Sous-marins: une passe délicate pour Macron en amont de la présidentielle

Le président français Emmanuel Macron. (Photo, AFP)
Le président français Emmanuel Macron. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 22 septembre 2021

Sous-marins: une passe délicate pour Macron en amont de la présidentielle

  • Cette crise diplomatique sans précédent survient à 7 mois de l'élection à laquelle le président devrait certainement briguer un deuxième mandat
  • Le prochain échange avec le président Biden «ne sera pas un échange de réconciliation, mais sera un échange de clarification»

PARIS : Silencieux jusqu'ici, Emmanuel Macron a fait monter la pression sur la crise des sous-marins et devra calibrer sa prise de parole pour ne pas risquer de voir sa gestion de l'affaire le handicaper lors de la présidentielle d'avril.

"Si on ne gagne pas une élection présidentielle sur les questions internationales, on peut les perdre sur ces sujets", estime Pascal Boniface, directeur de l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).

M. Macron, très impliqué dans les sujets de relations internationales, a envoyé au front ses ministres régaliens Jean-Yves Le Drian (Affaires étrangères) et Florence Parly (Armées) pour étriller les Etats-Unis et l'Australie, accusés d'avoir porté un "coup dans le dos" de la France en annulant le contrat de fournitures de sous-marins français à Canberra.

"Le chef de l’Etat s'exprimera au moment où il l'estimera opportun", a déclaré mardi la députée de la majorité présidentielle Aurore Bergé. Il devrait aussi parler par téléphone avec Joe Biden dans les prochains jours. 

«Présidentialisation»

En orchestrant ces réactions, le président a choisi de faire de la crise des sous-marins "une affaire d'Etat", analyse Gilles Gressani, président du Groupe d'études géopolitiques et directeur de sa revue Grand continent. 

Les rapports turbulents avec l'allié américain sont "une constante de la politique internationale française, mais là, ce qui frappe, c'est l'intensité de la réaction", souligne le chercheur.

Emmanuel Macron aime les sujets internationaux dont il se saisit avec délectation, comme lors de son discours de la Sorbonne sur l'avenir de l'Europe, son coup de tonnerre contre l'Otan qu'il a accusé d'être en "mort cérébrale" ou sa forte implication dans la crise politique libanaise après l'explosion du port de Beyrouth. 

Il a aussi engagé beaucoup de crédit politique auprès des Européens en leur demandant de rejoindre la lutte antijihadiste au Sahel, au risque d'essuyer un revers face à une junte malienne qui pourrait être tentée de recourir à la société paramilitaire russe Wagner.

"On a eu une présidentialisation de la politique étrangère exacerbée avec Macron, il a une conduite très personnelle et très ambitieuse dans ce domaine", souligne Gilles Gressani.

Mais aujourd'hui, il "est un peu au pied du mur et va devoir jouer serré", juge le politologue et professeur Frédéric Charillon. "On attend qu'il soit à la hauteur, c'est pour lui à la fois une opportunité et un risque", juge-t-il.

Car cette crise diplomatique sans précédent survient à 7 mois du premier tour de l'élection présidentielle à laquelle Emmanuel Macron devrait certainement briguer un deuxième mandat.

Les autres candidats ont eux exprimé leur opinion sur la question.

Xavier Bertrand, rival à droite de M. Macron, a estimé que le "redressement diplomatique" de la France devait être une "priorité nationale" et a agité la possibilité d'une nouvelle sortie de la France du commandement intégré de l'OTAN.

A l'extrême droite, Marine Le Pen, qui selon les sondages pourrait de nouveau se retrouver face à M. Macron au deuxième tour de la présidentielle, a demandé au président de "prendre la parole", l'accusant d'aller "d'échec en échec".

Le candidat de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, contempteur de l'"atlantisme", s'est dit "solidaire" du rappel des ambassadeurs.

L'ancien président Nicolas Sarkozy a lui validé la position d'Emmanuel Macron, qui "a eu raison de réagir fermement. Entre alliés, ça ne se fait pas, c'est inadmissible".

«Sauver la face»

"Si Emmanuel Macron obtient quelque chose des Etats-Unis et qu'il parvient à sauver la face, les Français lui en sauront gré, s'il n'obtient rien, ce sera à son détriment", juge M. Boniface.

