Les Russes commencent à voter … pour Poutine

Un membre du Parti communiste de la Fédération de Russie distribuant des tracts électoraux à Moscou. Alexei Navalny, figure de proue de l'opposition, a appelé depuis sa prison ses sympathisants à voter "intelligent", en soutenant les candidats les mieux placés, bien souvent des communistes, pour mettre en difficulté celui du parti au pouvoir, Russie Unie. (Photo, AFP)
Un membre du Parti communiste de la Fédération de Russie distribuant des tracts électoraux à Moscou. Alexei Navalny, figure de proue de l'opposition, a appelé depuis sa prison ses sympathisants à voter "intelligent", en soutenant les candidats les mieux placés, bien souvent des communistes, pour mettre en difficulté celui du parti au pouvoir, Russie Unie. (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 17 septembre 2021

Les Russes commencent à voter … pour Poutine

  • L'essentiel de l'opposition a été bannie du scrutin, apogée de mois de répression entamés avec l'arrestation de sa figure de proue, Alexeï Navalny
  • Twitter, Facebook ou encore Telegram ont été condamnés à maintes reprises pour leur refus d'effacer des publications des détracteurs du Kremlin

MOSCOU : Les Russes ont commencé à voter vendredi aux élections législatives, avec l'ouverture des premiers bureaux de vote dans l'Extrême-Orient, un scrutin dont l'essentiel des détracteurs du Kremlin ont été bannis.

"Allons-y!", a lancé la présidente de la Commission électorale centrale, Ella Pamfilova, lors d'une réunion de cette instance diffusée en direct sur son site.

La Russie étant étendue sur onze fuseaux horaires, le coup d'envoi de ces élections, qui se dérouleront du 17 au 19 septembre, afin de limiter le risque épidémique, a été donné dans les régions du Kamtchatka et de Tchoukotka, dans l'Extrême-Orient, à 08H00 locales (20H00 GMT jeudi).

"Nous allons tout faire pour que le processus électoral se déroule de manière ouverte et transparente", a assuré Inga Irinina, responsable de la commission électorale locale à Petropavlovsk-Kamtchatski, chef-lieu de la péninsule du Kamtchatka, lors d'une séance de visioconférence avec la Commission électorale centrale.

Les bureaux de vote à Moscou, la capitale, n'ouvriront eux qu'à 05H00 GMT.

A quelques heures du début du scrutin, le président Vladimir Poutine a appelé les Russes à faire preuve de "responsabilité, de pondération et de patriotisme", dans une vidéo publiée sur le site du Kremlin dans la nuit de mercredi à jeudi.

Il a lancé cet appel alors qu'il est à l'isolement en raison de dizaines de cas de Covid-19 identifiés dans son entourage, illustrant les difficultés de Moscou à enrayer l'épidémie sur fond de campagne de vaccination poussive.

Son porte-parole, Dmitri Peskov, a jugé possible que M. Poutine utilise le système de vote en ligne au lieu de se rendre aux urnes, du fait de sa quarantaine.

Le marathon électoral russe de trois jours comprend des législatives mais aussi des dizaines d'élections régionales et locales.

Les premiers résultats sont attendus après 18H00 GMT dimanche.

L'essentiel de l'opposition a été bannie du scrutin, apogée de mois de répression entamés avec l'arrestation de sa figure de proue, Alexeï Navalny, alors qu'il rentrait en Russie en janvier après un empoisonnement dont il accuse le Kremlin.

L'ensemble de son mouvement a depuis été interdit pour "extrémisme" et nombre de ses alliés de premier plan ont été contraints à l'exil, assignés à résidence ou interdits de candidature.

Jeudi, le puissant Comité d'enquête russe a indiqué ouvrir une enquête contre onze personnes, dont il va demander l'incarcération, accusées d'avoir appelé sur la messagerie cryptée Telegram à "des troubles de masses" durant les élections.

Quelque 108 millions de Russes sont appelés aux urnes pour élire les 450 députés de la chambre basse du Parlement, la Douma. La moitié sont désignés au scrutin proportionnel de liste, l'autre au mode majoritaire uninominal.

M. Navalny a appelé depuis sa prison ses sympathisants à voter "intelligent", en soutenant les candidats -- bien souvent des communistes -- les mieux placés pour mettre en difficulté celui du parti au pouvoir, Russie Unie.

