Des lettres redonnent espoir aux élèves de Syrie

Lancée en 2016, l’initiative Letters of Hope («Lettres d'espoir») cherche à contredire les allégations du régime du président syrien Bachar al-Assad selon lesquelles la communauté internationale aurait abandonné le peuple syrien. (Photo Arab News)
Lancée en 2016, l’initiative Letters of Hope («Lettres d'espoir») cherche à contredire les allégations du régime du président syrien Bachar al-Assad selon lesquelles la communauté internationale aurait abandonné le peuple syrien. (Photo Arab News)
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Publié le Mercredi 29 septembre 2021

Des lettres redonnent espoir aux élèves de Syrie

  • Les enfants subissent de plein fouet les affres de la guerre. Les observateurs onusiens affirment que le régime cible les civils de manière aléatoire
  • La campagne Letters of Hope cherche à contredire les allégations du régime de Bachar al-Assad selon lesquelles la communauté internationale aurait abandonné le peuple syrien

WASHINGTON, D.C.: «Gardez espoir, ne perdez pas courage; quelque part dans le monde, on vous aime»: ce sont les mots que des écoliers américains ont écrits à la main sur du papier coloré. Ils les ont envoyés aux garçons et aux filles qui vivent si loin d’eux, à des milliers de kilomètres, dans les régions de Syrie assiégées par les rebelles.

L'espoir semble s'estomper en Syrie. Toutefois, des messages de solidarité et de réconfort y ont été acheminés grâce à un groupe de militants dévoués des États-Unis et à leurs partenaires humanitaires qui habitent la Syrie.

La Syrian Emergency Task Force («Groupe de travail sur les situations d'urgence en Syrie») est une ONG américaine créée en 2011. Elle fait le lien entre les États-Unis et les communautés de Syrie grâce à l'assistance humanitaire vitale qu'elle apporte aux enfants défavorisés de ce pays.

Lancée en 2016, l’initiative Letters of HopeLettres d'espoir») cherche à contredire les allégations du régime du président syrien Bachar al-Assad et de ses défenseurs internationaux selon lesquelles la communauté internationale aurait abandonné le peuple syrien. 

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Une photo de famille à la main, un garçon se tient à côté des décombres, conséquence des bombardements menés par les forces gouvernementales de Syrie sur la ville de Balshun, dans la région de Jabal al-Zawiya, située au sud de la région d'Idlib, contrôlée par les rebelles. (AFP)

Cette initiative a pour objectif de recueillir des lettres de solidarité écrites par des jeunes du monde entier et de les envoyer directement aux réfugiés syriens pour leur apporter du réconfort et leur faire savoir qu'ils ne sont pas abandonnés.

«Participer à la campagne Letters of Hope est bien plus qu’un message de solidarité. C'est un véritable engagement», affirme à Arab News Abby Straessle, directrice de développement de la Syrian Emergency Task Force (SETF).

Parmi les enfants qui reçoivent ces lettres, beaucoup sont victimes des frappes du régime. Ces derniers temps, les attaques ont redoublé d’intensité dans le nord-ouest de la Syrie, cette région déjà dévastée par l'offensive russe et iranienne menée au mois de mars de l'année dernière.

Ce sont les enfants qui souffrent le plus dans ce conflit qui remonte à plus de dix ans, époque à laquelle les manifestations contre le gouvernement ont été réprimées avec violence, ce qui a déclenché une guerre civile particulièrement meurtrière.

 

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Un lot de cartes décorées à la main a été récemment envoyé par la classe de maternelle de Holy Souls à Little Rock, Arkansas, aux États-Unis. (Photo Arab News)

Selon la Syrian Civil Defense («Défense civile syrienne»), une ONG connue sous le nom de «Casques blancs», le régime syrien et les avions à réaction russes ont délibérément visé des écoles et privé les enfants d'éducation. De son côté, le gouvernement russe a fermement nié sa responsabilité dans ces frappes aériennes.

La Commission d'enquête internationale indépendante sur la République arabe syrienne, qui relève des Nations unies, affirme dans un rapport publié récemment que des secteurs résidentiels, des marchés et des établissements médicaux sont eux aussi pris pour cibles de manière délibérée et souvent aléatoire.

Il arrive que des enfants syriens soient tués lors d'attaques contre des infrastructures civiles. Au mois de juillet, des obus d'artillerie guidés de type Krasnopol et de fabrication russe ont percuté un établissement médical dans la campagne sud d'Idlib. Six enfants ont été tués.

