Abdelaziz Bouteflika: «son obsession du pouvoir» a causé sa perte, dit son biographe

Dans cette photo d'archives prise le 26 mars 2009, le président algérien Abdelaziz Bouteflika (au centre) est entouré de ses gardes du corps alors qu'il salue ses partisans lors d'un rassemblement électoral à Oran, à 450 km à l'ouest d'Alger (Photo, AFP)
Dans cette photo d'archives prise le 26 mars 2009, le président algérien Abdelaziz Bouteflika (au centre) est entouré de ses gardes du corps alors qu'il salue ses partisans lors d'un rassemblement électoral à Oran, à 450 km à l'ouest d'Alger (Photo, AFP)
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Publié le Samedi 18 septembre 2021

Abdelaziz Bouteflika: «son obsession du pouvoir» a causé sa perte, dit son biographe

  • «Il avait entre ses mains, à partir de 2004, tous les leviers, sans contre-pouvoir face à lui»
  • «Il voulait faire un cinquième mandat en dépit du fait qu'il était malade et impotent»

TUNIS : Longtemps "président absolu", Abdelaziz Bouteflika déchu en avril 2019 sous la pression conjuguée d'un mouvement de contestation populaire inédit ("Hirak") et de l'armée, est décédé vendredi loin de la présidence et dans la disgrâce. 


Farid Alilat, journaliste à Jeune Afrique et auteur de "Bouteflika, L'histoire secrète", une enquête intime sur le parcours de l'ancien "raïs", dresse auprès de l'AFP le portrait d'un homme à l'ambition dévorante, dont la présidence a été un "gâchis".

Q - Abdelaziz Bouteflika est le président qui a gouverné le plus longtemps, de 1999 à 2019. Comment expliquer sa longévité à la tête de l'Algérie ?

R - Toute sa vie, Abdelaziz Bouteflika a été animé par deux obsessions: conquérir le pouvoir et le garder à tout prix. Il voulait faire un cinquième mandat en dépit du fait qu'il était malade et impotent.


C'est d'ailleurs cette obsession de rester (au pouvoir) malgré l'absence et la maladie, qui a provoqué la révolution (NDLR: le Hirak) qui l'a chassé du pouvoir en avril 2019.


Il a bénéficié à partir de 1999 de l'appui, de la fidélité et de la loyauté de l'armée et des services de renseignement. Ce sont les militaires qui l'ont amené au pouvoir et qui lui ont permis de rester, jusqu'en 2019.


Il avait entre ses mains, à partir du second mandat en 2004, tous les leviers, sans contre-pouvoir face à lui. Il a régné avec tous les leviers de commande: la présidence, le gouvernement, l'assemblée nationale, l'armée, les services, la télévision, le patronat, et l'argent. Il était devenu un président absolu.


La manne pétrolière engendrée par l'envolée du prix du baril a été pour beaucoup dans le maintien (au pouvoir) de Bouteflika, sans oublier l'appui de la communauté internationale, notamment des dirigeants français. Tous ces éléments ont été déterminants dans sa longévité. 

Q - Pourquoi s'obstiner à garder le pouvoir malgré son état de santé ? Et comment ses deux décennies comme président ont façonné le pays ?

R - Abdelziz Bouteflika ne se voyait pas quitter le pouvoir sans y être contraint. Il voulait mourir président et avoir des funérailles nationales. Mais au-delà de sa personne, ses proches y avaient intérêt: tout le cercle présidentiel élargi, des ministres jusqu'aux hommes d'affaires aujourd'hui en prison. Il leur fallait garder le pouvoir pour ne pas rendre de comptes.


Les vingt ans de Bouteflika ont été un énorme gâchis, une supercherie. Les Algériens continuent à se demander où est passé l'argent de la manne pétrolière puisque le pays manque d'hôpitaux et d'infrastructures, et qu'il y a le chômage. 


