Somalie: Farmajo-Roble, le vétéran et le technocrate

Des femmes somaliennes célèbrent la victoire du président somalien nouvellement élu Mohamed Abdullahi Mohamed, « Farmajo », près du monument Daljirka Dahson à Mogadiscio, février 2017. (Reuters)
Des femmes somaliennes célèbrent la victoire du président somalien nouvellement élu Mohamed Abdullahi Mohamed, « Farmajo », près du monument Daljirka Dahson à Mogadiscio, février 2017. (Reuters)
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Publié le Jeudi 16 septembre 2021

Somalie: Farmajo-Roble, le vétéran et le technocrate

  • Après près de deux semaines de tensions, le président a annoncé jeudi « retirer les pouvoirs exécutifs » de son Premier ministre
  • Lors de son élection en février 2017, Mohamed Abdullahi Mohamed, dit Farmajo, qui a passé une partie de sa vie aux Etats-Unis où il a notamment travaillé à l'ambassade somalienne, incarnait l'espoir

MOGADISCIO : Le conflit qui secoue le sommet de l'Etat somalien oppose deux personnages aux profils différents: le président Farmajo, homme politique expérimenté dont les quatre années au pouvoir n'ont pas répondu aux attentes, et le Premier ministre Mohamed Roble, technocrate novice en politique.

Après près de deux semaines de tensions, le président a annoncé jeudi "retirer les pouvoirs exécutifs" de son Premier ministre.

Farmajo: un vétéran qui a déçu

Lors de son élection en février 2017, Mohamed Abdullahi Mohamed, dit Farmajo, qui a passé une partie de sa vie aux Etats-Unis où il a notamment travaillé à l'ambassade somalienne, incarnait l'espoir. 

Malgré un processus électoral entaché de nombreuses accusations de corruption et manipulations de vote, l'élection de ce fils d'activistes du clan Darod avait été fêtée par de nombreux Somaliens avides de changement après une série de présidents du clan Hawiye.

L'administration de son prédécesseur, Hassan Sheikh Mohamud, était considérée comme l'une des plus corrompues de l'histoire du pays.

De son bref passage au poste de Premier ministre - huit mois en 2010 et 2011 - la population se souvenait d'un homme ayant créé une commission anticorruption, introduit des salaires mensuels pour les soldats, visité régulièrement des camps de déplacés et interdit tout voyage non essentiel à l'étranger pour les membres du gouvernement.

"C'est le début de l'unité pour la nation somalienne, le début de la lutte contre les (jihadistes) shebab et contre la corruption", avait-il lancé, triomphant, depuis le hangar de l'aéroport de Mogadiscio - un des endroits les mieux protégés de la la capitale - où l'élection était organisée.

Ce père de quatre enfants, qui s'était déjà présenté en 2012, a hérité d'un pays en lambeaux, miné par des décennies de guerre civile après 1991 et dont des régions entières étaient contrôlées par les shebab. 

S'il a adopté une forte posture nationaliste durant son mandat, jusqu'à rompre les relations diplomatiques avec le voisin kényan et s'attirer ainsi la sympathie d'une partie de la population, Farmajo -aujourd'hui âgé de 59 ans- s'est aussi fait beaucoup d'ennemis.

Partisan d'un Etat centralisé fort, il a tenté d'influer sur plusieurs élections dans les Etats semi-autonomes du pays pour y placer ses alliés.

Par ailleurs, les shebab n'ont pas été particulièrement inquiétés, malgré les déclarations martiales faites à son arrivée au pouvoir. Le gouvernement de Mogadiscio ne contrôle toujours qu'une faible portion du territoire, avec l'aide cruciale des 20.000 hommes de la force de l'Union africaine dans le pays (Amisom).

Il n'est pas parvenu à organiser des élections avant la fin de son mandat, plongeant le pays dans la pire crise politique de ces dernières années.

La prolongation de son mandat votée mi-avril par le Parlement a été perçue par beaucoup comme un passage en force pour se maintenir au pouvoir, débouchant sur des affrontements armés que Mogadiscio n'avaient plus connus depuis la guerre civile.