Selon l'Unicef, cinq cent douze enfants auraient été tués dans des attaques similaires au cours de l'année dernière, principalement dans le nord-ouest de la Syrie. Par ailleurs, 1,7 million de jeunes vivent dans des conditions précaires dans les zones contrôlées par les rebelles; la plupart d'entre eux ont été déplacés plus d'une fois en raison des offensives successives du régime.

La guerre psychologique semble figurer en bonne place dans l’éventail stratégique de ce régime. Des brochures sont souvent lancées par avion sur les zones tenues par les rebelles pour avertir les habitants: ils doivent partir ou mourir. 

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Un homme qui porte une jeune fille blessée par un bombardement aérien sur un camp de fortune pour Syriens déplacés emprunte les escaliers d'un hôpital de la ville de Maaret Misrin, dans le nord de la province d'Idlib, contrôlée par les rebelles. (AFP)

 «Tout le monde vous a abandonnés», peut-on lire sur l'un de ces tracts qui fait allusion à la communauté internationale. «Ils vous ont laissés à votre sort.»

La campagne Letters of Hope a été initiée dans l’objectif de contester expressément ce message et de rappeler aux enfants syriens qu'on ne les oublie pas.

«Letters of Hope est un moyen de dire aux Syriens que, même si les gouvernements du monde entier ferment les yeux sur leur détresse et même si l'administration américaine prend ses distances par rapport aux atrocités commises en Syrie, le peuple des États-Unis et du monde entier est solidaire des civils qui réclament la liberté dans ce pays ravagé par la guerre», explique Mouaz Moustafa, directeur de la SETF, à Arab News.

Bien entendu, les lettres à elles seules ne peuvent offrir une éducation aux enfants syriens, ni les mettre à l'abri des bombardements, ni calmer leur faim. La SETF a donc mis en place un programme complémentaire dans le nord de la Syrie: Wisdom House, ou «Maison de la sagesse», propose des classes maternelles et un centre pour femmes baptisé «Tomorrow's Dawn» («L'Aube de demain»).

Ce centre propose à plusieurs centaines de femmes une formation professionnelle et des certificats en esthétique, en soins infirmiers, en artisanat et en informatique.

en CHIFFRES

- 13,4 millions de Syriens dépendent de l'aide humanitaire, ce qui correspond au chiffre le plus élevé depuis 2017.

- 4,2 milliards de dollars (1 dollar = 0,86 euro): c’est la somme nécessaire au financement du Syrian Humanitarian Response Plan («Plan de réponse humanitaire pour la Syrie»), dont 27% seulement sont provisionnés.

(Source: Nations unies)

«Vos mots, si beaux et si émouvants, nous réchauffent le cœur et nous donnent de l'espoir.» C’est en ces termes que Moumena, professeure d'anglais et directrice de la Maison de la sagesse, a répondu aux lettres.

«Je suis touchée par ces messages, tout comme les autres enseignants qui s'occupent des enfants. En lisant les lettres envoyées par les enseignants, les élèves et ceux qui se soucient de nous, nous nous sentons protégés. Nous allons certainement sortir vainqueurs de cette épreuve.»

«Ces lettres nous insufflent force, espoir et amour. Les personnes qui nous les envoient ont toutes un cœur d'or, elles sont tendres et loyales. Je tiens à remercier du fond du cœur tous ceux qui nous apportent leur soutien et nous envoient ces mots magnifiques.»

La première lettre que j'ai reçue disait: «“Soyez forts, vous n'êtes pas seuls.” Ces mots sont très précieux pour moi», confie-t-elle à Arab News.

À ce jour, les élèves des écoles syriennes ont reçu plus de deux mille lettres en provenance de dix-sept États américains. Elles ont été rassemblées par les bénévoles de la SETF avant d'être acheminées par la frontière turque vers la partie de la Syrie contrôlée par les rebelles. 

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Aux yeux de beaucoup de gens, le conflit syrien et les personnes prises dans le feu des combats et de la répression paraissent vraiment éloignés. Grâce à la touche personnelle que ces lettres véhiculent, les enfants nés dans des conditions tout à fait différentes parviennent à créer un lien. (Photo Arab News)

Des cartes décorées à la main ont été envoyées récemment par les élèves de la classe de maternelle de Holy Souls à Little Rock, dans l’Arkansas. La Wisdom House y a répondu en publiant une photo de ses salles de classe décorées de lettres et de ses élèves qui brandissent avec fierté une bannière où sont écrits ces mots: «L'Arkansas soutient le peuple syrien.»

