La reine Soraya d’Afghanistan : une femme à l’avant-garde

La reine Soraya a usé de son influence en tant que membre de la famille royale pour tenter d’instaurer l’égalité entre hommes et femmes ainsi qu’un accès paritaire à l’éducation. (Getty images/Arab News).
La reine Soraya a usé de son influence en tant que membre de la famille royale pour tenter d’instaurer l’égalité entre hommes et femmes ainsi qu’un accès paritaire à l’éducation. (Getty images/Arab News).
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Publié le Vendredi 11 septembre 2020

La reine Soraya d’Afghanistan : une femme à l’avant-garde

  • Soraya a été la première femme et reine afghane à encourager ses semblables, à les éduquer et à essayer de leur donner des droits
  • La vision de la reine Soraya est toujours présente chez de nombreuses jeunes femmes influentes et restera ancrée chez les générations à venir, si nous continuons à éduquer notre société

LONDRES/KABOUL : Née et morte en exil, Soraya Tarzi a offert aux femmes de son pays, pendant ses dix ans de règne en tant que reine de l’Afghanistan, une fascinante lueur d’espoir, celle d’un avenir émancipé qui, un siècle plus tard, laisse à désirer.

Si elle est peu connue en Occident, où elle a été accueillie par une foule nombreuse lors d’une tournée des capitales européennes en 1927-1928 acclamée, avec son mari, le roi Amanullah Khan, la reine Soraya a pourtant été honorée en début d’année par le magazine Time, dans une série rendant hommage aux pionnières oubliées de l’histoire du monde.

Pendant soixante-douze ans, le Time a désigné l’« homme de l’année », un titre qui a été rebaptisé « personne de l’année » en 1999. Toutefois, pour reconnaître les femmes qu’il avait omises dans le passé, le Time a publié en mars 89 de nouvelles couvertures en ligne mettant en avant des « femmes influentes souvent éclipsées ». Le choix pour l’année 1927 s’est porté sur la reine progressiste d’Afghanistan, qui a été contrainte à l’exil en 1929.

« Soraya a été la première femme et reine afghane à encourager ses semblables, à les éduquer et à essayer de leur donner des droits », a déclaré Shinkai Karokhail, militante pour les droits des femmes, députée et ancienne ambassadrice d’Afghanistan au Canada.

« La reine a entrepris une grande révolution et a réussi à la mettre en œuvre par l’intermédiaire du roi. Elle est apparue en public et a multiplié les voyages pour informer les femmes sur leurs droits et sur l’importance de l’éducation. »

« À cette époque, elle était unique. Une femme solide et exceptionnelle. »

CHRONOLOGIE La reine Soraya

- 24 novembre 1899 : Fille de l’intellectuel afghan exilé Mahmud Tarzi, Soraya Tarzi voit le jour en Syrie.

- Octobre 1901 : Le nouveau roi, Habibullah Khan, invite la famille Tarzi à rentrer en Afghanistan.

- 30 août 1913 : Le fils du roi, le prince Amanullah, et Soraya Tarzi se marient.

- 20 février 1919 : Le prince Amanullah devient roi.

- 3 mai 1919 : Amanullah envahit l’Inde britannique. Cela déclenche la troisième guerre anglo-afghane au terme de laquelle l’indépendance de l’Afghanistan sera prononcée.

- Décembre 1927-juillet 1928 : Le roi Amanullah et la reine Soraya voyagent en Europe.

- 14 novembre 1928-13 octobre 1929 : Guerre civile en Afghanistan.

- 17 janvier 1929 : Le roi Amanullah abdique et s’installe à Rome avec Soraya.

- 25 avril 1960 : Amanullah meurt en Suisse, à l’âge de 67 ans.

- 20 avril 1968 : Soraya meurt à Rome, à l’âge de 68 ans.

Le 7e anniversaire de l’indépendance de l’Afghanistan, en 1926, a été marqué par un discours typiquement provocateur et inspirant, prononcé par Soraya.

L’indépendance appartient « à nous tous », a-t-elle dit. « Êtes-vous vraiment convaincus que notre nation n’a besoin que d’hommes pour la servir ? Les femmes doivent, elles aussi, assumer leur rôle comme dans les toutes premières années de notre nation et de l’islam ... Nous devons tous essayer de nous instruire autant que possible. »

En 1928, après leur tournée européenne, le roi et la reine retournent en Afghanistan, déterminés à moderniser leur pays. Mais, selon Zubair Shafiqi, journaliste et analyste politique basé à Kaboul, ils ont agi trop vite.

