Le Vietnam et l'Afghanistan: récit de deux retraits de l'armée américaine

Ces photos présentent la chute de Saigon en 1975 par le photographe néerlandais Hugh van Es (à gauche) et une scène de chaos à l'aéroport de Kaboul, le 19 août 2021. (Wikimedia Commons et AFP)
Ces photos présentent la chute de Saigon en 1975 par le photographe néerlandais Hugh van Es (à gauche) et une scène de chaos à l'aéroport de Kaboul, le 19 août 2021. (Wikimedia Commons et AFP)
Des Afghans tentent de s'embarquer dans un avion de transport de l'US Air Force à l'aéroport de Kaboul après la prise de la capitale par les talibans le mois dernier. (Fichier AFP)
Des Afghans tentent de s'embarquer dans un avion de transport de l'US Air Force à l'aéroport de Kaboul après la prise de la capitale par les talibans le mois dernier. (Fichier AFP)
Des Afghans désespérés courent après avoir tenté sans succès de monter à bord d'un avion de transport de l'US Air Force à l'aéroport de Kaboul, après la prise de la capitale par les talibans le mois dernier. (Fichier AFP)
Des Afghans désespérés courent après avoir tenté sans succès de monter à bord d'un avion de transport de l'US Air Force à l'aéroport de Kaboul, après la prise de la capitale par les talibans le mois dernier. (Fichier AFP)
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Publié le Lundi 06 septembre 2021

Le Vietnam et l'Afghanistan: récit de deux retraits de l'armée américaine

  • Reste à voir si les talibans qui gouvernent l'Afghanistan et les États-Unis parviendront à enterrer la haine qui les oppose
  • Les images du chaos qui a entouré les derniers jours de la présence américaine en Afghanistan rappellent celles des dernières évacuations de la ville de Saigon, en 1975

WASHINGTON: Les images du chaos qui a entouré les derniers jours de la présence américaine en Afghanistan rappellent celles des dernières évacuations de la ville de Saigon, en 1975; l'armée nord-vietnamienne, victorieuse, entrait alors dans la capitale du Sud-Vietnam.

Entre les photos emblématiques de Vietnamiens qui escaladent avec désespoir les murs de l'ambassade américaine et celles de ces civils qui s'efforcent de franchir les portes de l'aéroport de Kaboul le mois dernier, espérant embarquer à bord de l'un des derniers vols en partance du pays, la ressemblance est saisissante.

Rétrospectivement, il est impossible d’occulter les nombreuses similitudes entre l'expérience américaine au Vietnam et celle qui vient d’être vécue en Afghanistan. À l'instar du retrait accéléré de l'armée américaine du Vietnam au lendemain de la signature des accords de paix de Paris avec le Nord-Vietnam en 1973, l'accord de Doha – conclu au mois de février 2020 entre les États-Unis et les Talibans – a ouvert la voie à une sortie précipitée des États-Unis de l'Afghanistan.

En 1975, seuls les Marines sont restés dans le Sud-Vietnam. Leur mission consistait à assurer la garde de l'ambassade américaine à Saigon et d'un petit contingent dans une base aérienne voisine. Cette année-là, à la fin du mois d'avril, la ville qui fut rebaptisée Ho Chi Minh-Ville est tombée aux mains de l'armée nord-vietnamienne (ANV).

 

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Des troupes de communistes en liesse se dirigent à bord de chars vers le centre de la ville de Saigon, passée sous leur contrôle le 30 avril 1975. (Photo de l'agence de presse vietnamienne via l'AFP)

À travers cet accord de paix, les États-Unis espéraient «vietnamiser» le conflit en confiant les combats et la sécurité de l'armée américaine à l'Armée de la république du Vietnam (ARVN).

Cependant, le même scénario s'est produit. L'armée afghane, qui a reçu une formation et des équipements à hauteur de plusieurs milliards de dollars (1 dollar = 0,84 euro) de la part des États-Unis, n'est pas parvenue à assurer la sécurité du pays par elle-même. Il s’est produit la même chose avec l'ARVN, qui s’était effondrée en l’absence d’un soutien d'unités de combat terrestres et de conseillers de terrain américains.