Ce geste simple mais puissant rappelle aux enfants syriens qu'ils ne sont pas abandonnés à leur sort.

En effet, aux yeux de beaucoup de gens, le conflit syrien et les personnes prises dans le feu des combats et de la répression paraissent vraiment éloignés. Grâce à la touche personnelle que ces lettres véhiculent, les enfants nés dans des conditions tout à fait différentes parviennent à créer un lien.

«Les écoles ont subi plusieurs déplacements forcés au fil des années et leurs communautés ont été contraintes de quitter leurs maisons à Idlib au début de l’année 2020», explique Natalie Larrison, directrice de Wisdom House, à Arab News.

«En dépit de ces obstacles, la résilience des enseignants et de leurs communautés ainsi que le dévouement exceptionnel des personnes qui soutiennent la Wisdom House ont permis à l'école maternelle et au centre pour femmes de réussir et de prospérer.»

«Nous espérons que les sourires des enfants suffiront à dire aux dirigeants du monde à quel point il est important de les protéger et de leur permettre de vivre dans la liberté et le bonheur.»

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Une jeune fille, blessée lors d'un bombardement aérien sur un camp de fortune pour déplacés syriens, est soignée dans le service d'urgence d'un hôpital de la ville de Maaret Misrin, dans le nord de la province d'Idlib, contrôlée par les rebelles, le 7 septembre 2021. (AFP)

Les journaux internationaux ne s'intéressent plus aux combats ni aux atteintes aux droits de l'homme en Syrie. Selon les analystes, cette indifférence, conjuguée à la passivité du Conseil de sécurité des nations unies, a encouragé le régime syrien à poursuivre ses offensives.

Au début de ce mois, le président russe, Vladimir Poutine, a accueilli Al-Assad dans la station balnéaire de Sotchi, située sur la mer Noire. Le Kremlin espère convaincre les dirigeants du monde d'accueillir à nouveau le président syrien dans le giron international et de le reconnaître en tant que dirigeant légitime de la Syrie, en dépit des crimes de guerre qu'il a commis.

En outre, le gouvernement russe exerce une pression sur les pays européens pour qu'ils déclarent la Syrie «pays sûr». Ainsi, les réfugiés pourraient retourner dans les zones contrôlées par le régime.

L'expérience vécue par les Syriens expulsés par le conflit relate une tout autre histoire. Omar al-Shogre est un conférencier suédois et un militant des droits de l'homme qui a collaboré étroitement avec la Syrian Emergency Task Force. Il a passé des années dans l’une des plus tristement célèbres prisons du régime.

«Ce que les Syriens craignent le plus, bien plus que de mourir sous les bombes, c'est d'être détenus par les services de renseignement», explique-t-il à Arab News.

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Cette initiative a pour objectif de recueillir des lettres de solidarité écrites par des jeunes du monde entier et de les envoyer directement aux réfugiés syriens pour leur apporter du réconfort et leur faire savoir qu'ils ne sont pas abandonnés à leur sort.
(Photos Arab News)

«Cela concerne principalement les tortures physiques, sexuelles et psychologiques que vous subirez tant que vous resterez en vie dans le centre de détention. Les Syriens refusent de retourner en Syrie parce qu'on les attend là-bas. De fait, les services de renseignement les attendent.»

Seul le lobbying incessant de groupes comme la SETF peut faire en sorte de ne pas oublier totalement les enfants qui vivent dans cette partie de la Syrie contrôlée par les rebelles.

«Nous envisageons de continuer à fournir une éducation de qualité à un plus grand nombre de Syriens encore, de sorte que chaque enfant puisse suivre une formation dans une école comme la Wisdom House», affirme Mme Larrison.

