Grippe: bientôt tous vaccinés à l'ARN messager?

Lin Wilson, alias Captain Quidel, une volontaire de la société Quidel spécialisée dans les kits de diagnostic, à bord du Quidel Flu Bug (Véhicule surmonté d'une réplique géante du virus de la grippe) le 17 février 2021 à Seattle, Washington. (David Ryder/Getty Images/AFP)
Lin Wilson, alias Captain Quidel, une volontaire de la société Quidel spécialisée dans les kits de diagnostic, à bord du Quidel Flu Bug (Véhicule surmonté d'une réplique géante du virus de la grippe) le 17 février 2021 à Seattle, Washington. (David Ryder/Getty Images/AFP)
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Publié le Vendredi 15 octobre 2021

Grippe: bientôt tous vaccinés à l'ARN messager?

  • L'émergence de l'ARN messager pourrait changer la donne dans l’efficacité des vaccins contre la grippe
  • De plus en plus de laboratoires se lancent dans le développement de vaccins contre le virus influenza utilisant cette nouvelle technologie

PARIS : Symptômes: fièvre, toux, frissons... Caractéristique: fortes mutations. La grippe arrive dans l'hémisphère nord et, avec elle, la campagne de vaccination. Si, jusqu'ici, les vaccins contre ce virus utilisaient des technologies bien connues mais pas efficaces à 100%, l'émergence de l'ARN messager pourrait changer la donne.

De plus en plus de laboratoires se lancent dans le développement de vaccins contre le virus influenza utilisant cette nouvelle technologie. Sanofi, le leader mondial dans la grippe, a ainsi démarré ses essais pour un vaccin à ARN monovalent – ciblant une seule souche de virus -, et va débuter l'an prochain les essais sur un vaccin quadrivalent.

L'américain Pfizer a lui procédé en septembre aux premières injections sur des humains d'un vaccin anti-grippe utilisant l'ARN messager, déjà employé dans son vaccin contre le Covid-19. L'entreprise américaine de biotechnologies Moderna avait, elle, lancé ses propres essais début juillet.

Quel intérêt présente cette technologie, qui a fait ses preuves contre le Covid-19, mais n'a jamais été utilisée contre d'autres virus?

Il existe depuis longtemps des vaccins contre la grippe. Toutefois, leur efficacité n'est pas totale: ils utilisent des virus inactivés, qui doivent être préparés bien en amont, pour une efficacité qui varie entre 40 et 60%, voire 70%.

"Six mois avant l'épidémie, on évalue les souches qui circulent le plus. Quelquefois on se trompe, et cela crée une surmortalité importante", explique Claude-Agnès Reynaud, immunologiste et directrice de recherche à l'Inserm.

- Marché attractif -

En outre, "le problème lorsque l'on inactive un virus pour préparer un vaccin, c'est que cela peut abîmer certaines protéines de surface", précise-t-elle, celles-là même qui provoquent la réponse immunitaire.

A l'inverse, l'ARN messager ne nécessite pas de produire des antigènes (la substance étrangère à l'organisme qui déclenche la réponse immunitaire) dans des millions d'oeufs, puisque c'est la cellule humaine qui va produire, elle-même, les protéines du virus.

"Si l'Organisation mondiale de la santé (qui indique les souches à utiliser, NDLR) avertit qu'il y a un changement des souches prévalentes, on pourra changer beaucoup plus vite avec l'ARN qu'avec la technologie existante", souligne Jean-Jacques Le Fur, analyste chez Bryan, Garnier & Co. Avec à la clef, une efficacité accrue qui pourrait atteindre 95%.

Beaucoup de chercheurs sont donc en piste. Norbert Pardi, spécialiste des vaccins à l'université de Pennsylvanie, s'est notamment penché sur la question en formulant, grâce à l'ARN messager, plusieurs antigènes dans un seul vaccin, qu'il a testé sur des souris.

