Face à des défis existentiels, l'UE craint le vide de l'après-Merkel

Angela Merkel, la cheffe de gouvernement à la plus grande longévité parmi les démocraties européennes, a joué un rôle tout à fait décisif dans l'UE, explique le politologue Janis Emmanouilidis du European Policy Centre (EPC). (AFP)
Angela Merkel, la cheffe de gouvernement à la plus grande longévité parmi les démocraties européennes, a joué un rôle tout à fait décisif dans l'UE, explique le politologue Janis Emmanouilidis du European Policy Centre (EPC). (AFP)
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Publié le Jeudi 23 septembre 2021

Face à des défis existentiels, l'UE craint le vide de l'après-Merkel

  • L'UE est confrontée à des défis historiques: reconstruire une économie forte après la pandémie, lutter contre le changement climatique, affirmer son rôle géopolitique face aux Etats-Unis et à la Chine
  • L'ancienne ministre espagnole des AE reproche à la chancelière sa «stratégie consistant à attendre que les situations désespérées appellent des mesures désespérées»

BRUXELLES: Le retrait d'Angela Merkel de la scène politique suscite la peur du vide au sein de l'Union européenne, confrontée à des chantiers décisifs pour sa survie, mais aussi l'espoir d'un vent de renouveau.

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Ces derniers mois, les dirigeants de l'UE ont multiplié hommages et remerciements à celle qui a dirigé l'Allemagne depuis 2005, presque aussi longtemps que le chancelier de la Réunification, Helmut Kohl (1982-1998).


Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a salué son "énorme autorité". La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a souligné à quel point l'esprit d'analyse de cette docteure en chimie avait été crucial pour débloquer les négociations européennes parfois interminables.


Angela Merkel, la cheffe de gouvernement à la plus grande longévité parmi les démocraties européennes, a joué un rôle tout à fait décisif dans l'UE, explique le politologue Janis Emmanouilidis du European Policy Centre (EPC). Elle tirera sa révérence quelques mois après les législatives allemandes de dimanche, le temps qu'un nouveau gouvernement soit formé.


"Bien sûr, son départ laisse un vide", a-t-il déclaré à l'AFP, évoquant "la fin d'une époque". Au cours de ses 16 années au pouvoir, Mme Merkel a dû faire face à une "crise permanente" de l'UE, de la crise financière de 2008 à la pandémie de coronavirus, en passant par le Brexit, rappelle cet expert.

De la rue au Bundestag, des militants du climat en quête de suffrages

C'est vêtue d'un déguisement de licorne couleur arc-en-ciel que Kathrin Henneberger s'est fait connaître lorsqu'elle occupait une forêt allemande menacée par les bulldozers. La jeune militante pour le climat aspire désormais à endosser le costume de député.


Cette activiste habituée aux opérations coups de poing a décidé, à 34 ans, de se présenter aux élections législatives qui se tiennent dimanche en Allemagne.


Un pas qu'a également franchi Jakob Blasel, l'un des organisateurs du mouvement Fridays for Future en Allemagne.


Ils veulent représenter une jeunesse qui se mobilise en masse pour le climat mais aimerait être davantage entendue par les politiques.


Il faut entrer dans "les lieux où les décisions sont prises", fait valoir Jakob Blasel, 20 ans et déjà plusieurs années de militantisme derrière lui.


Comme Kathrin Henneberger, il a choisi de s'engager chez les Verts, un "vieux" parti du paysage électoral en Allemagne qui pointe en troisième place dans les sondages nationaux.


Aucun programme électoral, même pas celui des Verts, n'est aujourd'hui compatible avec l'accord de Paris, qui vise à limiter le réchauffement "bien en deçà" de +2°C et si possible à +1,5°C, accuse Fridays for Future.

Inondations et glacier 

Mais activisme et politique "ne sont pas en contradiction, ça se complète parfaitement", affirme à l'AFP le jeune homme à la tignasse bouclée qui espère être élu député en Schleswig-Holstein (nord).


Il espère que les inondations meurtrières de juillet dans l'ouest de l'Allemagne auront fait prendre conscience à beaucoup d'électeurs que l'impact du dérèglement climatique frappe à leur porte.


