La reine Soraya d’Afghanistan : une femme à l’avant-garde

La reine Soraya a usé de son influence en tant que membre de la famille royale pour tenter d’instaurer l’égalité entre hommes et femmes ainsi qu’un accès paritaire à l’éducation. (Getty images/Arab News).
La reine Soraya a usé de son influence en tant que membre de la famille royale pour tenter d’instaurer l’égalité entre hommes et femmes ainsi qu’un accès paritaire à l’éducation. (Getty images/Arab News).
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Publié le Vendredi 11 septembre 2020

La reine Soraya d’Afghanistan : une femme à l’avant-garde

  • Soraya a été la première femme et reine afghane à encourager ses semblables, à les éduquer et à essayer de leur donner des droits
  • La vision de la reine Soraya est toujours présente chez de nombreuses jeunes femmes influentes et restera ancrée chez les générations à venir, si nous continuons à éduquer notre société

LONDRES/KABOUL : Née et morte en exil, Soraya Tarzi a offert aux femmes de son pays, pendant ses dix ans de règne en tant que reine de l’Afghanistan, une fascinante lueur d’espoir, celle d’un avenir émancipé qui, un siècle plus tard, laisse à désirer.

Si elle est peu connue en Occident, où elle a été accueillie par une foule nombreuse lors d’une tournée des capitales européennes en 1927-1928 acclamée, avec son mari, le roi Amanullah Khan, la reine Soraya a pourtant été honorée en début d’année par le magazine Time, dans une série rendant hommage aux pionnières oubliées de l’histoire du monde.

Pendant soixante-douze ans, le Time a désigné l’« homme de l’année », un titre qui a été rebaptisé « personne de l’année » en 1999. Toutefois, pour reconnaître les femmes qu’il avait omises dans le passé, le Time a publié en mars 89 de nouvelles couvertures en ligne mettant en avant des « femmes influentes souvent éclipsées ». Le choix pour l’année 1927 s’est porté sur la reine progressiste d’Afghanistan, qui a été contrainte à l’exil en 1929.

« Soraya a été la première femme et reine afghane à encourager ses semblables, à les éduquer et à essayer de leur donner des droits », a déclaré Shinkai Karokhail, militante pour les droits des femmes, députée et ancienne ambassadrice d’Afghanistan au Canada.

« La reine a entrepris une grande révolution et a réussi à la mettre en œuvre par l’intermédiaire du roi. Elle est apparue en public et a multiplié les voyages pour informer les femmes sur leurs droits et sur l’importance de l’éducation. »

« À cette époque, elle était unique. Une femme solide et exceptionnelle. »

CHRONOLOGIE La reine Soraya

- 24 novembre 1899 : Fille de l’intellectuel afghan exilé Mahmud Tarzi, Soraya Tarzi voit le jour en Syrie.

- Octobre 1901 : Le nouveau roi, Habibullah Khan, invite la famille Tarzi à rentrer en Afghanistan.

- 30 août 1913 : Le fils du roi, le prince Amanullah, et Soraya Tarzi se marient.

- 20 février 1919 : Le prince Amanullah devient roi.

- 3 mai 1919 : Amanullah envahit l’Inde britannique. Cela déclenche la troisième guerre anglo-afghane au terme de laquelle l’indépendance de l’Afghanistan sera prononcée.

- Décembre 1927-juillet 1928 : Le roi Amanullah et la reine Soraya voyagent en Europe.

- 14 novembre 1928-13 octobre 1929 : Guerre civile en Afghanistan.

- 17 janvier 1929 : Le roi Amanullah abdique et s’installe à Rome avec Soraya.

- 25 avril 1960 : Amanullah meurt en Suisse, à l’âge de 67 ans.

- 20 avril 1968 : Soraya meurt à Rome, à l’âge de 68 ans.

Le 7e anniversaire de l’indépendance de l’Afghanistan, en 1926, a été marqué par un discours typiquement provocateur et inspirant, prononcé par Soraya.