"Ces vaccins multivalents vont probablement provoquer une réponse immunitaire globalement supérieure" aux vaccins actuels contre la grippe, a-t-il récemment anticipé auprès de l'AFP

Cette technologie présente néanmoins des inconvénients, dont des conditions de conservation à très basse température.

"Il va falloir arriver à des vaccins thermostables, conservables en frigo de 2 à 8 degrés, en seringue. Il y a beaucoup de choses à faire pour arriver à convertir l'ARN messager à la grippe", expliquait récemment Thomas Triomphe, le vice-président de la branche vaccins de Sanofi.

Sans oublier la "question de l'acceptabilité: est-ce que d'ici à ce que ces vaccins arrivent, la population sera rassurée sur cette technologie ou aura-t-elle toujours des réticences?", interroge Jean-Jacques Le Fur.

Pas de quoi décourager les appétits toutefois. "Sanofi a compris qu'il ne peut ignorer cette technologie. Les vaccins contre la grippe représentent 2,5 milliards d’euros de ventes pour eux chaque année", ajoute-t-il.

"C'est un marché très attractif pour les gros laboratoires. Hormis Moderna qui est nouvelle dans ce secteur, les autres, comme Sanofi, AstraZeneca ou GSK, sont très bien implantés sur la grippe", remarque Jamila El Bougrini, spécialiste des biotechs chez l'analyste boursier Invest Securities.

"Cela a représenté 5 milliards de dollars de ventes en 2020. En 2021, 6,5 milliards, voire 7 milliards de dollars sont attendus", analyse-t-elle, avec une croissance annuelle de 7 à 8% escomptée pour la période 2020-2026.

Derrière la révolution de l'ARN messager, une histoire complexe

Les vaccins à ARN messager, apparus avec la crise du Covid-19, marquent l'apogée d'une révolution thérapeutique qui pourrait aussi être utilisée contre le sida et certains cancers, après des décennies de recherches marquées par de multiples revers.

- Comment ça fonctionne ?

L'ARN messager est présent dans toutes les cellules et leur permet de travailler au bon fonctionnement de l'organisme. Il sert d'intermédiaire entre le code génétique de l'ADN et l'activité de la cellule.

Plus précisément, l'ARN messager est une copie provisoire d'une petite partie de l'ADN, qui est présent en permanence dans le noyau de la cellule. Celle-ci utilise cette copie comme code pour produire des protéines spécifiques.

Avec un traitement à ARN messager, on insère ces morceaux de code génétique depuis l'extérieur. Ils sont donc créés artificiellement en laboratoire et non plus à partir de l'ADN.

Pour l'heure, la principale application reste la vaccination anti-Covid 19 avec deux noms désormais bien connus: les vaccins de Pfizer/BioNTech et de Moderna.

Ils conduisent les cellules à reproduire des protéines présentes dans le virus - les "antigènes" -, afin d'habituer le système immunitaire à le reconnaître et à le neutraliser.

Un vaccin classique cherche aussi à habituer l'organisme à un virus - ou d'autres agents infectieux - mais il le fait en introduisant directement celui-ci dans le corps, sous forme atténuée ou désamorcée. Certains, plus récents, n'injectent que les antigènes du virus.

La révolution du vaccin à ARN messager, c'est de faire travailler directement les cellules à produire ces antigènes. Comme pour les autres vaccins, le système immunitaire réagit ensuite, notamment en générant des anticorps.

- Comment est-on arrivé là ?

C'est l'apogée de 40 ans de recherches. Point de départ, à la fin des années 1970, des chercheurs ont inséré de l'ARN messager à des cellules in vitro et réussi à leur faire produire des protéines.

Ce type d'expérience a peu à peu été affiné et a pu être reproduit sur des animaux, en l'occurrence des souris, une dizaine d'années plus tard.

Mais on était loin d'en faire un traitement. Pendant des années, la recherche s'est heurtée à deux grandes difficultés.

