Daizy Gedeon, cinéaste libanaise: «J'essaie de susciter un mouvement»

Daizy Gedeon sur le tournage du film The Dream is Everything. (Photo fournie)
Daizy Gedeon sur le tournage du film The Dream is Everything. (Photo fournie)
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Publié le Vendredi 24 septembre 2021

Daizy Gedeon, cinéaste libanaise: «J'essaie de susciter un mouvement»

  • Lebanon… Imprisoned Splendour brosse le portrait d’un peuple libanais chaleureux et généreux, qui n’a pas hésité à accueillir la réalisatrice dans un contexte tragique
  • «Si le film ne bouscule pas, ne provoque pas ou ne motive pas les gens à agir, alors il est raté», déclare Daizy Gedeon

DUBAΪ: Avant l'explosion dramatique du port de Beyrouth, le 4 août 2020, Daizy Gedeon avait tourné un film: The Dream is Everything. La cinéaste libanaise y travaillait depuis des années. Elle a interviewé les plus grandes personnalités politiques du Liban autour d'un message d'espoir: construire un Liban meilleur après la longue guerre civile du pays.

«Quand j'ai commencé à creuser, j’ai découvert que les gens souffraient. Lorsque j’ai interrogé les politiciens sur les solutions qu’ils préconisaient, entre 2017 et 2019, je croyais encore qu'il y avait peut-être une part de vérité dans ce qu'ils disaient, qu'ils essayaient de reconstruire le pays et d'améliorer les choses. Mais, lorsque le 4-Août est survenu, le choc s'est transformé en tristesse, et cette tristesse en colère. «Je me suis dit: “Oublie le rêve. Il n'y a plus de rêve, ma petite.”», confie la réalisatrice à Arab News.

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Daizy Gedeon, 56 ans, est née au Liban, mais elle a grandi en Australie, où elle a été journaliste pendant de nombreuses années. (Photo fournie)

Après cette révélation, Gedeon a commencé à retravailler ses anciennes séquences, ajoutant de nouveaux volets et créant, au bout du compte, un film très différent: Enough! Lebanon’s Darkest Hour. Cette nouvelle version, centrée sur les négligences qui ont conduit à l'événement tragique et à toute la souffrance qu'il a engendrée, est un appel à l'action, à un changement de fondamental. La production a déjà trouvé un écho favorable auprès de l’industrie cinématographique internationale: elle a remporté le prix Movies That Matters du Festival de Cannes 2021, soutenu par le Better World Fund et Filmfestivals.com.

«Quand nous sommes revenus aux images dont nous disposions, nous avons compris que je n'avais pas besoin d'essayer d’inculper [les politiciens libanais]: ils se sont eux-mêmes incriminés avec leurs propres mots. Je n'avais pas besoin de sortir quoi que ce soit de son contexte. J'ai simplement décidé que je n’allais plus les montrer sous leur meilleur jour», explique Gedeon. «Avant, je pensais qu'ils faisaient partie de la solution, donc je ne souhaitais pas les vilipender. Je pensais qu'on avait besoin d'eux. Cette explosion est la pire chose qui pouvait arriver au Liban, mais c'était la meilleure chose qui pouvait arriver au film», poursuit-elle.

Daizy Gedeon, 56 ans, est née au Liban, mais elle a grandi en Australie, où elle a été journaliste pendant de nombreuses années. En 1988, elle couvre les Jeux olympiques de Séoul, en Corée du Sud, en tant que chroniqueuse de football. Elle est en vacances en Europe quand sa mère la supplie de retourner à Beyrouth pour rendre visite à sa famille et, après une première hésitation initiale, en raison du conflit qui fait rage dans la capitale, elle décide de s’y rendre pour deux semaines.

«Ce fut le début de mon histoire d'amour avec le Liban. J'ai appelé mon rédacteur en chef, en Australie, et je lui ai dit: “L'aéroport est fermé, je ne peux pas revenir.” Vraiment, je voulais en savoir plus. C'était fascinant, parce qu'il y avait une guerre en cours. Il fallait savoir jusqu’où s’approcher: il y avait une ligne verte, des francs-tireurs juste à côté. L’un de mes cousins faisait partie de l'une des milices et il m'a fait traverser les bâtiments», raconte Gedeon.

