Face à des défis existentiels, l'UE craint le vide de l'après-Merkel

Angela Merkel, la cheffe de gouvernement à la plus grande longévité parmi les démocraties européennes, a joué un rôle tout à fait décisif dans l'UE, explique le politologue Janis Emmanouilidis du European Policy Centre (EPC). (AFP)
Angela Merkel, la cheffe de gouvernement à la plus grande longévité parmi les démocraties européennes, a joué un rôle tout à fait décisif dans l'UE, explique le politologue Janis Emmanouilidis du European Policy Centre (EPC). (AFP)
Short Url
Publié le Jeudi 23 septembre 2021

Face à des défis existentiels, l'UE craint le vide de l'après-Merkel

  • L'UE est confrontée à des défis historiques: reconstruire une économie forte après la pandémie, lutter contre le changement climatique, affirmer son rôle géopolitique face aux Etats-Unis et à la Chine
  • L'ancienne ministre espagnole des AE reproche à la chancelière sa «stratégie consistant à attendre que les situations désespérées appellent des mesures désespérées»

BRUXELLES: Le retrait d'Angela Merkel de la scène politique suscite la peur du vide au sein de l'Union européenne, confrontée à des chantiers décisifs pour sa survie, mais aussi l'espoir d'un vent de renouveau.

photo


Ces derniers mois, les dirigeants de l'UE ont multiplié hommages et remerciements à celle qui a dirigé l'Allemagne depuis 2005, presque aussi longtemps que le chancelier de la Réunification, Helmut Kohl (1982-1998).


Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a salué son "énorme autorité". La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a souligné à quel point l'esprit d'analyse de cette docteure en chimie avait été crucial pour débloquer les négociations européennes parfois interminables.


Angela Merkel, la cheffe de gouvernement à la plus grande longévité parmi les démocraties européennes, a joué un rôle tout à fait décisif dans l'UE, explique le politologue Janis Emmanouilidis du European Policy Centre (EPC). Elle tirera sa révérence quelques mois après les législatives allemandes de dimanche, le temps qu'un nouveau gouvernement soit formé.


"Bien sûr, son départ laisse un vide", a-t-il déclaré à l'AFP, évoquant "la fin d'une époque". Au cours de ses 16 années au pouvoir, Mme Merkel a dû faire face à une "crise permanente" de l'UE, de la crise financière de 2008 à la pandémie de coronavirus, en passant par le Brexit, rappelle cet expert.

De la rue au Bundestag, des militants du climat en quête de suffrages

C'est vêtue d'un déguisement de licorne couleur arc-en-ciel que Kathrin Henneberger s'est fait connaître lorsqu'elle occupait une forêt allemande menacée par les bulldozers. La jeune militante pour le climat aspire désormais à endosser le costume de député.


Cette activiste habituée aux opérations coups de poing a décidé, à 34 ans, de se présenter aux élections législatives qui se tiennent dimanche en Allemagne.


Un pas qu'a également franchi Jakob Blasel, l'un des organisateurs du mouvement Fridays for Future en Allemagne.


Ils veulent représenter une jeunesse qui se mobilise en masse pour le climat mais aimerait être davantage entendue par les politiques.


Il faut entrer dans "les lieux où les décisions sont prises", fait valoir Jakob Blasel, 20 ans et déjà plusieurs années de militantisme derrière lui.


Comme Kathrin Henneberger, il a choisi de s'engager chez les Verts, un "vieux" parti du paysage électoral en Allemagne qui pointe en troisième place dans les sondages nationaux.


Aucun programme électoral, même pas celui des Verts, n'est aujourd'hui compatible avec l'accord de Paris, qui vise à limiter le réchauffement "bien en deçà" de +2°C et si possible à +1,5°C, accuse Fridays for Future.

Inondations et glacier 

Mais activisme et politique "ne sont pas en contradiction, ça se complète parfaitement", affirme à l'AFP le jeune homme à la tignasse bouclée qui espère être élu député en Schleswig-Holstein (nord).


Il espère que les inondations meurtrières de juillet dans l'ouest de l'Allemagne auront fait prendre conscience à beaucoup d'électeurs que l'impact du dérèglement climatique frappe à leur porte.


Dans les Alpes bavaroises, les scientifiques tirent la sonnette d'alarme depuis plusieurs années.


Accrochée à une falaise désertique du Zugspitze, le plus haut sommet d'Allemagne, la station de recherche Schneefernhaus mesure, saison après saison, la fonte des glaciers.