D'abord, les cellules acceptaient mal l'ARN messager de synthèse, avec potentiellement une réponse immunitaire aux effets désastreux. Ensuite, l'ARN messager est, par contraste avec l'ADN, très instable, ce qui rend difficile de l'insérer sans qu'il connaisse de modification.

Sur le premier plan, une découverte a été majeure dans les années 1990. Les chercheurs Katalin Kariko et Drew Weissmann, depuis récompensés par de multiples prix, ont montré que les cellules acceptaient sans problème une version légèrement modifiée de l'ARN messager.

Sur le second plan, il a aussi fallu des années de recherche pour élaborer la bonne enveloppe: un mélange de minuscules particules de graisse, qui soit à la fois protecteur pour l'ARN messager et bien toléré par l'organisme.

C'est parallèlement à ces avancées que de premières startups pharmaceutiques sont apparues pour miser sur l'ARN messager, comme l'allemand Curevac en 2000.

Mais il a encore fallu une vingtaine d'années pour que le secteur parvienne à élaborer des vaccins probants chez l'humain - ils sont plus vite apparus pour les animaux -, se heurtant à des vagues régulières de scepticisme face aux possibilités réelles de cette technologie.

- Et maintenant ?

Le secteur pharmaceutique travaille d'abord à l'élaboration d'autres vaccins à ARN messager contre des maladies jusqu'à maintenant résistantes à la vaccination.

C'est par exemple le cas du sida et de la malaria ou, dans une moindre mesure, de la grippe saisonnière face à laquelle l'efficacité des vaccins actuels est très irrégulière.

Les géants Pfizer et Sanofi travaillent chacun de leur côté à des vaccins à ARN messager contre la grippe. BioNTech va lancer des essais pour un vaccin contre la malaria et Moderna contre le sida.

Pour chacune de ces maladies, les considérations sont différentes. Mais ce sont, en gros, la flexibilité permise par l'ARN messager et la capacité à faire produire des antigènes par l'organisme lui-même qui permettent d'en attendre beaucoup.

Des essais cliniques sont ainsi en cours pour évaluer des traitements contre certains cancers. Ils sont également qualifiés de vaccins mais leur principe est toutefois bien différent de ceux contre des maladies infectieuses.

L'idée, c'est de prélever sur le patient des cellules cancéreuses pour ensuite élaborer et injecter un traitement qui permette à son organisme de reconnaître et attaquer les tumeurs. Là encore, la flexibilité de l'ARN messager est cruciale pour ces vaccins "personnalisés".

Mais les promesses de l'ARN messager sont encore plus larges. Il pourrait permettre au corps humain de produire des protéines que certaines personnes sont incapables de générer, notamment à cause de maladies génétiques.

"On peut coder n'importe quelle protéine dans l'ARN messager, donc il y a de nombreuses applications potentielles", résume auprès de l'AFP le biochimiste Norbert Pardi, spécialiste du sujet à l'université de Pennsylvania.


Le Pakistan fait état de négociations entre Washington et Téhéran

Cette photo de presse, prise le 29 juillet 2026 et diffusée par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, montre le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar (à droite), s'entretenant avec son homologue koweïtien, le cheikh Jarrah Jaber al-Ahmad al-Sabah, lors d'une réunion au ministère des Affaires étrangères à Islamabad. (AFP)
Cette photo de presse, prise le 29 juillet 2026 et diffusée par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, montre le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar (à droite), s'entretenant avec son homologue koweïtien, le cheikh Jarrah Jaber al-Ahmad al-Sabah, lors d'une réunion au ministère des Affaires étrangères à Islamabad. (AFP)
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  • La diplomatie pakistanaise a assuré jeudi que des négociations étaient "en cours" afin de "parvenir à une désescalade", en particulier concernant le détroit d'Ormuz, passage stratégique verrouillé par Téhéran,au coeur des tensions
  • Elle a indiqué faire "tout (son) possible pour ramener toutes les parties au protocole d'accord d'Islamabad" signé à la mi-juin et censé ouvrir la voie à des pourparlers de paix

TEHERAN: Le Pakistan, médiateur dans le conflit entre Washington et Téhéran, a affirmé jeudi que les belligérants négociaient en vue d'une désescalade après une nouvelle série de bombardements américains sur l'Iran dans la nuit, et des tirs de représailles iraniens.

