Daizy Gedeon, cinéaste libanaise: «J'essaie de susciter un mouvement»

Daizy Gedeon sur le tournage du film The Dream is Everything. (Photo fournie)
Daizy Gedeon sur le tournage du film The Dream is Everything. (Photo fournie)
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Publié le Vendredi 24 septembre 2021

Daizy Gedeon, cinéaste libanaise: «J'essaie de susciter un mouvement»

  • Lebanon… Imprisoned Splendour brosse le portrait d’un peuple libanais chaleureux et généreux, qui n’a pas hésité à accueillir la réalisatrice dans un contexte tragique
  • «Si le film ne bouscule pas, ne provoque pas ou ne motive pas les gens à agir, alors il est raté», déclare Daizy Gedeon

DUBAΪ: Avant l'explosion dramatique du port de Beyrouth, le 4 août 2020, Daizy Gedeon avait tourné un film: The Dream is Everything. La cinéaste libanaise y travaillait depuis des années. Elle a interviewé les plus grandes personnalités politiques du Liban autour d'un message d'espoir: construire un Liban meilleur après la longue guerre civile du pays.

«Quand j'ai commencé à creuser, j’ai découvert que les gens souffraient. Lorsque j’ai interrogé les politiciens sur les solutions qu’ils préconisaient, entre 2017 et 2019, je croyais encore qu'il y avait peut-être une part de vérité dans ce qu'ils disaient, qu'ils essayaient de reconstruire le pays et d'améliorer les choses. Mais, lorsque le 4-Août est survenu, le choc s'est transformé en tristesse, et cette tristesse en colère. «Je me suis dit: “Oublie le rêve. Il n'y a plus de rêve, ma petite.”», confie la réalisatrice à Arab News.

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Daizy Gedeon, 56 ans, est née au Liban, mais elle a grandi en Australie, où elle a été journaliste pendant de nombreuses années. (Photo fournie)

Après cette révélation, Gedeon a commencé à retravailler ses anciennes séquences, ajoutant de nouveaux volets et créant, au bout du compte, un film très différent: Enough! Lebanon’s Darkest Hour. Cette nouvelle version, centrée sur les négligences qui ont conduit à l'événement tragique et à toute la souffrance qu'il a engendrée, est un appel à l'action, à un changement de fondamental. La production a déjà trouvé un écho favorable auprès de l’industrie cinématographique internationale: elle a remporté le prix Movies That Matters du Festival de Cannes 2021, soutenu par le Better World Fund et Filmfestivals.com.

«Quand nous sommes revenus aux images dont nous disposions, nous avons compris que je n'avais pas besoin d'essayer d’inculper [les politiciens libanais]: ils se sont eux-mêmes incriminés avec leurs propres mots. Je n'avais pas besoin de sortir quoi que ce soit de son contexte. J'ai simplement décidé que je n’allais plus les montrer sous leur meilleur jour», explique Gedeon. «Avant, je pensais qu'ils faisaient partie de la solution, donc je ne souhaitais pas les vilipender. Je pensais qu'on avait besoin d'eux. Cette explosion est la pire chose qui pouvait arriver au Liban, mais c'était la meilleure chose qui pouvait arriver au film», poursuit-elle.

Daizy Gedeon, 56 ans, est née au Liban, mais elle a grandi en Australie, où elle a été journaliste pendant de nombreuses années. En 1988, elle couvre les Jeux olympiques de Séoul, en Corée du Sud, en tant que chroniqueuse de football. Elle est en vacances en Europe quand sa mère la supplie de retourner à Beyrouth pour rendre visite à sa famille et, après une première hésitation initiale, en raison du conflit qui fait rage dans la capitale, elle décide de s’y rendre pour deux semaines.

«Ce fut le début de mon histoire d'amour avec le Liban. J'ai appelé mon rédacteur en chef, en Australie, et je lui ai dit: “L'aéroport est fermé, je ne peux pas revenir.” Vraiment, je voulais en savoir plus. C'était fascinant, parce qu'il y avait une guerre en cours. Il fallait savoir jusqu’où s’approcher: il y avait une ligne verte, des francs-tireurs juste à côté. L’un de mes cousins faisait partie de l'une des milices et il m'a fait traverser les bâtiments», raconte Gedeon.