Impopulaire, sur fond de scandales de corruption et de baisse du niveau de vie, Russie Unie compte moins de 30% d'opinions favorables selon les sondages.

Mais la formation devrait néanmoins s'imposer, faute de concurrence réelle, les autres partis représentés à la Douma - communistes, nationalistes et centristes - étant dans l'ensemble dans la ligne du Kremlin.

M. Poutine, au pouvoir depuis plus de vingt ans, a aussi fait campagne pour sa formation à sa manière, en annonçant notamment une aide financière exceptionnelle pour 42 millions de retraités, un électorat clé.

Les autorités russes ont en outre multiplié les efforts pour limiter l'impact du "vote intelligent", qualifié "d'extrémiste" et d'illustration des ingérences occidentales dans les élections.

Moscou reproche en particulier aux géants de l'internet de refuser de supprimer des contenus jugés illégaux. La diplomatie russe a signifié la semaine dernière sa colère à l'ambassadeur américain sur ce sujet.

Twitter, Facebook ou encore Telegram ont été condamnés à maintes reprises ces derniers mois pour leur refus d'effacer des publications.


À Kaboul, les bus bibliothèques sont de retour, pour la joie des enfants

Des enfants lisent dans une bibliothèque mobile qui a ouvert ses portes pour la première fois depuis le retour au pouvoir des talibans, à Kaboul le 5 décembre 2021. (Photo, AFP)
Des enfants lisent dans une bibliothèque mobile qui a ouvert ses portes pour la première fois depuis le retour au pouvoir des talibans, à Kaboul le 5 décembre 2021. (Photo, AFP)
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  • Cinq de ces bus circulent ainsi à Kaboul, loués et équipés par une ONG locale, Charmaghz, dirigée par Freshta Karim
  • L'ONG Charmaghz a juste assez d'argent pour faire circuler les bus pendant un mois environ

KABOUL : Devant un orphelinat de Kaboul, les sourires des enfants sont de retour : dimanche, le bus bibliothèque est à nouveau là, pour la première fois depuis que les talibans ont repris le pouvoir mi-août.

"Je me sens vraiment heureux. Je peux à nouveau étudier sur les livres que j'aime", dit Arezo Azizi, une fille de 11 ans, montrant son ouvrage favori : un livre de calcul où plus un chat sait compter, plus il gagne de morceaux de fromage.   

Elle est assise dans ce véhicule où les rangées de sièges ont été enlevées et remplacées par des tables, des chaises et des étagères remplies de livres pour enfants et de coloriages.

"La bibliothèque n'était pas venue depuis trois mois", explique-t-elle au milieu du brouhaha créé par les enfants.

Cinq de ces bus circulent ainsi à Kaboul, loués et équipés par une ONG locale, Charmaghz, dirigée par Freshta Karim, une Afghane diplômée de l'université d'Oxford (Royaume-Uni).

Des centaines de petits Afghans ont profité ces dernières années de bibliothèques mobiles qui sillonnent la capitale, rendant visite aux écoles et aux orphelinats parfois très démunis.

Mais après la prise du pouvoir par les talibans à la mi-août, "nous avons perdu presque tous nos parraineurs", rappelle Ahmad Fahim Barakati, le directeur adjoint de l'ONG.

Le ministère de l’Éducation taliban a donné l'autorisation de circuler aux bibliothèques mobiles il y a quelques semaines. Mais il a fallu ensuite obtenir, ces derniers jours, un accord du ministère des Transports, propriétaire de ces véhicules, explique M. Barakati.

La libraire, Ramzia Abdi Khail, 22 ans, portant une tunique et un voile noirs, est toute aussi ravie que les enfants d'être de retour. "C'est un sentiment délicieux. D'autant qu'en ce moment, les écoles n'ont pas toutes rouvert", souligne-t-elle. 

L'éducation des filles a particulièrement souffert du retour au pouvoir des talibans, les collèges et les lycées n'ayant notamment toujours pas été autorisés à reprendre leurs activités.

"Nous accueillons aussi des enfants de la rue et j'adore m'occuper d'eux car, d'ordinaire, ils ne vont pas à l'école. Comme ça, je peux leur rendre service", souligne la libraire, qui a avec elle "des livres islamiques", "des livres d'histoire en anglais et en dari" (le persan afghan), "des livres de coloriage", "des jeux".