Pour cela, après le rappel fracassant des ambassadeurs français à Washington et Canberra, il doit pouvoir les renvoyer à leur poste une fois obtenu des compensations.

Le prochain échange Macron-Biden "dans les jours qui viennent, avant la fin de la semaine", "ne sera pas un échange de réconciliation, mais sera un échange de clarification, parce qu'il y a eu un problème sur le fond et sur la forme", a expliqué sur France Inter Stéphane Séjournée, conseiller politique du président.

"La phase nécessaire d’expression de notre fort mécontentement est passée. Il ne faut pas aller trop loin là-dedans sinon on va perdre notre +copain+" américain, analyse une source gouvernementale.

Le président Macron, qui a fait de l'autonomie stratégique européenne un de ses chevaux de bataille, sera également au défi ces prochains mois de capitaliser sur cette crise diplomatique pour convaincre des partenaires de l'Union historiquement transatlantistes de réduire leur dépendance à l'égard de Washington.

Signal encourageant pour Paris, plusieurs responsables européens ont exprimé leur soutien à la France face au camouflet.


La Cour de cassation n'a pas à se prononcer «plus rapidement», estime l'avocat de Le Pen

L'avocat de Marine Le Pen a estimé mercredi que la Cour de cassation n'avait pas à se prononcer "plus rapidement que d'habitude" sur le pourvoi de sa cliente, qui suspend sa peine de bracelet électronique à neuf mois de l'élection présidentielle. (AFP)
L'avocat de Marine Le Pen a estimé mercredi que la Cour de cassation n'avait pas à se prononcer "plus rapidement que d'habitude" sur le pourvoi de sa cliente, qui suspend sa peine de bracelet électronique à neuf mois de l'élection présidentielle. (AFP)
  • En janvier, le premier président de la Cour de cassation avait évoqué la possibilité que la plus haute instance judiciaire se prononce autour de la fin de l'année 2026 en cas de pourvoi, vu l'imminence de la présidentielle 2027 au printemps
  • Les délais de la Cour de cassation pour se prononcer sur un pourvoi contre une condamnation pénale sont normalement de huit mois à un an

PARIS: L'avocat de Marine Le Pen a estimé mercredi que la Cour de cassation n'avait pas à se prononcer "plus rapidement que d'habitude" sur le pourvoi de sa cliente, qui suspend sa peine de bracelet électronique à neuf mois de l'élection présidentielle.

La cour d'appel de Paris a condamné mardi Marine Le Pen à trois ans de prison, dont un an ferme sous surveillance électronique, dans l'affaire des assistants parlementaires d'eurodéputés du Front national.

Son inéligibilité ayant été réduite à 15 mois ferme, déjà purgés, la patronne du Rassemblement national a annoncé mardi sa candidature à l'élection présidentielle mais également déposé un pourvoi en cassation, qui suspend l'exécution de sa peine.

"Il avait été évoqué une accélération du calendrier de la Cour de cassation, pourquoi ? Parce qu'au moment où le président de la Cour de cassation l'avait évoqué, il y avait l'exécution provisoire (application immédiate de la peine d'inéligibilité prononcée en première instance, ndlr). L'exécution provisoire n'est plus du tout d'actualité", a déclaré mercredi sur France Inter son avocat Rodolphe Bosselut.

En janvier, le premier président de la Cour de cassation avait évoqué la possibilité que la plus haute instance judiciaire se prononce autour de la fin de l'année 2026 en cas de pourvoi, vu l'imminence de la présidentielle 2027 au printemps.

Les délais de la Cour de cassation pour se prononcer sur un pourvoi contre une condamnation pénale sont normalement de huit mois à un an.

"Quelle est en l'occurrence la situation qui justifierait que la Cour de cassation tranche plus rapidement que d'habitude ?", a interrogé Me Bosselut.

"Ce n'est pas moi qui ai accéléré la cour d'appel (...) Ce n'est pas moi qui ralentirai la Cour de cassation", a-t-il assuré, en référence au traitement de faveur judiciaire pour la tenue rapide d'un procès en appel dont a bénéficié Marine Le Pen.

"Je voudrais que le cours de la justice soit un cours identique à tous les justiciables", a-t-il conclu.