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La nouvelle version de son film a déjà trouvé un écho favorable auprès de l’industrie cinématographique internationale. (Photo fournie)

Daizy Gedeon a toujours été passionnée par la trilogie d'espionnage Jason Bourne de Robert Ludlum. L’ennemi du personnage principal, dans cette œuvre, est le terroriste vénézuélien Carlos. «J'ai adoré ces livres. Beyrouth, à cette époque, faisait vraiment partie de mes centres d’intérêt. À Beyrouth, c'était la vraie vie. Carlos le Chacal [le surnom du terroriste, NDLR] avait un repaire à Beyrouth. C’étaient des histoires à la James Bond qui correspondaient à mon imaginaire et à mon intrigue. En même temps, il y avait quelque chose de grave, parce que je venais de là», confie-t-elle. «J'ai commencé à éprouver une réelle affection pour les gens et j’ai établi une véritable connexion avec eux; cela m’a entraînée vers des zones que je n’aurais pas pu imaginer.»

Après ce voyage, Gedeon a conservé des liens avec le Liban et avec la région au sens large. Elle s’est installée à Londres et a couvert les conflits régionaux au Moyen-Orient à la fin des années 1980 et au début des années 1990, avant de retourner dans son pays natal pour réaliser son premier documentaire en 1993. Lebanon… Imprisoned Splendour, sorti en 1996, est acclamé par la critique. Ce film brosse le portrait d’un peuple libanais chaleureux et généreux, qui n’a pas hésité à accueillir la réalisatrice dans un contexte tragique.

«Avec ce film, j’ai essayé de montrer au monde que ce pays possède d’autres ressources que celles que les gens avaient connues au cours des vingt années précédentes. Le conflit était réel, mais il ne constituait qu'une pièce du puzzle. Je voulais combler les lacunes, me plonger dans l'histoire du Liban et dans celle de ses habitants, décrire la réalité du terrain», explique-t-elle.

En parallèle de son activité de journaliste, elle développe toute une série de projets qui l’éloignent du cinéma documentaire pendant les deux décennies suivantes. Elle confie à Arab News, avec une émotion palpable, la cause de cette parenthèse: un mariage «étouffant et oppressant» – qui a officiellement pris fin en 2015 – avec un homme qui fut auparavant son ami le plus proche et son idole. Cet épisode de sa vie l’a marquée et un peu découragée.

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Pendant deux décennies, Gedeon s’est éloignée du documentaire. (Photo fournie)

«Lorsque vous êtes dans une situation désespérée, il est difficile d’être créatif. Quand cette histoire s’est officiellement terminée, mon esprit a commencé à s'éclaircir et, dans ma tête, la petite voix est revenue, de plus en plus fort. En 2016, elle criait, hurlait dans mes oreilles. Je ne sais pas comment l'expliquer autrement. Je me suis dit: “D'accord, je vais le faire. Je retournerai au Liban.”»

Tout au long de l’élaboration d’Enough! Lebanon’s Darkest Hour, Gedeon voit sa vision de cinéaste changer radicalement. Si la sensibilisation, au sens le plus fort du terme, demeure une part importante de son travail, elle n'est plus la personne qu'elle était à son arrivée, en 1988. Les belles critiques de son dernier film en Occident, à la fin des années 1990, ne lui suffisent plus.

Son dernier film est actuellement présent dans différents festivals; sa sortie en salles et sur les plates-formes numériques est prévu au début de l’année 2022. Dans cette œuvre, Daizy Gedeon se focalise sur le lieu où elle est née et sur les gens qui lui ressemblent dans la diaspora libanaise à travers le monde. Elle espère de tout cœur contribuer à la faire revenir au pays et que soit trouvée une solution pour que ce Liban qu’elle aime tant connaisse enfin le bonheur.