«En dépit de l’incertitude qui plane sur l'avenir de la Syrie, nous espérons que le monde comprendra à quel point il est important de protéger les enfants et les communautés formidables de Syrie. Nous y parviendrons en racontant leurs histoires», conclut-elle.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 

Twitter: @OS26


Liban: Israël dit avoir mené mercredi sa "plus grande frappe coordonnée" contre le Hezbollah depuis le 28 février

« De la fumée s’élève du site d’une frappe israélienne ayant visé une zone à Beyrouth le 8 avril 2026. Israël a lancé une série de frappes sur Beyrouth le 8 avril, l’attaque la plus violente contre la capitale libanaise depuis le début de la guerre. (AFP)
« De la fumée s’élève du site d’une frappe israélienne ayant visé une zone à Beyrouth le 8 avril 2026. Israël a lancé une série de frappes sur Beyrouth le 8 avril, l’attaque la plus violente contre la capitale libanaise depuis le début de la guerre. (AFP)
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  • L’armée israélienne a mené la plus vaste frappe coordonnée contre le Hezbollah depuis le début du conflit, visant une centaine de cibles à Beyrouth, dans la Bekaa et le sud du Liban
  • Malgré le cessez-le-feu avec l’Iran, Israël confirme que le Liban n’est pas concerné et que les opérations contre le Hezbollah vont se poursuivre

BEYROUTH: L'armée israélienne a annoncé avoir frappé mercredi une centaine d'objectifs du Hezbollah à travers le Liban, affirmant qu'il s'agissait de "la plus grande frappe coordonnée" contre le mouvement pro-iranien depuis le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l'Iran, le 28 février.

"En l'espace de 10 minutes et simultanément dans plusieurs zones, [les forces israéliennes ont attaqué] une centaine de postes de commandement et d'infrastructures militaires" du mouvement islamiste libanais à travers le pays voisin, indique un communiqué militaire israélien.

Les frappes ont visé des objectifs à Beyrouth, dans la plaine de la Bekaa (est du Liban) ainsi que dans le sud du pays, selon l'armée israélienne.

Les frappes israéliennes sur Beyrouth, les plus violentes depuis le début de la guerre, ont provoqué des scènes de panique dans la capitale à une heure de grande affluence, selon des journalistes de l'AFP.

Ennemi d'Israël et allié de Téhéran, le Hezbollah s'était joint le 2 mars à la guerre régionale.

Le cessez-le-feu de 15 jours avec l'Iran décrété dans la nuit par le président américain Donald Trump "n'inclut pas le Liban", a affirmé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. "La bataille continue au Liban, a ensuite déclaré l'armée israélienne

"Nous continuerons de frapper l'organisation terroriste Hezbollah et exploiterons chaque occasion qui se présente sur le plan opérationnel", a dit le lieutenant-général Eyal Zamir, chef d'état-major de l'armée, cité dans un communiqué militaire.

"Nous ne transigerons pas sur la sécurité des habitants du nord d'Israël [et] nous continuerons de frapper avec détermination", a-t-il ajouté.

L'armée israélienne avait annoncé mardi avoir achevé dans le sud du Liban le déploiement de ses troupes au sol jusqu'à une "ligne de défense avancée" destinée à maintenir le nord d'Israël à l'abri des tirs de roquettes antichars du Hezbollah, dont la portée est évaluée à une dizaine de kilomètres.


Le Liban fait état de huit morts dans une frappe israélienne à Saïda

Des secouristes se rassemblent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé un véhicule à Saïda, au Liban, le 8 avril 2026. (AFP)
Des secouristes se rassemblent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé un véhicule à Saïda, au Liban, le 8 avril 2026. (AFP)
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  • Une frappe israélienne à Saïda, au Liban, a fait au moins 8 morts et 22 blessés parmi les civils, causant d’importants dégâts sur le front de mer
  • L’attaque survient malgré l’annonce d’un cessez-le-feu entre les États-Unis, l’Iran et leurs alliés, dont l’application au Liban reste floue et contestée

BEYROUTH: Une frappe israélienne a fait huit morts dans la ville libanaise de Saïda, a annoncé mercredi le ministère libanais de la Santé, alors que Washington et ses alliés se sont mis d'accord pour un cessez-le-feu avec l'Iran.

"La frappe de l'ennemi israélien sur Saïda, dans le sud du Liban, a fait, selon un bilan provisoire, huit morts parmi la population civile et 22 blessés", a indiqué le ministère dans un communiqué.

Un photographe de l'AFP présent sur les lieux de l'attaque, qui a touché le front de mer de cette ville côtière, a vu des flammes s'élever d'un café aux vitres brisées qui jonchaient la chaussée.