L’indépendance appartient « à nous tous », a-t-elle dit. « Êtes-vous vraiment convaincus que notre nation n’a besoin que d’hommes pour la servir ? Les femmes doivent, elles aussi, assumer leur rôle comme dans les toutes premières années de notre nation et de l’islam ... Nous devons tous essayer de nous instruire autant que possible. »

En 1928, après leur tournée européenne, le roi et la reine retournent en Afghanistan, déterminés à moderniser leur pays. Mais, selon Zubair Shafiqi, journaliste et analyste politique basé à Kaboul, ils ont agi trop vite.

 

« Dès leur retour, elle a commencé, avec le roi, à introduire des changements, des réformes et des libertés. Ils avaient, tous les deux, été influencés par ce qu’ils avaient observé en Europe », explique-t-il.

« Ni l’un ni l’autre n’avait bien compris l’Afghanistan. C’était une société traditionnelle et conservatrice. Ils ont agi avec précipitation, ce qui a provoqué la colère du peuple et a finalement conduit à la révolte. »

En 1929, après une année de guerre civile, le roi Amanullah abdique et s’enfuit avec la reine en Inde britannique.

Le roi est considéré comme un grand réformateur, mais Soraya a été le vrai moteur de son programme.

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Exilée d’Afghanistan en 1881 à la suite de la montée au pouvoir d’Abdur Rahman Khan, sa famille s’était installée à Damas. C’est là que Soraya est née, le 24 novembre 1899. De son père, Mahmud Tarzi, elle a hérité la pensée progressiste.

Tarzi était un intellectuel afghan. Son idéologie libérale et nationaliste ne convenait pas à Khan, désigné roi par les Britanniques en 1880, après la défaite de son prédécesseur lors de la seconde guerre anglo-afghane.

Exilé, Tarzi a multiplié les voyages en Europe. Cette ouverture ainsi que la vie en Turquie avaient élargi ses horizons et il était déterminé à faire de même pour son pays. Sa chance s’est présentée en 1901 avec la mort de Khan et l’accession au trône de son fils aîné, Habibullah Khan. Ce dernier a invité Tarzi et d’autres intellectuels exilés à rentrer en Afghanistan.

Tarzi, devenu alors membre du gouvernement, se lance dans un ambitieux programme de modernisation. Sa fille Soraya, quant à elle, tombe amoureuse d’Amanullah Khan, le fils du roi. Le 30 août 1913, ils se marient.

Le 20 février 1919, Habibullah Khan est assassiné. Après une brève dispute familiale, le prince Amanullah revendique le trône. C’est ainsi que Soraya devient reine, et son père, le réformateur Mahmoud Tarzi, ministre des Affaires étrangères.

Les évènements se précipitent alors : le 3 mai 1919, le roi Amanullah, déterminé à poursuivre la politique nationaliste prônée par Tarzi, prend la décision audacieuse d’envahir l’Inde britannique.

La troisième guerre anglo-afghane, mieux connue en Afghanistan sous le nom de « guerre d’Indépendance », s’est achevée en août de la même année. La Grande-Bretagne, affaiblie par la Première Guerre mondiale, n’a pas les troupes et le matériel suffisants et accepte un armistice. C’est à Kaboul, le 22 novembre 1921, que Tarzi et Henry Dobbs, chef de la mission britannique, signent un traité engageant les deux nations à « respecter tous les droits d’indépendance interne et externe de l’autre ».

L’Afghanistan s’est enfin libéré des chaînes de l’impérialisme britannique. Tarzi ouvre alors des ambassades dans plusieurs capitales européennes et, avec le soutien enthousiaste du roi et de la reine, poursuit la modernisation de son pays.

Comme le rappelle l’hommage rendu par le Time en mars, « malgré l’opposition », le roi et la reine « ont fait campagne contre la polygamie et le voile, et ont mis en œuvre leurs convictions ». Les traditions de prendre plusieurs femmes et de maintenir un harem ont été bannies par le roi. Tandis que la reine, « une fervente partisane des droits des femmes et de l’éducation […] était célèbre pour enlever son voile en public ».

À Kaboul en 1921, la première école primaire pour filles, l’école Masturat, ouvre, sous le patronage de la reine Soraya, qui en 1926 est nommée ministre de l’Éducation. D’autres ouvertures d’écoles suivent, et, en 1928, 15 élèves de la Masturat Middle School, issues de familles importantes de Kaboul, vont poursuivre leurs études en Turquie.