Après la guerre humiliante du Vietnam, les États-Unis ont longtemps souffert, semble-t-il, d’un manque de confiance. Ils ont ainsi été amenés à douter de leur force, du rayonnement de leurs principes mais, surtout, de leur rôle sur la scène internationale.

«C'est le dernier message envoyé depuis la station de Saigon», écrit Thomas Polgar, le dernier commandant de station de la CIA à Saigon, avant son évacuation. «Nous avons mené un combat long et rude et nous l'avons perdu. Cette expérience inédite dans l'histoire des États-Unis ne signifie pas nécessairement que les États-Unis cesseront de jouer leur rôle de puissance mondiale.»

Il ajoute: «Ceux qui ne parviennent pas à tirer des leçons de l'histoire sont condamnés à la vivre une nouvelle fois. Espérons que nous ne revivrons pas une nouvelle expérience du Vietnam et que nous saurons tirer la leçon de cette histoire. La station de Saigon clôt ses activités.»

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Des Afghans se regroupent sur le tarmac de l'aéroport de Kaboul, le 16 août 2021, pour fuir un Afghanistan désormais contrôlé par les talibans. (Fichier AFP)

À juste titre, les historiens militaires américains diraient que les leçons apprises au Vietnam sont parties en fumée au moment où les États-Unis se sont lancés dans une autre guerre à durée indéterminée, ses objectifs initiaux et précis ayant été éclipsés par la volonté de construire une nation.

À l'instar de Saigon à la fin des années 1960 et au début des années 1970, le gouvernement de Kaboul, soutenu par l'armée américaine, ne possédait pas les compétences ni la légitimité nécessaires pour affronter seul une insurrection.

En 1969, Henry Kissinger, qui était à l’époque conseiller américain pour la sécurité nationale, a fait part de sa profonde inquiétude au sujet d’une victoire militaire qu’il jugeait improbable. Ces craintes ont été relayées au président Richard Nixon dans un mémo de 1969 désormais déclassifié.

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Des soldats américains rattrapent un bébé à travers une barrière à l'aéroport de Kaboul, alors que la foule, le mois dernier, tentait de prendre l'avion pour fuir l'assaut des talibans. (Fichier AFP)

«Je ne pense pas que l'armée sud-vietnamienne soit capable d'assumer un fardeau plus grand que celui qu’elle assume actuellement», écrit-il, avant d'ajouter que «la stratégie adoptée par le gouvernement de Hanoï consiste à nous faire attendre; elle découle de sa philosophie en matière de guerre révolutionnaire, mais aussi de ses prédictions, qui prévoient que les États-Unis affronteront des problèmes de plus en plus importants.»

Au Vietnam comme en Afghanistan, le temps et le manque de patience stratégique sont apparus comme les grands points faibles de l'Amérique face à une insurrection obstinée. Les quatre administrations qui ont piloté la politique étrangère des États-Unis depuis le début de la guerre en Afghanistan n'ont pas évalué les chances de succès de manière aussi rationnelle et impartiale que l'avait fait Kissinger dans son mémo de 1969.

Certes, la mission en Afghanistan n'a pas engendré les troubles civils et l'agitation politique observés lors de la guerre du Vietnam. Cependant, les politiciens américains s'accordaient, depuis un certain temps déjà, pour juger peu judicieuse cette implication militaire indéterminée dans un pays d'Asie centrale dont la culture est radicalement différente.

À l'heure où la saga de l'Afghanistan touche à sa fin, certains constatent que la période qui a suivi l'année 1975 a donné lieu à un rapprochement lent mais frappant entre les États-Unis et le Vietnam.

En vingt ans, les nations autrefois belligérantes ont su forger une relation qui se traduit aujourd'hui par un réel partenariat stratégique, comme en témoigne le partenariat global de 2013 conclu entre les États-Unis et le Vietnam.