Les pompiers s'efforçaient d'éteindre l'incendie tandis que l'armée bouclait le secteur. Des voitures stationnées à proximité ont également été endommagées.

"Nous avons été informés d'une frappe sur la route du front de mer à Saïda. Nous avons envoyé deux équipes, mais celles-ci ont demandé des renforts en raison du nombre élevé de victimes", a indiqué à l'AFP Louay Sabeh, secouriste au sein d'une association locale.

Les équipes de secours ont transporté au moins six blessés depuis les lieux de l'attaque, a-t-il précisé.

Cette frappe est survenue peu avant que le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif affirme que les Etats-Unis, l'Iran et leurs alliés avaient accepté un cessez-le-feu de deux semaines "partout", y compris au Liban.

Le Pakistan a joué le rôle de médiateur entre les Etats-Unis et l'Iran dans le but de mettre fin à plus de cinq semaines de guerre au Moyen-Orient.


Moustapha Barghouti : la loi israélienne sur la peine de mort est un permis de tuer des Palestiniens

Des manifestants se rassemblent devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 31 mars 2026, lors d’une manifestation contre l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort contre les Palestiniens. (AFP)
Des manifestants se rassemblent devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 31 mars 2026, lors d’une manifestation contre l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort contre les Palestiniens. (AFP)
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  • La nouvelle loi israélienne sur la peine de mort pour les Palestiniens est perçue par Moustapha Barghouti comme un instrument légal autorisant des exécutions extrajudiciaires et approfondissant l’apartheid 
  • Barghouti appelle à la résilience palestinienne et à une pression internationale concrète, notamment sanctions et boycott, pour contrecarrer la politique israélienne 

PARIS : Au milieu du fracas de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, la question palestinienne semble occultée. Pourtant, sur le terrain, aussi bien à Gaza qu’en Cisjordanie, Israël poursuit son entreprise de destruction et de déshumanisation du peuple palestinien, affranchi de toute contrainte.

Profitant du tumulte mondial, le gouvernement israélien a adopté récemment une loi instaurant la peine de mort par pendaison pour des Palestiniens détenus dans ses prisons. Que signifie pratiquement cette loi pour les Palestiniens, et que cherche Israël par son instauration ?

Le secrétaire général de l’Initiative nationale palestinienne, Moustapha Barghouti, explique à Arab News en français que cette loi « marque un tournant d’une gravité historique ».

D’une voix calme, mais empreinte de conviction et de fermeté, le médecin et dirigeant politique palestinien ne mâche pas ses mots : « Cette loi n’est pas seulement un instrument juridique supplémentaire dans l’arsenal israélien, mais l’expression d’une dérive politique profonde qui autorise ouvertement l’élimination des Palestiniens. »

« Ce qui se passe n’est pas simplement l’adoption d’une loi », insiste-t-il. « Ce que nous voyons aujourd’hui est une dérive fasciste en Israël. »

À la tête de l’Initiative nationale palestinienne, qui n’a pas d’aile armée, Barghouti s’est imposé au fil du temps comme le porte-voix de la cause palestinienne, avec comme marque de fabrique une intonation de voix douce et incisive à la fois, souvent déstabilisante pour ses contradicteurs.

Barghouti attribue l’initiative de ce texte de loi au ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l’extrême droite radicale, mais il souligne que « le problème dépasse largement un seul homme. »

Selon ce communiquant hors pair, doublé d’un homme politique d’une profonde connaissance des arcanes de la politique israélienne, la véritable alerte réside dans le soutien massif dont la loi a bénéficié au Parlement israélien.

« Près des deux tiers des députés de la Knesset ont voté en sa faveur, y compris certains représentants de l’opposition, comme Avigdor Lieberman », un consensus qui révèle, selon lui, « une transformation plus profonde de la société israélienne. »

« La loi n’est qu’un symptôme, car la dérive fasciste de la société israélienne est aujourd’hui très avancée », affirme-t-il.

Cette évolution se manifeste à travers plusieurs phénomènes simultanés : la guerre menée à Gaza, l’intensification de la colonisation en Cisjordanie et, désormais, l’adoption d’une législation qui viserait spécifiquement les prisonniers palestiniens.

Pour Barghouti, la portée réelle de la loi dépasse la question de la peine de mort elle-même, car dans les faits, elle institue « une justice fondamentalement discriminatoire ». « Cette loi approfondit le système d’apartheid », affirme-t-il.