 

« Dès leur retour, elle a commencé, avec le roi, à introduire des changements, des réformes et des libertés. Ils avaient, tous les deux, été influencés par ce qu’ils avaient observé en Europe », explique-t-il.

« Ni l’un ni l’autre n’avait bien compris l’Afghanistan. C’était une société traditionnelle et conservatrice. Ils ont agi avec précipitation, ce qui a provoqué la colère du peuple et a finalement conduit à la révolte. »

En 1929, après une année de guerre civile, le roi Amanullah abdique et s’enfuit avec la reine en Inde britannique.

Le roi est considéré comme un grand réformateur, mais Soraya a été le vrai moteur de son programme.

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Exilée d’Afghanistan en 1881 à la suite de la montée au pouvoir d’Abdur Rahman Khan, sa famille s’était installée à Damas. C’est là que Soraya est née, le 24 novembre 1899. De son père, Mahmud Tarzi, elle a hérité la pensée progressiste.

Tarzi était un intellectuel afghan. Son idéologie libérale et nationaliste ne convenait pas à Khan, désigné roi par les Britanniques en 1880, après la défaite de son prédécesseur lors de la seconde guerre anglo-afghane.

Exilé, Tarzi a multiplié les voyages en Europe. Cette ouverture ainsi que la vie en Turquie avaient élargi ses horizons et il était déterminé à faire de même pour son pays. Sa chance s’est présentée en 1901 avec la mort de Khan et l’accession au trône de son fils aîné, Habibullah Khan. Ce dernier a invité Tarzi et d’autres intellectuels exilés à rentrer en Afghanistan.

Tarzi, devenu alors membre du gouvernement, se lance dans un ambitieux programme de modernisation. Sa fille Soraya, quant à elle, tombe amoureuse d’Amanullah Khan, le fils du roi. Le 30 août 1913, ils se marient.

Le 20 février 1919, Habibullah Khan est assassiné. Après une brève dispute familiale, le prince Amanullah revendique le trône. C’est ainsi que Soraya devient reine, et son père, le réformateur Mahmoud Tarzi, ministre des Affaires étrangères.

Les évènements se précipitent alors : le 3 mai 1919, le roi Amanullah, déterminé à poursuivre la politique nationaliste prônée par Tarzi, prend la décision audacieuse d’envahir l’Inde britannique.

La troisième guerre anglo-afghane, mieux connue en Afghanistan sous le nom de « guerre d’Indépendance », s’est achevée en août de la même année. La Grande-Bretagne, affaiblie par la Première Guerre mondiale, n’a pas les troupes et le matériel suffisants et accepte un armistice. C’est à Kaboul, le 22 novembre 1921, que Tarzi et Henry Dobbs, chef de la mission britannique, signent un traité engageant les deux nations à « respecter tous les droits d’indépendance interne et externe de l’autre ».

L’Afghanistan s’est enfin libéré des chaînes de l’impérialisme britannique. Tarzi ouvre alors des ambassades dans plusieurs capitales européennes et, avec le soutien enthousiaste du roi et de la reine, poursuit la modernisation de son pays.

Comme le rappelle l’hommage rendu par le Time en mars, « malgré l’opposition », le roi et la reine « ont fait campagne contre la polygamie et le voile, et ont mis en œuvre leurs convictions ». Les traditions de prendre plusieurs femmes et de maintenir un harem ont été bannies par le roi. Tandis que la reine, « une fervente partisane des droits des femmes et de l’éducation […] était célèbre pour enlever son voile en public ».

À Kaboul en 1921, la première école primaire pour filles, l’école Masturat, ouvre, sous le patronage de la reine Soraya, qui en 1926 est nommée ministre de l’Éducation. D’autres ouvertures d’écoles suivent, et, en 1928, 15 élèves de la Masturat Middle School, issues de familles importantes de Kaboul, vont poursuivre leurs études en Turquie.

C’était une décision pour le moins provocatrice.