Dans les Alpes bavaroises, les scientifiques tirent la sonnette d'alarme depuis plusieurs années.


Accrochée à une falaise désertique du Zugspitze, le plus haut sommet d'Allemagne, la station de recherche Schneefernhaus mesure, saison après saison, la fonte des glaciers.


"Regardez, on peut voir à certains endroits qu'il n'y a plus de neige", pointe Inga Beck, 37 ans, porte-parole de la station, devant une fenêtre qui donne sur le glacier Schneefern Nord, le plus grand du pays. 


Un récent rapport ministériel estime que 250 litres d'eau s'écoulent du glacier toutes les 30 secondes. A ce rythme, celui-ci, ainsi que les quatre glaciers allemands, auront disparu d'ici à 2040.


Dans la région du Zugspitze, "les températures ont grimpé d'1,5 degrés ces trente dernières années", relate Hans Peter Schmid, directeur de l'institut de recherche KIT-Campus Alpin.

Rassembler jeunes et anciens 

Kathrin Henneberger a longtemps cru que la désobéissance civile était le principal moyen d'agir pour sauver la planète.


"J'ai occupé des mines, bloqué la construction de centrales, mais il y a une nouvelle jeune génération qui s'active", explique celle qui a adhéré à l'ONG Greenpeace à l'âge de 13 ans.


"On n'a plus besoin de moi ici, tandis que cette génération a besoin de députés qui la prennent au sérieux", observe-t-elle, soulignant : "l'industrie fossile est au Bundestag et y a une très grande influence."


Dans plusieurs régions allemandes, les écologistes sont déjà au pouvoir, parfois même aux côtés des conservateurs.


Les Verts, qui ont toutes les chances d'entrer au gouvernement, tentent de faire le pont entre les revendications, parfois radicales, des activistes et l'électorat plus traditionnel d'un pays où les plus de 60 ans représentent 38% des électeurs.


Parmi leurs propositions phares : avancer à 2030 la sortie du charbon prévue en 2038, et interdire à partir de cette date la vente de voitures équipés de moteurs à combustion.


Membre des Verts depuis près de quarante ans, Hajo Siemes accueille avec enthousiasme la nouvelle génération.


Cet élu local de 74 ans accompagnait récemment Kathrin Henneberger lors d'un déplacement de campagne en vélo dans sa circonscription de Möchengladbach (ouest) et se souvient de son propre parcours.


"Beaucoup d'entre-nous viennent du terrain et étaient dans la rue", observe ce vétéran de la lutte antinucléaire des années 1970.


Politiques, manifestants, activistes... "un mouvement vit de la diversité des acteurs", insiste Mme Henneberger.


"Nous ne pouvons pas imposer les 1,5 degrés en politique uniquement à travers des manifestations massives", explique la candidate, qui ne compte pas renoncer à descendre dans la rue.


Vendredi, l'avant-veille du scrutin, elle sera, comme Jakob Blasel, dans les cortèges appelés à "une grève mondiale" par le mouvement Fridays for Future.

Gestionnaire pragmatique 

Ses discours sur l'Europe n'entreront pas dans l'Histoire. Dépourvue de grande vision, la chancelière doit sa bonne image à ses talents de gestionnaire pragmatique qui lui ont permis de maintenir l'unité de l'UE dans l'adversité en forgeant les compromis nécessaires.


Elle a fait preuve de "continuité et de fermeté", ce que de nombreux Européens ont apprécié en période d'incertitude. "Le prochain chancelier devra d'abord prendre de l'envergure avant de pouvoir prétendre à la remplacer dans ce rôle", souligne-t-il. Peu importe qu'il s'appelle Armin Laschet (CDU), Olaf Scholz (SPD) ou Annalena Baerbock (Verts).


Selon une étude menée dans 12 pays de l'UE par le Conseil européen pour les relations internationales (ECFR), 41% des personnes interrogées affirment qu'elles voteraient pour Angela Merkel plutôt que pour Emmanuel Macron, s'il fallait élire un président pour l'Europe.


Pendant la crise de l'euro, au début des années 2010, elle avait pourtant suscité la colère après avoir tardé à venir en aide aux pays endettés, comme la Grèce, laissant craindre un moment une implosion de la monnaie unique.