"Regardez, on peut voir à certains endroits qu'il n'y a plus de neige", pointe Inga Beck, 37 ans, porte-parole de la station, devant une fenêtre qui donne sur le glacier Schneefern Nord, le plus grand du pays. 


Un récent rapport ministériel estime que 250 litres d'eau s'écoulent du glacier toutes les 30 secondes. A ce rythme, celui-ci, ainsi que les quatre glaciers allemands, auront disparu d'ici à 2040.


Dans la région du Zugspitze, "les températures ont grimpé d'1,5 degrés ces trente dernières années", relate Hans Peter Schmid, directeur de l'institut de recherche KIT-Campus Alpin.

Rassembler jeunes et anciens 

Kathrin Henneberger a longtemps cru que la désobéissance civile était le principal moyen d'agir pour sauver la planète.


"J'ai occupé des mines, bloqué la construction de centrales, mais il y a une nouvelle jeune génération qui s'active", explique celle qui a adhéré à l'ONG Greenpeace à l'âge de 13 ans.


"On n'a plus besoin de moi ici, tandis que cette génération a besoin de députés qui la prennent au sérieux", observe-t-elle, soulignant : "l'industrie fossile est au Bundestag et y a une très grande influence."


Dans plusieurs régions allemandes, les écologistes sont déjà au pouvoir, parfois même aux côtés des conservateurs.


Les Verts, qui ont toutes les chances d'entrer au gouvernement, tentent de faire le pont entre les revendications, parfois radicales, des activistes et l'électorat plus traditionnel d'un pays où les plus de 60 ans représentent 38% des électeurs.


Parmi leurs propositions phares : avancer à 2030 la sortie du charbon prévue en 2038, et interdire à partir de cette date la vente de voitures équipés de moteurs à combustion.


Membre des Verts depuis près de quarante ans, Hajo Siemes accueille avec enthousiasme la nouvelle génération.


Cet élu local de 74 ans accompagnait récemment Kathrin Henneberger lors d'un déplacement de campagne en vélo dans sa circonscription de Möchengladbach (ouest) et se souvient de son propre parcours.


"Beaucoup d'entre-nous viennent du terrain et étaient dans la rue", observe ce vétéran de la lutte antinucléaire des années 1970.


Politiques, manifestants, activistes... "un mouvement vit de la diversité des acteurs", insiste Mme Henneberger.


"Nous ne pouvons pas imposer les 1,5 degrés en politique uniquement à travers des manifestations massives", explique la candidate, qui ne compte pas renoncer à descendre dans la rue.


Vendredi, l'avant-veille du scrutin, elle sera, comme Jakob Blasel, dans les cortèges appelés à "une grève mondiale" par le mouvement Fridays for Future.

Gestionnaire pragmatique 

Ses discours sur l'Europe n'entreront pas dans l'Histoire. Dépourvue de grande vision, la chancelière doit sa bonne image à ses talents de gestionnaire pragmatique qui lui ont permis de maintenir l'unité de l'UE dans l'adversité en forgeant les compromis nécessaires.


Elle a fait preuve de "continuité et de fermeté", ce que de nombreux Européens ont apprécié en période d'incertitude. "Le prochain chancelier devra d'abord prendre de l'envergure avant de pouvoir prétendre à la remplacer dans ce rôle", souligne-t-il. Peu importe qu'il s'appelle Armin Laschet (CDU), Olaf Scholz (SPD) ou Annalena Baerbock (Verts).


Selon une étude menée dans 12 pays de l'UE par le Conseil européen pour les relations internationales (ECFR), 41% des personnes interrogées affirment qu'elles voteraient pour Angela Merkel plutôt que pour Emmanuel Macron, s'il fallait élire un président pour l'Europe.


Pendant la crise de l'euro, au début des années 2010, elle avait pourtant suscité la colère après avoir tardé à venir en aide aux pays endettés, comme la Grèce, laissant craindre un moment une implosion de la monnaie unique.

photo

 

Allemagne : un mode de scrutin à la fois majoritaire et proportionnel

Les élections législatives allemandes qui ont lieu le 26 septembre se déroulent selon un système de vote complexe, qui allie scrutin uninominal direct à un tour et principe proportionnel.


Elles sont cruciales car l’Allemagne est une démocratie parlementaire où le/la chancelier/e est élu/e par les députés du Bundestag, la chambre basse du Parlement, dans le sillage du scrutin, et non directement par la population.


