«Au revoir mon Phénix»: Bernard Tapie s'éteint à 78 ans

Grande gueule aux serments faciles, il avait le teint hâlé, les cheveux drus et les mâchoires fortes. Son plus gros défaut, admettait-il, était de ne pas «prendre le temps» d'expliquer ses actions. (AFP)
Grande gueule aux serments faciles, il avait le teint hâlé, les cheveux drus et les mâchoires fortes. Son plus gros défaut, admettait-il, était de ne pas «prendre le temps» d'expliquer ses actions. (AFP)
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Publié le Dimanche 03 octobre 2021

«Au revoir mon Phénix»: Bernard Tapie s'éteint à 78 ans

  • Bernard Tapie a été pendant plus de 40 ans une figure marquante de l'histoire politique, économique et sociétale de la France
  • L'accusation a requis cinq ans d'emprisonnement avec sursis à son encontre pour complicité d'escroquerie et détournement de fonds publics

Une personnalité majeure de la république disparait, l'ancien ministre et homme d'affaires, Bernard Tapie le passionné de sport, est mort d'un cancer à l'âge de 78 ans dont il souffrait depuis plusieurs années.

Bernard Tapie a été pendant plus de 40 ans une figure marquante de l'histoire politique, économique et sociétale de la France, de par son charisme, ses éclats mais aussi ses coups tordus.

"Dominique Tapie et ses enfants ont l'infinie douleur de faire part du décès de son mari et de leur père, Bernard Tapie, ce dimanche 3 octobre à 8h40, des suites d'un cancer", a annoncé sa famille par l'intermédiaire du groupe de presse La Provence, dont il était l'actionnaire majoritaire. 

"Au revoir mon Phénix", a posté l'un de ses fils, Stéphane Tapie, sur son compte Instagram, en légende d'une photo en noir et blanc de lui et son père, qui fut tour à tour entrepreneur, ministre, acteur, président de l'Olympique de Marseille et patron du groupe de médias. 

"Il est parti paisiblement, entouré de sa femme, ses enfants, ses petits-enfants et son frère, présents à son chevet. Il a fait part de son souhait d'être inhumé à Marseille, sa ville de cœur", poursuit le communiqué de la famille à La Provence.

Principales étapes de sa carrière:

26 janvier 1943: naissance à Paris. 

Années 1980: repreneur d'entreprises en difficultés (Terraillon, Look, La Vie Claire, Wonder, Testut et, son coup d'éclat, en 1990, Adidas).

1989: élu député "Majorité présidentielle" des Bouches-du-Rhône (réélu en 1993). Affronte lors d'un fameux débat télévisé le leader du Front national, Jean-Marie Le Pen.

Avril-mai 1992: éphémère ministre de la Ville dans le gouvernement socialiste de Pierre Bérégovoy. Il le redeviendra pendant 3 mois l'année suivante.

1993: l'Olympique de Marseille, qu'il préside, remporte la Ligue des Champions. Début de l'affaire du match de football truqué Valenciennes-OM. Vend Adidas à un groupe d'investisseurs piloté en sous-main par sa propre banque, le Crédit lyonnais, alors publique. 

1994: la liste MRG aux européennes qu'il conduit arrive, à la surprise générale, à peine 2,5 points derrière celle du socialiste Michel Rocard.

1995: procès VA-OM. Est condamné pour corruption. Placé en faillite personnelle l'année suivante, il perd ses mandats électifs. Il fait six mois de prison en 1997.

1996/2008: écrit, fait de la radio, du cinéma, du théâtre, joue le "Commissaire Valence" dans la série à succès de TF1.

2012: devient propriétaire du quotidien "La Provence".

2017: condamné, après une bataille judiciaire dantesque, à rembourser les 403 millions d'euros obtenus pour mettre un terme à son litige avec le Crédit lyonnais. Dans le volet pénal de l'affaire, il sera relaxé deux ans plus tard. Le parquet fait appel.

2017: sa femme annonce qu'il souffre d'un cancer de l'estomac.

4 avril 2021: victime d'un violent cambriolage à son domicile en région parisienne.

09 juin 2021: fin du procès en appel sur le volet pénal de l'arbitrage. Le parquet requiert, en son absence, 5 ans de prison avec sursis.