C’était une décision pour le moins provocatrice.

En 2011, dans un essai de Jennifer Heath et Ashraf Zahedi, Land of the Unconquerable: The Lives of Contemporary Afghan Women, Shireen Khan Burki écrit : « Envoyer les jeunes filles non mariées à l’étranger a suscité l’inquiétude dans de nombreux milieux. C’était un signe de plus que l’État, dans ses efforts d’occidentalisation, était prêt à repousser les normes sociales et culturelles. »

Les politiques du roi en matière de parité hommes-femmes « étaient totalement détachées des réalités sociales de son pays extrêmement conservateur, essentiellement tribal et géographiquement éloigné ».

En décembre 1927, une goutte d’eau fait déborder le vase, lorsque le roi et la reine partent pour une luxueuse tournée de six mois dans les capitales européennes.

En Angleterre, ils sont accueillis par le prince de Galles puis conduits à Londres, à la gare Victoria, en train royal, où les attendent le roi George et la reine Mary. Les couples royaux se rendent ensuite en calèche ouverte au palais de Buckingham, acclamés par la foule dans les rues.

Ils sont chaleureusement accueillis dans d’autres capitales européennes dont Moscou, une étape particulièrement politique pour le roi et la reine car la Russie est alors considérée par les Britanniques comme un tampon contre les ambitions soviétiques dans la région.

Selon Mariam Wardak, analyste et militante pour l’intégration des femmes en Afghanistan, qui a cofondé Her Afghanistan, une organisation dédiée à la promotion des jeunes femmes afghanes, « à leur retour en Afghanistan en juillet 1928, il apparait très rapidement que la grande tournée européenne a été une terrible erreur. En quelques mois, les progrès que Soraya avait réalisés ont été balayés ».

Alors que le roi tente d’apaiser ses opposants, « les écoles laïques, y compris les écoles de filles, sont fermées. Les lois sur la famille qui interdisent la polygamie et accordent aux femmes le droit au divorce sont abrogées, et les tribunaux laïcs sont dissous et transformés en tribunaux de la charia ».

En vain. En novembre 1928, l’Afghanistan plonge dans la guerre civile, et des forces d’opposition, menées par Habibullah Kalakani, le soi-disant roi des bandits, s’organisent. En janvier 1929, Amanullah abdique et quitte le pays.

Kalakani occupe alors le pouvoir pendant à peine dix mois. Le 13 octobre 1929, il est renversé et exécuté par Nadir Shah qui s’installe comme nouveau roi, avec le soutien des Britanniques.

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Le couple royal inspecte une garde d’honneur militaire à Paris. (Images Getty)

Aujourd’hui encore, de nombreux Afghans pensent que le gouvernement britannique a joué un rôle dans le renversement d’Amanullah et que, pour saboter son règne, il a monté une campagne secrète de rumeurs contre sa femme.

« En accompagnant le roi Amanullah lors de ses voyages à l’étranger, la reine incarnait la jeunesse et la modernité de l’Afghanistan et la nouvelle ère que le couple voulait développer et consolider, explique l’historien Habibullah Rafi. Cependant, notre ennemi malveillant, l’empire britannique à l’époque, qui avait échoué en Afghanistan, a voulu venger sa défaite. C’est ainsi qu’il a commencé à répandre des rumeurs sur les objectifs de reine, afin de bloquer le progrès dans le pays ».

Rafi raconte que les Britanniques ont distribué des photographies montrant la reine à l’étranger avec les jambes nues. C’était un tableau choquant pour beaucoup de gens au pays. « La Grande-Bretagne, poursuit Rafi, ne pouvait pas se permettre de voir un Afghanistan libre et prospère, car l’Inde, qu’elle occupait, aurait été inspirée par notre liberté et notre progrès et se serait également révoltée. C’est pourquoi la Grande-Bretagne a fait tout son possible pour saper le gouvernement de l’époque, et surtout la reine. »

Les documents de l’ancien cabinet secret consultés par Arab News révèlent que la Grande-Bretagne, qu’elle soit ou non à l’origine d’une campagne de coup bas contre Amanullah et sa femme, a toutefois soutenu avec enthousiasme Mohammed Nadir Shah, le successeur d’Amanullah au poste de roi.