Deux voix 
Chacun des 60,4 millions d'électeurs dispose de deux voix pour élire les députés, dont le nombre a été fixé à 598 au minimum. Le chiffre final devrait toutefois être supérieur et ne sera connu qu'à l'issue du scrutin.


La moitié des sièges (299) sont attribués par un scrutin uninominal direct à l'échelle des circonscriptions. Le candidat arrivé en tête, même s'il n'atteint pas les 50%, est élu. Ce qui favorise traditionnellement les grands partis, les petits n'ayant que très peu de députés élus directement.


Mais les électeurs disposent d'une deuxième voix, qu'il doivent attribuer à une liste de partis dans chaque Etat régional. C'est là qu'intervient le système proportionnel, mis en place sous l'influence des alliés après la guerre pour éviter un retour du totalitarisme, avec un seuil minimum de 5% des suffrages pour entrer au Bundestag. 

Sièges supplémentaires 

L'électeur peut voter deux fois pour le même parti ou différencier son choix. Les Allemands optent souvent pour cette dernière solution car ils sont habitués à être gouvernés par des coalitions, en raison du système proportionnel, et essaient d'influencer leur composition.


La deuxième voix a beaucoup d'importance: le score obtenu par chaque parti dans chaque Etat régional va en effet déterminer en grande partie le nombre d'élus envoyés au final au Bundestag, via un mode de calcul compliqué.


Si un parti obtient par exemple dans une région donnée (ou in fine au plan national) 30% des voix à la proportionnelle, il aura droit à coup sûr à 30% de tous les sièges alloués. 

Obésité? 

A ce stade, deux cas de figure: si le nombre d'élus directs au scrutin majoritaire représente un total inférieur à ce seuil de 30%, on complète avec les élus de la liste régionale. Si en revanche il est supérieur au score proportionnel, ces sièges directs supplémentaires restent et augmentent donc mécaniquement le nombre total de députés au Bundestag.


D'autant qu'en pareil cas, la Cour constitutionnelle allemande a imposé un rééquilibrage sous forme d'une attribution de sièges supplémentaires aussi aux autres petits partis, afin de préserver la dimension proportionnelle du scrutin.


Le nombre final d'élus a de ce fait enflé de scrutin en scrutin dans la période récente: ils sont déjà 709 députés dans le Bundestag sortant et pourraient, selon certaines projections dépasser cette fois 750. 


Plusieurs tentatives pour plafonner ce nombre ont eu lien dans le passé mais sans résultat probant.

photo

Attente et hésitations 

"Angela Merkel n'a pas sauvé l'Europe", affirme l'ancien président de la Commission, Jean-Claude Juncker. "C'est le narratif allemand qui voudrait qu'elle ait été à l'origine de toutes les solutions dans les crises graves", a-t-il déclaré au quotidien belge Le Soir. "Je ne sous-estime pas le rôle qu'elle a joué mais je suis loin de le surestimer pour avoir vécu ses propres hésitations durant cette période qui fut parmi les plus difficiles de la construction européenne".


Pour ce vétéran de la politique luxembourgoise, Merkel a cependant agi en "femme d'Etat" en ouvrant les frontières allemandes aux réfugiés en 2015 malgré les attaques dont elle a été la cible dans son pays, et "elle a bien réagi" durant la pandémie en acceptant un plan de sauvetage historique à 750 milliards d'euros qui a incarné la solidarité européenne.


L'ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères, Ana Palacio, reproche à la chancelière sa "stratégie consistant à attendre que les situations désespérées appellent des mesures désespérées". Cette stratégie a "souvent profité à ceux qui enfreignent les règles", assure-t-elle, en référence aux tergiversations allemandes face au chef du gouvernement hongrois Viktor Orban dont le pays s'est éloigné des valeurs européennes.


Or, l'UE est confrontée à des défis historiques: reconstruire une économie forte après la pandémie, lutter contre le changement climatique, affirmer son rôle géopolitique face aux Etats-Unis et à la Chine... 


"Mme Merkel a peut-être habilement maintenu le statu quo sur le continent au cours des dernières années, mais les défis auxquels l'Europe est confrontée aujourd'hui exigent des solutions radicales, et non des changements cosmétiques. Ce dont l'UE a besoin aujourd'hui, c'est d'une Allemagne visionnaire", estime Piotr Buras, de l'ECFR.


