Quatre questions sur le Sahel après la mort du chef de l’EIGS

Un soldat français de l'opération Barkhane en poste de surveillance: Paris le martèle depuis des mois: le redimensionnement de l'opération Barkhane ne relève pas d'un désengagement mais d'un changement de stratégie. (Photo, AFP)
Un soldat français de l'opération Barkhane en poste de surveillance: Paris le martèle depuis des mois: le redimensionnement de l'opération Barkhane ne relève pas d'un désengagement mais d'un changement de stratégie. (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 17 septembre 2021

Quatre questions sur le Sahel après la mort du chef de l’EIGS

  • La «neutralisation» d’al-Sahraoui laisse en suspens une foule de questions sur la capacité de nuisance des jihadistes
  • Paris réaffirme que la fin de l'opération Barkhane ne relève pas d'un désengagement, mais d'un changement de stratégie

PARIS : La "neutralisation" par la France du chef du groupe Etat islamique au Sahel est saluée à Paris comme une victoire de la lutte antiterroriste, mais elle laisse en suspens une foule de questions sur son avenir et sur la capacité de nuisance des jihadistes.

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Des membres de l'Etat islamique au Grand Sahara célébrant une victoire contre leur ennemi juré, le groupe Al-Qaïda au Maghreb islamiste (AQMI). Les deux groupes rivaux se livrent une guerre sans merci, qui vise notamment la consolidation de zones de prédation, dans lesquelles ils prélèvent des taxes en tous genres, et recrutent de nouveaux combattants. (Photo, AFP)

Comment l'émir est-il mort ?

Selon le chef d'état-major des armées françaises Thierry Burkhard, l'opération s'est déroulée dans "le Liptako malien, au sud d'Indelimane, plus précisément dans la forêt d'Angarous", dans cette région dite "des trois frontières", aux confins du Mali, du Niger et du Burkina Faso.

En août a été conduite par la force française antijihadiste Barkhane et ses partenaires africains "une opération de reconnaissance et de harcèlement contre un groupe de l'EIGS", a-t-il expliqué jeudi.

Du 17 au 20 août, la coalition a tenté de vérifier des informations obtenues suite à l'arrestation de combattants en juillet. Le 17 août, "une frappe réalisée par un drone a permis de neutraliser deux membres de l'EIGS qui circulaient sur une moto", a-t-il déclaré.

Puis du 20 au 22 août, un groupe commando d'une vingtaine de soldats, appuyés par des frappes aériennes de drones et de Mirage, a été héliporté pour "reconnaître et fouiller l'ensemble de la zone". Ce n'est qu'au terme de cette phase de travail au sol qu'Adnan Abou Walid al-Sahraoui a pu être identifié. "Tout indique aujourd'hui qu'il était un des deux passagers sur la moto qui a été ciblée par la frappe" le 17 août, a assuré le général Burkhard, laissant supposer une part de chance dans l'opération. 

Qui pour lui succéder ?

Les autorités françaises affirment n'avoir aucune piste sur sa succession. "L'EIGS aura des difficultés à remplacer son émir par une figure qui dispose de la même envergure", a affirmé la ministre des Armées Florence Parly, précisant que le groupe resterait "structuré autour de cadres peuls" de la région.

Mais le processus ne saurait dépendre uniquement de logiques locales, estime le fondateur de Jihad Analytics, une société de consultance sur le jihad international. "Tout est organisé par l’EI central, qui désigne les walis (chefs) pour chaque province officielle du groupe. C'est ce qu'on a vu en Afghanistan il y a quelques mois", explique l'expert, qui préfère rester anonyme.

Dans les communications officielles de l'EI, le Sahel fait partie de sa province d'Afrique de l'ouest (ISWAP), active au Nigeria et tout autour du lac Tchad. Mais les liens opérationnels entre les deux zones, distantes de plusieurs milliers de kilomètres, restent mal connus, selon les experts.

Les jihadistes "n’ont pas encore réussi à opérer la liaison entre la zone du lac" et celle des trois frontières, assure Jihad Analytics.

Dans quel état se trouve l'EIGS ?

L'EIGS avait été érigé en cible prioritaire absolue au sommet de Pau, réunissant début 2020 la France et ses partenaires du G5 Sahel (Mauritanie, Niger, Mali, Burkina Faso, Tchad). Par la suite, les efforts s'étaient tournés vers l'autre acteur majeur de la zone, le groupe Al-Qaïda au Maghreb islamiste (AQMI).