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La nouvelle version de son film a déjà trouvé un écho favorable auprès de l’industrie cinématographique internationale. (Photo fournie)

Daizy Gedeon a toujours été passionnée par la trilogie d'espionnage Jason Bourne de Robert Ludlum. L’ennemi du personnage principal, dans cette œuvre, est le terroriste vénézuélien Carlos. «J'ai adoré ces livres. Beyrouth, à cette époque, faisait vraiment partie de mes centres d’intérêt. À Beyrouth, c'était la vraie vie. Carlos le Chacal [le surnom du terroriste, NDLR] avait un repaire à Beyrouth. C’étaient des histoires à la James Bond qui correspondaient à mon imaginaire et à mon intrigue. En même temps, il y avait quelque chose de grave, parce que je venais de là», confie-t-elle. «J'ai commencé à éprouver une réelle affection pour les gens et j’ai établi une véritable connexion avec eux; cela m’a entraînée vers des zones que je n’aurais pas pu imaginer.»

Après ce voyage, Gedeon a conservé des liens avec le Liban et avec la région au sens large. Elle s’est installée à Londres et a couvert les conflits régionaux au Moyen-Orient à la fin des années 1980 et au début des années 1990, avant de retourner dans son pays natal pour réaliser son premier documentaire en 1993. Lebanon… Imprisoned Splendour, sorti en 1996, est acclamé par la critique. Ce film brosse le portrait d’un peuple libanais chaleureux et généreux, qui n’a pas hésité à accueillir la réalisatrice dans un contexte tragique.

«Avec ce film, j’ai essayé de montrer au monde que ce pays possède d’autres ressources que celles que les gens avaient connues au cours des vingt années précédentes. Le conflit était réel, mais il ne constituait qu'une pièce du puzzle. Je voulais combler les lacunes, me plonger dans l'histoire du Liban et dans celle de ses habitants, décrire la réalité du terrain», explique-t-elle.

En parallèle de son activité de journaliste, elle développe toute une série de projets qui l’éloignent du cinéma documentaire pendant les deux décennies suivantes. Elle confie à Arab News, avec une émotion palpable, la cause de cette parenthèse: un mariage «étouffant et oppressant» – qui a officiellement pris fin en 2015 – avec un homme qui fut auparavant son ami le plus proche et son idole. Cet épisode de sa vie l’a marquée et un peu découragée.

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Pendant deux décennies, Gedeon s’est éloignée du documentaire. (Photo fournie)

«Lorsque vous êtes dans une situation désespérée, il est difficile d’être créatif. Quand cette histoire s’est officiellement terminée, mon esprit a commencé à s'éclaircir et, dans ma tête, la petite voix est revenue, de plus en plus fort. En 2016, elle criait, hurlait dans mes oreilles. Je ne sais pas comment l'expliquer autrement. Je me suis dit: “D'accord, je vais le faire. Je retournerai au Liban.”»

Tout au long de l’élaboration d’Enough! Lebanon’s Darkest Hour, Gedeon voit sa vision de cinéaste changer radicalement. Si la sensibilisation, au sens le plus fort du terme, demeure une part importante de son travail, elle n'est plus la personne qu'elle était à son arrivée, en 1988. Les belles critiques de son dernier film en Occident, à la fin des années 1990, ne lui suffisent plus.

Son dernier film est actuellement présent dans différents festivals; sa sortie en salles et sur les plates-formes numériques est prévu au début de l’année 2022. Dans cette œuvre, Daizy Gedeon se focalise sur le lieu où elle est née et sur les gens qui lui ressemblent dans la diaspora libanaise à travers le monde. Elle espère de tout cœur contribuer à la faire revenir au pays et que soit trouvée une solution pour que ce Liban qu’elle aime tant connaisse enfin le bonheur.

«Ce n'est pas un film seulement destiné aux critiques de cinéma», avertit-elle. «Il a pour vocation d’inspirer les Libanais partout dans le monde. Si le film ne bouscule pas, ne provoque pas ou ne motive pas les gens à agir, alors il est raté. Je veux canaliser leur énergie, leur colère et leur frustration pour qu’ils rejoignent le mouvement. Il est impératif de changer les choses et de s’acheminer vers un Liban libre et juste. Cela commencera avec les élections de 2022. J'essaie de susciter un mouvement. Nous devons, de manière massive, rassembler les gens au Liban, ainsi que la diaspora, où qu’elle soit.»