«Ce n'est pas un film seulement destiné aux critiques de cinéma», avertit-elle. «Il a pour vocation d’inspirer les Libanais partout dans le monde. Si le film ne bouscule pas, ne provoque pas ou ne motive pas les gens à agir, alors il est raté. Je veux canaliser leur énergie, leur colère et leur frustration pour qu’ils rejoignent le mouvement. Il est impératif de changer les choses et de s’acheminer vers un Liban libre et juste. Cela commencera avec les élections de 2022. J'essaie de susciter un mouvement. Nous devons, de manière massive, rassembler les gens au Liban, ainsi que la diaspora, où qu’elle soit.»

«Il y a 16 millions de Libanais qui vivent en dehors du pays. Mon objectif est de les éduquer et de les informer afin qu’ils aient confiance dans la justice et dans le changement social», souligne-t-elle. «Nous avons besoin de plus que des Libanais sur le terrain. Nous avons besoin que davantage de gens défendent la justice sociale partout, et que le Liban devienne l'un des pays où ils sont en mesure d’affirmer: “Oui, il est temps”», conclut-elle.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com.


Un couple saoudien transforme des matériaux du quotidien en œuvres d’art

Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)
Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)
Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)
Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)
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  • Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair partagent un langage artistique façonné par la curiosité et la collaboration
  • Sahar Al-Omair : « Notre philosophie artistique repose sur une compréhension profonde du pouvoir de l’ordinaire et du potentiel collectif humain. »

DJEDDAH : Les artistes saoudiens Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair trouvent de la beauté là où on l’attend le moins.

Depuis leur atelier installé dans leur maison de la province orientale, ce duo mari et femme a développé une pratique artistique fondée sur des milliers d’objets du quotidien que beaucoup ignorent ou jettent : clous, punaises, vis, grains de café et plaques de métal rouillées.

Grâce à des processus minutieux pouvant nécessiter plusieurs mois de travail, ils transforment ces matériaux ordinaires en œuvres complexes qui explorent la mémoire, la culture, les mutations environnementales et les liens humains.

Au cœur de leur démarche se trouve la conviction que la valeur existe souvent dans des éléments que l’on ne remarque pas. « Notre philosophie artistique repose sur une compréhension profonde du pouvoir de l’ordinaire et du potentiel collectif humain », a déclaré Al-Omair à Arab News.

« Chaque punaise, chaque clou ou chaque perle peut sembler insignifiant pris isolément. Pourtant, lorsque des milliers d’entre eux sont assemblés avec soin, ils se transforment en quelque chose de magnifique. 

À travers notre travail, nous montrons comment des éléments négligés ou considérés comme “imparfaits” peuvent s’unir pour composer de remarquables harmonies visuelles, tout comme les actions individuelles, lorsqu’elles sont coordonnées, peuvent accomplir des réalisations extraordinaires. » 

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Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)

Cette philosophie dépasse largement le choix des matériaux. Nombre de leurs œuvres abordent la mémoire collective, les transformations environnementales, l’identité culturelle et des récits humains oubliés, souvent au travers de processus exigeants qui brouillent les frontières entre démarche artistique, recherche et ingénierie.

L’un de leurs projets les plus ambitieux consistait à réaliser un portrait à partir de 13 000 grains de café usagés. Pour obtenir la gamme de tons nécessaire, les artistes ont passé deux mois à torréfier eux-mêmes les grains, traitant ce processus comme un peintre mélange ses couleurs.

« Nous avons acheté une petite torréfaction et torréfié les grains selon différentes nuances, quelques secondes seulement séparant une teinte d’une autre », explique Al-Omair.

« Nous sommes finalement parvenus à obtenir neuf nuances distinctes, puis nous avons classé les grains comme dans une bibliothèque de couleurs. Les torréfactions légères servaient aux tons beige chaud et brun doux, les torréfactions moyennes aux teintes terreuses plus riches, et les plus foncées aux ombres profondes et aux contrastes. Chaque variation comptait, ce qui a rendu le processus extrêmement expérimental et détaillé. »

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(Fourni)

Leurs œuvres monumentales réalisées avec des clous exigent un niveau de précision similaire. Certaines pièces intègrent plus de 100 000 clous, obligeant Al-Sadah à calculer les dimensions, la répartition du poids et les charges structurelles avant même le début de la production.