Ainsi, vingt-cinq ans après le lancement, en 1995, des relations bilatérales entre les États-Unis et le Vietnam, ces deux pays sont liés par une amitié nourrie de respect mutuel et de méfiance envers les motivations géopolitiques de la Chine.

Ce partenariat s'étend désormais aux relations politiques, économiques, sécuritaires et humaines. Des dizaines de milliers de Vietnamiens qui étudient aux États-Unis injectent près d'un milliard de dollars dans l'économie américaine.

«Il ne faut pas oublier que les répercussions immédiates de la guerre du Vietnam ont été effroyables. De nombreux Sud-Vietnamiens ont été placés dans des camps puis assassinés, ce qui constitue une violation flagrante des droits de l'homme», confie à Arab News James Carafano, membre de l'Heritage Foundation (laboratoire d’idées et lobby américain situé à Washington, NDLR). «Le Vietnam d'aujourd'hui est un pays tout à fait différent. Les Vietnamiens sont terrifiés par la Chine et ils ont besoin des États-Unis pour les défendre.»

C’est un Vietnam puissant, prospère et indépendant qui sert les intérêts de Washington. En revanche, Hanoï et Pékin ne parviennent pas à résoudre leurs différends relatifs aux revendications territoriales en mer de Chine méridionale.

En effet, le commerce bilatéral entre les États-Unis et le Vietnam est passé de 451 millions de dollars en 1995 à plus de 90 milliards de dollars en 2020. La même année, les exportations de produits américains vers le Vietnam représentaient plus de 10 milliards de dollars alors que les importations s'élevaient à 79,6 milliards de dollars. En 2019, les investissements américains au Vietnam se sont chiffrés à 2,6 milliards de dollars.

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Sur cette photo prise le 31 mai 2017, les forces de sécurité afghanes se tiennent sur les lieux d'une explosion meurtrière attribuée au réseau Haqqani. (Fichier AP)

 À l'heure où la guerre en Afghanistan s'achève et où les talibans poursuivent leurs discussions avec les pays de la région pour normaliser les relations diplomatiques, on peut tirer des enseignements de l'évolution des relations américano-vietnamiennes, qui sont passées de l'inimitié à un partenariat florissant.

Il convient de se demander si l'effet de levier économique associé aux intérêts communs en matière de sécurité et à une diplomatie avisée ne permettrait pas de réaliser en Afghanistan ce que n'ont pas suffi à accomplir les milliards de dollars dépensés pour bâtir une force de défense calquée sur le modèle des armées occidentales.

En outre, les talibans n'ont pas hésité à signaler qu'ils étaient disposés à nouer des relations diplomatiques avec les puissances régionales, notamment la Chine, les pays arabes du Golfe, la Turquie ou encore l'Inde.

L'objectif immédiat des États-Unis en termes de sécurité consiste à empêcher Al-Qaïda et Daech d'établir une base d'opérations d'où ils pourraient mener des attaques terroristes de portée internationale. Pour y parvenir, il incombe aux États-Unis de faire appel à tous les moyens dont ils disposent: le soft power, la diplomatie et les incitations économiques.

Lors de la défaite des Américains, en 1975, on craignait par-dessus tout que la victoire des communistes ne provoque au Sud-Vietnam un «effet domino» entraînant sur son passage la chute des gouvernements des pays d'Asie du Sud-Est alliés aux États-Unis. Mais ce scénario est resté sans suite.

Le tournant spectaculaire qu'ont pris les relations américano-vietnamiennes laisse entrevoir une lueur d'espoir pour l'Afghanistan, non sans faire naître quelques réticences.

«Les États-Unis sont restés en Afghanistan pour deux raisons: tout d'abord pour empêcher que le terrorisme transnational ne trouve un nouveau terrain d'action; en second lieu, pour prévenir une déstabilisation en Asie du Sud. Ces deux motifs étaient des intérêts américains légitimes», explique James Carafano.

«Nous ne possédons à l'heure actuelle aucune présence, aucune idée quant au statut des terroristes et aucune force de dissuasion contre les acteurs impliqués dans la région. Nos alliés ne nous font plus confiance.»