Les deux groupes rivaux se livrent une guerre sans merci, qui vise notamment la consolidation de zones de prédation, dans lesquelles ils prélèvent des taxes en tous genres, et recrutent de nouveaux combattants. Cette guerre fratricide aurait plutôt tourné à l'avantage d'AQMI, selon plusieurs sources.

"Le pilonnage de Barkhane a porté ses fruits", assure par ailleurs Jihad Analytics qui a recensé une "grosse baisse d’activité (de l'EIGS) de février à juin 2020, puis une hausse de juillet à novembre, mais avec des attaques quasiment toutes portées contre AQMI".

Selon lui, le groupe a revendiqué 90 attaques en 2020 et seulement 30 pour l'instant en 2021. Et aucune depuis le 13 juin dernier.

Bernard Emié, patron de la Direction générale de la sécurité extérieurs (DGSE), les services secrets extérieurs français, a estimé les effectifs de l'EIGS et d'AQMI à quelques centaines de combattants chacun, sans autre précision.

Quelle suite pour la stratégie française ?

Paris le martèle depuis des mois: le redimensionnement de l'opération Barkhane ne relève pas d'un désengagement mais d'un changement de stratégie.

Selon Alain Antil, de l'Institut français des relations internationales (IFRI), la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan a rappelé combien les forces étrangères ne pouvaient recréer un Etat ou une armée à la place des autorités locales.

"Il est très difficile de réformer ou même de former une armée qui est déjà en conflit", ajoute-t-il dans une vidéo postée jeudi sur Twitter. Paris travaille en outre avec des Etats "en peau de léopard", présents dans certains zones et quasi-absents dans d'autres régions livrées à elles-mêmes, où les jihadistes peuvent se substituer au pouvoir central, souligne le chercheur.

Pour autant, assure-t-il, Paris restera au cœur du processus de lutte anti-terroriste au Sahel. "Le rôle de leaders des Français est incontesté aujourd'hui, tout simplement parce qu'aucun pays de la communauté internationale ne peut s'improviser leader" à sa place.


Les Etats-Unis frappent l'Iran pour la troisième nuit de suite et vont rétablir le blocus des ports

Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible". (AFP)
Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible". (AFP)
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  • Quatre explosions ont été entendues près de Bandar Abbas, ville portuaire située sur le détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse iranienne Irna
  • Parmi les objectifs ciblés figurent "des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles et des moyens maritimes", selon le Centcom

TEHERAN: Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible".

Pendant une mission de cinq heures, "les forces américaines ont frappé des cibles militaires" dans plusieurs villes portuaires du sud de l'Iran, comme Bouchehr et Bandar Abbas, a détaillé le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) dans la matinée.

Quatre explosions ont été entendues près de Bandar Abbas, ville portuaire située sur le détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse iranienne Irna.

Parmi les objectifs ciblés figurent "des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles et des moyens maritimes", selon le Centcom.

"Nous allons les frapper fort ce soir, et nous allons les frapper fort demain", avait déclaré lundi Donald Trump dans une interview radio. Pour le président américain, les dirigeants iraniens "ne peuvent absolument rien faire contre" ces frappes.

Comme la veille, les Gardiens de la Révolution iraniens ont, eux, revendiqué une opération à Bahreïn - entre autres contre un bâtiment hébergeant les troupes américaines sur la base de Juffair.

L'armée idéologique iranienne a aussi annoncé avoir ciblé en Jordanie "des installations clé et les forces américaines sur une base aérienne jordanienne", dans un communiqué cité par l'agence Tasnim. L'armée jordanienne a annoncé pour sa part l'interception de quatre missiles iraniens.

Deux tankers attaqués 

Dans le détroit d'Ormuz, les Emirats arabes unis ont déploré des attaques de missiles iraniens contre deux de leurs tankers, tuant un membre d'équipage indien.

Malgré ces échanges de frappes, Donald Trump a tout de même estimé, devant la presse à la Maison Blanche, qu'un accord avec l'Iran était encore "possible".

Avant cela, il avait annoncé sur Truth Social que les Etats-Unis prendraient le contrôle du détroit d'Ormuz et que le blocus des ports iraniens serait rétabli.

Il entrera en vigueur mardi à 20H00 GMT, selon l'armée américaine.

Tout comme Téhéran souhaite instaurer un péage pour traverser Ormuz, le président américain a dit vouloir percevoir en échange de la protection du détroit "une rémunération correspondant à 20% de la valeur des cargaisons", contraire au droit international censé garantir la liberté de navigation.

Le pétrole remonte 

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, dont le pays a pris le contrôle du détroit au début de la guerre, a rétorqué sur X: "l'Iran a toujours été le gardien du détroit et le restera pour toujours".