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Allemagne : un mode de scrutin à la fois majoritaire et proportionnel

Les élections législatives allemandes qui ont lieu le 26 septembre se déroulent selon un système de vote complexe, qui allie scrutin uninominal direct à un tour et principe proportionnel.


Elles sont cruciales car l’Allemagne est une démocratie parlementaire où le/la chancelier/e est élu/e par les députés du Bundestag, la chambre basse du Parlement, dans le sillage du scrutin, et non directement par la population.


Deux voix 
Chacun des 60,4 millions d'électeurs dispose de deux voix pour élire les députés, dont le nombre a été fixé à 598 au minimum. Le chiffre final devrait toutefois être supérieur et ne sera connu qu'à l'issue du scrutin.


La moitié des sièges (299) sont attribués par un scrutin uninominal direct à l'échelle des circonscriptions. Le candidat arrivé en tête, même s'il n'atteint pas les 50%, est élu. Ce qui favorise traditionnellement les grands partis, les petits n'ayant que très peu de députés élus directement.


Mais les électeurs disposent d'une deuxième voix, qu'il doivent attribuer à une liste de partis dans chaque Etat régional. C'est là qu'intervient le système proportionnel, mis en place sous l'influence des alliés après la guerre pour éviter un retour du totalitarisme, avec un seuil minimum de 5% des suffrages pour entrer au Bundestag. 

Sièges supplémentaires 

L'électeur peut voter deux fois pour le même parti ou différencier son choix. Les Allemands optent souvent pour cette dernière solution car ils sont habitués à être gouvernés par des coalitions, en raison du système proportionnel, et essaient d'influencer leur composition.


La deuxième voix a beaucoup d'importance: le score obtenu par chaque parti dans chaque Etat régional va en effet déterminer en grande partie le nombre d'élus envoyés au final au Bundestag, via un mode de calcul compliqué.


Si un parti obtient par exemple dans une région donnée (ou in fine au plan national) 30% des voix à la proportionnelle, il aura droit à coup sûr à 30% de tous les sièges alloués. 

Obésité? 

A ce stade, deux cas de figure: si le nombre d'élus directs au scrutin majoritaire représente un total inférieur à ce seuil de 30%, on complète avec les élus de la liste régionale. Si en revanche il est supérieur au score proportionnel, ces sièges directs supplémentaires restent et augmentent donc mécaniquement le nombre total de députés au Bundestag.


D'autant qu'en pareil cas, la Cour constitutionnelle allemande a imposé un rééquilibrage sous forme d'une attribution de sièges supplémentaires aussi aux autres petits partis, afin de préserver la dimension proportionnelle du scrutin.


Le nombre final d'élus a de ce fait enflé de scrutin en scrutin dans la période récente: ils sont déjà 709 députés dans le Bundestag sortant et pourraient, selon certaines projections dépasser cette fois 750. 


Plusieurs tentatives pour plafonner ce nombre ont eu lien dans le passé mais sans résultat probant.

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Attente et hésitations 

"Angela Merkel n'a pas sauvé l'Europe", affirme l'ancien président de la Commission, Jean-Claude Juncker. "C'est le narratif allemand qui voudrait qu'elle ait été à l'origine de toutes les solutions dans les crises graves", a-t-il déclaré au quotidien belge Le Soir. "Je ne sous-estime pas le rôle qu'elle a joué mais je suis loin de le surestimer pour avoir vécu ses propres hésitations durant cette période qui fut parmi les plus difficiles de la construction européenne".


Pour ce vétéran de la politique luxembourgoise, Merkel a cependant agi en "femme d'Etat" en ouvrant les frontières allemandes aux réfugiés en 2015 malgré les attaques dont elle a été la cible dans son pays, et "elle a bien réagi" durant la pandémie en acceptant un plan de sauvetage historique à 750 milliards d'euros qui a incarné la solidarité européenne.


L'ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères, Ana Palacio, reproche à la chancelière sa "stratégie consistant à attendre que les situations désespérées appellent des mesures désespérées". Cette stratégie a "souvent profité à ceux qui enfreignent les règles", assure-t-elle, en référence aux tergiversations allemandes face au chef du gouvernement hongrois Viktor Orban dont le pays s'est éloigné des valeurs européennes.