Au sujet de l'avenir, Carafano estime que «les talibans sont loin de traverser l'évolution qu'a connue l'Allemagne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Il est illusoire de supposer qu’ils vont devenir une entité normalisée et former un gouvernement. Les membres de Daech sont des idiots utiles et incapables de menacer quiconque. Ils ne posent pas une menace pour nous, mais pour les talibans».

«Les talibans vont-ils se dissocier du réseau Haqqani et d'Al-Qaïda? Certainement pas. Les talibans ne prévoient pas de perpétrer de nouveaux attentats comme ceux du 11-Septembre, mais Al-Qaïda et Haqqani le feront certainement.»

Force est de constater que le partenariat tribal qui unit depuis longtemps le réseau Haqqani (partie intégrante des Talibans) et Al-Qaïda gênera considérablement la capacité ou la volonté des talibans à freiner le retour en force du groupe terroriste international.

À l'heure actuelle, les talibans font passer un grand nombre de messages positifs. Leurs dirigeants ont affirmé qu’ils entendaient privilégier une vision nationaliste plutôt que transnationale.

Il faudra toutefois attendre pour savoir si ce groupe parviendra à privilégier les intérêts de l'État, qui requièrent un financement extérieur et une expertise technique considérables, au détriment d’une vision «révolutionnaire» délirante qui entraînerait l’horreur.

«La défaite militaire des États-Unis au Vietnam ne s'est pas soldée par une défaite stratégique des États-Unis et du bloc anticommuniste dans le monde», explique James Carafano à Arab News.

«Les administrations républicaines et démocrates ont toutes deux adopté une série de mesures qui visent à raffermir l'engagement de Washington en faveur d'un partenariat en matière de sécurité avec le Vietnam. Fait autrefois impensable, les porte-avions de la marine américaine accostent aujourd’hui dans les ports vietnamiens.»

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La vice-présidente américaine, Kamala Harris, s'entretient avec le Premier ministre vietnamien, Pham Minh Chinh, à Hanoï, le 25 août 2021. (Reuters/Evelyn Hockstein/Pool)

«Reste à savoir si les États-Unis et l'Afghanistan tenu par les talibans parviendront à mettre en place un dispositif de sécurité qui repose sur une perception commune des menaces», ajoute-t-il.

«La Chine et la Russie nous montrent déjà qu'elles sont désireuses de jouer un rôle plus actif en Afghanistan dans le sillage du retrait des troupes américaines. Toutefois, ces deux pays s'engageront probablement avec prudence dans ce pays. Les deux puissances ont tout intérêt à remporter la victoire en Afghanistan sans devoir livrer bataille; mais elles prendront tout leur temps.»

Que ce soit au Vietnam ou en Afghanistan, le temps est le facteur décisif qui a provoqué la défaite militaire de l'Amérique face aux insurgés. Cependant, c'est le temps qui s'est écoulé depuis la guerre du Vietnam qui a fait des adversaires d'hier les amis d'aujourd'hui; ce qui les unit, ce sont les menaces et les intérêts communs.

La question est de savoir si les décideurs américains ont tiré des enseignements de ces deux retraits honteux pour éviter de subir une troisième humiliation. Dans le cas du Vietnam, les États-Unis sont parvenus à tirer une certaine victoire diplomatique de la défaite militaire qu'ils ont essuyée. En Afghanistan, tout dépendra de la capacité et de la volonté des dirigeants talibans de rompre définitivement avec le passé.

 

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Rubio affirme que les Etats-Unis doivent "réexaminer" leurs relations avec l'Otan

Donald Trump a qualifié l’alliance de l’OTAN de « tigre de papier ». (ARCHIVES/REUTERS)
Donald Trump a qualifié l’alliance de l’OTAN de « tigre de papier ». (ARCHIVES/REUTERS)
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  • Marco Rubio évoque un possible réexamen du rôle des États-Unis dans l’OTAN, après des tensions liées au conflit avec l’Iran et au manque de coopération de certains alliés européens
  • Donald Trump intensifie ses critiques contre l’alliance, remettant en cause l’engagement américain et accusant l’OTAN d’être déséquilibrée au détriment des États-Unis

WASHINGTON: Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a remis en cause comme jamais le lien transatlantique avec l'Otan, déclarant mardi que les Etats-Unis devaient "réexaminer" leurs relations avec l'alliance atlantique militaire une fois la guerre contre l'Iran terminée.