L'Algérie peut se retrouver dans quelques années avec de graves difficultés financières et dans l'obligation d'aller emprunter de l'argent à l'étranger.


Il s'agit d'un immense ratage. Alors que le pays avait toutes les capacités économiques, financières et humaines pour devenir la Corée du Sud de l’Afrique, on parle aujourd'hui de faillite économique. 


La présidence de Bouteflika a été marquée par une corruption absolument pharaonique. Avec les procès qui ont suivi sa chute, les Algériens ont découvert l'ampleur de la prédation et des malversations.


C'est aussi le recul de l'Algérie sur le plan diplomatique, aussi bien en Afrique que dans le monde. La diplomatie algérienne est devenue aussi aphone et effacée que son ancien président.


M. Bouteflika a hypothéqué l'avenir de l'Algérie sur plusieurs générations.

Q - Quelle aura été sa vie après la présidence et quel souvenir laisse-t-il derrière lui ? 

R - Les seules personnes auxquelles Bouteflika accordait sa confiance étaient les membres de sa famille: Saïd et Nacer, deux de ses frères, et sa soeur Zhor. En dehors de cette fratrie très soudée, il n'avait pas d'amis, mais des serviteurs.


Il aura vécu ses dernières années reclus dans une résidence protégée avec sa sœur Zhor, coupé du monde, et ne recevant que sa famille et un ou deux avocats de son frère.


Une décision très symbolique aurait été de le convoquer pour qu'il s'explique devant la justice. Ses anciens Premiers ministres (NDLR: jugés pour corruption) ont affirmé qu'ils recevaient leurs ordres du président.


Mais juger un ex-président de la République est avant tout une décision politique, et il semble que la justice n'a pas eu le feu vert pour le faire.


Les Algériens garderont de lui l'image d'un vieillard sur un fauteuil roulant. A force de le voir sur une chaise, on a oublié qu'il a été un président debout. 


Cette image de M. Bouteflika sur une chaise roulante symbolise bien cette obsession du pouvoir. Il s'est accroché en dépit de tout, et notamment des intérêts du pays et de ses compatriotes.


Il a passé vingt ans à consolider un pouvoir qui s'est effondré en l'espace de quelques semaines, entre le 22 février et le 02 avril. C'est dire si le système bâti était arrivé à bout de souffle.


Syrie: deux explosions près de l'hôtel de Damas où Macron a passé la nuit

  • Emmanuel Macron est arrivé lundi soir en Syrie, la première visite d'un dirigeant d'une puissance occidentale dans le pays depuis l'arrivée au pouvoir d'une coalition islamiste
  • Sa visite est intervenue alors que dix personnes ont été tuées jeudi dans un attentat à la bombe contre un café du centre de Damas

DAMAS: Une explosion a secoué mardi matin Damas, selon des journalistes de l'AFP, dans un secteur proche de l'hôtel du centre de la capitale syrienne où le président français Emmanuel Macron a passé la nuit.

Des témoins ont vu de la fumée s'élevant du quartier, alors que le dirigeant avait quitté l'hôtel Four Seasons et était arrivé au palais présidentiel pour un entretien avec son homologue Ahmad al-Chareh.

Des ambulances, sirènes hurlantes, se sont dirigées vers les lieux alors que les forces de sécurité ont bloqué plusieurs issues menant au secteur.

Emmanuel Macron est arrivé lundi soir en Syrie, la première visite d'un dirigeant d'une puissance occidentale dans le pays depuis l'arrivée au pouvoir d'une coalition islamiste.

Sa visite est intervenue alors que dix personnes ont été tuées jeudi dans un attentat à la bombe contre un café du centre de Damas.

Lundi soir, Emmanuel Macron avait dîné avec le président syrien dans un restaurant du centre de Damas avant de se rendre avec lui à la célèbre mosquée des Omeyyades au cœur de la ville.