En 2011, dans un essai de Jennifer Heath et Ashraf Zahedi, Land of the Unconquerable: The Lives of Contemporary Afghan Women, Shireen Khan Burki écrit : « Envoyer les jeunes filles non mariées à l’étranger a suscité l’inquiétude dans de nombreux milieux. C’était un signe de plus que l’État, dans ses efforts d’occidentalisation, était prêt à repousser les normes sociales et culturelles. »

Les politiques du roi en matière de parité hommes-femmes « étaient totalement détachées des réalités sociales de son pays extrêmement conservateur, essentiellement tribal et géographiquement éloigné ».

En décembre 1927, une goutte d’eau fait déborder le vase, lorsque le roi et la reine partent pour une luxueuse tournée de six mois dans les capitales européennes.

En Angleterre, ils sont accueillis par le prince de Galles puis conduits à Londres, à la gare Victoria, en train royal, où les attendent le roi George et la reine Mary. Les couples royaux se rendent ensuite en calèche ouverte au palais de Buckingham, acclamés par la foule dans les rues.

Ils sont chaleureusement accueillis dans d’autres capitales européennes dont Moscou, une étape particulièrement politique pour le roi et la reine car la Russie est alors considérée par les Britanniques comme un tampon contre les ambitions soviétiques dans la région.

Selon Mariam Wardak, analyste et militante pour l’intégration des femmes en Afghanistan, qui a cofondé Her Afghanistan, une organisation dédiée à la promotion des jeunes femmes afghanes, « à leur retour en Afghanistan en juillet 1928, il apparait très rapidement que la grande tournée européenne a été une terrible erreur. En quelques mois, les progrès que Soraya avait réalisés ont été balayés ».

Alors que le roi tente d’apaiser ses opposants, « les écoles laïques, y compris les écoles de filles, sont fermées. Les lois sur la famille qui interdisent la polygamie et accordent aux femmes le droit au divorce sont abrogées, et les tribunaux laïcs sont dissous et transformés en tribunaux de la charia ».

En vain. En novembre 1928, l’Afghanistan plonge dans la guerre civile, et des forces d’opposition, menées par Habibullah Kalakani, le soi-disant roi des bandits, s’organisent. En janvier 1929, Amanullah abdique et quitte le pays.

Kalakani occupe alors le pouvoir pendant à peine dix mois. Le 13 octobre 1929, il est renversé et exécuté par Nadir Shah qui s’installe comme nouveau roi, avec le soutien des Britanniques.

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Le couple royal inspecte une garde d’honneur militaire à Paris. (Images Getty)

Aujourd’hui encore, de nombreux Afghans pensent que le gouvernement britannique a joué un rôle dans le renversement d’Amanullah et que, pour saboter son règne, il a monté une campagne secrète de rumeurs contre sa femme.

« En accompagnant le roi Amanullah lors de ses voyages à l’étranger, la reine incarnait la jeunesse et la modernité de l’Afghanistan et la nouvelle ère que le couple voulait développer et consolider, explique l’historien Habibullah Rafi. Cependant, notre ennemi malveillant, l’empire britannique à l’époque, qui avait échoué en Afghanistan, a voulu venger sa défaite. C’est ainsi qu’il a commencé à répandre des rumeurs sur les objectifs de reine, afin de bloquer le progrès dans le pays ».

Rafi raconte que les Britanniques ont distribué des photographies montrant la reine à l’étranger avec les jambes nues. C’était un tableau choquant pour beaucoup de gens au pays. « La Grande-Bretagne, poursuit Rafi, ne pouvait pas se permettre de voir un Afghanistan libre et prospère, car l’Inde, qu’elle occupait, aurait été inspirée par notre liberté et notre progrès et se serait également révoltée. C’est pourquoi la Grande-Bretagne a fait tout son possible pour saper le gouvernement de l’époque, et surtout la reine. »

Les documents de l’ancien cabinet secret consultés par Arab News révèlent que la Grande-Bretagne, qu’elle soit ou non à l’origine d’une campagne de coup bas contre Amanullah et sa femme, a toutefois soutenu avec enthousiasme Mohammed Nadir Shah, le successeur d’Amanullah au poste de roi.

Les Britanniques se préoccupaient principalement de protéger l’Inde, le joyau de la couronne de l’Empire. Pour eux, elle était menacée par les relations de plus en plus étroites d’Amanullah avec l’Union soviétique. À la grande inquiétude des Britanniques, Amanullah avait signé, en mai 1921, un traité d’amitié avec les Soviétiques.