« Au départ, ce n’était pas facile du tout », a confié Al-Sadah à Arab News. « Nous ne savions pas par où commencer ni à qui demander conseil. Il a fallu énormément de recherches, vraiment énormément.

Je pense que cette difficulté a été une bénédiction, car elle nous a poussés à expérimenter et à faire preuve de créativité avec les connaissances dont nous disposions. Je suis certain qu’il existe des méthodes plus rapides ou plus simples, mais comme nous ne les connaissions pas, nous avons dû inventer nos propres procédés. »

Le langage visuel des artistes est également profondément influencé par leur environnement dans la région de Qatif, un territoire historiquement marqué par ses oasis, ses palmeraies et son héritage agricole.

« Le calme de l’oasis, la densité des palmiers, les paysages désertiques et les vestiges de l’architecture ancienne ont forgé en nous chez nous une mémoire visuelle très forte », explique Al-Omair.

Elle ajoute que voir nombre de ces éléments disparaître progressivement au fil du temps a eu un impact émotionnel profond sur eux et continue d’influencer leur travail.

Leur prochaine exposition, par exemple, utilisera de la rouille récupérée sur des tôles ondulées en zinc qui dissimulent aujourd’hui les vestiges de la source historique de Darosh, une source d’eau vieille de 2 000 ans dont le déclin est devenu un symbole des transformations environnementales de la région.

« Ce n’est pas la première fois que nous travaillons avec des matériaux considérés comme “laids” ou sans valeur pour les présenter comme des œuvres dignes d’attention », souligne Al-Sadah.

« Le matériau porte déjà sa propre beauté, son histoire et sa présence ; nous ne faisons que les révéler. Ce qui nous intéresse, c’est l’authenticité de la surface elle-même : les textures, les taches, l’érosion, les traces du temps et de l’abandon. Même les dégradations acquièrent une signification visuelle et émotionnelle », explique-t-il.

Le couple s’est rencontré lors d’un atelier artistique en 2021 et a rapidement découvert un langage créatif commun malgré des parcours différents. Al-Sadah travaillait le bois et l’art numérique, tandis qu’Al-Omair se consacrait au dessin et à la composition visuelle.

« Lorsque nous avons commencé à travailler ensemble, la collaboration nous a semblé très naturelle ; notre manière de penser était étonnamment similaire », raconte Al-Omair.

« Nous étions tous deux passionnés par la narration et les détails. Alors que nous discutions d’une œuvre à ses débuts, nous nous sommes retrouvés à la réaliser entièrement ensemble. Depuis, nous travaillons comme un duo d’artistes », ajoute-t-elle.

Aucun des deux n’a suivi de formation artistique formelle, une réalité qui, selon eux, a nourri leur esprit d’expérimentation.

« Comme nous n’avions ni mentors ni cadres établis sur lesquels nous appuyer, nous avons été poussés vers une approche beaucoup plus expérimentale », explique Al-Sadah. « Nous avons dû tout apprendre par nous-mêmes, ce qui a façonné une grande partie de notre démarche. D’une certaine manière, nous nous estimons chanceux d’avoir bénéficié de cette indépendance, même si elle s’accompagnait d’incertitudes. »

Depuis leur mariage en 2022, le couple a réalisé entre 20 et 30 œuvres collaboratives, dont beaucoup nécessitent des mois de recherche, de tests de matériaux et de fabrication.

Au fil du temps, ils ont constitué une communauté fidèle de collectionneurs qui découvrent souvent leur travail directement dans leur atelier.

« Les gens ne viennent pas seulement acheter une œuvre terminée », explique Al-Sadah. « Ils assistent souvent à des fragments du processus, aux expérimentations, aux échecs, aux matériaux et aux histoires qui se cachent derrière chaque réalisation. Cela suscite un lien émotionnel différent avec l’œuvre lorsqu’elle rejoint leur foyer. »

Bien qu’ils soient ouverts à des expositions sur de grandes scènes internationales, ils restent profondément attachés aux paysages, à l’histoire et aux transformations en cours de l’Arabie saoudite.