Les Britanniques se préoccupaient principalement de protéger l’Inde, le joyau de la couronne de l’Empire. Pour eux, elle était menacée par les relations de plus en plus étroites d’Amanullah avec l’Union soviétique. À la grande inquiétude des Britanniques, Amanullah avait signé, en mai 1921, un traité d’amitié avec les Soviétiques.

En 1932, le successeur d’Amanullah demande aux Britanniques l’assurance qu’ils l’aideront à faire face à une éventuelle invasion soviétique. Le paragraphe d’un télégramme que le gouvernement britannique de l’Inde a envoyé à Londres le 10 septembre 1932 confirme l’ingérence de l’Empire dans les affaires intérieures de l’Afghanistan.

Dans ce télégramme il est écrit : « Le gouvernement afghan est conscient que sa position interne est instable en raison de la propagande pro-Amanullah et de l’aide que nous accordons à Nadir pour l’aider à accéder au trône. »

Le roi Amanullah et la reine Soraya s’exilent à Rome, en Italie, où ils finiront leurs jours. Amanullah décède en avril 1960. Son épouse meurt huit ans plus tard, en avril 1960, à l’âge de 68 ans. Une escorte militaire accompagne son cercueil jusqu’à l’aéroport de Rome. En Afghanistan, on lui fera des funérailles nationales.

Aujourd’hui, le roi et la reine reposent à côté de l’émir Habibullah dans le mausolée de la famille, situé dans les jardins de Shaheed, à Jalalabad.

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Aujourd’hui près de 60% des quelques 3 millions d’enfants afghans non scolarisés âgés de 7 à 15, sont des filles. (Photo d’archives AFP).

Le 11 octobre marque la Journée internationale de la fille, organisée pour sensibiliser aux obstacles auxquels elles sont confrontées partout dans le monde. Cette année, l’organisation Education Cannot Wait (ECW), créée lors du Sommet humanitaire mondial de 2016, souligne ces obstacles en se concentrant sur le sort des filles en Afghanistan.

L’association explique : « Le conflit de plus de trois décennies a dévasté le système éducatif afghan et l’école primaire reste un rêve lointain pour de nombreux enfants, en particulier dans les zones rurales. »

Selon ECW, entre 3,2 et 3,7 millions d’enfants âgés de 7 à 15 ans, dont 60 % de filles, ne sont pas scolarisés aujourd’hui en Afghanistan, alors que le taux d’abandon d’études reste élevé.

Quatre-vingt-dix ans se sont écoulés depuis que Soraya a essayé de libérer les jeunes filles et les femmes afghanes. Une tentative qui a pris fin dans la révolte et le retour à un système de répression traditionnaliste. Elle serait certainement triste aujourd’hui de voir le peu de progrès réalisés dans son pays par la suite.

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90 ans après, la reine Soraya serait triste de savoir combien très peu de choses ont change en matière d’émancipation féminine. (Photo d'archives AFP).

Wardak, qui lutte pour l’intégration des femmes en Afghanistan, déclare : « J’admire les efforts de la reine Soraya, mais je crois qu’elle aurait pu être plus efficace si elle avait adopté une approche plus subtile sur la manière de faire progresser les droits des femmes. »

« Aujourd’hui, nous luttons pour imposer de nombreux droits pour les femmes, le mariage des mineures existe toujours et le système de dot n’a pas été supprimé. »

Néanmoins, Wardak l’affirme : « Je crois que la vision de la reine Soraya est toujours présente chez de nombreuses jeunes femmes influentes et restera ancrée dans les générations à venir, si nous continuons à éduquer notre société. L’éducation est la clé. »

Twitter: @JonathanGornall // Twitter: @sayedsalahuddin


Iran: Trump fait soudain miroiter une fin du conflit et un «changement de régime»