Or, l'UE est confrontée à des défis historiques: reconstruire une économie forte après la pandémie, lutter contre le changement climatique, affirmer son rôle géopolitique face aux Etats-Unis et à la Chine... 


"Mme Merkel a peut-être habilement maintenu le statu quo sur le continent au cours des dernières années, mais les défis auxquels l'Europe est confrontée aujourd'hui exigent des solutions radicales, et non des changements cosmétiques. Ce dont l'UE a besoin aujourd'hui, c'est d'une Allemagne visionnaire", estime Piotr Buras, de l'ECFR.


Les principaux points de l'accord Iran-Etats-Unis

Les Etats-Unis commenceront "immédiatement" à lever leur blocus des ports iraniens qu'ils avaient mis en place le 13 avril, et y mettront complètement fin dans un délai de 30 jours. (AFP)
Les Etats-Unis commenceront "immédiatement" à lever leur blocus des ports iraniens qu'ils avaient mis en place le 13 avril, et y mettront complètement fin dans un délai de 30 jours. (AFP)
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  • Les Etats-Unis, l'Iran et leurs alliés respectifs "déclarent la cessation immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban"
  • Ils s'engagent "à ne pas initier de guerre ou d'opération militaire l'un contre l'autre et à s'abstenir de la menace ou de l'usage de la force l'un contre l'autre, tout en garantissant l'intégrité territoriale et la souveraineté du Liban"

TEHERAN: Voici les principaux points du protocole d'accord signé entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-orient, dont le contenu a été rendu public par Washington et Téhéran:

Cessation permanente des hostilités 

Les Etats-Unis, l'Iran et leurs alliés respectifs "déclarent la cessation immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban".

Ils s'engagent "à ne pas initier de guerre ou d'opération militaire l'un contre l'autre et à s'abstenir de la menace ou de l'usage de la force l'un contre l'autre, tout en garantissant l'intégrité territoriale et la souveraineté du Liban".

Accord final sous 60 jours 

L'Iran et les Etats-Unis "s'engagent à négocier et à conclure l'accord final dans un délai maximum de 60 jours, extensible d'un commun accord".

Levée du blocus naval américain 

Les Etats-Unis commenceront "immédiatement" à lever leur blocus des ports iraniens qu'ils avaient mis en place le 13 avril, et y mettront complètement fin dans un délai de 30 jours.

Les Etats-Unis s'engagent en outre "à retirer leurs forces des abords de la République islamique d'Iran dans les 30 jours suivant l'accord final".

Réouverture du détroit d'Ormuz 

L'Iran s'engage à "assurer la sécurité du passage des navires commerciaux, sans frais pendant 60 jours uniquement, du golfe Persique vers la mer d'Oman, et inversement. Le trafic des navires commerciaux commencera immédiatement" et sera pleinement rétabli dans un délai de 30 jours, une fois le détroit d'Ormuz déminé.

Plan de 300 milliards de dollars pour l'Iran 

Les Etats-Unis et leurs partenaires régionaux élaboreront un plan "d'un montant d'au moins 300 milliards de dollars, destiné à la reconstruction et au développement économique" de l'Iran.

Levée des sanctions 

Les Etats-Unis "s'engagent à mettre fin à tous les types de sanctions" unilatérales et internationales contre l'Iran, selon un calendrier qui sera convenu dans l'accord final.

En attendant, les Etats-Unis "s'engagent à rendre pleinement disponibles et utilisables les fonds et avoirs de la République islamique d'Iran gelés ou soumis à des restrictions dès la mise en œuvre du présent protocole d'accord".

De façon immédiate et jusqu'à la levée des sanctions, le département du Trésor américain délivrera "des dérogations pour l'exportation de pétrole brut iranien, de produits pétroliers et dérivés, ainsi que pour tous les services associés, y compris les transactions bancaires, les assurances, le transport, etc".

Nucléaire 

L'Iran réaffirme qu'il "ne se procurera ni ne développera d'armes nucléaires".