"Je pense qu'il ne fait malheureusement aucun doute qu'une fois ce conflit terminé, nous devrons réexaminer cette relation. Nous devrons réexaminer l'intérêt que présente l'Otan pour notre pays dans le cadre de cette alliance", a déclaré M. Rubio sur la chaîne Fox News, ajoutant qu'il reviendrait au président Donald Trump de trancher cette question.

Les Etats-Unis reprochent à des pays de l'Otan dont la France, l'Espagne et l'Italie de ne pas avoir autorisé le survol de leurs territoires ou d'utiliser les bases américaines pour acheminer des équipements militaires à Israël dans le cadre de la guerre contre l'Iran, déclenchée le 28 février.

Donald Trump avait lui-même déclaré vendredi dernier que les Etats-Unis pourraient ne pas venir en aide à l'Otan en cas de besoin, réitérant ses critiques contre l'Alliance atlantique, lors d'un forum d'affaires à Miami.

"Nous dépensons des centaines de milliards de dollars par an pour l'Otan, des centaines de milliards, pour les protéger, et nous aurions toujours été là pour eux, mais maintenant, au vu de leurs actions, je suppose que nous n'avons plus à l'être, n'est-ce pas ?", a-t-il dit.

Ces dernières semaines, le président américain a multiplié les prises de parole belliqueuses envers l'Otan, la qualifiant notamment sur son réseau Truth Social de "TIGRE DE PAPIER" et de "LACHES". Les Etats-Unis "s'en souviendront", avait-il déjà déclaré en Conseil des ministres.

"Si nous en sommes arrivés au point où l'alliance de l'Otan nous empêche d'utiliser ces bases, où nous ne pouvons en fait plus les utiliser pour défendre les intérêts des Etats-Unis, alors l'Otan est une voie à sens unique", a déclaré M. Rubio.

"L'Otan se résume alors simplement à la présence de nos troupes en Europe pour défendre l'Europe (...) Lorsque nous avons besoin qu'ils nous autorisent à utiliser leurs bases militaires, leur réponse est +non+ ? Alors pourquoi sommes-nous dans l'Otan ? Il faut se poser cette question", a ajouté le chef de la diplomatie américaine.

Il a encore souligné qu'il revenait aux alliés des Etats-Unis de sécuriser le détroit d'Ormuz, bloqué de facto par l'Iran, dont ils dépendent pour leur pétrole.

Parlant de la guerre en Iran, il a indiqué que "nous sommes proches de la ligne d'arrivée" sans donner de calendrier.

Les relations entre les Etats-Unis, qui en sont membre fondateur et principal acteur, et l'Otan traversent depuis le retour au pouvoir du président américain une zone de fortes turbulences, les premiers accusant les Européens de prendre leur sécurité pour argent comptant, les seconds inquiets d'un éventuel désengagement américain.


Trump dit que la guerre sera finie d'ici deux ou trois semaines, Ormuz n'est plus son problème

Le président Donald Trump s’exprime dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche avant de signer un décret, le mardi 31 mars 2026, à Washington. (AP)
Le président Donald Trump s’exprime dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche avant de signer un décret, le mardi 31 mars 2026, à Washington. (AP)
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  • Donald Trump annonce un retrait imminent des États-Unis d’Iran, avec ou sans accord, tout en minimisant l’importance stratégique du détroit d’Ormuz, malgré les tensions persistantes
  • Le conflit s’intensifie : frappes en Iran, menaces contre des entreprises américaines, positions fermes d’Benjamin Netanyahu et exigences de Massoud Pezeshkian, sans signe de désescalade

WASHINGTON: Dans un nouveau revirement dont il est coutumier, Donald Trump a affirmé que les Etats-Unis quitteraient l'Iran "très bientôt", dans "deux ou trois semaines", peu importe qu'un accord soit conclu, et que le détroit d'Ormuz bloqué par la République islamique n'était plus son problème.

