale.

En effet, le commerce bilatéral entre les États-Unis et le Vietnam est passé de 451 millions de dollars en 1995 à plus de 90 milliards de dollars en 2020. La même année, les exportations de produits américains vers le Vietnam représentaient plus de 10 milliards de dollars alors que les importations s'élevaient à 79,6 milliards de dollars. En 2019, les investissements américains au Vietnam se sont chiffrés à 2,6 milliards de dollars.

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Sur cette photo prise le 31 mai 2017, les forces de sécurité afghanes se tiennent sur les lieux d'une explosion meurtrière attribuée au réseau Haqqani. (Fichier AP)

 À l'heure où la guerre en Afghanistan s'achève et où les talibans poursuivent leurs discussions avec les pays de la région pour normaliser les relations diplomatiques, on peut tirer des enseignements de l'évolution des relations américano-vietnamiennes, qui sont passées de l'inimitié à un partenariat florissant.

Il convient de se demander si l'effet de levier économique associé aux intérêts communs en matière de sécurité et à une diplomatie avisée ne permettrait pas de réaliser en Afghanistan ce que n'ont pas suffi à accomplir les milliards de dollars dépensés pour bâtir une force de défense calquée sur le modèle des armées occidentales.

En outre, les talibans n'ont pas hésité à signaler qu'ils étaient disposés à nouer des relations diplomatiques avec les puissances régionales, notamment la Chine, les pays arabes du Golfe, la Turquie ou encore l'Inde.

L'objectif immédiat des États-Unis en termes de sécurité consiste à empêcher Al-Qaïda et Daech d'établir une base d'opérations d'où ils pourraient mener des attaques terroristes de portée internationale. Pour y parvenir, il incombe aux États-Unis de faire appel à tous les moyens dont ils disposent: le soft power, la diplomatie et les incitations économiques.

Lors de la défaite des Américains, en 1975, on craignait par-dessus tout que la victoire des communistes ne provoque au Sud-Vietnam un «effet domino» entraînant sur son passage la chute des gouvernements des pays d'Asie du Sud-Est alliés aux États-Unis. Mais ce scénario est resté sans suite.

Le tournant spectaculaire qu'ont pris les relations américano-vietnamiennes laisse entrevoir une lueur d'espoir pour l'Afghanistan, non sans faire naître quelques réticences.

«Les États-Unis sont restés en Afghanistan pour deux raisons: tout d'abord pour empêcher que le terrorisme transnational ne trouve un nouveau terrain d'action; en second lieu, pour prévenir une déstabilisation en Asie du Sud. Ces deux motifs étaient des intérêts américains légitimes», explique James Carafano.

«Nous ne possédons à l'heure actuelle aucune présence, aucune idée quant au statut des terroristes et aucune force de dissuasion contre les acteurs impliqués dans la région. Nos alliés ne nous font plus confiance.»

Au sujet de l'avenir, Carafano estime que «les talibans sont loin de traverser l'évolution qu'a connue l'Allemagne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Il est illusoire de supposer qu’ils vont devenir une entité normalisée et former un gouvernement. Les membres de Daech sont des idiots utiles et incapables de menacer quiconque. Ils ne posent pas une menace pour nous, mais pour les talibans».

«Les talibans vont-ils se dissocier du réseau Haqqani et d'Al-Qaïda? Certainement pas. Les talibans ne prévoient pas de perpétrer de nouveaux attentats comme ceux du 11-Septembre, mais Al-Qaïda et Haqqani le feront certainement.»

Force est de constater que le partenariat tribal qui unit depuis longtemps le réseau Haqqani (partie intégrante des Talibans) et Al-Qaïda gênera considérablement la capacité ou la volonté des talibans à freiner le retour en force du groupe terroriste international.

À l'heure actuelle, les talibans font passer un grand nombre de messages positifs. Leurs dirigeants ont affirmé qu’ils entendaient privilégier une vision nationaliste plutôt que transnationale.

Il faudra toutefois attendre pour savoir si ce groupe parviendra à privilégier les intérêts de l'État, qui requièrent un financement extérieur et une expertise technique considérables, au détriment d’une vision «révolutionnaire» délirante qui entraînerait l’horreur.

«La défaite militaire des États-Unis au Vietnam ne s'est pas soldée par une défaite stratégique des États-Unis et du bloc anticommuniste dans le monde», explique James Carafano à Arab News.

«Les administrations républicaines et démocrates ont toutes deux adopté une série de mesures qui visent à raffermir l'engagement de Washington en faveur d'un partenariat en matière de sécurité avec le Vietnam. Fait autrefois impensable, les porte-avions de la marine américaine accostent aujourd’hui dans les ports vietnamiens.»