Donald Trump, ravissant les marchés et prenant de court la communauté internationale, a annoncé lundi que les Etats-Unis négociaient la fin des hostilités avec des responsables iraniens non identifiés, parmi lesquels il espère trouver un futur dirigeant compatible avec Washington. (AFP)
Donald Trump, ravissant les marchés et prenant de court la communauté internationale, a annoncé lundi que les Etats-Unis négociaient la fin des hostilités avec des responsables iraniens non identifiés, parmi lesquels il espère trouver un futur dirigeant compatible avec Washington. (AFP)
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  • Des médias iraniens, citant le ministère des Affaires étrangères, ont démenti lundi l'existence de négociations entre Washington et la République islamique
  • Donald Trump a précisé dans son message sur Truth Social que les discussions "continueraient cette semaine" et a surtout fait part d'un report "de cinq jours" de toute frappe sur des centrales électriques ou des infrastructures énergétiques en Iran

PALM BEACH: Donald Trump, ravissant les marchés et prenant de court la communauté internationale, a annoncé lundi que les Etats-Unis négociaient la fin des hostilités avec des responsables iraniens non identifiés, parmi lesquels il espère trouver un futur dirigeant compatible avec Washington.

Le président américain a parlé sur son réseau Truth Social de "très bonnes et productives discussions pour une cessation totale" des hostilités.

Interrogé par téléphone par l'AFP, il a assuré peu après que "tout se passait très bien" avec Téhéran.

Des médias iraniens, citant le ministère des Affaires étrangères, ont démenti lundi l'existence de négociations entre Washington et la République islamique.

Donald Trump a précisé dans son message sur Truth Social que les discussions "continueraient cette semaine" et a surtout fait part d'un report "de cinq jours" de toute frappe sur des centrales électriques ou des infrastructures énergétiques en Iran.

Khamenei "indisponible" 

Après cette volte-face, il a longuement parlé aux journalistes avant de quitter la Floride pour un déplacement rapide à Memphis (sud), mais ses propos ont suscité plus de questions qu'ils n'ont apporté d'éclaircissements.

Il a évoqué des "points d'accord majeurs" lors de négociations menées sans le nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, qu'il a dit être "indisponible".

"Nous négocions avec des gens que je trouve très raisonnables, très solides (...) Ils sont très respectés et peut-être que l'un d’entre eux sera celui que nous cherchons", a-t-il dit.

"Il y a automatiquement un changement de régime" parce que "tous les représentants du régime ont été tués", a encore déclaré le président américain lors de ce dialogue au pied de l'avion.

Le milliardaire, comme souvent quand il évoque l'Iran, a donné l'exemple du Venezuela, où les Etats-Unis ont capturé l'ancien dirigeant Nicolas Maduro et traitent depuis avec l’ancienne vice-présidente Delcy Rodriguez, qu'il présente régulièrement comme une interlocutrice "formidable".

Uranium enrichi 

Le républicain, coutumier des déclarations contradictoires, a aussi menacé de "continuer à bombarder allègrement" l'Iran si les discussions échouaient, et dit qu'il ne "garantissait rien" quant à une fin des hostilités, débutées le 28 février par des frappes israélo-américaines, suivies de ripostes iraniennes.

"Nous voulons l'uranium enrichi" des Iraniens, a aussi déclaré Donald Trump, mais sans préciser comment il comptait en prendre possession.

Son message sur Truth Social, écrit intégralement en lettres capitales, a eu au moins un effet immédiat, celui de faire baisser le cours du pétrole et grimper les marchés.

"JE SUIS CONTENT DE RAPPORTER QUE LES ETATS-UNIS D'AMERIQUE ET LE PAYS DE L'IRAN ONT EU, CES DEUX DERNIERS JOURS, DE TRES BONNES ET PRODUCTIVES DISCUSSIONS POUR UNE CESSATION TOTALE ET COMPLETE DE NOS HOSTILITES AU MOYEN-ORIENT", a annoncé Donald Trump sur sa plate-forme.

Il avait donné samedi à l'Iran un ultimatum de 48 heures pour rouvrir le détroit d'Ormuz avant de frapper les infrastructures énergétiques iraniennes, et n'avait pas fait état récemment de négociations.

Mines 

Il a précisé que le moratoire de cinq jours sur des frappes sur les sites énergétiques dépendait "DU SUCCES DES REUNIONS ET DES DISCUSSIONS EN COURS", en concluant son annonce par sa formule habituelle: "MERCI DE VOTRE ATTENTION".