En 1932, le successeur d’Amanullah demande aux Britanniques l’assurance qu’ils l’aideront à faire face à une éventuelle invasion soviétique. Le paragraphe d’un télégramme que le gouvernement britannique de l’Inde a envoyé à Londres le 10 septembre 1932 confirme l’ingérence de l’Empire dans les affaires intérieures de l’Afghanistan.

Dans ce télégramme il est écrit : « Le gouvernement afghan est conscient que sa position interne est instable en raison de la propagande pro-Amanullah et de l’aide que nous accordons à Nadir pour l’aider à accéder au trône. »

Le roi Amanullah et la reine Soraya s’exilent à Rome, en Italie, où ils finiront leurs jours. Amanullah décède en avril 1960. Son épouse meurt huit ans plus tard, en avril 1960, à l’âge de 68 ans. Une escorte militaire accompagne son cercueil jusqu’à l’aéroport de Rome. En Afghanistan, on lui fera des funérailles nationales.

Aujourd’hui, le roi et la reine reposent à côté de l’émir Habibullah dans le mausolée de la famille, situé dans les jardins de Shaheed, à Jalalabad.

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Aujourd’hui près de 60% des quelques 3 millions d’enfants afghans non scolarisés âgés de 7 à 15, sont des filles. (Photo d’archives AFP).

Le 11 octobre marque la Journée internationale de la fille, organisée pour sensibiliser aux obstacles auxquels elles sont confrontées partout dans le monde. Cette année, l’organisation Education Cannot Wait (ECW), créée lors du Sommet humanitaire mondial de 2016, souligne ces obstacles en se concentrant sur le sort des filles en Afghanistan.

L’association explique : « Le conflit de plus de trois décennies a dévasté le système éducatif afghan et l’école primaire reste un rêve lointain pour de nombreux enfants, en particulier dans les zones rurales. »

Selon ECW, entre 3,2 et 3,7 millions d’enfants âgés de 7 à 15 ans, dont 60 % de filles, ne sont pas scolarisés aujourd’hui en Afghanistan, alors que le taux d’abandon d’études reste élevé.

Quatre-vingt-dix ans se sont écoulés depuis que Soraya a essayé de libérer les jeunes filles et les femmes afghanes. Une tentative qui a pris fin dans la révolte et le retour à un système de répression traditionnaliste. Elle serait certainement triste aujourd’hui de voir le peu de progrès réalisés dans son pays par la suite.

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90 ans après, la reine Soraya serait triste de savoir combien très peu de choses ont change en matière d’émancipation féminine. (Photo d'archives AFP).

Wardak, qui lutte pour l’intégration des femmes en Afghanistan, déclare : « J’admire les efforts de la reine Soraya, mais je crois qu’elle aurait pu être plus efficace si elle avait adopté une approche plus subtile sur la manière de faire progresser les droits des femmes. »

« Aujourd’hui, nous luttons pour imposer de nombreux droits pour les femmes, le mariage des mineures existe toujours et le système de dot n’a pas été supprimé. »

Néanmoins, Wardak l’affirme : « Je crois que la vision de la reine Soraya est toujours présente chez de nombreuses jeunes femmes influentes et restera ancrée dans les générations à venir, si nous continuons à éduquer notre société. L’éducation est la clé. »

Twitter: @JonathanGornall // Twitter: @sayedsalahuddin


Washington abat un drone iranien mais les discussions restent programmées

L’armée américaine a abattu le 3 février 2026 un drone iranien qui s’était approché de manière « agressive » du porte-avions Abraham Lincoln, ci-dessus, dans la mer d’Arabie. (Photo d’archives US Navy/AFP)
L’armée américaine a abattu le 3 février 2026 un drone iranien qui s’était approché de manière « agressive » du porte-avions Abraham Lincoln, ci-dessus, dans la mer d’Arabie. (Photo d’archives US Navy/AFP)
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  • Un avion américain a abattu un drone iranien près d’un porte-avions dans la mer d’Arabie, tandis que des incidents impliquant des navires ont ravivé les tensions entre Washington et Téhéran
  • Malgré ces incidents, les discussions entre les États-Unis et l’Iran restent prévues, avec des efforts diplomatiques intensifs menés par des pays médiateurs de la région

WASHINGTON: Un avion furtif américain a abattu mardi un drone iranien qui s'était approché d'un porte-avions américain dans la mer d'Arabie, mais les discussions prévues en fin de semaine entre les deux pays sont maintenues selon la Maison Blanche.