03 octobre 2021 : décès des suites de son cancer

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L'Olympique de Marseille, dont les supporters multipliaient ces derniers jours les soutiens à celui qu'ils surnommaient le «boss». (AFP)

Très rapidement une pluie de réactions a afflué, à commencer par le Premier ministre Jean Castex qui a salué "un combattant", "très engagé contre l'extrême droite, mais surtout pour des causes, son club, sa ville, l'entreprise aussi. Bref un homme très engagé qui a tout donné et je crois qu'on l'a vu aussi contre la maladie".

L'Olympique de Marseille, dont les supporters multipliaient ces derniers jours les soutiens à celui qu'ils surnommaient le "boss", a estimé sur Twitter qu'il "laissera un grand vide dans le cœur des Marseillais et demeurera à jamais dans la légende du club". Bernard Tapie est décédé un jour où son ancienne équipe allait jouer, à 17h00, sur la pelouse des Dogues lillois.

Le maire socialiste de Marseille, Benoît Payan, a lui promis que la ville "sera au rendez-vous pour lui rendre un hommage populaire à sa hauteur", ajoutant: "Bernard Tapie, à jamais Marseillais". 

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En 1993, c'est quelques jours avant la victoire de Marseille en Coupe d'Europe des clubs champions qu'éclate l'affaire de corruption du match OM-VA.   (AFP)

Jean-Louis Borloo, avocat historique de Bernard Tapie et son ami depuis 45 ans, a salué dimanche le "courage", la "force", le panache" de celui qu'il considérait comme son "frère".

Dans un message s'adressant à l'ancien homme d'affaires, l'ancien ministre écrit : "Quel ultime combat ! Courage, force, panache, entouré des tiens, les amours de ta vie, et malgré ceux qui, à défaut d’avoir ta gueule, ton talent, ton charisme, ta générosité, ta bonté, ton humour, tes fulgurances, n’ont cessé hélas de te harceler".

Six vies en une

"J'ai eu un parcours extraordinaire" ou "Je suis plus qu'heureux !", s'exclamait Tapie dans les médias, en dépit de la maladie, celui qui a connu au moins six vies publiques : entrepreneuriale, politique, sportive, artistique, médiatique et judiciaire.

Incarnation de la réussite sociale et de la flamboyance des années 80, "Nanard", que les Guignols de Canal + qualifiaient de "sévèrement burné", était devenu le symbole de l'homme d'affaires sulfureux à partir du match de football truqué Marseille-Valenciennes en 1993. Un épisode qui lui valut six mois de prison en 1997 pour corruption et subornation de témoin.

Grande gueule aux serments faciles, il avait le teint hâlé, les cheveux drus et les mâchoires fortes. Son plus gros défaut, admettait-il, était de ne pas "prendre le temps" d'expliquer ses actions. Il assumait aussi le fait d'avoir été un "emmerdeur" parce que, disait-il, "je ne lâche pas les gens". 

Daniel Cohn-Bendit, qui l'a côtoyé au Parlement européen, évoquait un "enchanteur", un amateur d'"histoires abracadabrantesques" qu'il "ne faut pas toujours croire".

Le débat Tapie-Le Pen 

Né le 26 janvier 1943 à Paris, il est le fils d'un ouvrier-chauffagiste. Brièvement membre des Jeunesses communistes, le petit prolo "aux yeux trop grands" (titre d'un de ses livres) pilote des voitures de course, vend des télés, se lance dans la chansonnette.

En 1977, il se spécialise dans la reprise et la revente de sociétés en difficulté. Surnommé le "Zorro des entreprises", il s'illustre en 1990 avec le rachat d'Adidas, géant allemand de l'équipement sportif. Il se bâtit un empire et une fortune qui lui permettent de s'offrir un hôtel particulier à Paris et un luxueux voilier, le "Phocéa".

En 1983, Bernard Tapie investit dans les activités sportives, d'abord en montant une équipe cycliste, "La Vie claire", puis en reprenant le club de foot de l'Olympique de Marseille. En 1988, il bat le record de la traversée de l'Atlantique nord en monocoque à bord du "Phocéa" sur lequel il se trouve en tant qu'armateur : "ce fut le plus beau jour" de ma vie, a-t-il assuré en 2020.