Les dernières annonces venues auparavant du Moyen-Orient ne laissaient pas présager d'un apaisement.

Défiant l'ultimatum émis samedi par le président américain, l'Iran a menacé lundi de poser des mines navales dans le Golfe.

Tôt lundi, l'armée israélienne a elle annoncé mener "une large vague d'attaques" à Téhéran, où des agences iraniennes ont signalé des explosions. D'après Fars, les frappes ont touché le nord, le centre, l'est et l'ouest de la capitale.


L'eau, enjeu dangereux de la guerre au Moyen-Orient

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  • Dans le viseur de Téhéran désormais: les usines de dessalement d'eau dans la région.
  • "Le premier qui ose s'attaquer à l'eau déclenche une guerre qui est bien plus faramineuse que celle qu'on a aujourd'hui", prévient l'économiste de l'eau Esther Crauser-Delbourg

PARIS: Les attaques contre l'eau sont peu fréquentes en temps de guerre mais elles ont fait leur apparition dans le conflit au Moyen-Orient avec notamment des frappes sur des usines de dessalement d'eau de mer, un secteur vital pour des millions d'habitants dans la région.

Après un ultimatum de Donald Trump, menaçant de détruire les centrales électriques iraniennes si Téhéran ne rouvrait pas rapidement le détroit d'Ormuz, l'Iran a fait monter les enchères. Dans son viseur désormais: les usines de dessalement d'eau dans la région.

"Le premier qui ose s'attaquer à l'eau déclenche une guerre qui est bien plus faramineuse que celle qu'on a aujourd'hui", prévient l'économiste de l'eau Esther Crauser-Delbourg, interrogée début mars par l'AFP.

Quelles infrastructures ont été touchées?

En Iran, les installations liées à la gestion de l'eau ont subi d'importants dégâts à la suite des frappes américano-israéliennes, selon le gouvernement.

"Des dizaines d'installations de transmission et de traitement de l'eau" ont été visées lors de ces attaques qui ont "détruit des parties des réseaux d'approvisionnement critiques", a détaillé dimanche le ministre de l'énergie, Abbas Aliabadi.

A Bahreïn, c'est une station de dessalement de l'eau de mer qui a été endommagée le 8 mars par une attaque de drones de Téhéran, menée en riposte à une attaque attribuée aux Etats-Unis contre une usine de désalinisation iranienne.

L'eau désalinisée, pourquoi c'est important?

Dans une région parmi les plus arides du monde où la disponibilité de l'eau est dix fois inférieure à la moyenne mondiale selon la Banque mondiale, les usines de désalinisation ont un rôle vital pour l'économie et la consommation d'eau potable de ses millions d'habitants.

Environ 42% de la capacité mondiale de dessalement est présente au Moyen-Orient, montre une récente étude publiée dans la revue Nature. Aux Emirats arabes unis, 42% de l'eau potable provient de ces usines, 90% au Koweït, 86% à Oman et 70% en Arabie saoudite, détaille une note de l'Institut français des relations internationales (Ifri) de 2022.

"Là-bas, sans eau désalinisée, il n'y a rien", résume Esther Crauser-Delbourg. Cela est particulièrement stratégique dans les grandes métropoles comme Dubaï et Ryad.

Déjà en 2010, une note d'analyse de la CIA affirmait que "la perturbation des installations de dessalement dans la plupart des pays arabes pourrait avoir des conséquences plus graves que la perte de toute autre industrie ou matière première".

Et en 2008, le site Wikileaks révélait un câble diplomatique américain disant que "Ryad devrait évacuer dans un délai d'une semaine", dans le cas où l'usine de désalinisation de Jubail qui l'alimente, ou ses oléoducs, étaient "gravement endommagés ou détruits".

Quelles menaces pèsent sur elles?

Outre les frappes, ces usines sont vulnérables aux coupures du courant qui les alimente et à d'éventuelles contaminations de l'eau de mer, notamment de marées noires, affirment plusieurs connaisseurs.

"On a renforcé la sécurité d'accès, les contrôles dans le périmètre immédiat des usines", détaille Philippe Bourdeaux, directeur de la zone déléguée Afrique/Moyen-Orient de l'entreprise française Veolia, qui alimente en eau désalinisée les régions de Mascate, Sour, et Salalah, à Oman, et de Jubail en Arabie saoudite.