«Il y a 16 millions de Libanais qui vivent en dehors du pays. Mon objectif est de les éduquer et de les informer afin qu’ils aient confiance dans la justice et dans le changement social», souligne-t-elle. «Nous avons besoin de plus que des Libanais sur le terrain. Nous avons besoin que davantage de gens défendent la justice sociale partout, et que le Liban devienne l'un des pays où ils sont en mesure d’affirmer: “Oui, il est temps”», conclut-elle.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com.


Mort à 79 ans de l'artiste palestinien Sliman Mansour

L'artiste, dont les œuvres dépeignaient les traditions palestiniennes et la lutte de son peuple sous l'occupation israélienne, est mort dans sa maison à Jérusalem-Est, ont précisé ses proches. (AFP)
L'artiste, dont les œuvres dépeignaient les traditions palestiniennes et la lutte de son peuple sous l'occupation israélienne, est mort dans sa maison à Jérusalem-Est, ont précisé ses proches. (AFP)
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  • Sliman Mansour était né à Birzeit, au nord de Ramallah, en 1947. Il avait étudié l'art et le design à Jérusalem, dont il est sorti diplômé en 1970
  • Le ministère palestinien de la culture a rendu hommage à l'artiste, "l'un des plus importants piliers de l'art visuel palestinien contemporain, dont la carrière, sur plusieurs décennies, fait partie de la mémoire visuelle et nationale palestinienne"

RAMALLAH: Le peintre et sculpteur Sliman Mansour, l'un des artistes palestiniens les plus renommés, est mort lundi à l'âge de 79 ans, a annoncé sa famille.

L'artiste, dont les œuvres dépeignaient les traditions palestiniennes et la lutte de son peuple sous l'occupation israélienne, est mort dans sa maison à Jérusalem-Est, ont précisé ses proches.

"Le dernier chapitre a été écrit. Le cœur serré par un chagrin indicible, nous annonçons que notre cher père a quitté ce monde", a déclaré sa famille dans un communiqué.

"Pour le monde, il laisse derrière lui une vie emplie de beauté et de mémoire, ainsi qu'un héritage qui se perpétuera à travers toutes les personnes dont il a marqué l'existence. Quant à nous, nous avons perdu un père qui était notre source d'amour, de force et notre refuge", ajoute la famille.

Sliman Mansour était né à Birzeit, au nord de Ramallah, en 1947. Il avait étudié l'art et le design à Jérusalem, dont il est sorti diplômé en 1970.

Le ministère palestinien de la culture a rendu hommage à l'artiste, "l'un des plus importants piliers de l'art visuel palestinien contemporain, dont la carrière, sur plusieurs décennies, fait partie de la mémoire visuelle et nationale palestinienne".

Le ministère a salué sa toile la plus connue, "Camel of Hardships" ("Le Chameau des fardeaux", 1973) - qui représente un vieil homme palestinien portant la ville de Jérusalem sur son dos - la qualifiant d'"icône nationale et artistique". L'oeuvre de Sliman Mansour faisait office "de témoin de l'histoire palestinienne et de gardien de l'identité", a-t-il ajouté.

Pleurant une "immense perte", la galerie Zawyeh de Ramallah a salué une "figure artistique majeure", qui, "à travers son œuvre, a exploré les thèmes du déplacement, de la résilience, de la résistance et du lien indéfectible unissant les Palestiniens à leur terre natale".

Sliman Mansour a reçu de nombreuses récompenses, parmi lesquelles le prix Unesco-Sharjah pour la culture arabe en 2019.


Canicule: un réfrigérateur pour humains soulage les travailleurs japonais

Canicule: un réfrigérateur pour humains soulage les travailleurs japonais
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  • Des terrains de golf ou des stades de baseball pourraient aussi être intéressés à l'avenir, selon China Yamamoto, une responsable commerciale
  • Le distributeur d'équipements industriels Trusco Nakayama affirme avoir vendu plus de 300 exemplaires du "Do Hiemon Box" depuis avril, au prix de 1,5 million de yens (environ 8.000 euros)

HIGASHIOSAKA: Pris de vertiges après être arrivé au travail à vélo sous la chaleur écrasante de l'été japonais, Isao Tabuchi, 51 ans, se dirige vers la dernière acquisition de son entreprise: un réfrigérateur pour humains.