Dans un geste d'apaisement, Farmajo a chargé son Premier ministre Mohamed Roble d'organiser des élections dans les plus brefs délais.

Roble: un technocrate novice en politique

La nomination en septembre 2020 de Mohamed Hussein Roble a fait l'unanimité au Parlement, malgré son statut de novice en politique.

Bien qu'il n'ait pas l'éloquence de son prédécesseur Hassan Ali Khaire, cet ingénieur civil formé en Suède, est réputé pour son franc-parler et sa connaissance de la complexité de la Somalie.

Ce technocrate de 57 ans, qui a travaillé au bureau de l'Organisation internationale du Travail (OIT) à Nairobi, est d'abord resté dans l'ombre de Farmajo.

Les négociations pour l'organisation des élections - tâche que lui a confiée le président le 1er mai pour sortir le pays de la crise - l'ont placé au centre du jeu politique. "Je n'ai aucun intérêt personnel dans cette élection et je n'ai personne avec qui être allié", avait-il affirmé en juin.

Il est parvenu à un accord sur un calendrier électoral, ce que Farmajo n'avait pas réussi, lui offrant un certain crédit. 

Les deux hommes se sont ensuite opposés sur de nombreux sujets. En août, il s'est notamment ainsi rendu au Kenya, amorçant un réchauffement des relations diplomatiques entre les deux pays, malgré l'interdiction édictée par le président de conclure des accords avec des entités étrangères avant les élections. 

Mais certains disent que son manque d'expérience et sa tendance à prendre des décisions hâtives pourraient le rendre vulnérable face à des acteurs politiques plus puissants.

 


Les Etats-Unis reprennent leur aide alimentaire à la Somalie

Jeudi, le sous-secrétariat américain à l'Aide étrangère, aux Affaires humanitaires et à la Liberté religieuse a affirmé sur X "saluer le gouvernement fédéral somalien pour avoir assumé la responsabilité de ses actions ayant affecté les opérations du PAM, y compris l’aide financée par les États-Unis". (AFP)
Jeudi, le sous-secrétariat américain à l'Aide étrangère, aux Affaires humanitaires et à la Liberté religieuse a affirmé sur X "saluer le gouvernement fédéral somalien pour avoir assumé la responsabilité de ses actions ayant affecté les opérations du PAM, y compris l’aide financée par les États-Unis". (AFP)
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  • La Somalie est dans le viseur de Donald Trump. Fin novembre, le président américain l'avait qualifiée de "pays pourri"
  • Il s'est aussi pris de façon répétée à la communauté somalienne aux États-Unis

NAIROBI: Les Etats-Unis ont annoncé jeudi reprendre leur aide alimentaire à la Somalie, qu'ils avaient suspendue début janvier, après que Mogadiscio a annoncé avoir rendu l'aide alimentaire que Washington accusait les autorités somaliennes d'avoir saisie illégalement.

Le département d'Etat américain avait annoncé le 8 janvier avoir suspendu "tous les programmes américains d'assistance" à la Somalie, évoquant une "politique de tolérance zéro" en matière de gaspillage ou de vol après avoir reçu des informations selon lesquelles des responsables somaliens avaient "détruit un entrepôt du Programme alimentaire mondial (PAM) financé par les Etats-Unis et saisi illégalement 76 tonnes d'aide alimentaire".

La Somalie est dans le viseur de Donald Trump. Fin novembre, le président américain l'avait qualifiée de "pays pourri" et fait part de son intention de mettre fin au statut spécial protégeant les ressortissants somaliens de l'expulsion.

Il s'est aussi pris de façon répétée à la communauté somalienne aux États-Unis. Après un scandale suscité par des révélations sur une gigantesque fraude aux aides publiques dans le Minnesota, mise en place par des membres de la diaspora somalienne, il a lancé une opération anti-immigration extrêmement critiquée à Minneapolis, capitale de cet Etat.