Depuis janvier et le vaste mouvement de contestation réprimé dans le sang par le pouvoir iranien, Washington et Téhéran alternent menaces et ouvertures au dialogue, alors que des pays médiateurs s'efforcent de réduire les tensions.

Dans ce contexte fébrile, deux incidents se sont produits mardi dans les eaux du Moyen-Orient.

Un avion de combat du porte-avions Abraham Lincoln a abattu le drone "en état de légitime défense et pour protéger le porte-avions et le personnel à bord", a expliqué le porte-parole du commandement américain pour la région (Centcom), le capitaine Tim Hawkins.

Ce navire a récemment été déployé dans le Golfe par le président Donald Trump, décidé à accentuer la pression sur l'ennemi iranien au moment où celui-ci étouffait les manifestations et à qui il veut arracher un accord sur le nucléaire.

Le Centcom a également confirmé que deux bateaux armés iraniens et un drone s'étaient approchés "à grande vitesse" d'un pétrolier sous pavillon américain, le Stena Imperative, et "menaçaient de l'aborder et le saisir".

Un destroyer américain a porté assistance au pétrolier, avec le soutien de l'armée de l'air, et l'a escorté hors de danger, selon la même source.

L'agence de presse iranienne Fars avait auparavant indiqué qu'un navire, entré "illégalement" dans le détroit d'Ormuz et "dans les eaux territoriales iraniennes", avait été "averti" et avait "immédiatement quitté la zone.

Téhéran a récemment menacé de bloquer le détroit, passage clé pour le transport mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié, en cas d'attaque américaine.

- Efforts "très intenses" -

Malgré ces incidents, les pourparlers "restent programmés pour l'instant", a déclaré la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt, alors que ces derniers jours, les deux pays ont semblé vouloir donner une chance à la diplomatie.

Le président iranien, Massoud Pezeshkian, a annoncé mardi avoir mandaté son ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi pour des négociations directes avec les Etats-Unis, rejetant néanmoins toutes "demandes déraisonnables".

Une source arabe proche du dossier a indiqué à l'AFP que ces discussions auraient "probablement" lieu vendredi, en Turquie.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a toutefois souligné que si des pourparlers étaient bien prévus "dans les prochains jours", la date et le lieu précis faisaient toujours l'objet de "consultations".

"Tant la Turquie que Oman et d'autres pays de la région se sont montrés disposés à accueillir les pourparlers", a relevé le ministère, relayé par l'agence de presse iranienne Tasnim.

Si le dialogue aboutit, "super". Mais dans le cas contraire, "de mauvaises choses se produiraient probablement", a prévenu le président Trump.

Abbas Araghchi a multiplié mardi les consultations avec ses homologues de la région. Il s'est entretenu successivement avec ses homologues du Qatar, de la Turquie, d'Oman et du Koweït.

Les efforts diplomatiques se "poursuivent de manière très intense", a affirmé le Qatar.

Quant à l'émissaire américain Steve Witkoff, il a rencontré à Jérusalem le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu qui l'a mis en garde, l'Iran ayant selon lui "prouvé de manière répétée que l'on ne pouvait pas faire confiance à ses promesses".

- Nucléaire -

Les tensions entre Washington et Téhéran se sont accentuées après le mouvement de contestation iranien, déclenché par des manifestations contre le coût de la vie.

L'ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), établie aux Etats-Unis, a recensé plus de 50.000 personnes arrêtées et a pu confirmer 6.872 morts, en grande majorité des manifestants.

Mais le nombre de morts pourrait être bien plus élevé, avec plus de 17.000 décès en cours d'examen.

Mardi, Paris a estimé que les discussions irano-américaines devraient viser à mettre fin à la "répression" de Téhéran, "avant de "traiter des questions du nucléaire, des missiles, du soutien aux organisations terroristes".

Les pays occidentaux accusent l'Iran de chercher à se doter de l'arme nucléaire, ce que Téhéran dément.

Des négociations avec les Etats-Unis s'étaient tenues au printemps 2025, avant la guerre de 12 jours déclenchée en juin par Israël, mais avaient notamment achoppé sur la question de l'enrichissement d'uranium.

Abbas Araghchi a indiqué dimanche sur CNN qu'un accord était "possible" mais dit attendre une levée des sanctions contre son pays, qui a exclu de discuter de ses capacités de défense et balistiques.