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La vice-présidente américaine, Kamala Harris, s'entretient avec le Premier ministre vietnamien, Pham Minh Chinh, à Hanoï, le 25 août 2021. (Reuters/Evelyn Hockstein/Pool)

«Reste à savoir si les États-Unis et l'Afghanistan tenu par les talibans parviendront à mettre en place un dispositif de sécurité qui repose sur une perception commune des menaces», ajoute-t-il.

«La Chine et la Russie nous montrent déjà qu'elles sont désireuses de jouer un rôle plus actif en Afghanistan dans le sillage du retrait des troupes américaines. Toutefois, ces deux pays s'engageront probablement avec prudence dans ce pays. Les deux puissances ont tout intérêt à remporter la victoire en Afghanistan sans devoir livrer bataille; mais elles prendront tout leur temps.»

Que ce soit au Vietnam ou en Afghanistan, le temps est le facteur décisif qui a provoqué la défaite militaire de l'Amérique face aux insurgés. Cependant, c'est le temps qui s'est écoulé depuis la guerre du Vietnam qui a fait des adversaires d'hier les amis d'aujourd'hui; ce qui les unit, ce sont les menaces et les intérêts communs.

La question est de savoir si les décideurs américains ont tiré des enseignements de ces deux retraits honteux pour éviter de subir une troisième humiliation. Dans le cas du Vietnam, les États-Unis sont parvenus à tirer une certaine victoire diplomatique de la défaite militaire qu'ils ont essuyée. En Afghanistan, tout dépendra de la capacité et de la volonté des dirigeants talibans de rompre définitivement avec le passé.

 

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Bras de fer irano-américain dans le détroit d'Ormuz

Les Etats-Unis et l'Iran poursuivent jeudi leur bras de fer dans le détroit d'Ormuz, Téhéran excluant de rouvrir ce passage maritime crucial tant que Washington bloque les ports iraniens, une situation compromettant la reprise de pourparlers diplomatiques. (AFP)
Les Etats-Unis et l'Iran poursuivent jeudi leur bras de fer dans le détroit d'Ormuz, Téhéran excluant de rouvrir ce passage maritime crucial tant que Washington bloque les ports iraniens, une situation compromettant la reprise de pourparlers diplomatiques. (AFP)
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  • Selon Téhéran, les navires doivent obtenir une autorisation pour quitter ou entrer dans le Golfe via Ormuz, tandis que les Etats-Unis, eux, bloquent l'accès aux ports iraniens depuis le 13 avril
  • Le nombre de franchissements du détroit a chuté depuis dimanche, en raison des restrictions imposées par l'Iran et les Etats-Unis, tandis que les incidents touchant des bateaux se sont multipliés

TEHERAN: Les Etats-Unis et l'Iran poursuivent jeudi leur bras de fer dans le détroit d'Ormuz, Téhéran excluant de rouvrir ce passage maritime crucial tant que Washington bloque les ports iraniens, une situation compromettant la reprise de pourparlers diplomatiques.

Ormuz, voie maritime cruciale pour le transport mondial des hydrocarbures, est devenu un enjeu majeur du conflit et cristallise les tensions en dépit de la prolongation unilatérale de la trêve par Donald Trump, entrée en vigueur le 8 avril.

Depuis le 28 février, date du début de la guerre déclenchée par une attaque israélo-américaine contre l'Iran, Téhéran n'a autorisé qu'un nombre très limité de navires à franchir le détroit qui, outre les exportations mondiales de pétrole et de gaz, sert au transport d’autres biens essentiels.

Selon Téhéran, les navires doivent obtenir une autorisation pour quitter ou entrer dans le Golfe via Ormuz, tandis que les Etats-Unis, eux, bloquent l'accès aux ports iraniens depuis le 13 avril.

Le nombre de franchissements du détroit a chuté depuis dimanche, en raison des restrictions imposées par l'Iran et les Etats-Unis, tandis que les incidents touchant des bateaux se sont multipliés, selon des données compilées par l'AFP.

L'Iran a ainsi saisi mercredi deux navires dans le détroit, et un troisième a essuyé des tirs au large d'Oman.

"Réouverture d'Ormuz impossible" 

"La réouverture du détroit d'Ormuz est impossible tant que le cessez-le-feu est ouvertement violé", a affirmé le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, dans un message sur X, Téhéran dénonçant régulièrement le blocus américain des ports iraniens.

Téhéran a par ailleurs reçu ses premiers revenus issus des droits de passage qu'il a unilatéralement imposés dans le détroit, selon un haut responsable iranien.