Israël: le Parlement adopte en première lecture la création d'une commission d'enquête sur le 7-Octobre défendue par Netanyahu

Le Parlement israélien a approuvé lundi en première lecture une loi établissant une commission d'enquête, défendue par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, sur les défaillances sécuritaires ayant conduit à l'attaque du 7 octobre 2023 perpétrée par le mouvement islamiste palestinien Hamas. (AFP)
Le Parlement israélien a approuvé lundi en première lecture une loi établissant une commission d'enquête, défendue par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, sur les défaillances sécuritaires ayant conduit à l'attaque du 7 octobre 2023 perpétrée par le mouvement islamiste palestinien Hamas. (AFP)
  • "Le principe de cette proposition de loi est de permettre de mener, en toute indépendance, des investigations poussées sur les évènements du (...) massacre du 7 octobre", précise une note explicative jointe à la proposition de loi
  • Celle-ci a été adoptée avec 59 voix en sa faveur, sur les 120 sièges que compte la Knesset, Parlement israélien, sans voix contre ni abstention

JERUSALEM: Le Parlement israélien a approuvé lundi en première lecture une loi établissant une commission d'enquête, défendue par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, sur les défaillances sécuritaires ayant conduit à l'attaque du 7 octobre 2023 perpétrée par le mouvement islamiste palestinien Hamas.

Le vote a été boycotté par l'opposition qui estime que la commission proposée sera à la botte du gouvernement.

"Le principe de cette proposition de loi est de permettre de mener, en toute indépendance, des investigations poussées sur les évènements du (...) massacre du 7 octobre", précise une note explicative jointe à la proposition de loi.

Celle-ci a été adoptée avec 59 voix en sa faveur, sur les 120 sièges que compte la Knesset, Parlement israélien, sans voix contre ni abstention.

Telle que définie par cette loi, les six membres de la commission seraient nommés par la Knesset, à la majorité des deux tiers. En l'absence d'un consensus, trois membres seraient désignés par la coalition au pouvoir et trois par l'opposition.

D'anciens otages, enlevés par le Hamas lors du 7-Octobre, ou des membres de familles endeuillées auraient un rôle d'observateurs, tandis que les délibérations de la commission seraient diffusées et accessibles au grand public.

Ariel Kallner, parlementaire à l'initiative de la loi, a défendu la composition bipartisane de la commission.

"Seule une commission formée de façon égalitaire nous permettra de découvrir la vérité et de préserver la confiance de l'opinion publique. Cette commission pourra enquêter sur n'importe quelle entité qui a profondément influencé la politique sécuritaire d'Israël", a-t-il déclaré dans un communiqué publié par la Knesset.

Le 7 octobre 2023, des commandos du mouvement islamiste palestinien Hamas ont lancé une attaque surprise en Israël qui a entraîné la mort de plus de 1.200 personnes, en majorité des civils, selon des données officielles.

En riposte, Israël a lancé une offensive dans la bande de Gaza, faisant plus de 73.000 morts en deux ans, d'après les chiffres du ministère de la Santé de Gaza, placé sous l'autorité du Hamas, jugés fiables par l'ONU. Un cessez-le-feu fragile est en vigueur depuis octobre.

Des personnalités d'opposition ont fait savoir qu'elles boycotteraient toute commission nommée par des hommes politiques.

Dans ce cas, le pouvoir de désigner des membres échoirait en dernière instance au président du Parlement, ce qui reviendrait à confier le contrôle du processus à la coalition au pouvoir.

L'opposition appelle depuis longtemps de ses voeux l'établissement d'une commission d'enquête nationale indépendante, mécanisme fréquemment mis en place par le passé lors de fiascos majeurs.

Les sondages indiquent qu'une majorité d'Israéliens, quelle que soit leur sensibilité politique, soutiennent un tel mécanisme pour conduire l'enquête.

Les membres de la commission seraient alors nommés par le président de la Cour suprême, actuellement en désaccord avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur plusieurs sujets.