Jeudi, le sous-secrétariat américain à l'Aide étrangère, aux Affaires humanitaires et à la Liberté religieuse a affirmé sur X "saluer le gouvernement fédéral somalien pour avoir assumé la responsabilité de ses actions ayant affecté les opérations du PAM, y compris l’aide financée par les États-Unis".

"À la suite de cette déclaration, nous reprendrons la distribution de denrées alimentaires au PAM tout en continuant à réévaluer notre posture d’assistance plus générale en Somalie", peut-on lire dans le même message.

"Toutes les marchandises du PAM affectées par l'expansion du port ont été rendues" et un "plus grand entrepôt" avait été fourni à l'agence onusienne, avait annoncé mardi sur X le gouvernement somalien, insistant sur sa "transparence".

Mogadiscio avait initialement indiqué que la démolition de l'entrepôt s'inscrivait dans le cadre de "travaux d'agrandissement et de réaménagement" du port de Mogadiscio et que tous les vivres resteraient sous la responsabilité du PAM.

Les fragiles autorités somaliennes sont dépendantes de l'aide militaire américaine face aux insurgés islamistes shebab qu'elles combattent depuis près de 20 ans ainsi que contre des jihadistes de l'Etat islamique.

Mardi, le Commandement des États-Unis pour l'Afrique (Africom) avait indiqué avoir accéléré le rythme de leurs frappes aériennes contre ces deux groupes, avec 23 frappes depuis le 1er janvier.


Un groupe de femmes retrace la route sacrée de la Hijrah jusqu’à Médine

Ces 22 femmes seraient le premier groupe exclusivement féminin connu à avoir accompli ce périple. (Photo : fournie)
Ces 22 femmes seraient le premier groupe exclusivement féminin connu à avoir accompli ce périple. (Photo : fournie)
Ces 22 femmes seraient le premier groupe exclusivement féminin connu à avoir accompli ce périple. (Photo : fournie)
Ces 22 femmes seraient le premier groupe exclusivement féminin connu à avoir accompli ce périple. (Photo : fournie)
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  • L’environnement favorable du Royaume pour les femmes a rendu possible ce périple de 500 km à pied, selon la fondatrice de Soul Al-Hijrah

DJEDDAH : Dans un voyage spirituel unique, un groupe de femmes a retracé les pas sacrés du prophète Muhammad de La Mecque à Médine.

Les 22 participantes – aventurières, cadres, médecins, infirmières, enseignantes, mères âgées de 30 à 50 ans – seraient le premier groupe exclusivement féminin connu à avoir effectué le voyage le plus proche de l'itinéraire original.

Les femmes ont parcouru à pied près de 500 km pour revivre ce que le prophète Muhammad et ses compagnons ont pu traverser il y a plus de 1 400 ans.

« Oui, c’est la toute première marche de la Hijrah réservée aux femmes. Elles sont venues du monde entier pour marcher ensemble lors de ce périple inoubliable. Elles ont complété un voyage d’une semaine, expérimentant la signification historique et spirituelle du trajet », a déclaré Salma Abdulrahman, directrice de Soul Al-Hijrah, à Arab News.

Les 22 participantes ont visité des sites clés le long de la route, pour une immersion totale dans la valeur historique et spirituelle de la Hijrah. Abdulrahman faisait partie des premières à emprunter ce chemin.

« J’ai trouvé mon âme sur ce chemin et j’ai eu l’impression de renaître. Ce voyage a ravivé mon cœur et changé le cours de ma vie. C’est aussi le début de ma société de tourisme, Soul Al-Hijrah », a-t-elle expliqué.

Elle a accompagné les participantes tout au long du voyage : « Ce fut un honneur de les servir et d’accueillir les invités de notre bien-aimé Prophète Muhammad, paix et bénédictions sur lui, en veillant à leur confort tout au long du parcours. C’est un honneur que je chéris profondément, et ma joie envers elles est indescriptible. »

Abdulrahman a ajouté que plus de 20 voyages ont déjà été organisés sur la route de la Hijrah pour des groupes venus du monde entier, témoignant de l’intérêt croissant pour ce type de tourisme spirituel et historique.