"Les récents événements nous poussent bien sûr à être très attentifs. Nous suivons de très près la situation des installations", ajoute-t-il, précisant que "dans certains pays, les autorités ont mis des batteries de missiles autour des plus grosses usines, contre la menace drone ou missile".

Pour les marées noires, les opérateurs disposent d'outils pour en diminuer les nuisances.

Quels sont les précédents?

Quelques attaques contre des usines de désalinisation se sont produites au cours des dix dernières années: le Yémen et l'Arabie saoudite se sont mutuellement attaqués, et Gaza a subi des frappes israéliennes, rapporte le groupe de réflexion californien Pacific Institute qui tient un registre des conflits liés à l'eau.

Avant 2016, il faut remonter à 1991 et la guerre du Golfe pour voir de telles attaques.

Quels effets en cas d'attaque?

Ils peuvent aller de perturbations ponctuelles à des conséquences beaucoup plus lourdes si la situation dure.

"On va potentiellement voir des grandes villes en exode. Et puis des rationnements", imagine Esther Crauser-Delbourg, avec des effets en chaîne sur l'économie: tourisme, industrie, et centres de données, très consommateurs d'eau pour être rafraichis.

Des garde-fous existent, tempère Philippe Bourdeaux de Veolia: les usines de désalinisation sont souvent interconnectées, ce qui peut limiter les conséquences de l'arrêt d'une seule usine, détaille-t-il.

Il ajoute qu'elles ont en général plusieurs jours, de deux à sept, de consommation en réserve, de quoi contenir les pénuries tant que les pannes ne durent pas trop longtemps.

 


Israël frappe Téhéran, l'AIE met en garde contre une grave crise de l'énergie

Tôt lundi, l'armée israélienne a annoncé mener "une large vague d'attaques" à Téhéran, où des agences iraniennes ont signalé des explosions. (AFP)
Tôt lundi, l'armée israélienne a annoncé mener "une large vague d'attaques" à Téhéran, où des agences iraniennes ont signalé des explosions. (AFP)
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  • La crise se cristallise autour du détroit d'Ormuz, stratégique pour l'approvisionnement mondial en hydrocarbures.
  • Donald Trump a lancé un ultimatum à l'Iran, qui le bloque quasi intégralement: si Téhéran ne le rouvre pas d'ici la nuit prochaine - 23H44 GMT lundi, selon l'heure de son message sur Truth Social - les Etats-Unis "anéantiront" les centrales électriques

TEHERAN: La guerre au Moyen-Orient pourrait provoquer la crise mondiale de l'énergie la plus grave de ces dernières décennies, a prévenu l'Agence internationale de l'énergie (AIE), alors qu'Israël a dit s'attendre à "plusieurs semaines de combats" et a frappé de nouveau Téhéran lundi matin.

La crise se cristallise autour du détroit d'Ormuz, stratégique pour l'approvisionnement mondial en hydrocarbures. Donald Trump a lancé un ultimatum à l'Iran, qui le bloque quasi intégralement: si Téhéran ne le rouvre pas d'ici la nuit prochaine - 23H44 GMT lundi, selon l'heure de son message sur Truth Social - les Etats-Unis "anéantiront" les centrales électriques iraniennes.

En réponse, Téhéran a menacé de fermer complètement le détroit et cibler "toutes les infrastructures énergétiques, de technologie de l'information et de dessalement d'eau appartenant aux Etats-Unis", a prévenu l'armée iranienne, selon l'agence Fars.

La crise de l'énergie a fait réagir le directeur de l'AIE, Fatih Birol, depuis l'Australie. Selon lui, "à ce jour, nous avons perdu 11 millions de barils par jour, soit plus que les deux crises pétrolières majeures réunies" des années 1970.

Dans les faits, le détroit d'Ormuz est quasiment fermé depuis le début de la guerre, le transit de marchandises s'y étant effondré de 95%, selon la société d'analyse Kpler. Seul un petit nombre de cargos et de pétroliers ont réussi à le franchir. Or, d'ordinaire, 20% de la production mondiale d'hydrocarbures y transite.