"A partir du moment où Marine Le Pen peut se présenter grâce à cet arrêt de la cour d'appel, il n'y a plus d'urgence à ce que la Cour de cassation se prononce", a abondé sur RMC-BFMTV le maire de Perpignan Louis Aliot, très proche de Marine Le Pen et également condamné dans ce dossier.

"Faites comme pour tout Français", a enjoint le directeur de campagne du RN Julien Sanchez sur RTL, rappelant que "le délai classique pour aller en cassation, en général, c'est douze, quinze mois".

La cour d'appel a déclaré mardi Marine Le Pen, le Rassemblement national et dix autres personnes coupables de la mise en place d'une "organisation" pour salarier au titre d'assistants parlementaires d'eurodéputés des personnes qui travaillaient en réalité pour le parti, "une rupture d'égalité" avec les autres formations politiques.

Sur les contrats litigieux d'assistants parlementaires dont elle était saisie, la cour d'appel a chiffré le préjudice total du Parlement européen à 2,8 millions d'euros entre 2004 et 2016.


France: Marine Le Pen candidate à la présidentielle malgré sa condamnation

La présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national (RN, extrême droite), Marine Le Pen, pose avant une interview au journal télévisé de la chaîne française TF1, à la suite du verdict rendu dans son procès en appel concernant le détournement de fonds de l'Union européenne, à Boulogne-Billancourt, près de Paris, le 7 juillet 2026. (AFP)
La présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national (RN, extrême droite), Marine Le Pen, pose avant une interview au journal télévisé de la chaîne française TF1, à la suite du verdict rendu dans son procès en appel concernant le détournement de fonds de l'Union européenne, à Boulogne-Billancourt, près de Paris, le 7 juillet 2026. (AFP)
  • Marine Le Pen annonce sa candidature à la présidentielle de 2027 et va se pourvoir en cassation après la décision de la cour d'appel
  • La décision relance la bataille politique : elle maintient son innocence, tandis que ses adversaires contestent sa candidature

PARIS: Marine Le Pen a annoncé mardi soir sa candidature à l'élection présidentielle de mai 2027, malgré sa condamnation pour détournement de fonds européens, qu'elle entend contester devant la plus haute juridiction française.

"Ce soir, je suis candidate à l'élection présidentielle", a déclaré Mme Le Pen, quelques heures après l'arrêt de la Cour d'appel de Paris.

"Comme j'ai la possibilité de faire un pourvoi en cassation, ce qui n'était pas obligatoirement le cas des autres hypothèses, et que le pourvoi en cassation suspend les effets de l'arrêt (de la Cour d'appel), je ferai donc campagne sans bracelet électronique", a expliqué sur la chaîne TF1 la dirigeante du Rassemblement national (RN), candidate pour la quatrième fois à la présidentielle.

Donnée favorite par les sondages, Marine Le Pen, 57 ans, s'est dit convaincue d'avoir gain de cause auprès de cette dernière instance.

- "Mains propres" -

"J'ai les mains propres et (...) je ferai un pourvoi en cassation pour le démontrer", a-t-elle insisté. "Il n'y a plus de scénario qui ferait que je ne pourrai pas me présenter", a-t-elle ajouté.

La cour d'appel a déjà réduit sa peine d'inéligibilité de cinq ans, prononcée le 31 mars 2025, à 15 mois, lui permettant dès à présent de concourir à toute élection. Mais elle a aussi été condamnée à trois ans de prison, dont un ferme sous bracelet électronique.

Or elle avait conditionné sa participation à la présidentielle à l'absence de condamnation au port d'un bracelet. "Quand on est un candidat à la présidentielle, il faut être totalement libre de ses mouvements, et ça n'est pas le cas si vous êtes porteur d'un bracelet électronique", avait-elle estimé mercredi sur la chaîne LCI.

Débarrassée au moins provisoirement de l'encombrant bracelet, elle a indiqué qu'avec Jordan Bardella, président du RN, elle allait dans la foulée démarrer cette campagne présidentielle avec un "ticket gagnant". Le trentenaire sera son Premier ministre en cas de victoire le 2 mai.

"Nous avons offert aux Français un binôme, un binôme que je crois complémentaire, équilibré, cohérent, solide", a-t-elle commenté.