L'ONG Charmaghz a juste assez d'argent pour faire circuler les bus pendant un mois environ, souligne M. Barakati. "Nous collectons de l'argent sur internet à travers le monde et j'espère qu'on va avoir assez de sponsors et de donateurs" pour continuer, dit-il.


Ouest du Niger: 12 militaires et «des dizaines de terroristes» tués samedi

Outre les attaques des groupes djihadistes sahéliens, dont l'Etat islamique au Grand Sahara (EIGS), dans sa partie ouest, le Niger doit également faire face à celles de Boko Haram et de l'Etat islamique en Afrique de l'Ouest (Iswap) dans sa partie sud-est, proche du Nigeria. (Photo, AFP)
Outre les attaques des groupes djihadistes sahéliens, dont l'Etat islamique au Grand Sahara (EIGS), dans sa partie ouest, le Niger doit également faire face à celles de Boko Haram et de l'Etat islamique en Afrique de l'Ouest (Iswap) dans sa partie sud-est, proche du Nigeria. (Photo, AFP)
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  • Les «accrochages» ont eu lieu «à cinq kilomètres» de la localité de Fantio, entre les militaires nigériens et «des centaines de terroristes armés»
  • «Plusieurs motos» des assaillants ont été «détruites» et «des moyens de communication récupérés»

NIAMEY : Au moins 12 militaires nigériens et "des dizaines de terroristes" ont été tués samedi dans d'intenses combats dans l'ouest du Niger, à l'intérieur de la zone dite des "trois frontières", a annoncé dimanche le ministère nigérien de la Défense.

Les "accrochages" ont eu lieu "à cinq kilomètres" de la localité de Fantio, entre les militaires nigériens et "des centaines de terroristes armés : 12 éléments tombés sur le champ d'honneur, huit blessés. Côté ennemi, des dizaines de terroristes neutralisés (tués)", selon un communiqué.

"Plusieurs motos" des assaillants ont été "détruites" et "des moyens de communication récupérés", souligne-t-il. Dans un premier temps, les militaires nigériens se sont "farouchement défendus et ont occasionné des dizaines de morts à l'ennemi, avant d'être submergés par leur nombre", explique le ministère.

Mais des "renforts venus" des villes "de Wanzarbé et de Téra", ainsi que "le soutien aérien (...) contribuèrent à mettre l'ennemi en déroute qui a abandonné des dizaines de morts et du matériel", relève-t-il. 

Fantio est une commune rurale du département de Téra dans la région de Tillabéri, qui est régulièrement frappée par des groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda ou à l'Etat islamique.

En mai, cinq villageois avaient été tués à Fantio "par une hordes de terroristes venus à moto", au moment où le pays célébrait la fête de l'Aïd el-Fitr qui marque la fin du ramadan musulman. L'attaque avait fait également deux blessés graves et l'église été incendiée.

Fin juin, deux civils, un directeur d’école et  un inspecteur de la police à la retraite, y avaient été assassinés et du bétail emporté. 

Outre les attaques des groupes djihadistes sahéliens, dont l'Etat islamique au Grand Sahara (EIGS), dans sa partie ouest, le Niger doit également faire face à celles de Boko Haram et de l'Etat islamique en Afrique de l'Ouest (Iswap) dans sa partie sud-est, proche du Nigeria.


L'ex-sénateur Bob Dole, figure de la politique américaine, est mort à 98 ans

Dans cette photo d'archives prise le 25 février 1996, le sénateur américain Bob Dole, candidat à la présidence républicaine, prend la parole à Columbus, en Géorgie. (Photo, AFP)
Dans cette photo d'archives prise le 25 février 1996, le sénateur américain Bob Dole, candidat à la présidence républicaine, prend la parole à Columbus, en Géorgie. (Photo, AFP)
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  • Trois fois candidat à la candidature républicaine pour la Maison Blanche, Bob Dole sera écarté par Ronald Reagan en 1980, puis par George Bush père en 1988, avant de l'emporter en 1996
  • Il entre au Congrès en 1961, d'abord comme représentant, puis comme sénateur du Kansas

WASHINGTON : L'ex-sénateur républicain Bob Dole, une figure de la politique américaine et candidat malheureux à la Maison Blanche, est mort dimanche matin dans son sommeil à l'âge de 98 ans, la nouvelle déclenchant un afflux d'hommages à ce "héros de guerre" ayant incarné les valeurs de l'Amérique profonde.