"Aucun pays ne sera immunisé contre les effets de cette crise si elle continue dans cette voie. Il est donc nécessaire de mener une action à l'échelle mondiale", a lancé M. Birol, évoquant une "menace majeure" pour l'économie de la planète.

Dans l'espoir d'endiguer la flambée de l'or noir, les Etats-Unis ont même autorisé vendredi pour un mois la vente et la livraison du pétrole iranien se trouvant sur des navires. Mais Téhéran a affirmé n'avoir aucun surplus de pétrole brut en mer.

Outre le blocage du détroit et le fait que Téhéran vise des navires croisant le Golfe, nombre de sites énergétiques des pays du Golfe sont sous le feu de l'Iran. D'après le chef de l'AIE, au moins 40 infrastructures énergétiques sont "gravement ou très gravement endommagées" dans neuf pays du fait de la guerre lancée le 28 février par les frappes américano-israéliennes contre l'Iran.

Nouvelles attaques à Téhéran 

Tôt lundi, l'armée israélienne a annoncé mener "une large vague d'attaques" à Téhéran, où des agences iraniennes ont signalé des explosions. D'après Fars, les frappes ont touché le nord, le centre, l'est et l'ouest de la capitale. Un épais panache de fumée noire se dégage toujours dans le ciel d'au moins un point plus d'une heure après l'explosion, a constaté un journaliste de l'AFP.

A Bandar Abbas, dans le sud du pays, l'attaque d'un transmetteur radio "par l'armée terroriste américano-sioniste" a par ailleurs fait un mort et un blessé, a rapporté dans la nuit la radio-télévision publique iranienne Irib.

Dans la capitale iranienne, l'angoisse domine. "La seule chose commune que nous ressentons dans cette période est l'incertitude sur l'issue" de cette guerre, a décrit Shiva, Téhéranaise de 31 ans.

La nuit a aussi été le théâtre d'attaques dans plusieurs pays du Golfe.

Le ministère de la Défense des Emirats arabes unis a dit répondre à une attaque de missiles et de drones en provenance d'Iran. Deux missiles et un drone ont aussi visé l'Arabie saoudite, selon le gouvernement, tandis que le Bahreïn a fait sonner l'alerte, d'après son ministère de l'Intérieur.

Si Washington entretient le flou sur la fin de ses opérations militaires, entrées dans leur quatrième semaine, Israël a indiqué dimanche se préparer à "encore plusieurs semaines de combats contre l'Iran et le Hezbollah" pro-iranien au Liban.

L'armée israélienne compte "intensifier les opérations terrestres ciblées et les frappes" au Liban pour repousser le Hezbollah "loin de la frontière", a indiqué son chef d'état-major, le lieutenant-général Eyal Zamir.

Dimanche, elle avait détruit un pont stratégique dans le sud du Liban, utilisé selon elle par le Hezbollah. Des images de l'AFP ont montré de la fumée s'élever après l'attaque contre le pont de Qasmiyeh, situé sur la principale route côtière reliant la région de Tyr au reste du pays.

Le président libanais Joseph Aoun a estimé qu'il s'agissait d'un "prélude à une invasion terrestre" et dénoncé "une escalade dangereuse et une violation flagrante de la souveraineté du Liban", où la guerre a fait plus d'un millier de morts et plus d'un million de déplacés.

Inquiétude sur le nucléaire 

Si Israël et les Etats-Unis affirment avoir fortement affaibli le pouvoir iranien depuis le lancement de leur offensive le 28 février, Téhéran poursuit ses attaques et ses menaces.

La préoccupation grandissante concerne les attaques ciblant des sites nucléaires.

Samedi soir, deux frappes iraniennes particulièrement destructrices ont fait plus d'une centaine de blessés dans le sud d'Israël. Un des missiles a touché une zone résidentielle à quelques kilomètres d'un centre stratégique de recherche nucléaire à Dimona, site ultra-secret.

"Nous pensions que nous étions en sécurité. Nous ne nous attendions pas à ça", a déclaré à l'AFP Galit Amir, soignant de Dimona, âgé de 50 ans.

Le directeur de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus a appelé "urgemment toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue militaire et à éviter toute action susceptible de déclencher des incidents nucléaires".