Dans le cadre de son blocus, Washington de son côté a ordonné à 31 navires, des pétroliers pour la plupart, de retourner au port, selon le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Pour Danny Citronowicz, chercheur au Tel-Aviv Institute for National Security Studies, "il est tentant de croire que le temps et la pression finiront par contraindre l’Iran à céder. Ce ne sera pas le cas. Prolonger un cessez-le-feu ou renforcer un blocus maritime peut faire gagner du temps à Washington, mais aucune de ces options n’offre une voie vers une issue durable", a-t-il écrit sur X.

Le blocage du détroit pèse lourdement sur l'économie mondiale, et la grande incertitude sur l'issue du conflit inquiète les marchés.

Les prix du pétrole ont ainsi bondi brièvement jeudi de plus de 4% en début d'échanges en Asie, avant de se modérer.

Même si les belligérants trouvaient un accord, déminer le détroit d'Ormuz pourrait prendre six mois, pesant d'autant sur les cours des hydrocarbures à l'échelle mondiale, a estimé le Pentagone lors d'une présentation classifiée au Congrès américain, révélé mercredi par le Washington Post.

Les négociations entre Américains et Iraniens, qui étaient censées reprendre en début de semaine à Islamabad, après une première session le 11 avril, sont toujours en suspens, en dépit de l'optimisme du président américain Donald Trump qui a jugé "possible" une reprise d'ici vendredi.

La capitale pakistanaise, sous haute surveillance policière et militaire, fonctionne depuis plusieurs jours au ralenti -écoles et commerces fermés dans la zone devant accueillir les pourparlers- dans l'attente d'une hypothétique arrivée des délégations.

Le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, a dit espérer que les deux parties parviendraient "à conclure un +accord de paix+" à l'issue de la guerre, qui a fait des milliers de morts, essentiellement en Iran et au Liban.

 


L'Iran annonce avoir saisi deux navires dans le détroit d'Ormuz malgré la prolongation de la trêve

Cette photo fournie par la Marine américaine et publiée le 21 avril 2026 par le service des relations publiques du Commandement central américain montre des forces américaines en patrouille dans la mer d'Oman, près du Touska, un cargo battant pavillon iranien, le 20 avril 2026. (AFP)
Cette photo fournie par la Marine américaine et publiée le 21 avril 2026 par le service des relations publiques du Commandement central américain montre des forces américaines en patrouille dans la mer d'Oman, près du Touska, un cargo battant pavillon iranien, le 20 avril 2026. (AFP)
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  • Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran, ont annoncé avoir intercepté deux navires qui tentaient de franchir le stratégique détroit, soumis à un double blocus américain et iranien
  • "Les deux navires en infraction ont été saisis par les forces navales des Gardiens de la Révolution et dirigés vers la côte iranienne", ont-ils indiqué dans un communiqué

TEHERAN: L'Iran a annoncé mercredi avoir saisi deux navires dans le détroit d'Ormuz, au coeur du bras de fer avec Washington, quelques heures après la prolongation de la trêve décidée unilatéralement par Donald Trump.

Le pouvoir iranien ne s'est toujours pas exprimé sur cette prolongation. Mais Téhéran en "étudie différents aspects", selon la télévision d'Etat iranienne.

Côté américain, le président a jugé "possible" une reprise des discussions entre les belligérants dans les prochains jours. "C'est possible! Président DJT", a-t-il écrit en réponse à un texto d'une journaliste du New York Post, qui l'interrogeait sur la probabilité que des discussions se tiennent dans les prochaines "36 à 72 heures", soit d'ici vendredi.

En attendant, la tension reste forte dans le détroit d'Ormuz, passage crucial pour le transport mondial d'hydrocarbures et enjeu majeur du conflit déclenché le 28 février par des frappes israélo-américaines sur l'Iran.

Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran, ont annoncé avoir intercepté deux navires qui tentaient de franchir le stratégique détroit, soumis à un double blocus américain et iranien.

"Les deux navires en infraction ont été saisis par les forces navales des Gardiens de la Révolution et dirigés vers la côte iranienne", ont-ils indiqué dans un communiqué.

Selon Téhéran, les navires doivent obtenir une autorisation pour quitter ou entrer dans le Golfe via le détroit d'Ormuz.

Un troisième bateau a essuyé des tirs alors qu'il se trouvait à 8 milles nautiques à l'ouest de l'Iran, selon l'agence de sécurité maritime britannique UKTMO, mais il a pu quitter le détroit en direction du port saoudien de Jeddah, selon le site Marinetraffic.

Ces incidents illustrent la précarité de la trêve entrée en vigueur le 8 avril, d'autant que les discussions entre Washington et Téhéran n'ont toujours pas repris.

Islamabad en attente 

Les pourparlers, qui étaient censés se tenir en début de semaine après une première session le 11 avril, visent à trouver une fin durable à une guerre régionale qui a fait des milliers de morts -essentiellement en Iran et au Liban- et ébranlé l'économie mondiale.