Le Pakistan fait état de négociations entre Washington et Téhéran

Cette photo de presse, prise le 29 juillet 2026 et diffusée par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, montre le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar (à droite), s'entretenant avec son homologue koweïtien, le cheikh Jarrah Jaber al-Ahmad al-Sabah, lors d'une réunion au ministère des Affaires étrangères à Islamabad. (AFP)
Cette photo de presse, prise le 29 juillet 2026 et diffusée par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, montre le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar (à droite), s'entretenant avec son homologue koweïtien, le cheikh Jarrah Jaber al-Ahmad al-Sabah, lors d'une réunion au ministère des Affaires étrangères à Islamabad. (AFP)
Short Url
  • La diplomatie pakistanaise a assuré jeudi que des négociations étaient "en cours" afin de "parvenir à une désescalade", en particulier concernant le détroit d'Ormuz, passage stratégique verrouillé par Téhéran,au coeur des tensions
  • Elle a indiqué faire "tout (son) possible pour ramener toutes les parties au protocole d'accord d'Islamabad" signé à la mi-juin et censé ouvrir la voie à des pourparlers de paix

TEHERAN: Le Pakistan, médiateur dans le conflit entre Washington et Téhéran, a affirmé jeudi que les belligérants négociaient en vue d'une désescalade après une nouvelle série de bombardements américains sur l'Iran dans la nuit, et des tirs de représailles iraniens.

En attendant une éventuelle percée dans ces discussions, le conflit au Moyen-Orient s'étend à de nouveaux pays: après l'Irak, où des groupes pro-iraniens ont été ciblés par des frappes conjointes américaines et saoudiennes, l'Egypte a fait état d'une attaque de drone dans le port de Damiette (nord).

La diplomatie pakistanaise a assuré jeudi que des négociations étaient "en cours" afin de "parvenir à une désescalade", en particulier concernant le détroit d'Ormuz, passage stratégique verrouillé par Téhéran,au coeur des tensions.

Elle a indiqué faire "tout (son) possible pour ramener toutes les parties au protocole d'accord d'Islamabad" signé à la mi-juin et censé ouvrir la voie à des pourparlers de paix.

Ce processus a déraillé depuis début juillet avec une reprise des frappes menées par les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran visant des bases américaines et des pays alliés de Washington au Moyen-Orient.

Plus tôt jeudi, le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a annoncé avoir "frappé des dizaines de cibles" des Gardiens de la Révolution en Iran.

Mettre fin à "l'escalade" 

Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par cette puissante force armée de la République islamique, de "multiples missiles balistiques" contre "les forces américaines basées au Moyen-Orient", précisant que ces missiles avaient été interceptés.

Les Gardiens ont, eux, annoncé jeudi que trois de leurs membres avaient été tués dans une attaque américaine  dans le nord-ouest du pays, tandis que les médias officiels iraniens ont fait état d'attaques dans des provinces méridionales.

Trois membres d'une même famille ont été tués dans une frappe contre une maison sur l'île de Qeshm, selon l'agence Fars.

Alors que l'Egypte a fait état d'une frappe de drone qui a touché deux navires, dont un américain, dans le port de Damiette mercredi, le président Abdel Fattah al-Sissi a appelé la communauté internationale à mettre fin à "l'escalade" dans la région.

Il s'agit de la première attaque en Egypte depuis le début de la guerre. M. Sissi a précisé qu'une enquête se poursuivait sur les circonstances de l'attaque qui n'a pas été revendiquée.

Les rebelles Houthis au Yémen, alliés de Téhéran et qui contrôlent une partie des rives de la mer Rouge, ont dit ne pas être derrière cette frappe.

Des pays de la région accueillant des forces américaines ont été visés de nouveau jeudi.

Le Koweït a rapporté qu'une personne avait été tuée par un bombardement iranien sur une entreprise chinoise.

La Jordanie a de son côté annoncé avoir intercepté cinq missiles tirés depuis l'Iran. Les Gardiens ont revendiqué avoir ciblé, en représailles à la frappe à Qeshm, des avions américains stationnés sur la base aérienne d'Al-Azraq.

"Notre tour" 

"On va les frapper très fort, parce que c'est à notre tour", avait menacé mercredi le président américain Donald Trump.

Dans la nuit de mardi à mercredi, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite avaient annoncé avoir mené des frappes conjointes contre des groupes armés pro-iraniens en Irak, accusés d'avoir attaqué des installations pétrolières saoudiennes, ce qu'ils ont démenti.