« Même si nos œuvres voyagent à l’international à l’avenir, nous ne considérons pas cela comme incompatible avec la préservation ou la mise en valeur des récits saoudiens », affirme Al-Sadah.

« D’une certaine manière, plus notre travail est enraciné dans notre environnement et nos expériences, plus il semble toucher un public universel. » 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, autrice de «Persepolis», est décédée

 L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, qui s'est fait mondialement connaître avec la bande dessinée et le film "Persepolis", est décédée à Paris à l'âge de 56 ans, a appris l'AFP jeudi auprès de son entourage. (AFP)
L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, qui s'est fait mondialement connaître avec la bande dessinée et le film "Persepolis", est décédée à Paris à l'âge de 56 ans, a appris l'AFP jeudi auprès de son entourage. (AFP)
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  • Adversaire acharnée des autorités de Téhéran, Marjane Satrapi avait refusé la Légion d'honneur française en 2025 pour dénoncer "l'attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l'Iran"
  • "Depuis un moment, j'ai réellement du mal à comprendre la politique de la France vis-à-vis de l'Iran", avait-elle expliqué sur Instagram, regrettant que de "jeunes Iraniens épris de liberté, des dissidents, des artistes, se voient refuser des visas"

PARIS: L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, qui s'est fait mondialement connaître avec la bande dessinée et le film "Persepolis", est décédée à Paris à l'âge de 56 ans, a appris l'AFP jeudi auprès de son entourage.

"Marjane Satrapi morte de tristesse un peu plus d'un an après le décès de Mattias Ripa, son mari et l'amour de sa vie", indique un communiqué de ses proches transmis à l'AFP. Producteur, acteur et scénariste, Mattias Ripa est mort le 8 avril 2025.

Exilée en France depuis 1994, naturalisée française en 2006, Marjane Satrapi avait connu la consécration avec la saga autobiographique "Persepolis" dans laquelle elle racontait son enfance en Iran sous le joug des mollahs, la répression subie par le peuple iranien et son douloureux départ vers l'Europe.

Primé en 2001 au festival de BD d'Angoulême, le premier volet avait été suivi de trois autres et porté à écran par Marjane Satrapi en 2007, avec Vincent Paronnaud à la co-réalisation, décrochant le prix du jury du festival de Cannes en 2007. "Même si ce film est universel, je tiens à le dédier à tous les Iraniens", avait alors déclaré Marjane Satrapi, qui a, ces dernières années encore, dénoncé les agissements de la République islamique d'Iran.

En 2005, un autre de ses albums situé en Iran, "Poulet aux Prunes", avait décroché le prix du meilleur album à Angoulême et Marjane Satrapi avait également co-réalisé son adaptation au cinéma en 2011 avec, au casting Mathieu Amalric, Edouard Baer, Maria de Medeiros.

Adversaire acharnée des autorités de Téhéran, Marjane Satrapi avait refusé la Légion d'honneur française en 2025 pour dénoncer "l'attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l'Iran", qui connaissait alors une nouvelle vague de répression.

"Depuis un moment, j'ai réellement du mal à comprendre la politique de la France vis-à-vis de l'Iran", avait-elle expliqué sur Instagram, regrettant que de "jeunes Iraniens épris de liberté, des dissidents, des artistes, se voient refuser des visas".

"Le refus de la Légion d'honneur n'est en aucun cas une action ou une pensée contre la France. Bien au contraire, j'aime profondément ce pays qui est le mien", avait-elle précisé.

Son compte Instagram portait la trace du chagrin causé par la perte de son mari en 2025. Réparti sur plusieurs posts, un message proclamait ainsi: "I Lost the love of my life" (j'ai perdu l'amour de ma vie).