Après plus d'un mois de conflit, la guerre au Moyen-Orient, qui ébranle l'économie mondiale et a fait des milliers de morts, ne présente mercredi pas de signe de désescalade, malgré des tractations diplomatiques.

La journée de mardi a été marquée par des frappes tous azimuts sur l'Iran et une mise en garde des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, envers les entreprises américaines du secteur des hautes technologies implantées dans la région.

Le président américain, de son côté, continue de souffler le chaud et le froid: lui qui avait promis lundi d'"anéantir" la stratégique île iranienne de Kharg et d'autres cibles si un accord n'était pas trouvé "rapidement", a fait machine arrière mardi.

"Tout ce que j'ai à faire c'est partir de l'Iran et nous le ferons très bientôt", a ainsi affirmé Donald Trump. Il a ensuite évoqué un délai de "deux, peut-être trois semaines", et finalement peu importe selon lui qu'un accord soit trouvé avec la République islamique: c'est "sans importance".

"Nous partirons très bientôt. Et si la France ou un autre pays veut avoir son pétrole ou son gaz ils iront tout droit dans le détroit d'Ormuz (...) et ils se débrouilleront tout seuls. Je pense que ce sera un endroit très sûr en réalité, mais nous n'avons rien à voir avec ça", a-t-il poursuivi.

- "Espionnage" -

Il avait déjà affirmé mardi matin que les Etats-Unis "ne seraient plus là pour aider" les pays dont l'approvisionnement en pétrole dépend de ce détroit stratégique, bloqué par l'Iran depuis le début du conflit.

La Maison Blanche a en tout cas annoncé que Donald Trump s'adresserait à la nation mercredi soir à 21H00 (01H00 GMT jeudi) pour "donner de nouvelles informations importantes sur l'Iran".

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est quant à lui resté sur une ligne dure: "La campagne n'est pas terminée (...) nous allons continuer d'écraser le régime terroriste, nous renforcerons les zones de sécurité autour de nous et nous atteindrons nos objectifs", a-t-il affirmé lors d'une allocution télévisée.

De son côté, le président iranien Massoud Pezeshkian a réclamé pour mettre fin à la guerre, des "conditions essentielles", en particulier "les garanties nécessaires pour empêcher la répétition de l'agression", le versement de compensations financières et un arrêt des hostilités sur tous les fronts.

En attendant, les Gardiens de la Révolution ont listé dans un communiqué 18 entreprises américaines dont Google, Apple, Meta ou encore Tesla, les accusant d'"espionnage" et menaçant de "destruction" de leurs locaux en représailles à tout nouvel "assassinat" de responsables en Iran.

Le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, a lui affirmé que les prochains jours seraient "décisifs", tout en assurant que les discussions avec l'Iran "se renforcent".

"Je reçois des messages directement de (l'envoyé spécial américain Steve) Witkoff, comme auparavant, et cela ne signifie pas pour autant que nous soyons en négociations", a tempéré le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, sur Al Jazeera.

- "Interdiction de passage" -

Dans la soirée, plusieurs explosions ont été entendues dans le centre de Téhéran et selon les médias iraniens deux gros complexes sidérurgiques ont été frappés. Le gouvernement iranien avait indiqué plus tôt qu'une entreprise pharmaceutique avait été touchée, ainsi qu'une usine de dessalement sur l'île de Qeshm.

L'Union européenne a appelé l'Iran à garantir "la liberté de navigation" dans le détroit d'Ormuz, alors qu'une commission parlementaire iranienne a approuvé un projet visant à imposer des droits de passage aux navires transitant par ce goulet, selon des médias d'Etat. Le texte inclut une "interdiction de passage" pour les Etats-Unis et Israël.