Ces attaques à travers l'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens - et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué cette alliance de groupes armés irakiens qui inclut des factions pro-iraniennes.

Avant les dernières frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, opposant les Houthis à l'Arabie saoudite, qui soutient le gouvernement yéménite.

"La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", a commenté pour l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, par lequel transitait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial avant la guerre, lancée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.

Jeudi matin, les Gardiens de la Révolution ont affirmé que deux pétroliers avaient tenté la veille au soir "de quitter le couloir maritime sûr" désigné par l'Iran, et que l'un d'entre eux avait "pris feu", sans autre précision.


Les Etats-Unis reprennent leurs bombardements sur l'Iran

Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays. (AFP)
Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays. (AFP)
Short Url
  • L'armée américaine a "frappé des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones"
  • Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par les Gardiens de la Révolution, de "multiples missiles balistiques"

TEHERAN: Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays.

L'armée américaine a "frappé des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones, des sites de surveillance et de défense côtières, ainsi que des capacités maritimes", a écrit le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par les Gardiens de la Révolution, de "multiples missiles balistiques" lors d'une "tentative d'attaque surprise contre les forces américaines basées au Moyen-Orient", précisant que tous ces missiles avaient été interceptés.

La Jordanie, qui héberge des forces américaines sur ses bases, a de son côté annoncé jeudi matin avoir intercepté cinq missiles tirés depuis l'Iran, qui n'ont pas fait de victime.

"Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", avait prévenu mercredi le président américain Donald Trump dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News.

"On va les frapper très fort, parce que c'est à notre tour", avait-il insisté plus tard devant la presse à la Maison Blanche.

Les médias officiels iraniens ont fait état d'attaques dans les provinces méridionales du Khuzestan et d'Hormozgan.

"Une attaque américaine contre une maison d'habitation dans le quartier de Chah Tangu, à Qeshm, a tué trois membres d'une même famille: le père, la mère et leur enfant de deux ans", a écrit l'agence Fars sur Telegram, en citant l'Université des sciences médicales d'Hormozgan, ajoutant que deux autres enfants âgés de sept et neuf ans, blessés, avaient été hospitalisés.

Dans la nuit de mardi à mercredi, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite avaient annoncé avoir mené des frappes conjointes contre des groupes armés pro-iraniens en Irak, accusés d'avoir attaqué des installations pétrolières saoudiennes (ce qu'ils ont démenti).

Riposte inévitable 

Ces attaques dans plusieurs villes d'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens - et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué ce réseau de factions à majorité chiite, intégré aux forces armées irakiennes et englobant des groupes armés pro-Iran.

"Notre riposte contre l'ennemi américain est inévitable, et pourrait frapper ses instruments en Arabie saoudite", a soutenu mercredi dans un communiqué la Résistance islamique en Irak, une puissante alliance armée irakienne pro-Iran.

Téhéran a condamné les frappes chez son voisin.

Dans la capitale iranienne, des habitants expriment leur lassitude.

"On ne sait pas vraiment si nous sommes en guerre ou en paix (...) Ce que je vois, c'est une population profondément découragée et déprimée", déclare à l'AFP Golrokh, une retraitée de 60 ans.

Avant les dernières frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, opposant les rebelles yéménites houthis pro-iraniens à l'Arabie saoudite.

Les rebelles ont affirmé mardi avoir visé avec des missiles un pétrolier saoudien en mer Rouge, l'accusant d'avoir "violé le blocus naval" dont ils menacent le royaume, premier exportateur de brut au monde.

"Téhéran utilise désormais son réseau de proxys (...). La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", a déclaré à l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, par lequel transitait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial avant la guerre, lancée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.

Jeudi matin, les Gardiens de la Révolution ont affirmé que deux pétroliers avaient tenté la veille au soir "de quitter le couloir maritime sûr" désigné par l'Iran, et que l'un d'entre eux avait "pris feu", sans autre précision. "Les deux bâtiments ont fait demi-tour à grande vitesse", selon la même source.

Ces nouvelles violences ont fait brièvement monter les cours du pétrole, avant qu'ils ne repartent à la baisse jeudi matin. "On craint que la guerre soit en train de s'étendre", a commenté auprès de l'AFP Andy Lipow, analyste chez Lipow Oil Associates. "Ce qui n'aiderait en rien à rétablir les flux pétroliers" dans la région.