Centre Pompidou: ouverture jeudi d'une antenne à Séoul avec une exposition dédiée au cubisme

Le Centre Pompidou a lancé jeudi à Séoul sa troisième antenne à l'étranger avec une exposition inaugurale sur le cubisme, un premier jour d'ouverture au public marqué par une manifestation dénonçant sa collaboration avec le conglomérat sud-coréen Hanwha. (AFP)
Le Centre Pompidou a lancé jeudi à Séoul sa troisième antenne à l'étranger avec une exposition inaugurale sur le cubisme, un premier jour d'ouverture au public marqué par une manifestation dénonçant sa collaboration avec le conglomérat sud-coréen Hanwha. (AFP)
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  • Déployée sur 3.000 mètres carrés, l'exposition inaugurale "Les Cubistes: inventer la vision moderne" s'articule autour d'une muséographie aux courbes en béton brut. Ce parcours, à la fois chronologique et thématique, rassemble 91 œuvres de 43 artistes
  • Il retrace les premières expérimentations de Pablo Picasso et Georges Braque au début du XXe siècle en France, suivies notamment par les œuvres de Fernand Léger, Juan Gris ou Robert Delaunay

SEOUL: Le Centre Pompidou a lancé jeudi à Séoul sa troisième antenne à l'étranger avec une exposition inaugurale sur le cubisme, un premier jour d'ouverture au public marqué par une manifestation dénonçant sa collaboration avec le conglomérat sud-coréen Hanwha.

L'espace est installé dans l'annexe de l'emblématique 63 Building à Yeouido, quartier financier de la capitale sud-coréenne, et l'ouverture au public coïncide précisément avec le jour du 140e anniversaire du traité d'amitié franco-coréen.

Décrit comme une "boîte à lumière" par son architecte, le Français Jean-Michel Wilmotte, le Centre Pompidou Hanwha accueillera chaque année derrière sa façade en verre translucide deux grandes expositions fondées sur les collections moderne et contemporaine du musée parisien.

Déployée sur 3.000 mètres carrés, l'exposition inaugurale "Les Cubistes: inventer la vision moderne" s'articule autour d'une muséographie aux courbes en béton brut. Ce parcours, à la fois chronologique et thématique, rassemble 91 œuvres de 43 artistes.

Il retrace les premières expérimentations de Pablo Picasso et Georges Braque au début du XXe siècle en France, suivies notamment par les œuvres de Fernand Léger, Juan Gris ou Robert Delaunay.

"Je crois pouvoir dire que c'est la principale exposition cubiste en Asie de ces 50 dernières années avec une réunion de plus d'une centaine d'œuvres", s'est récemment félicité le président du Centre Pompidou, Laurent Le Bon, lors d'une présentation à la presse.

En parallèle, une section spéciale intitulée "Korea Focus", conçue pour cette exposition inaugurale, illustre au travers d'une vingtaine d'œuvres la signification symbolique et culturelle de Paris dans la formation de l'art coréen moderne au début du XXe siècle.

Des dizaines de visiteurs se pressaient jeudi à l'ouverture à l'extérieur, a constaté un journaliste de l'AFP, tandis qu'au moins une trentaine de Sud-coréens manifestaient face au musée pour fustiger la collaboration au projet du groupe Hanwha.

En France aussi, des voix se sont élevées pour dénoncer le partenariat avec cet acteur majeur des systèmes de défense. Les détracteurs l'accusent d'être impliqué dans la production et la fourniture d'équipements militaires utilisés par Israël, remettant en cause la légitimité d'un mécénat lié à un marchand d'armes.

Dans une tribune publiée dans le quotidien français Libération, un collectif d'artistes et d'intellectuels avait appelé au boycott du musée, le syndicat Sud de son côté dénonçant "l'art‑washing" de l'industrie de l'armement et exigeant la fin du partenariat.

Séoul devient la troisième antenne du Centre Pompidou à l'étranger, après Malaga en Espagne et Shanghai en Chine. Le déploiement international du musée se poursuivra dès novembre avec l'ouverture attendue, à Bruxelles, de sa nouvelle branche européenne.

A Séoul, le musée consacrera sa saison 2026/2027 à Marc Chagall, Vassily Kandinsky, ainsi qu'à Henri Matisse et au fauvisme, avant la première grande rétrospective consacrée à Constantin Brancusi en Corée du Sud.