Le business des influenceurs dopé aux théories complotistes

La famille et les amis des personnes décédées après avoir été empoisonnées par des pilules contenant du fentanyl manifestent devant le siège social de Snap, Inc., créateur de l'application de réseau social Snapchat, le 4 juin 2021 à Santa Monica, en Californie. (Patrick T. Fallon/AFP)
La famille et les amis des personnes décédées après avoir été empoisonnées par des pilules contenant du fentanyl manifestent devant le siège social de Snap, Inc., créateur de l'application de réseau social Snapchat, le 4 juin 2021 à Santa Monica, en Californie. (Patrick T. Fallon/AFP)
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Publié le Vendredi 08 octobre 2021

Le business des influenceurs dopé aux théories complotistes

  • L'ex-candidate de l'émission de téléréalité Les Marseillais, Kim Glow, se sert d'Instagram pour interpeller son million d'abonnés sur les prétendus dangers des vaccins anti-Covid qui injecteraient une puce 5G
  • Snapchat et Instagram, les deux réseaux sociaux préférés des 16-25 ans, assurent avoir pris de nouvelles mesures pour lutter contre les infox sur la pandémie

PARIS : «Le virus a été inventé pour diminuer la population et esclavager le reste qui survit»: sur les réseaux sociaux, les théories complotistes sur la pandémie servent les intérêts d'influenceurs stars, suivis par des millions de personnes.

L'ex-candidate de l'émission de téléréalité Les Marseillais, Kim Glow, se sert d'Instagram pour interpeller son million d'abonnés sur les prétendus dangers des vaccins anti-Covid qui injecteraient une puce 5G. Des infox sur la vaccination ou le masque saluées par des internautes comme un «langage de vérité».

Suivie par plus d'un million et demi d'abonnés sur Instagram et Snapchat, une autre vedette de la téléréalité Hilona Gos explique que le vaccin de Pfizer serait «dangereux» et pourrait «refiler le cancer» dans «trois ans». Des théories pourtant infondées scientifiquement, comme l'a vérifié l'AFP.

Musique entraînante, danses, hashtags abondamment repris: «Ces influenceurs ont une parfaite connaissance des réseaux sociaux», analyse Sylvain Delouvée, maître de conférences en psychologie sociale à l'université Rennes 2.

Selon lui, «ils vont simplement utiliser les recettes habituelles, à base d'histoires personnelles pour interpeller, une mise en image léchée, un rythme saccadé, des transitions soignées; ainsi ils contribuent à la popularisation et à la banalisation des discours complotistes».

Ces influenceurs ont plus de chances de toucher les jeunes générations, qui vont «sur les réseaux sociaux pour chercher des informations», commente Romy Sauvayre, sociologue des croyances à l'université de Clermont Auvergne et au CNRS. 66% des moins de 35 ans s'informent d'abord sur Internet, notamment sur leur téléphone, selon un sondage sur la confiance des Français dans les médias publié dans La Croix en janvier.

«Or, dans la dynamique de diffusion des croyances, un point important est la confiance que l'on accorde à l'individu qui va nous soumettre à une croyance. Si j'adhère à un influenceur parce que je le suis tous les jours, la probabilité que je croie ce qu'il me dit est plus importante», pointe Mme Sauvayre.

- «Pas de sanctions» -

Snapchat et Instagram, les deux réseaux sociaux préférés des 16-25 ans, assurent avoir pris de nouvelles mesures pour lutter contre les infox sur la pandémie. «La désinformation en matière de santé est un problème que nous prenons très au sérieux», a indiqué à l'AFP Facebook, propriétaire d'Instagram, sans toutefois donner d'exemples de sanctions contre des influenceurs.

«Le contenu sur Snapchat est éphémère, ce qui rend beaucoup plus difficile la diffusion virale de fausses informations», affirme cette application.

Un format qui permet aussi aux influenceurs d'échapper à la modération et au débat: «Les formats stories (qui disparaissent au bout de 24h) évitent d'avoir du contenu qui peut être retrouvé, car si vous laissez une trace écrite, on peut relever l'archive et trouver une contradiction», analyse Sylvain Delouvée. Ce format n'autorise pas non plus les commentaires.