Le sort de l'uranium enrichi accumulé par l'Iran sera réglé "selon un mécanisme qui sera convenu mutuellement (...) la méthodologie a minima consistant en une méthode de dilution sur place sous la supervision de l'AIEA" (Agence internationale de l'énergie atomique).

En attendant cet accord final, l'Iran "maintiendra le statu quo actuel de son programme nucléaire", et les Etats-Unis "n'imposeront aucune nouvelle sanction et ne déploieront pas de forces supplémentaires dans la région".

Signature 

Selon le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, dont la médiation a été cruciale, l'accord a été signé électroniquement et à distance jeudi, heure d'Islamabad, par les présidents iranien Massoud Pezeshkian et américain Donald Trump.

Une cérémonie de signature est confirmée vendredi en Suisse "pour commémorer cet événement marquant et donner le coup d'envoi des discussions techniques".

Résolution de l'ONU 

L'accord final sera entériné par une résolution contraignante du Conseil de sécurité de l'ONU.


Les présidents américain et iranien signent à distance le protocole d'accord

Les présidents américain et iranien ont chacun signé à distance mercredi soir le protocole d'accord dans lequel Téhéran s'engage à diluer son uranium enrichi dans le cadre de futures négociations, en échange de la levée des sanctions de Washington. (AFP)
Les présidents américain et iranien ont chacun signé à distance mercredi soir le protocole d'accord dans lequel Téhéran s'engage à diluer son uranium enrichi dans le cadre de futures négociations, en échange de la levée des sanctions de Washington. (AFP)
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  • Le protocole d'accord, qui inclut le front libanais, a été signé par Donald Trump, en visite en France
  • "Je viens de le signer", a-t-il dit à la presse en quittant le château de Versailles. Un responsable de la Maison Blanche a par la suite publié une vidéo sur X où l'on voit le républicain signer l'accord aux côtés d'Emmanuel Macron

WASHINGTON: Les présidents américain et iranien ont chacun signé à distance mercredi soir le protocole d'accord dans lequel Téhéran s'engage à diluer son uranium enrichi dans le cadre de futures négociations, en échange de la levée des sanctions de Washington.

Washington et Téhéran sont convenus cette semaine d'un accord pour mettre fin au conflit déclenché le 28 février par les Etats-Unis et Israël contre la République islamique, qui a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban.

Le protocole d'accord, qui inclut le front libanais, a été signé par Donald Trump, en visite en France.

"Je viens de le signer", a-t-il dit à la presse en quittant le château de Versailles. Un responsable de la Maison Blanche a par la suite publié une vidéo sur X où l'on voit le républicain signer l'accord aux côtés d'Emmanuel Macron, le pouce levé et sourire aux lèvres.

Le texte a été signé par le président iranien Massoud Pezeshkian et son homologue américain, a déclaré de son côté le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Esmaïl Baghaï.

Réouverture d'Ormuz 

Cela signifie que le détroit d'Ormuz sera "instantanément" rouvert et que le blocus américain des ports iraniens prendra fin "immédiatement", a affirmé le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif.

Il a par ailleurs confirmé qu'une cérémonie aura lieu vendredi en Suisse pour "commémorer cet événement marquant et donner le coup d'envoi des discussions techniques".

Une signature formelle par le vice-président américain JD Vance et le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, était initialement prévue en Suisse à la fin de la semaine.

"Cet accord acte l'échec des Etats-Unis" face à l'Iran, a déclaré mercredi soir M. Ghalibaf à la télévision d'Etat.

Le secrétaire général du Hezbollah chiite libanais pro-Téhéran, Naïm Kassem, a lui qualifié cet accord de "grande victoire" pour l'Iran, qu'il a remercié d'avoir insisté pour y inclure le front libanais.

Dans un message télévisé, il a appelé à "tirer profit" de cet accord pour "expulser Israël" du Liban. Le Liban a été entraîné dans le conflit lorsque le Hezbollah a tiré le 2 mars des roquettes contre Israël en soutien à l'Iran.

Le chef du Hezbollah a également appelé le gouvernement libanais à arrêter les négociations directes avec Israël, engagées depuis avril sous l'égide de Washington. Le président libanais Joseph Aoun avait auparavant assuré que le processus était "indépendant" de l'accord américano-iranien.