Ancien combattant de la Deuxième guerre mondiale, trois fois candidat à l'investiture républicaine, il s'était finalement lancé dans la course à la présidence en 1996, mais fut battu par Bill Clinton.

Peu après l'annonce de sa mort par la fondation de sa femme Elizabeth Dole, l'actuel président Joe Biden a salué un "homme d'Etat américain comme il y en a peu dans notre histoire", "un héros de guerre", mais aussi "un ami" ayant "un sens de l'honneur et de l'intégrité infaillible". Il a ordonné de mettre tous les drapeaux fédéraux en berne jusqu'à jeudi.

"L'Amérique a perdu l'un de ses héros, notre famille a perdu son roc", a déclaré la famille Dole dans un communiqué.

En février, l'ancien sénateur avait annoncé être atteint d'un cancer avancé des poumons.

Le monde politique a abondamment rendu hommage à un homme qui, selon l'ancien secrétaire d'Etat Mike Pompeo, "croyait à la singularité de l'Amérique de tout son coeur".

"Tous ceux qui voyaient Bob Dole en action admiraient forcément son caractère et son profond patriotisme", a estimé le chef des Républicains au Sénat, Mitch McConnell.

Pour l'ex-président Donald Trump, M. Dole était "un héros de guerre américain et un vrai patriote", qui "a servi le grand Etat du Kansas avec honneur et rendu le parti républicain plus fort". 

De l'autre côté du spectre politique, Barack Obama a évoqué sur Twitter "un héros de guerre, un leader politique, et un homme d'Etat" dont la génération plaçait "le pays au-dessus du parti".

Le sénateur Bernie Sanders, une figure de la gauche, a salué un homme ayant "servi son pays avec courage sur le champ de bataille et avec dignité au Sénat".

La présidente démocrate de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi, a ordonné la mise en berne des drapeaux du Capitole en l'honneur de cet "homme de parole" qui "personnifiait le courage et l'excellence dans la fonction publique".

«Pas peur de diriger»

Bob Dole, écarté par Ronald Reagan en 1980 dans la bataille pour la candidature républicaine, puis par George Bush père en 1988, persiste et l'emporte enfin en 1996.

Face au jeune Clinton, Bob Dole incarnait les préceptes de l'Amérique rurale d'avant les années 1960 : famille, religion, patriotisme, intégrité, pudeur, travail et respect de la parole donnée. 

Le sortant Bill Clinton s'imposera facilement face à cet homme de 73 ans qui semblait dépassé à l'ère de la politique télévisée.

Pendant la campagne, le Républicain, qui disait avoir "subi des épreuves" et n'avoir "pas peur de diriger", avait notamment reproché au démocrate d'avoir offensé l'armée en voulant ouvrir ses portes aux homosexuels.

Vingt ans auparavant, Bob Dole avait déjà perdu l'élection présidentielle de 1976, cette fois en tant que candidat à la vice-présidence, aux côtés de Gerald Ford.

Né le 22 juillet 1923, Robert Joseph Dole a grandi à Russell, une petite ville du Kansas (centre).

Rentré médaillé mais grièvement blessé de la Deuxième guerre mondiale, il subit opération sur opération pendant trois ans. Au prix d'une ténacité exceptionnelle, il réapprend à marcher et retrouve la maîtrise de son corps, à l'exception du bras droit.

Les habitants de Russell se cotisent pour payer ses opérations, comme ils se rallient autour du jeune avocat qu'il est devenu et qui entre en politique en 1952.

Il est élu au Congrès en 1961, d'abord en tant que Représentant, puis que sénateur du Kansas, entamant une carrière parlementaire de 35 ans.

Au Sénat, cet homme élancé et toujours bronzé, au regard noir perçant, se fait connaître pour sa maîtrise de la négociation et de l'art du compromis, mais aussi pour son humour.

"Il a obtenu à la fois des victoires conservatrices et de grandes avancées réunissant les deux partis", a déclaré dimanche Mitch McConnell, le qualifiant de "leader constant et maître en matière législative".

À la retraite, Bob Dole a continué à s'attaquer aux Démocrates, combattant notamment le projet de réforme de l'assurance maladie de Barack Obama.

Sa femme Elizabeth Dole a elle-même fait une brillante carrière politique : secrétaire aux Transports, secrétaire au Travail et sénatrice de Caroline du Nord.