Ces influenceurs, dont la rémunération dépend de leur audience, «savent que partager la dernière thèse antivax va générer des surréactions», argue Olivier Ertzscheid, maître de conférences en sciences de l'information à l'université de Nantes. «Or, le modèle économique de ces plateformes fait que pour monétiser des contenus, la prise en compte de ces interactions est déterminante: c'est ce qui fait venir de nouveaux annonceurs et augmenter la rémunération auprès des régies publicitaires».

Face à cela, «le cadre sur la désinformation européen est actuellement très léger», regrette Enguerrand Marique, coauteur de «La régulation des fake news et avis factices sur les plateformes».

«Il n'y a pas de sanctions si le code de conduite n'est pas mis en œuvre par ces acteurs privés, ce sont plutôt des règles d'incitations à agir. Et, par peur de se voir réclamer des dommages et intérêts en cas d'erreur, ces plateformes surfent sur la liberté d'expression pour laisser partager des mauvaises informations qui peuvent porter atteinte à la santé publique».

L'unique menace pesant sur les influenceurs complotistes est de perdre des partenariats rémunérés avec des marques qui décideraient de se retirer sous la pression populaire. En mars 2020, Kim Glow avait vu son contrat par l'agence GoPromoVoyages annulé après une polémique sur le SMIC qui avait choqué les internautes.

 


Mort à 79 ans de l'artiste palestinien Sliman Mansour

L'artiste, dont les œuvres dépeignaient les traditions palestiniennes et la lutte de son peuple sous l'occupation israélienne, est mort dans sa maison à Jérusalem-Est, ont précisé ses proches. (AFP)
L'artiste, dont les œuvres dépeignaient les traditions palestiniennes et la lutte de son peuple sous l'occupation israélienne, est mort dans sa maison à Jérusalem-Est, ont précisé ses proches. (AFP)
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  • Sliman Mansour était né à Birzeit, au nord de Ramallah, en 1947. Il avait étudié l'art et le design à Jérusalem, dont il est sorti diplômé en 1970
  • Le ministère palestinien de la culture a rendu hommage à l'artiste, "l'un des plus importants piliers de l'art visuel palestinien contemporain, dont la carrière, sur plusieurs décennies, fait partie de la mémoire visuelle et nationale palestinienne"

RAMALLAH: Le peintre et sculpteur Sliman Mansour, l'un des artistes palestiniens les plus renommés, est mort lundi à l'âge de 79 ans, a annoncé sa famille.

L'artiste, dont les œuvres dépeignaient les traditions palestiniennes et la lutte de son peuple sous l'occupation israélienne, est mort dans sa maison à Jérusalem-Est, ont précisé ses proches.

"Le dernier chapitre a été écrit. Le cœur serré par un chagrin indicible, nous annonçons que notre cher père a quitté ce monde", a déclaré sa famille dans un communiqué.

"Pour le monde, il laisse derrière lui une vie emplie de beauté et de mémoire, ainsi qu'un héritage qui se perpétuera à travers toutes les personnes dont il a marqué l'existence. Quant à nous, nous avons perdu un père qui était notre source d'amour, de force et notre refuge", ajoute la famille.

Sliman Mansour était né à Birzeit, au nord de Ramallah, en 1947. Il avait étudié l'art et le design à Jérusalem, dont il est sorti diplômé en 1970.

Le ministère palestinien de la culture a rendu hommage à l'artiste, "l'un des plus importants piliers de l'art visuel palestinien contemporain, dont la carrière, sur plusieurs décennies, fait partie de la mémoire visuelle et nationale palestinienne".

Le ministère a salué sa toile la plus connue, "Camel of Hardships" ("Le Chameau des fardeaux", 1973) - qui représente un vieil homme palestinien portant la ville de Jérusalem sur son dos - la qualifiant d'"icône nationale et artistique". L'oeuvre de Sliman Mansour faisait office "de témoin de l'histoire palestinienne et de gardien de l'identité", a-t-il ajouté.

Pleurant une "immense perte", la galerie Zawyeh de Ramallah a salué une "figure artistique majeure", qui, "à travers son œuvre, a exploré les thèmes du déplacement, de la résilience, de la résistance et du lien indéfectible unissant les Palestiniens à leur terre natale".

Sliman Mansour a reçu de nombreuses récompenses, parmi lesquelles le prix Unesco-Sharjah pour la culture arabe en 2019.