Période de négociations de deux mois 

Le texte du protocole d'accord, lu mercredi par un haut responsable américain à des journalistes, prévoit que les Etats-Unis suspendent, dès sa signature, leurs sanctions sur la vente de pétrole iranien. Ils s'engagent également à lever l'ensemble de leurs sanctions contre Téhéran en cas de conclusion d'un accord définitif, au terme d'une période de négociations de 60 jours.

Au cours de ces deux mois, les deux pays discuteront d'un mécanisme permettant de traiter les stocks iraniens "en recourant, au minimum, à une méthode de dilution sur place sous la supervision de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique)", a souligné ce responsable, voulant y voir une "victoire majeure" pour Washington.

Selon la même source, l'Iran devra permettre de son côté, dans un délai de 30 jours, le plein rétablissement de la circulation maritime dans le stratégique détroit d'Ormuz, dont le blocage persistant pèse sur l'économie mondiale.

Les Etats-Unis s'engagent par ailleurs, en cas d'accord définitif, à faciliter "avec leurs partenaires régionaux", notamment du Golfe, le déblocage d'un fonds de 300 milliards de dollars pour la reconstruction et le développement économique de l'Iran, sans que cela implique une quelconque participation financière américaine.

L'Iran a publié mercredi le texte de l'accord, via l'agence de presse gouvernementale Irna.

Les pays membres du G7, réunis en France pour un sommet, ont salué dans une déclaration commune "une opportunité historique d'empêcher l'Iran d'acquérir toute arme nucléaire et de s'attaquer aux menaces liées à ses activités régionales et balistiques".

La Chine a de son côté estimé "essentiel" que "toutes les parties" appliquent scrupuleusement cet accord et évitent les "ingérences" extérieures, lors d'un entretien téléphonique de son ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, avec son homologue iranien, Abbas Araghchi, selon Pékin.

Le chef de la diplomatie chinoise, dont le pays est largement dépendant des importations de pétrole du Golfe, a insisté sur la nécessité que la navigation dans le détroit d'Ormuz soit "correctement gérée, en répondant avec prudence aux vives préoccupations de la communauté internationale".

Les cours du pétrole ont terminé en légère progression mercredi, les opérateurs se montrant prudents quant à la signature du protocole d'accord, le Brent, référence mondiale du brut, progressant de 0,75 %, à 79,55 dollars le baril.


Le G7 «uni» pour faire monter la pression sur la Russie et revenir à la stabilité au Moyen-Orient

Les dirigeants du G7, Donald Trump en tête, ont affiché leur volonté mardi lors d'un sommet à Evian d'intensifier la pression sur la Russie via des sanctions pour arrêter la guerre en Ukraine.  Les Sept - Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni - ont également discuté avec des pays du Moyen-Orient des moyens d'accompagner la réouverture du détroit d'Ormuz et du retour de la stabilité au Liban après l'accord entre Téhéran et Washington. (AFP)
Les dirigeants du G7, Donald Trump en tête, ont affiché leur volonté mardi lors d'un sommet à Evian d'intensifier la pression sur la Russie via des sanctions pour arrêter la guerre en Ukraine. Les Sept - Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni - ont également discuté avec des pays du Moyen-Orient des moyens d'accompagner la réouverture du détroit d'Ormuz et du retour de la stabilité au Liban après l'accord entre Téhéran et Washington. (AFP)
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  • Donald Trump, qui était totalement absorbé par le conflit en Iran ces dernières semaines, a aussi promis de "tout faire" pour aider à mettre fin à la guerre en Ukraine
  • Les négociations de paix sous médiation américaine sont totalement enlisées depuis le début du conflit au Moyen-Orient le 28 février

EVIAN: Les dirigeants du G7, Donald Trump en tête, ont affiché leur volonté mardi lors d'un sommet à Evian d'intensifier la pression sur la Russie via des sanctions pour arrêter la guerre en Ukraine.

Les Sept - Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni - ont également discuté avec des pays du Moyen-Orient des moyens d'accompagner la réouverture du détroit d'Ormuz et du retour de la stabilité au Liban après l'accord entre Téhéran et Washington.