Mettant à profit sa notoriété, il se lance en politique. Défenseur des jeunes de banlieue, il frappe les esprits en acceptant un débat télévisé en 1989 face à la "bête médiatique" qu'est Jean-Marie Le Pen: il ne se démonte pas, le leader du Front national ne gagne pas.

Il devient député ("Majorité présidentielle") des Bouches-du-Rhône en 1989 et enchaîne les succès: aux régionales de 1992, aux législatives de 1993, aux européennes de 1994. Dans ce scrutin, sa liste MRG taille des croupières à celle de Michel Rocard (PS) et met fin, sous l’œil ravi du président François Mitterrand, séduit par son abattage, aux ambitions présidentielles de l'ex-Premier ministre. 

Au printemps 1992, il est nommé ministre de la Ville dans le gouvernement Bérégovoy mais doit démissionner au bout de deux mois pour abus de biens sociaux. Après un non-lieu, il revient à ce poste pour trois mois fin 1992-début 1993. 

En 1993, c'est quelques jours avant la victoire de Marseille en Coupe d'Europe des clubs champions qu'éclate l'affaire de corruption du match OM-VA.  

Dès lors, les foudres de la justice vont s'abattre sur lui, se soldant par de la prison, une mise en liquidation judiciaire personnelle et la perte de ses mandats électifs.

«Commissaire Valence»

Ce père de quatre enfants va se replier sur sa famille, autour de sa seconde épouse Dominique -son roc-, faire du cinéma ("Hommes, femmes, mode d'emploi", de Claude Lelouch), de la radio et du théâtre. Sur TF1, il tient le rôle du "Commissaire Valence", de 2003 à 2008. Après être revenu aux affaires en 2009, il met en 2012 la main sur les derniers titres du groupe Hersant, dont "La Provence", à Marseille. 

En 2008, il empoche les quelque 400 millions d'euros que lui octroie l'arbitrage dans son vieux conflit avec le Crédit lyonnais sur la vente d'Adidas. Mais, neuf plus tard, il est condamné définitivement à rendre l'intégralité des sommes.

Pourtant, dans le volet pénal de cette saga judiciaire, le tribunal le relaxe en juillet 2019 des accusations "d'escroquerie". "Mon cancer vient de prendre un sale coup dans la gueule ! C'est bien la preuve qu'il faut toujours, toujours, se battre jusqu'au bout", avait-il réagi même si le parquet a ensuite fait appel.

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Au printemps 1992, Tapie est nommé ministre de la Ville dans le gouvernement Bérégovoy mais doit démissionner au bout de deux mois pour abus de biens sociaux.

165 jours de prison 
Pour de nombreux supporteurs marseillais, il est resté "Le Boss".
C'est aussi à l'OM qu'éclate la première grande affaire qui le met en cause, celle du match truqué entre Marseille et Valenciennes, dite "VA-OM", pour laquelle il est condamné pour complicité de corruption et subornation de témoins et passe 165 jours en prison en 1997.
Il sera ensuite condamné dans d'autres dossiers, pour abus de biens sociaux et fraude fiscale notamment, qui aboutissent à sa mise en liquidation judiciaire et la perte de tous ses mandats.
Celui qui a eu sa marionnette aux Guignols de Canal + a également été animateur de télévision et a fait l'acteur, au cinéma ou au théâtre. 
Père de quatre enfants, il a en outre coiffé la casquette de patron de presse en acquérant, en 2012, les derniers titres du groupe Hersant et en dirigeant depuis le groupe "La Provence".

L'affaire Adidas 
Très affaibli mais toujours combatif, Bernard Tapie comparaissait encore en mai dernier devant ses juges dans un des volets de "l'affaire de sa vie", son conflit financier de près de trente ans avec le Crédit Lyonnais autour de la revente de l'équipementier sportif Adidas.