Au Liban, le ministère de la Santé a annoncé tôt dans la nuit mercredi que des frappes israéliennes avaient fait sept morts, cinq à Beyrouth et deux au sud de la capitale.

Un "haut commandant" du Hezbollah ainsi qu'un "terroriste de haut rang" ont été frappés dans la région de Beyrouth, selon l'armée israélienne.

Dans la capitale libanaise, plus d'un millier de personnes fuyant les bombes ont trouvé refuge dans des tentes sous les gradins de la Cité sportive. "Nous vivions comme des rois dans nos maisons. Notre vie est devenue un calvaire", explique Khodr Salem, un commerçant qui se déplace à l'aide d'une béquille.

Le ministre de la Défense israélien, Israël Katz, a déclaré que son pays avait l'intention d'occuper une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée, Beyrouth fustigeant une "nouvelle occupation" du pays.


Liban : dix pays européens et l'UE appellent à garantir la «sécurité» de la Finul 

De la fumée et des débris tourbillonnent sur le site d'une frappe israélienne qui a visé un bâtiment situé à proximité de l'autoroute menant à l'aéroport international de Beyrouth, le 31 mars 2026. (AFP)
De la fumée et des débris tourbillonnent sur le site d'une frappe israélienne qui a visé un bâtiment situé à proximité de l'autoroute menant à l'aéroport international de Beyrouth, le 31 mars 2026. (AFP)
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  • "Nous réaffirmons notre ferme soutien au mandat de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban dans le Sud-Liban et appelons à garantir que les canaux de déconfliction restent ouverts"
  • Un Casque bleu indonésien a été tué dimanche soir dans le sud du pays, victime selon une source sécuritaire de l'ONU à l'AFP, d'un tir d'un char israélien

PARIS: Dix pays européens et l'Union européenne ont appelé mardi dans une déclaration conjointe à garantir la "sécurité et la sûreté" de la force de maintien de la paix de l'ONU Liban, dont trois militaires ont été tués ces derniers jours.

"Nous exigeons de l'ensemble des parties, en toutes circonstances, qu'elles garantissent la sécurité et la sûreté du personnel et des locaux de la Finul", ont affirmé dans cette déclaration les ministres des Affaires étrangères de la Belgique, de Chypre, de la Croatie, de la France, de la Grèce, de l'Italie, de Malte, des Pays-Bas, du Portugal et du Royaume-Uni ainsi que la haute Représentante de l'Union européenne.

"Nous réaffirmons notre ferme soutien au mandat de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban dans le Sud-Liban et appelons à garantir que les canaux de déconfliction restent ouverts", ajoutent les ministres, qui dénoncent des "pertes humaines inacceptables".

Un Casque bleu indonésien a été tué dimanche soir dans le sud du pays, victime selon une source sécuritaire de l'ONU à l'AFP, d'un tir d'un char israélien. Deux autres Casques bleus indonésiens ont été tués le lendemain dans une explosion, qui pourrait être due à une mine, a indiqué la même source à l'AFP.

Le Conseil de sécurité de l'ONU doit tenir mardi une réunion d'urgence après la mort des Casques bleus au Liban.

Dans leur déclaration, les ministres appellent également "Israël à éviter toute nouvelle aggravation du conflit, notamment par le biais d'une opération terrestre sur le territoire libanais" et condamnent "fermement les attaques du Hezbollah menées contre Israël en soutien à l'Iran".

Ils encouragent également le gouvernement libanais "à maintenir son cap en mettant en œuvre des mesures concrètes et irréversibles, à tous les niveaux, afin de rétablir sa souveraineté sur l'ensemble du territoire libanais, notamment concernant le monopole de l'État sur les armes"

La Finul, qui compte près de 8.200 soldats issus de 47 pays, est prise en étau entre Israël et le groupe chiite pro-iranien Hezbollah, qui a entraîné le Liban dans la guerre entre Israël et les Etats-Unis d'une part, et l'Iran d'autre part, à la suite d'une attaque le 2 mars.