Marine Le Pen, qui a oeuvré à "dédiaboliser" le parti d'extrême droite ces dernières décennies, s'est dit "heureuse qu'on rende aux Français leur liberté de choisir". Interrogée sur l'éventualité de voir sa peine confirmée en pleine campagne, elle a répondu: "Nous verrons".

- "Délinquante" -

Cette décision de justice était attendue par toute la classe politique française.

Marine Le Pen s'est déjà hissée deux fois au deuxième tour des trois dernières élections présidentielles (2017 et 2022). Les scores du RN progressent depuis des années, et le parti est devenu en 2024 le groupe politique le plus nombreux à l'Assemblée nationale (122 députés).

Les sondages la créditent de plus de 30% d'intentions de vote au premier tour prévu le 18 avril.

La classe politique a immédiatement réagi, l'ancien Premier ministre Edouard Philippe, candidat déclaré à la présidentielle, estimant que Marine Le Pen devra "expliquer" son choix de se porter candidate.

Le secrétaire général du parti Les Républicains (droite traditionnelle) Othman Nasrou l'a lui accusée de "prendre la démocratie en otage" et de "fragiliser les institutions" en décidant d'être candidate malgré sa condamnation.

A l'énoncé de la décision de la cour d'appel, le leader de gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, également candidat déclaré, a estimé qu'il fallait "débarrasser le pays du RN", "quelle que soit la candidature", Le Pen ou Bardella.

Interrogé depuis la Syrie, le président Emmanuel Macron a refusé pour sa part de s'exprimer.

- "Faits graves" -

En première instance, le 31 mars 2025, Marine Le Pen avait été reconnue coupable d'avoir mis en place, entre 2004 et 2016, un "système" pour payer avec de l'argent du Parlement européen des salariés du Front national (l'ancien nom du parti), qui traversait alors des difficultés financières.

Elle avait été condamnée à quatre ans d'emprisonnement dont deux ferme, 100.000 euros d'amende et surtout une peine d'inéligibilité de cinq ans avec exécution immédiate, brisant son élan vers la présidentielle.

Les faits reprochés sont "graves", car ils se sont déroulés "sur 11 années" et "en regard du montant des sommes détournées, plus de 2,8 millions d'euros", a souligné mercredi la présidente de la cour d'appel.

Mais les peines d'inéligibilité ont été pondérées par "la liberté des candidatures" et "le libre choix des électeurs", "condition de l'expression démocratique", a-t-elle ajouté.


Marine Le Pen, condamnée à 15 mois ferme d'inéligibilité, peut a priori être candidate à la présidentielle

Marine Le Pen, condamnée mardi à 45 mois d'inéligibilité, dont 30 avec sursis, peut a priori être candidate à la présidentielle de 2027, mais la cour d'appel de Paris l'a aussi condamnée à un an de bracelet électronique. (AFP)
Marine Le Pen, condamnée mardi à 45 mois d'inéligibilité, dont 30 avec sursis, peut a priori être candidate à la présidentielle de 2027, mais la cour d'appel de Paris l'a aussi condamnée à un an de bracelet électronique. (AFP)
  • La cheffe de file de l'extrême droite avait conditionné sa candidature à l'absence de condamnation au port d'un bracelet. Elle doit s'exprimer au journal de 20h de TF1
  • "Quand on est un candidat à la présidentielle, il faut être totalement libre de ses mouvements, et ça n'est pas le cas si vous êtes porteur d'un bracelet électronique", avait-elle déclaré sur la chaîne LCI

PARIS:  Marine Le Pen, condamnée mardi à 45 mois d'inéligibilité, dont 30 avec sursis, peut a priori être candidate à la présidentielle de 2027, mais la cour d'appel de Paris l'a aussi condamnée à un an de bracelet électronique.

La cheffe de file de l'extrême droite avait conditionné sa candidature à l'absence de condamnation au port d'un bracelet. Elle doit s'exprimer au journal de 20h de TF1.

Mme Le Pen avait conditionné mercredi sa candidature à l'absence de condamnation au port d'un bracelet. "Quand on est un candidat à la présidentielle, il faut être totalement libre de ses mouvements, et ça n'est pas le cas si vous êtes porteur d'un bracelet électronique", avait-elle déclaré sur la chaîne LCI.