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Tapie comparaissait encore en mai dernier devant ses juges dans un des volets de «l'affaire de sa vie», son conflit financier de près de trente ans avec le Crédit Lyonnais autour de la revente de l'équipementier sportif Adidas. (AFP)

"Madame la présidente, il est temps, franchement, qu'on arrête avec cette justice-là !", lançait-il à la cour d'appel saisie de l'arbitrage controversé rendu en 2008, depuis annulé au civil, qui lui avait octroyé 408 millions d'euros dans son litige avec le Crédit Lyonnais.
Déjà interrompu six mois à l'automne 2020, ce procès s'est terminé en l'absence de l'homme d'affaires, de nouveau hospitalisé.
L'accusation a requis cinq ans d'emprisonnement avec sursis à son encontre pour complicité d'escroquerie et détournement de fonds publics - la décision est attendue ce mercredi.
En juin, il a publié avec le journaliste Franz-Olivier Giesbert un livre en forme de testament, titré "Bernard Tapie. Leçons de vie, de mort et d'amour", où il revenait notamment sur la "plus grosse" des "conneries" de sa carrière, la vente d'Adidas.
Il y racontait son rapport à Dieu, son statut de quasi "ennemi public numéro 1", après sa chute et la dépossession de ses biens, la privation de ses droits civiques ou son agression en avril dernier, à son domicile, lors d'un violent cambriolage nocturne.

A Marseille, chapelle ardente au Vélodrome et obsèques à la cathédrale de la Major

Une chapelle ardente en hommage à Bernard Tapie sera dressée cette semaine au stade Vélodrome, berceau de l'équipe de l'OM dont il fut président, avant des obsèques à la cathédrale de la Major, a annoncé dimanche à l'AFP le maire de Marseille.

"Marseille sera au rendez-vous pour lui rendre un hommage populaire à sa hauteur", avait auparavant annoncé Benoît Payan, le maire socialiste de la seconde ville de France, en saluant un homme "solaire, rebelle, déterminé, Marseillais par le destin, (qui) a trouvé à Marseille un état d'esprit, une ville qu'il a su à sa manière incarner, jusqu'à se confondre avec elle dans ce qu'elle a de pire ou de meilleur".

"La famille souhaite que Bernard Tapie entre une dernière fois au stade Vélodrome", a expliqué M. Payan, en évoquant "une chapelle ardente" où les supporters et les Marseillais pourraient venir se recueillir pour saluer l'ancien président de l'Olympique de Marseille.

Quant aux obsèques, elles se tiendront à la cathédrale de la Major, face à la Méditerranée, a ajouté le maire de Marseille, sans pouvoir encore préciser la date de la cérémonie.

Lui-même se rendra dès cette après-midi pour participer à "l'hommage populaire et spontané" des Marseillais au stade Vélodrome, devant lequel une gigantesque photo noir et blanc de Bernard Tapie, en costume-cravate, ballon de football à la main, a été installée. 

"Bernard Tapie fait partie de l'histoire de Marseille", avait assuré M. Payan dans le communiqué de réaction officielle de la ville: "L'histoire d'une étoile, lors d'une nuit européenne (NDLR: en 1993, quand l'OM décroche la première et seule Ligue des champions du football français). Cette nuit-là, nous étions sur le toit du monde. J'avais 15 ans et comme moi, des centaines de milliers de Marseillais, de tous âges et toutes conditions, ont vécu un rêve éveillé".

"Comme sa ville, jamais il ne laissa indifférent. Entrepreneur, ministre, chanteur, pilote, animateur de télévision, acteur, comédien. A jamais Président de l'OM. Bernard Tapie aura eu 1.000 vies. Toutes vécues comme si c'était la dernière", insiste M. Payan.

Dans une vidéo sur Twitter, l'actuel président de l'OM, l'Espagnol Pablo Longoria, a lui aussi promis que le club "saura rendre un digne hommage" à son ancien patron, celui que tout le monde, à Marseille, appelait le "boss".


Guerre au Moyen-Orient : le porte-avions français Charles de Gaulle est arrivé en Méditerranée

Le porte-avions Charles de Gaulle, envoyé par la France au Moyen-Orient pour protéger ses ressortissants et ses alliés frappés par l'Iran, est entré vendredi en tout début d'après-midi en mer Méditerranée en franchissant le détroit de Gibraltar, a constaté un journaliste de l'AFP. (AFP)
Le porte-avions Charles de Gaulle, envoyé par la France au Moyen-Orient pour protéger ses ressortissants et ses alliés frappés par l'Iran, est entré vendredi en tout début d'après-midi en mer Méditerranée en franchissant le détroit de Gibraltar, a constaté un journaliste de l'AFP. (AFP)
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  • Emmanuel Macron, qui estime que l'offensive américano-israélienne est menée "en dehors du droit international", avait assuré mardi que la France était dans une posture "strictement défensive"
  • Il a annoncé le déploiement d'importants moyens militaires, dont le porte-avions Charles de Gaulle, en Méditerranée orientale car la France doit "prendre des dispositions pour sa sécurité, celle de ses ressortissants et de ses bases"