Selon cette logique, un Palestinien accusé d’avoir tué un Israélien pourrait être condamné à mort, mais lorsqu’un Israélien tue un Palestinien, affirme Barghouti, « l’impunité est souvent la règle. »

Pour lui, la loi fonctionne comme « un permis de tuer des Palestiniens » et légitime également, selon lui, « les exécutions extrajudiciaires déjà observées sur le terrain. »

Barghouti estime qu’entre mille et deux mille Palestiniens à Gaza ont déjà été victimes d’exécutions extrajudiciaires, de même en Cisjordanie, où il évoque de nombreux cas de tirs mortels sans poursuites judiciaires, dont l’assassinat récent d’une famille civile dans la région de Tubas.

Interrogé sur les détenus concernés par la loi, Barghouti se montre catégorique : « Tous les prisonniers palestiniens sont menacés », affirme-t-il. Même ceux qui ont déjà été jugés pourraient voir leurs dossiers rouverts si « les autorités israéliennes décident de réexaminer certaines affaires. »

Environ 10 000 Palestiniens sont aujourd’hui détenus dans les prisons israéliennes, parmi lesquels 300 enfants et 75 femmes. Un grand nombre d’entre eux sont détenus sous le régime de la détention administrative, qui permet d’emprisonner une personne sans inculpation ni procès, pour des périodes renouvelables.

Les conditions de détention sont particulièrement dures : « Ils sont privés de soins, soumis à la faim, aux abus et à des conditions extrêmement difficiles », explique Barghouti.

Depuis le 7 octobre, affirme-t-il, 90 prisonniers palestiniens seraient morts en détention. Depuis 1967, le nombre total de détenus morts dans les prisons israéliennes atteindrait 322.

La situation dans la bande de Gaza reste, selon Mustafa Barghouti, catastrophique. Il affirme qu’Israël n’a jamais véritablement respecté le cessez-le-feu annoncé.

Depuis son entrée en vigueur, 720 Palestiniens auraient été tués et plus de 2 000 blessés, alors que les bombardements continuent quotidiennement, y compris au cœur de la ville de Gaza.

Mais l’aspect le plus dramatique, selon lui, concerne la situation humanitaire. L’accord de cessez-le-feu prévoyait l’entrée de 600 camions d’aide humanitaire par jour ; or, selon Barghouti, les livraisons restent très en deçà de ce chiffre, puisque certains jours, explique-t-il, à peine 56 camions ont été autorisés à entrer.

Plus grave encore, aucun matériel médical n’aurait été autorisé à entrer depuis le début du cessez-le-feu : « Des hôpitaux entiers risquent de cesser de fonctionner », avertit-il. Même les dentistes, dit-il, ont récemment lancé un appel pour signaler qu’ils ne disposaient plus de matériel de base pour traiter leurs patients.

En Cisjordanie, la situation n’est guère plus réjouissante. Barghouti décrit une situation d’escalade permanente : les raids militaires et les arrestations se poursuivent quotidiennement, et les attaques de colons armés se multiplient.

Barghouti assure que ces groupes agissent avec la protection de l’armée israélienne et affirme que 71 communautés palestiniennes ont déjà été expulsées de leurs terres.

Ces expulsions, souligne-t-il, s’inscrivent dans une stratégie visant à s’emparer progressivement de la Cisjordanie, dont « Israël contrôle désormais plus de 40 % ».

Face à cette situation, Mustafa Barghouti balaye du revers de la main un changement interne en Israël : « Cette société s’est tournée vers le fascisme », affirme-t-il.

Pour lui, deux facteurs seront déterminants pour l’avenir. Le premier est la résilience du peuple palestinien sur sa terre, car « le projet sioniste ne peut réussir que s’il parvient à expulser les Palestiniens de leur terre, comme en 1948. »

Le second facteur est la pression internationale. Barghouti estime que les déclarations et condamnations ne suffisent plus : « Israël ne se laissera pas dissuader par des discours. »

La seule solution, selon lui, serait l’imposition de sanctions internationales et d’un boycott global d’Israël.

Malgré la dureté du contexte, Barghouti affirme ne pas se sentir seul : « Ma relation n’est pas avec les gouvernements », conclut-il, « ma relation est avec les peuples, et je sais que les peuples comprennent ce qui se passe. »