"J'ai vraiment pu récupérer grâce à ça. Une fois qu'on l'utilise, c'est vraiment très frais", explique-t-il à l'AFP à la sortie de la machine, dans la ville industrielle de Higashiosaka (ouest du Japon), écrasée par le soleil d'août.

L'engin de la taille d'une cabine téléphonique, où des jets d'air à 5°C maintiennent une température froide, n'a été commercialisé que cette année mais rencontre déjà un vif succès dans un pays confronté à une hausse constante des températures.

Le distributeur d'équipements industriels Trusco Nakayama affirme avoir vendu plus de 300 exemplaires du "Do Hiemon Box" depuis avril, au prix de 1,5 million de yens (environ 8.000 euros). Ses clients les installent notamment sur des chantiers, des usines et des entrepôts.

Des terrains de golf ou des stades de baseball pourraient aussi être intéressés à l'avenir, selon China Yamamoto, une responsable commerciale.

"Il est grand, cher, et ce n'est pas le genre de produit que l'on peut expliquer simplement avec des mots" pour convaincre les clients. "Il y avait donc beaucoup d'incertitudes", explique-t-elle.

Selon les scientifiques, le changement climatique causé par l'activité humaine accroît la fréquence et l'intensité des épisodes de chaleur extrême. En 2025, le Japon a connu l'été le plus chaud de son histoire.

Cette année, l'Agence météorologique japonaise a même introduit un nouveau terme, "kokushobi" ("jour de chaleur cruelle"), lorsque la température atteint 40°C, appelant la population à considérer la chaleur extrême comme une catastrophe naturelle.

Deux minutes pour sécher 

A Tokyo, près de 120 décès liés à la chaleur ont été enregistrés entre mi-juillet et mi-août. À l'échelle nationale, près de 63.000 personnes ont nécessité des soins d'urgence cet été.

Depuis l'an dernier, les entreprises japonaises sont soumises à des obligations renforcées pour protéger les salariés travaillant dans la chaleur. Les chantiers doivent notamment fournir des vêtements adaptés, comme des vestes ventilées, ainsi que des espaces de repos climatisés et des zones ombragées.

L'impact économique est déjà tangible. Selon une enquête de Teikoku Databank publiée en juillet, 50% des entreprises estiment que la chaleur intense perturbe leurs activités, tandis que près de 88% ont renforcé leurs mesures de protection des salariés.

Le réfrigérateur humain, branché sur une prise électrique classique, consomme environ 16 yens d'électricité par heure selon son fabricant. Afin d'éviter tout usage excessif, il s'arrête automatiquement au bout de 20 minutes.

Pour Yutaka Kono, de l'entreprise Konoe, où travaille Isao Tabuchi, investir dans la lutte contre la chaleur est devenu indispensable pour conserver les effectifs et attirer de nouveaux employés.

"J'ai été vraiment surpris par ce concept consistant à faire entrer les gens dans une sorte de réfrigérateur. J'ai trouvé très séduisante l'idée qu'une personne puisse y faire baisser instantanément sa température corporelle à un niveau sûr", explique-t-il.

Taichi Konishi, 24 ans, l'utilise environ trois fois par jour. Après avoir déplacé à la main de lourdes caisses d'outils et de pièces métalliques, il entre dans la cabine et s'assoit.

"C'est vraiment agréable", confie-t-il à l'AFP. "Je n'y suis resté qu'environ deux minutes, mais cela a suffi pour faire sécher toute ma transpiration."