TARIFA: Le porte-avions Charles de Gaulle, envoyé par la France au Moyen-Orient pour protéger ses ressortissants et ses alliés frappés par l'Iran, est entré vendredi en tout début d'après-midi en mer Méditerranée en franchissant le détroit de Gibraltar, a constaté un journaliste de l'AFP.

Le bâtiment, qui a encore plusieurs jours de trajet devant lui avant d'être sur zone, était déployé dans le nord de l'Europe dans le cadre d'une mission de l'Otan quand le président français Emmanuel Macron a annoncé son envoi au Moyen-Orient.

Emmanuel Macron, qui estime que l'offensive américano-israélienne est menée "en dehors du droit international", avait assuré mardi que la France était dans une posture "strictement défensive".

Il a annoncé le déploiement d'importants moyens militaires, dont le porte-avions Charles de Gaulle, en Méditerranée orientale car la France doit "prendre des dispositions pour sa sécurité, celle de ses ressortissants et de ses bases ainsi que celle de ses alliés dans la région".

La France est notamment liée par des accords de défense avec le Qatar, le Koweït et les Emirats.

 


La France "ne fait pas la guerre" au Moyen-Orient, assure le président Macron

Un écran diffusant l’allocution du président français, le président Emmanuel Macron, sur la guerre en Iran et ses répercussions au Moyen-Orient, depuis le palais de l’Élysée à Paris, le 3 mars 2026. (AFP)
Un écran diffusant l’allocution du président français, le président Emmanuel Macron, sur la guerre en Iran et ses répercussions au Moyen-Orient, depuis le palais de l’Élysée à Paris, le 3 mars 2026. (AFP)
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  • Le président Emmanuel Macron affirme que la France ne participe pas à la guerre au Moyen-Orient et n’a pas l’intention de s’y engager militairement
  • Paris renforce toutefois sa présence militaire pour protéger ses ressortissants, ses alliés et sécuriser les voies maritimes, tout en cherchant à jouer un rôle de médiateur entre Israël, les États-Unis et le Liban

PARIS: "On n'est pas au combat": le président français Emmanuel Macron a assuré jeudi soir sur Instagram que la France ne faisait "pas la guerre" au Moyen-Orient et qu'elle n'allait pas s'y "engager".

"Je comprends très bien et j'entends votre inquiétude mais je voulais être très clair", a-t-il dit en réponse à une internaute qui s'inquiétait des répercussions de l'offensive israélo-américaine en Iran.

"La France ne fait pas partie de cette guerre. Nous on n'est pas au combat et on ne va pas s’engager dans cette guerre", a déclaré le chef de l'Etat.

"La France ne fait pas la guerre dans cette région. Elle protège les Françaises et les Français, les alliés et elle est aux côtés du Liban", a-t-il ajouté.

La France, ex-puissance mandataire au Liban, garde un attachement fort avec ce pays, où elle dispose encore de leviers d'action et ambitionne de continuer à jouer un rôle. Le Liban constitue de fait un de ses derniers relais d'influence historiques dans la région.

Le pays a envoyé des renforts militaires au Proche et Moyen-Orient - dont le porte-avions Charles de Gaulle - pour protéger ses ressortissants, ses alliés touchés en représailles par l'Iran, les aider "à intercepter les drones, les missiles", a expliqué Emmanuel Macron.

"De manière tout à fait pacifique on est en train de se mobiliser pour essayer de sécuriser le trafic maritime", a-t-il poursuivi.

Le président a annoncé mardi qu'il cherchait à bâtir une coalition afin de sécuriser les "voies maritimes essentielles à l'économie mondiale" dans la région.

"On essaiera d'être les plus raisonnables et les plus pacifiques possible parce que c’est le rôle de la France", a-t-il ajouté.

Comme lors de la dernière campagne de frappes israéliennes visant à détruire les capacités du Hezbollah en 2024, Emmanuel Macron tente de nouveau de faire office de médiateur entre Israël, les Etats-Unis et le Liban.