Canicule: un réfrigérateur pour humains soulage les travailleurs japonais

Canicule: un réfrigérateur pour humains soulage les travailleurs japonais
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  • Des terrains de golf ou des stades de baseball pourraient aussi être intéressés à l'avenir, selon China Yamamoto, une responsable commerciale
  • Le distributeur d'équipements industriels Trusco Nakayama affirme avoir vendu plus de 300 exemplaires du "Do Hiemon Box" depuis avril, au prix de 1,5 million de yens (environ 8.000 euros)

HIGASHIOSAKA: Pris de vertiges après être arrivé au travail à vélo sous la chaleur écrasante de l'été japonais, Isao Tabuchi, 51 ans, se dirige vers la dernière acquisition de son entreprise: un réfrigérateur pour humains.

"J'ai vraiment pu récupérer grâce à ça. Une fois qu'on l'utilise, c'est vraiment très frais", explique-t-il à l'AFP à la sortie de la machine, dans la ville industrielle de Higashiosaka (ouest du Japon), écrasée par le soleil d'août.

L'engin de la taille d'une cabine téléphonique, où des jets d'air à 5°C maintiennent une température froide, n'a été commercialisé que cette année mais rencontre déjà un vif succès dans un pays confronté à une hausse constante des températures.

Le distributeur d'équipements industriels Trusco Nakayama affirme avoir vendu plus de 300 exemplaires du "Do Hiemon Box" depuis avril, au prix de 1,5 million de yens (environ 8.000 euros). Ses clients les installent notamment sur des chantiers, des usines et des entrepôts.

Des terrains de golf ou des stades de baseball pourraient aussi être intéressés à l'avenir, selon China Yamamoto, une responsable commerciale.

"Il est grand, cher, et ce n'est pas le genre de produit que l'on peut expliquer simplement avec des mots" pour convaincre les clients. "Il y avait donc beaucoup d'incertitudes", explique-t-elle.

Selon les scientifiques, le changement climatique causé par l'activité humaine accroît la fréquence et l'intensité des épisodes de chaleur extrême. En 2025, le Japon a connu l'été le plus chaud de son histoire.

Cette année, l'Agence météorologique japonaise a même introduit un nouveau terme, "kokushobi" ("jour de chaleur cruelle"), lorsque la température atteint 40°C, appelant la population à considérer la chaleur extrême comme une catastrophe naturelle.

Deux minutes pour sécher 

A Tokyo, près de 120 décès liés à la chaleur ont été enregistrés entre mi-juillet et mi-août. À l'échelle nationale, près de 63.000 personnes ont nécessité des soins d'urgence cet été.

Depuis l'an dernier, les entreprises japonaises sont soumises à des obligations renforcées pour protéger les salariés travaillant dans la chaleur. Les chantiers doivent notamment fournir des vêtements adaptés, comme des vestes ventilées, ainsi que des espaces de repos climatisés et des zones ombragées.

L'impact économique est déjà tangible. Selon une enquête de Teikoku Databank publiée en juillet, 50% des entreprises estiment que la chaleur intense perturbe leurs activités, tandis que près de 88% ont renforcé leurs mesures de protection des salariés.

Le réfrigérateur humain, branché sur une prise électrique classique, consomme environ 16 yens d'électricité par heure selon son fabricant. Afin d'éviter tout usage excessif, il s'arrête automatiquement au bout de 20 minutes.

Pour Yutaka Kono, de l'entreprise Konoe, où travaille Isao Tabuchi, investir dans la lutte contre la chaleur est devenu indispensable pour conserver les effectifs et attirer de nouveaux employés.

"J'ai été vraiment surpris par ce concept consistant à faire entrer les gens dans une sorte de réfrigérateur. J'ai trouvé très séduisante l'idée qu'une personne puisse y faire baisser instantanément sa température corporelle à un niveau sûr", explique-t-il.

Taichi Konishi, 24 ans, l'utilise environ trois fois par jour. Après avoir déplacé à la main de lourdes caisses d'outils et de pièces métalliques, il entre dans la cabine et s'assoit.

"C'est vraiment agréable", confie-t-il à l'AFP. "Je n'y suis resté qu'environ deux minutes, mais cela a suffi pour faire sécher toute ma transpiration."