Trump avertit qu'il va frapper «fort» l'Iran, après des attaques contre des bases américaines

L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays. (AFP)
L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays. (AFP)
Short Url
  • "Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", a déclaré le président américain dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News
  • La Jordanie, alliée de Washington et ciblée déjà par Téhéran, avait dit tôt mercredi avoir abattu cinq missiles venus d'Iran

TEHERAN: Donald Trump a averti que les Etats-Unis allaient frapper "fort" l'Iran après des tirs iraniens contre des bases américaines en Jordanie, relançant, après quelques jours d'accalmie, le conflit qui s'étend au Moyen-Orient.

L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays.

Cette reprise des hostilités, suspendues depuis samedi, a ravivé les inquiétudes pour l'approvisionnement en or noir. Vers 12H00 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, s'échangeait à 87,99 dollars, en hausse de 4,64%.

"Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", a déclaré le président américain dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News.

La Jordanie, alliée de Washington et ciblée déjà par Téhéran, avait dit tôt mercredi avoir abattu cinq missiles venus d'Iran.

Les Gardiens de la Révolution iraniens, puissante force armée, ont revendiqué une attaque de missiles contre "une base aérienne et le centre de commandement central des Etats-Unis".

"Violation flagrante" 

Washington a de son côté annoncé des frappes en Irak contre des groupes armés pro-iraniens, menées conjointement avec l'Arabie saoudite, visée plus tôt par des missiles en provenance du territoire irakien.

Ces attaques dans plusieurs villes d'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens -  et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué ce réseau de factions à majorité chiite, intégré aux forces armées irakiennes et englobant des groupes armés pro-Iran.

Cette coalition a dénoncé une "escalade dangereuse".

Si M. Trump a affirmé, selon le journaliste de Fox News, que les frappes étaient "coordonnées avec le gouvernement irakien", la présidence irakienne a dénoncé une "violation flagrante de la souveraineté de l'Irak".

Le Conseil ministériel irakien pour la sécurité nationale a ensuite indiqué avoir adopté "un plan de sécurité global (...) pour faire face à toute violation de la souveraineté de l’Irak et empêcher toute entité d’utiliser le territoire irakien pour menacer les États voisins".

Les groupes pro-iraniens en Irak ont démenti être derrière les tirs ayant visé des installations pétrolières dans l'est de l'Arabie saoudite.

"Des avions de combat américains et saoudiens ont frappé plusieurs sites logistiques et d'armement terroristes dans l'est de l'Irak", a écrit le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Téhéran a également condamné les frappes dans le pays voisin. Sa télévision d'Etat a fait état dans l'après-midi de bombardements américains sur une ville à la frontière avec l'Irak.

A Téhéran, des habitants exhalent leur lassitude.

"On ne sait pas vraiment si nous sommes en guerre ou en paix (...) Ce que je vois, c'est une population profondément découragée et déprimée", déclare à l'AFP Golrokh, une retraitée de 60 ans.

Avant les dernières échanges de frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, resté relativement calme depuis 2022, opposant les rebelles yéménites houthis à l'Arabie saoudite.

Ryad soutient militairement le gouvernement yéménite face aux Houthis, soutenus par l'Iran.

Les rebelles ont affirmé mardi avoir visé avec des missiles un pétrolier saoudien en mer Rouge, l'accusant d'avoir "violé le blocus naval" dont ils menacent le royaume, premier exportateur de brut au monde.

"Guerre par procuration" 

"Téhéran utilise désormais son réseau de proxys (...) La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", déclare à l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

Le gouvernement yéménite a accusé mercredi les Houthis de vouloir imposer des droits de passage aux navires transitant par la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb, un goulet d'étranglement à son extrémité sud.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule.

Les Gardiens iraniens ont d'ailleurs annoncé mercredi avoir frappé et arrêté trois pétroliers qui tentaient de franchir ce détroit, par lequel transitait avant la guerre quelque 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié dans le monde.

Washington avait dit la semaine dernière vouloir "laisser de la place aux négociations" avec les Iraniens, avec une pause dans les hostilités.

Les nouvelles frappes mercredi sont intervenues au lendemain de la visite à Washington du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a rencontré Donald Trump pour la première fois depuis le début de la guerre régionale, déclenchée par des attaques de leurs pays contre l'Iran le 28 février.