Après des échanges mercredi avec Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, puis de nouveau jeudi avec les principaux acteurs libanais, il a annoncé vouloir "établir un plan en vue de mettre un terme aux opérations militaires" du Hezbollah et Israël.


Macron a parlé à Trump et Netanyahu, appelle au respect de l'intégrité territoriale du Liban

Le président français Emmanuel Macron s’exprime lors d’une réunion du Conseil de défense nationale au Palais de l'Élysée à Paris, le 1er mars 2026, à la suite des frappes américaines et israéliennes contre Iran. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron s’exprime lors d’une réunion du Conseil de défense nationale au Palais de l'Élysée à Paris, le 1er mars 2026, à la suite des frappes américaines et israéliennes contre Iran. (AFP)
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  • Emmanuel Macron a appelé Benjamin Netanyahu à préserver l’intégrité territoriale du Liban et à éviter une offensive terrestre, tout en exigeant que le Hezbollah cesse immédiatement ses attaques contre Israël
  • Il a également échangé avec Donald Trump sur la situation régionale, promis une aide humanitaire aux déplacés libanais et réaffirmé le soutien français aux forces armées libanaises

PARIS: Le président français Emmanuel Macron s'est entretenu mercredi avec son homoloque américain Donald Trump et avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qu'il a appelé "à préserver l'intégrité territoriale du Liban et à s'abstenir d'une offensive terrestre".

Dans un message sur X, relatant ses conversations avec Benjamin Netanyahu ainsi qu'avec le président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam, Emmanuel Macron dit également avoir "réaffirmé la nécessité que le Hezbollah cesse immédiatement ses attaques contre Israël et au-delà".

"Cette stratégie d'escalade constitue une faute majeure qui met en péril l'ensemble de la région", a jugé le chef de l’État français.

Son entourage a fait savoir qu'il avait également échangé avec Donald Trump mercredi soir et avait "alerté" le président américain "sur la situation au Liban à laquelle la France demeure très attentive".

"Le président Trump a contacté le président de la République ce soir pour l'informer de l'état des opérations militaires menées par les États-Unis en Iran", a indiqué l'entourage d'Emmanuel Macron.

À ses interlocuteurs libanais, le président français a promis que "la France prendra des initiatives immédiates pour soutenir les populations libanaises déplacées" face à "l'urgence humanitaire dans le sud du Liban" depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient par Israël et les États-Unis.

Il a assuré que la France poursuivrait également "son soutien aux efforts des Forces armées libanaises, afin qu'elles puissent assumer pleinement leurs missions de souveraineté et mettent un terme à la menace posée par le Hezbollah".

La discussion entre Emmanuel Macron et Benjamin Netanyahu était la première depuis le début de l'été 2025. Leurs relations ont connu une brouille au mois d'août lorsque la France a annoncé son intention de reconnaître l’État de Palestine.

Le chef du gouvernement israélien avait alors accusé Emmanuel Macron "d'alimenter le feu antisémite" en France.

Dans un échange de lettres acerbe, Emmanuel Macron lui avait alors reproché d'"offenser la France toute entière" et l'avait appelé "solennellement" à sortir de sa "fuite en avant meurtrière" dans la guerre à Gaza.

Dans son message sur X, le président français se limite à évoquer la situation au Liban qu'il juge "très préoccupante". Il ne dit pas s'il a discuté avec Benjamin Netanyahu de l'Iran où Israël et les États-Unis ont déclenché depuis dimanche une offensive militaire massive.

L'armée israélienne a indiqué dans un communiqué mercredi avoir déployé "sur plusieurs positions" du sud du Liban des soldats, avec des unités "de l'infanterie, des blindés et du génie".

Le Hezbollah a affirmé de son côté que ses combattants étaient engagés dans des affrontements "directs" avec des soldats israéliens entrés dans la ville libanaise de Khiam, à six kilomètres de la frontière avec Israël

Mardi, lors d'une allocation solennelle, Emmanuel Macron avait dénoncé la "responsabilité première" de l'Iran dans la guerre, notamment à cause de son "programme nucléaire dangereux", mais estimé que les opérations militaires américano-israélienne se déroulaient "en dehors du droit international".