"L'opposition ne prendra pas part à une comédie dont le seul but est de blanchir et d'empêcher une réelle enquête sur le plus grand désastre qu'a connu le peuple juif depuis l'Holocauste", a expliqué le  chef de l'opposition Yaïr Lapid sur X.

La proposition de loi doit maintenant être examinée par la commission de la Constitution de la Knesset pour de plus amples débats, avant les lectures finales, qui devraient se tenir la semaine prochaine.

Mardi, des milliers de personnes ont manifesté dans les rues de Tel-Aviv et ailleurs dans le pays pour commémorer les 1.000 jours depuis l'attaque du 7-Octobre, exigeant la création d'une commission nationale d'enquête.

glp/cgc/vl

 


Un tanker touché par un projectile non-identifié dans la région du détroit d'Ormuz

Un tanker a été atteint lundi par un projectile non-identifié au large d'Oman, dans la région du détroit d'Ormuz, a rapporté l'agence maritime britannique UKMTO. (AFP)
Un tanker a été atteint lundi par un projectile non-identifié au large d'Oman, dans la région du détroit d'Ormuz, a rapporté l'agence maritime britannique UKMTO. (AFP)
  • L'attaque a eu lieu à 8 milles nautiques à l'est de Limah, dans le sultanat d'Oman
  • Le site américain Axios a rapporté lundi soir que l'Iran avait "tiré au moins deux missiles sur des navires commerciaux", citant deux responsables américains. Selon l'un de ces responsables, un deuxième bateau a été touché

LONDRES: Un tanker a été atteint lundi par un projectile non-identifié au large d'Oman, dans la région du détroit d'Ormuz, a rapporté l'agence maritime britannique UKMTO.

"Un tanker a indiqué avoir été touché par un projectile inconnu sur le côté bâbord, provoquant un incendie, alors qu'il naviguait vers le sud", a écrit l'UKMTO dans un communiqué, ajoutant que l'incident n'avait pas fait de blessé ni causé de dommage à l'environnement.

L'attaque a eu lieu à 8 milles nautiques à l'est de Limah, dans le sultanat d'Oman.

Le site américain Axios a rapporté lundi soir que l'Iran avait "tiré au moins deux missiles sur des navires commerciaux", citant deux responsables américains. Selon l'un de ces responsables, un deuxième bateau a été touché et présente des dégâts importants.

L'AFP n'a pas été en mesure de confirmer ces informations de manière indépendante.

Les navires marchands ont été fortement affectés par le conflit au Moyen-Orient depuis le 1er mars, lorsque l'Iran a fermé ce passage vital en représailles à des frappes américaines et israéliennes, les Etats-Unis imposant pour leur part un blocus des ports iraniens.

Le trafic maritime a repris après la signature d'un protocole d'accord entre Washington et Téhéran le 17 juin pour mettre fin au conflit. Mais l'Iran répète, en dépit de l'opposition des Etats-Unis, qu'il n'y aura pas de retour à la situation d'avant-guerre, quand le passage du détroit était gratuit, et menace les navires tentés de contourner le seul itinéraire qu'il a autorisé, le long de ses côtes.

Fin juin, accusant Téhéran d'avoir ciblé deux navires, les Etats-Unis avaient bombardé le pays en retour, et l'Iran avait ciblé en représailles ses voisins du Golfe, Koweït et Bahreïn. Iran et Etats-Unis s'étaient ensuite mis d'accord sur une pause des hostilités.

Le détroit d'Ormuz constitue la principale voie maritime connectant les riches pays pétroliers du Moyen-Orient au reste du monde, en particulier aux marchés asiatiques.

En 2024, environ 20 millions de barils de brut y circulaient quotidiennement, l'équivalent de près de 20% de la consommation mondiale de pétrole liquide, selon l'Agence américaine de l'Energie (EIA).