L'annonce la plus attendue est venue du président américain, qui a dit vouloir rétablir certaines sanctions pesant sur le pétrole russe, un temps suspendues pour contrer la flambée des cours du brut occasionnée par le conflit contre l'Iran.

"Nous serons bientôt en mesure" de les réintroduire, a-t-il assuré, alors que le trafic dans le détroit, par lequel transite un cinquième des exportations mondiales d'hydrocarbures, reprend timidement. Ces exportations constituent la principale source de financement de l'effort de guerre russe depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022.

Donald Trump, qui était totalement absorbé par le conflit en Iran ces dernières semaines, a aussi promis de "tout faire" pour aider à mettre fin à la guerre en Ukraine.

Les négociations de paix sous médiation américaine sont totalement enlisées depuis le début du conflit au Moyen-Orient le 28 février.

Autant de déclarations accueillies avec soulagement par ses pairs, alors que le président américain  s'est souvent montré plus à l'écoute du Russe Vladimir Poutine que de l'Ukrainien Volodymyr Zelensky, qu'il avait accueilli avec une rudesse sans pareille en février 2025 dans le Bureau Ovale.

Zelensky félicité 

Les dirigeants du G7 sont "unis", "ils font le constat qu'il y a une dynamique sur le terrain" en faveur de l'Ukraine et sont d'accord pour "augmenter la pression" sur la Russie et livrer plus de moyens de défense antiaérienne à Kiev, avait esquissé auparavant une source diplomatique française.

Signe de sa bonne disposition, Donald Trump a aussi rencontré une vingtaine de minutes en aparté le président ukrainien et devait le revoir dans l'après-midi. Leur dernière rencontre remontait au 28 décembre aux Etats-Unis.

Le président américain l'a félicité pour la "performance" de l'armée ukrainienne sur le terrain et il a reconnu que la "dynamique" était ukrainienne, selon un participant.

"C'est formidable que tout le monde comprenne que la Russie ne va pas gagner et que nous devons faire pression sur Poutine pour qu'il mette un terme à cette guerre", s'est félicité le président ukrainien, qu'Emmanuel Macron a invité à rester jusqu'à la fin du sommet mercredi.

Multipliant les marques d'attention, le président français est allé à sa rencontre à son arrivée à l'hôtel Royal, sur les bords du Lac Léman, où se tenait cette année la grand-messe de ce club de grandes puissances industrialisées.

"Déminage" 

Le président américain, lui, aura les honneurs du château de Versailles mercredi pour un dîner. "Et Versailles, c'est pas du plaqué or, c'est du lourd", s'est-il réjoui.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a annoncé que le Royaume-Uni allait fournir de l'uranium enrichi à l'Ukraine pour ses centrales nucléaires et imposer de nouvelles sanctions à la Russie.

Le chef du gouvernement canadien a fait de même avec des sanctions visant la flotte fantôme de pétroliers au service de la Russie, ses revenus énergétiques, son industrie de défense et les acteurs de la désinformation.

Et Friedrich Merz a offert un maillot de football allemand floqué à son nom au président américain, deux jours après son anniversaire.

Les dirigeants du G7 et leurs homologues d'Egypte, du Qatar et des Emirats arabes unis se sont ensuite félicités lors d'un déjeuner de l'accord irano-américain, un "très beau deal" selon une source diplomatique.

Ils ont insisté sur la "nécessité d'avoir de la visibilité sur la menace iranienne", de diversifier les routes d'approvisionnement en hydrocarbures pour réduire la dépendance au détroit d'Ormuz, cartes à l'appui, et d'un "effort multinational pour soutenir l'armée libanaise".

Les Etats-Unis nous "demandent de mettre des capacités de déminage" à disposition dans le détroit d'Ormuz, a indiqué une source européenne, précisant que des bateaux français et allemands étaient notamment mobilisés à cette fin.

Donald Trump s'était pourtant montré assez peu intéressé la veille par la mission maritime internationale mise en place par Paris et Londres pour garantir le retour à la liberté de circulation dans la région, une fois la paix revenue.

Mercredi, au dernier jour du sommet, le G7 recevra plusieurs "leaders de la tech mondiale" pour un déjeuner où il sera question de régulation, ou encore d'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ou 16 ans. Des débats qui s'annoncent tendus avec Donald Trump.