Philippe Bouvard est mort, «Les Grosses Têtes» sont orphelines

Il était un monument de la radio et de la télévision françaises, créateur des "Grosses Têtes" sur RTL en 1977 et découvreur de toute une génération d’humoristes avec "Le Petit Théâtre de Bouvard" dans les années 80. Philippe Bouvard est mort lundi à l’âge de 96 ans. (AFP)
Il était un monument de la radio et de la télévision françaises, créateur des "Grosses Têtes" sur RTL en 1977 et découvreur de toute une génération d’humoristes avec "Le Petit Théâtre de Bouvard" dans les années 80. Philippe Bouvard est mort lundi à l’âge de 96 ans. (AFP)
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  • "Il a créé l'impertinence à la radio et à la télévision. (...) Thierry Ardisson, Marc-Olivier Fogiel, moi peut-être, nous sommes les enfants et petits-enfants de Philippe Bouvard", a déclaré Laurent Ruquier
  • Le principe est simple: les "sociétaires" des "Grosses Têtes", des personnalités, doivent trouver les réponses aux "colles" des auditeurs, sur un ton volontiers grivois et irrévérencieux

PARIS: Il était un monument de la radio et de la télévision françaises, créateur des "Grosses Têtes" sur RTL en 1977 et découvreur de toute une génération d’humoristes avec "Le Petit Théâtre de Bouvard" dans les années 80. Philippe Bouvard est mort lundi à l’âge de 96 ans.

C'est sa radio de toujours qui a annoncé son décès, après en avoir été informée par son épouse. "Il s'est éteint ce matin aux alentours de huit heures, en douceur", a déclaré à l'antenne la présentatrice de la matinale de RTL, Céline Landreau.

Les hommages ont aussitôt afflué sur la station pour saluer celui que beaucoup considéraient comme un précurseur, à la frontière du journalisme et du divertissement.

"Il a créé l'impertinence à la radio et à la télévision. (...) Thierry Ardisson, Marc-Olivier Fogiel, moi peut-être, nous sommes les enfants et petits-enfants de Philippe Bouvard", a déclaré Laurent Ruquier, qui lui avait succédé aux commandes des "Grosses Têtes" en 2014 pour rajeunir l'émission.

Un épisode que l'intéressé avait d'ailleurs mal vécu, parlant lui-même d'"un déchirement". Il était resté 37 ans aux commandes de cette émission culte, qu'il avait lancée en 1977, et dont le succès ne s'est jamais démenti.

Le principe est simple: les "sociétaires" des "Grosses Têtes", des personnalités, doivent trouver les réponses aux "colles" des auditeurs, sur un ton volontiers grivois et irrévérencieux.

Avec cette émission, "Philippe a su mettre à la portée de tous la culture générale", a estimé Jean-Pierre Foucault, en saluant "notre maître à tous".

Philippe Bouvard "a plus fait pour la langue française que la moitié des 40 momies de l'Académie française" mais "n'a jamais été récompensé de cet effort populaire", a regretté le navigateur Olivier de Kersauson, pilier historique des "Grosses Têtes", que Bouvard avait coutume de saluer par une apostrophe qui a marqué le programme: "Bonne réponse de l'Amiral!"

"Français moyen" 

"C'était quelqu'un de curieusement très attachant. Je n'ai jamais su s'il nous aimait ou pas", a réagi l'humoriste Bernard Mabille, autre figure de l'émission.

Pour le journaliste Marc-Olivier Fogiel, le principal atout de Philippe Bouvard était "de ne pas avoir de frontières": "C'était un journaliste qui pouvait passer du divertissement au sérieux".

Après avoir entamé sa carrière de journaliste au Figaro dans les années 50, Bouvard avait rejoint France Soir en 1973, parallèlement à son parcours sur RTL.

A la télévision, il avait présenté de 1982 à 1987 "Le petit théâtre de Bouvard" sur Antenne 2, une émission de sketchs où il donnait leur chance à des comédiens débutants dont plusieurs allaient devenir des vedettes : Muriel Robin, Les Inconnus, Mimie Mathy Michèle Bernier ou encore le duo Chevallier et Laspalès.

Hyperactif, Philippe Bouvard tenait encore à 94 ans une page dans le magazine VSD, ainsi qu'une chronique dominicale sur RTL. Il avait tout arrêté le 1er janvier 2025 après avoir atteint son "double record": "60 ans de radio et 60 ans de RTL".

Physique rond et jovial, passionné de jeux d'argent et de belles voitures, ce fils d'un couple de petits commerçants se revendiquait comme "un Français moyen, râleur, chauvin, un rien xénophobe", comme il le disait au journal Le Parisien en 2022. Pour autant, il avouait regretter parfois de "s'être laissé engluer dans ce personnage".