Philippe Bouvard est mort, «Les Grosses Têtes» sont orphelines

Il était un monument de la radio et de la télévision françaises, créateur des "Grosses Têtes" sur RTL en 1977 et découvreur de toute une génération d’humoristes avec "Le Petit Théâtre de Bouvard" dans les années 80. Philippe Bouvard est mort lundi à l’âge de 96 ans. (AFP)
Il était un monument de la radio et de la télévision françaises, créateur des "Grosses Têtes" sur RTL en 1977 et découvreur de toute une génération d’humoristes avec "Le Petit Théâtre de Bouvard" dans les années 80. Philippe Bouvard est mort lundi à l’âge de 96 ans. (AFP)
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  • "Il a créé l'impertinence à la radio et à la télévision. (...) Thierry Ardisson, Marc-Olivier Fogiel, moi peut-être, nous sommes les enfants et petits-enfants de Philippe Bouvard", a déclaré Laurent Ruquier
  • Le principe est simple: les "sociétaires" des "Grosses Têtes", des personnalités, doivent trouver les réponses aux "colles" des auditeurs, sur un ton volontiers grivois et irrévérencieux

PARIS: Il était un monument de la radio et de la télévision françaises, créateur des "Grosses Têtes" sur RTL en 1977 et découvreur de toute une génération d’humoristes avec "Le Petit Théâtre de Bouvard" dans les années 80. Philippe Bouvard est mort lundi à l’âge de 96 ans.

C'est sa radio de toujours qui a annoncé son décès, après en avoir été informée par son épouse. "Il s'est éteint ce matin aux alentours de huit heures, en douceur", a déclaré à l'antenne la présentatrice de la matinale de RTL, Céline Landreau.

Les hommages ont aussitôt afflué sur la station pour saluer celui que beaucoup considéraient comme un précurseur, à la frontière du journalisme et du divertissement.

"Il a créé l'impertinence à la radio et à la télévision. (...) Thierry Ardisson, Marc-Olivier Fogiel, moi peut-être, nous sommes les enfants et petits-enfants de Philippe Bouvard", a déclaré Laurent Ruquier, qui lui avait succédé aux commandes des "Grosses Têtes" en 2014 pour rajeunir l'émission.

Un épisode que l'intéressé avait d'ailleurs mal vécu, parlant lui-même d'"un déchirement". Il était resté 37 ans aux commandes de cette émission culte, qu'il avait lancée en 1977, et dont le succès ne s'est jamais démenti.

Le principe est simple: les "sociétaires" des "Grosses Têtes", des personnalités, doivent trouver les réponses aux "colles" des auditeurs, sur un ton volontiers grivois et irrévérencieux.

Avec cette émission, "Philippe a su mettre à la portée de tous la culture générale", a estimé Jean-Pierre Foucault, en saluant "notre maître à tous".

Philippe Bouvard "a plus fait pour la langue française que la moitié des 40 momies de l'Académie française" mais "n'a jamais été récompensé de cet effort populaire", a regretté le navigateur Olivier de Kersauson, pilier historique des "Grosses Têtes", que Bouvard avait coutume de saluer par une apostrophe qui a marqué le programme: "Bonne réponse de l'Amiral!"

"Français moyen" 

"C'était quelqu'un de curieusement très attachant. Je n'ai jamais su s'il nous aimait ou pas", a réagi l'humoriste Bernard Mabille, autre figure de l'émission.

Pour le journaliste Marc-Olivier Fogiel, le principal atout de Philippe Bouvard était "de ne pas avoir de frontières": "C'était un journaliste qui pouvait passer du divertissement au sérieux".

Après avoir entamé sa carrière de journaliste au Figaro dans les années 50, Bouvard avait rejoint France Soir en 1973, parallèlement à son parcours sur RTL.

A la télévision, il avait présenté de 1982 à 1987 "Le petit théâtre de Bouvard" sur Antenne 2, une émission de sketchs où il donnait leur chance à des comédiens débutants dont plusieurs allaient devenir des vedettes : Muriel Robin, Les Inconnus, Mimie Mathy Michèle Bernier ou encore le duo Chevallier et Laspalès.

Hyperactif, Philippe Bouvard tenait encore à 94 ans une page dans le magazine VSD, ainsi qu'une chronique dominicale sur RTL. Il avait tout arrêté le 1er janvier 2025 après avoir atteint son "double record": "60 ans de radio et 60 ans de RTL".

Physique rond et jovial, passionné de jeux d'argent et de belles voitures, ce fils d'un couple de petits commerçants se revendiquait comme "un Français moyen, râleur, chauvin, un rien xénophobe", comme il le disait au journal Le Parisien en 2022. Pour autant, il avouait regretter parfois de "s'être laissé engluer dans ce personnage".