Donald Trump "a tout à fait raison. Quiconque assure le passage sûr et sécurisé des navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz devrait être rémunéré", a-t-il ironisé, ajoutant: "20%, c'est évidemment trop. Nous serons équitables".

Les Gardiens de la Révolution iraniens ont accusé les Etats-Unis de mettre en péril l'approvisionnement mondial en pétrole.

Au lendemain d'une envolée spectaculaire de plus de 9%, les cours du pétrole continuaient leur ascension dans ce contexte. Le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, gagnait 1,19% à 84,29 dollars vers 02H00 GMT.

Après quasiment 40 jours de bombardements dans le conflit déclenché par des frappes israélo-américaines le 28 février, un cessez-le-feu était entré en vigueur début avril, avant d'être entériné le 17 juin par un protocole d'accord.

Mais depuis des attaques survenues mardi contre des navires tentant de franchir Ormuz, les affrontements ont repris avec une intensité inédite depuis des semaines, faisant dire à Donald Trump que le cessez-le-feu était "terminé".

La semaine dernière, le président américain a d'ailleurs envoyé une notice officielle au Congrès indiquant que le conflit avec l'Iran avait repris, a confirmé la Maison Blanche à l'AFP.

Et au total, 25 personnes ont été tuées depuis mercredi, selon un décompte de l'AFP à partir des médias iraniens et sources officielles.

 Protocole d'accord "en crise" 

Pour le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï, "il ne fait aucun doute" que le protocole d'accord "est en crise".

"Mais l'Iran n'a jamais été le premier à violer ses engagements", a-t-il tancé lors d'une conférence de presse lundi à Téhéran à laquelle assistait l'AFP.

Les consultations avec les médiateurs que sont le Qatar, le Pakistan et Oman se poursuivent afin de "prévenir une escalade", a-t-il toutefois assuré.

Le protocole d'accord prévoyait la réouverture du détroit, Téhéran n'autorisant toutefois qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

"Ce passage stratégique est plus important que des dizaines de bombes atomiques, et la République islamique d'Iran le protégera", avait averti dimanche le conseiller militaire du guide suprême, Mohsen Rezaï.


L'armée américaine dit avoir conclu une série de frappes en Iran contre «des dizaines de cibles»

  • L'armée américaine a affirmé avoir conclu dimanche une série de frappes contre "des dizaines de cibles" en Iran
  • Elle a "visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations"

WASHINGTON: L'armée américaine a affirmé avoir conclu dimanche une série de frappes contre "des dizaines de cibles" en Iran, pour la deuxième journée consécutive, se disant prête à "garantir que la liberté de navigation reste assurée" dans le détroit d'Ormuz.

Les forces américaines "ont visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations", a écrit le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

 


Le chef de la diplomatie iranienne se rend à Oman au sujet du détroit d'Ormuz

La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
  • Abbas Araghchi se rend à Oman pour des discussions sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime
  • Malgré le cessez-le-feu avec Washington, le contrôle du détroit d'Ormuz reste une source de tensions

TEHERAN: Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi va se rendre samedi à Oman pour une visite axée "sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime", a annoncé son porte-parole.

La visite "portera principalement sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime" et s'inscrit "dans le prolongement des consultations que nous avons entamées avec Oman depuis un mois ou deux", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, selon des propos rapportés par l'agence de presse officielle iranienne IRNA.

Malgré l'accord conclu le 17 juin entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre déclenchée fin février par des attaques américano-israéliennes, la question du détroit demeure un point de contentieux majeur.

L'Iran a profité du conflit pour prendre le contrôle de ce point de passage clef pour le commerce mondial des hydrocarbures et refuse de revenir à la situation antérieure.

Téhéran veut imposer des droits de passage sur les bateaux et autorise uniquement une route longeant ses côtes, dans le nord. Des navires passant au sud, au large d'Oman, ont récemment été attaqués, ce qui a déclenché une reprise des hostilités avec les Etats-Unis.

En mai, le président Donald Trump avait menacé à la surprise générale de "pulvériser" le sultanat d'Oman s'il continuait de discuter avec Téhéran d'une gestion commune du détroit.

"Plusieurs séries de réunions techniques ont eu lieu jusqu'à présent, tant à Téhéran qu'à Mascate, et ce déplacement s'inscrit dans le prolongement de ces consultations, afin de contribuer à faciliter la circulation en toute sécurité dans le détroit d'Ormuz", a également fait savoir le porte-parole de la diplomatie iranienne.