Iran : l'UE désigne les Gardiens de la Révolution comme organisation terroriste

Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) défilent à Téhéran en 2019. (Via AFP/Fichier)
Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) défilent à Téhéran en 2019. (Via AFP/Fichier)
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  • Les 27 ministres des Affaires étrangères de l’UE ont classé les Gardiens de la Révolution iraniens comme organisation terroriste suite à la répression sanglante des manifestations en Iran
  • L’UE a également sanctionné 21 responsables iraniens, avec interdiction d’entrée sur le territoire et gel de leurs avoirs

BRUXELLES: Les ministres des Affaires étrangères des 27 pays de l'Union européenne sont tombés d'accord jeudi pour désigner les Gardiens de la révolution comme une "organisation terroriste", après la répression sanglante des manifestations en Iran, a annoncé la cheffe de la diplomatie de l'UE Kaja Kallas.

"+Terroriste+, c'est bien ainsi que l'on qualifie un régime qui réprime les manifestations de son propre peuple dans le sang", a aussitôt réagi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

"Tout régime qui tue des milliers de ses propres citoyens travaille à sa propre perte", a assuré de son côté Mme Kallas, en marge d'une réunion ministérielle à Bruxelles.

Ces derniers ont donné leur feu vert à l'inscription des Gardiens iraniens dans la liste de l'UE recensant les organisations terroristes. Les Européens rejoignent ainsi d'autres pays comme les Etats-Unis, le Canada ou l'Australie.

La France avait annoncé dès mercredi être prête à soutenir cette décision, en réponse à la répression "la plus violente" de l'histoire récente iranienne.

Les Européens ont aussi décidé jeudi de sanctionner plusieurs responsables iraniens, dont le ministre de l'Intérieur, le chef de la police et plusieurs dirigeants des Gardiens de la révolution. La liste de ces responsables iraniens a été publiée jeudi au Journal officiel de l'UE.

Au total, quelque 21 entités et individus sont ciblés par ces sanctions, qui prévoient une interdiction d'entrer dans l'UE et le gel de leurs avoirs sur le territoire des Vingt-Sept.


Trump dit qu'il "semble" que le Hamas va se désarmer

Les membres de l'administration du président américain Donald Trump applaudissent lors d'une réunion du cabinet à la Maison Blanche à Washington, D.C., États-Unis, le 29 janvier 2026. (Reuters)
Les membres de l'administration du président américain Donald Trump applaudissent lors d'une réunion du cabinet à la Maison Blanche à Washington, D.C., États-Unis, le 29 janvier 2026. (Reuters)
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  • Donald Trump affirme que le Hamas « semble » prêt à se désarmer, une étape clé de son plan pour mettre fin à la guerre à Gaza
  • La deuxième phase de la trêve prévoit le désarmement du Hamas, un retrait progressif israélien et le déploiement d’une force internationale

WASHINGTON : Donald Trump a dit jeudi qu'il "semblait" que le mouvement palestinien Hamas allait "se désarmer", ce qui est l'une des étapes cruciales prévues dans son plan de règlement du conflit à Gaza.

"Beaucoup de gens disent qu'ils ne se désarmeront jamais. Il semble qu'ils vont se désarmer", a déclaré le président américain pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Il a également relevé que le Hamas "nous a aidé avec les corps, leur rapatriement et sa famille est très reconnaissante", faisant référence au rapatriement des restes du dernier otage israélien du 7-Octobre, Ran Gvili, à qui Israël a rendu hommage mercredi lors de funérailles nationales.

Pour sa part, l'émissaire spécial Steve Witkoff s'est félicité que "nous ayons chassé les terroristes de là-bas et ils vont se démilitariser".

"Ils le feront parce qu'ils n'ont pas le choix. Ils vont abandonner. Ils vont abandonner les AK-47", a-t-il ajouté.

La veille, le Hamas s'était dit prêt à un "transfert complet de la gouvernance" de la bande de Gaza aussi vite que possible.

Aux termes du plan du président américain pour mettre fin à la guerre de Gaza, un Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG) doit administrer provisoirement le territoire palestinien sous la houlette du "Conseil de paix" présidé par M. Trump lui-même.

La deuxième phase de la trêve entrée en vigueur le 10 octobre dernier prévoit entre autres le désarmement du Hamas, le retrait progressif de l'armée israélienne, qui contrôle encore plus de la moitié du territoire, et le déploiement d'une force internationale de stabilisation.