« Il faut dire que ce type d’initiative n’aurait pas été possible sans l’environnement favorable offert par le Royaume aux femmes saoudiennes, leur donnant la confiance nécessaire pour être à l’avant-garde du secteur touristique », a-t-elle souligné.

La Dre Dina Altayeb, parodontiste et implantologue, a décrit ce voyage comme le plus intense et profond parmi toutes ses aventures. « J’aimerais que plus de gens aient cette opportunité, car elle offre d’innombrables bienfaits pour l’âme, le corps et l’esprit », a-t-elle déclaré.

Altayeb, qui est la première femme saoudienne à se qualifier et à participer au championnat du monde Ironman,  a déclaré à Arab News que c'était une expérience totalement différente. « Pour moi, ce n'était pas aussi difficile que mes aventures habituelles, mais spirituellement, ce fut une expérience formidable, car c'était une expérience émotionnelle indescriptible... (et) ce fut aussi une expérience enrichissante. »

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Les 22 femmes seraient le premier groupe exclusivement féminin connu à avoir accompli ce périple. (Photo: fournie)

Elle s’est dite ravie d’arriver à Médine. « Nous avons traversé des montagnes, des vallées et des déserts, tout comme l'avait fait le Prophète. Ce fut un sentiment extraordinaire lorsque nous sommes arrivés à Médine après huit jours de marche. »

Ghadeer Sultan, responsable en ressources humaines, a rejoint le groupe par hasard. « Je n’avais pas prévu de suivre le voyage de la Hijrah, c’était une coïncidence, une invitation qui m’est parvenue, et un peu de curiosité pour vivre l’expérience », a-t-elle confié.

« Lorsque nous sommes entrés dans le jardin ombragé de Médine, j'ai eu l'impression que la paix et la lumière avaient pénétré au plus profond de mon âme. J'ai ressenti la joie des Ansar à l'arrivée du Prophète, que la paix et les bénédictions soient sur lui, et mon cœur a vibré à tous ces moments historiques. Je découvrais les véritables grandes valeurs incarnées par la ville du Prophète : les valeurs d'amour et de tolérance. »

À leur arrivée à Médine, après un voyage qui a débuté le 22 décembre et s'est terminé le 29 décembre, les participantes ont été chaleureusement accueillis avec des roses et des prières.

Leur première visite a été la mosquée Quba, où le Prophète a séjourné lors de sa migration. Première mosquée de l’histoire de l’Islam et en partie construite par le Prophète lui-même, elle revêt une profonde signification spirituelle. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le prince héritier saoudien reçoit le lauréat du prix Nobel de chimie 2025, Omar Yaghi

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane reçoit le professeur Omar Yaghi à Riyad mercredi. (SPA)
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane reçoit le professeur Omar Yaghi à Riyad mercredi. (SPA)
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  • Le prince héritier a félicité Yaghi pour avoir reçu ce prix et lui a souhaité beaucoup de succès pour l'avenir

RIYAD : Le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, a reçu mercredi à Riyad le professeur Omar Yaghi, lauréat du prix Nobel de chimie 2025.

Le prince héritier a félicité Omar Yaghi pour cette distinction et lui a souhaité un succès continu, a rapporté l’Agence de presse saoudienne.

Le professeur a été récompensé par le prix Nobel de chimie 2025, qu’il partage avec Richard Robson, de l’Université de Melbourne en Australie, et Susumu Kitagawa, de l’Université de Kyoto au Japon.

Les scientifiques ont été distingués pour la création de « constructions moléculaires dotées de vastes espaces permettant la circulation de gaz et d’autres substances chimiques. Ces structures, appelées réseaux métallo-organiques, peuvent être utilisées pour capter l’eau de l’air du désert, piéger le dioxyde de carbone, stocker des gaz toxiques ou catalyser des réactions chimiques ».

Omar Yaghi a exprimé sa gratitude au prince héritier pour cette rencontre ainsi que pour le soutien qu’il a reçu dans ses travaux.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com