Donald Trump a prolongé sine die le cessez-le-feu avec l'Iran mardi soir, à quelques heures de l'expiration annoncée, afin, a-t-il dit, de laisser davantage de temps aux Iraniens pour joindre les négociations de paix sous l'égide des médiateurs pakistanais.

Il a parlé d'une extension jusqu'à ce que "l'Iran présente une proposition et que les discussions soient conclues, d'une manière ou d'une autre".

En attendant, aucune délégation ne s'est encore envolée pour Islamabad, bouclée et sous haute surveillance depuis le début de la semaine, provoquant la lassitude d'habitants privés d'écoles et limités dans leur déplacements.

Le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, a dit espérer que les deux parties parviendraient "à conclure un +accord de paix+ lors du deuxième cycle de négociations prévu à Islamabad". Il a reçu mercredi matin l'ambassadeur iranien à Islamabad.

Trois morts au Liban 

Sur l'autre front principal de la guerre, trois personnes ont été tuées mercredi dans des frappes israéliennes au Liban malgré la trêve, qui expire dimanche, et dont Beyrouth va demander l'extension lors de pourparlers prévus jeudi entre les deux pays à Washington.

"Le Liban demandera l'extension pour un mois de la trêve, le strict respect du cessez-le-feu et l'arrêt par Israël des opérations de dynamitage et de destruction dans les zones où il est présent", a indiqué une source libanaise officielle à l'AFP.

Israël a affirmé avant ces discussions ne pas avoir de "désaccords sérieux" avec le Liban, l'appelant à "travailler ensemble" contre le Hezbollah pro-iranien.

Selon le dernier bilan officiel, au moins 2.454 personnes ont été tuées au Liban en six semaines de guerre.

Par ailleurs, le président français Emmanuel Macron a annoncé mercredi la mort d'un 2e militaire français de la force de paix de l'ONU au Liban, Finul, blessé dans une embuscade samedi au cours de laquelle un premier Casque Bleu français avait été tué. Paris a attribué l'attaque au Hezbollah, ce que le groupe islamiste chiite a nié.


Londres accueille des discussion sur la mission à Ormuz

Le Royaume-Uni a annoncé qu'il allait accueillir mercredi et jeudi des militaires d'une trentaine de pays pour discuter de la formation d'une mission dirigée par le Royaume-Uni et la France afin de protéger la navigation dans le détroit d'Ormuz. (AFP)
Le Royaume-Uni a annoncé qu'il allait accueillir mercredi et jeudi des militaires d'une trentaine de pays pour discuter de la formation d'une mission dirigée par le Royaume-Uni et la France afin de protéger la navigation dans le détroit d'Ormuz. (AFP)
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  • Cette conférence permettra de "faire progresser la planification détaillée" de la réouverture du détroit dès que les conditions le permettront, à la suite des "avancées" réalisées lors des pourparlers de Paris la semaine dernière
  • "L'objectif aujourd'hui et demain est de traduire le consensus diplomatique en un plan commun pour garantir la liberté de navigation dans le détroit et soutenir un cessez-le-feu durable"

LONDRES: Le Royaume-Uni a annoncé qu'il allait accueillir mercredi et jeudi des militaires d'une trentaine de pays pour discuter de la formation d'une mission dirigée par le Royaume-Uni et la France afin de protéger la navigation dans le détroit d'Ormuz.

Cette conférence permettra de "faire progresser la planification détaillée" de la réouverture du détroit dès que les conditions le permettront, à la suite des "avancées" réalisées lors des pourparlers de Paris la semaine dernière, a précisé le ministère britannique de la Défense.

"L'objectif aujourd'hui et demain est de traduire le consensus diplomatique en un plan commun pour garantir la liberté de navigation dans le détroit et soutenir un cessez-le-feu durable", a déclaré le ministre britannique de la Défense John Healey, cité dans un communiqué.

Il s'est dit confiant que "des progrès concrets puissent être accomplis".

Ces discussions intervient dans la foulée de pourparlers sur ce détroit stratégique, ayant réuni vendredi à Paris plus de 40 pays sous la houlette du Premier ministre britannique Keir Starmer et du président français Emmanuel Macron.

M. Starmer a indiqué que la France et le Royaume-Uni dirigeraient une mission multinationale pour assurer la liberté de navigation dans le détroit "dès que les conditions le permettront".

La Grande-Bretagne et la France ont insisté sur le fait que cette force serait exclusivement défensive et ne serait déployée qu'une fois la paix durable dans la région instaurée.

Les Etats-Unis et l'Iran, parties belligérantes, n'ont pas participé aux pourparlers.

Avant la réunion de Paris, Downing Street avait annoncé la tenue d'un sommet de planification militaire cette semaine, sans donner plus de précisions.