En attendant une éventuelle percée dans ces discussions, le conflit au Moyen-Orient s'étend à de nouveaux pays: après l'Irak, où des groupes pro-iraniens ont été ciblés par des frappes conjointes américaines et saoudiennes, l'Egypte a fait état d'une attaque de drone dans le port de Damiette (nord).

La diplomatie pakistanaise a assuré jeudi que des négociations étaient "en cours" afin de "parvenir à une désescalade", en particulier concernant le détroit d'Ormuz, passage stratégique verrouillé par Téhéran,au coeur des tensions.

Elle a indiqué faire "tout (son) possible pour ramener toutes les parties au protocole d'accord d'Islamabad" signé à la mi-juin et censé ouvrir la voie à des pourparlers de paix.

Ce processus a déraillé depuis début juillet avec une reprise des frappes menées par les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran visant des bases américaines et des pays alliés de Washington au Moyen-Orient.

Plus tôt jeudi, le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a annoncé avoir "frappé des dizaines de cibles" des Gardiens de la Révolution en Iran.

Mettre fin à "l'escalade" 

Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par cette puissante force armée de la République islamique, de "multiples missiles balistiques" contre "les forces américaines basées au Moyen-Orient", précisant que ces missiles avaient été interceptés.

Les Gardiens ont, eux, annoncé jeudi que trois de leurs membres avaient été tués dans une attaque américaine  dans le nord-ouest du pays, tandis que les médias officiels iraniens ont fait état d'attaques dans des provinces méridionales.

Trois membres d'une même famille ont été tués dans une frappe contre une maison sur l'île de Qeshm, selon l'agence Fars.

Alors que l'Egypte a fait état d'une frappe de drone qui a touché deux navires, dont un américain, dans le port de Damiette mercredi, le président Abdel Fattah al-Sissi a appelé la communauté internationale à mettre fin à "l'escalade" dans la région.

Il s'agit de la première attaque en Egypte depuis le début de la guerre. M. Sissi a précisé qu'une enquête se poursuivait sur les circonstances de l'attaque qui n'a pas été revendiquée.

Les rebelles Houthis au Yémen, alliés de Téhéran et qui contrôlent une partie des rives de la mer Rouge, ont dit ne pas être derrière cette frappe.

Des pays de la région accueillant des forces américaines ont été visés de nouveau jeudi.

Le Koweït a rapporté qu'une personne avait été tuée par un bombardement iranien sur une entreprise chinoise.

La Jordanie a de son côté annoncé avoir intercepté cinq missiles tirés depuis l'Iran. Les Gardiens ont revendiqué avoir ciblé, en représailles à la frappe à Qeshm, des avions américains stationnés sur la base aérienne d'Al-Azraq.

"Notre tour" 

"On va les frapper très fort, parce que c'est à notre tour", avait menacé mercredi le président américain Donald Trump.

Dans la nuit de mardi à mercredi, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite avaient annoncé avoir mené des frappes conjointes contre des groupes armés pro-iraniens en Irak, accusés d'avoir attaqué des installations pétrolières saoudiennes, ce qu'ils ont démenti.

Ces attaques à travers l'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens - et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué cette alliance de groupes armés irakiens qui inclut des factions pro-iraniennes.

Avant les dernières frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, opposant les Houthis à l'Arabie saoudite, qui soutient le gouvernement yéménite.

"La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", a commenté pour l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, par lequel transitait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial avant la guerre, lancée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.

Jeudi matin, les Gardiens de la Révolution ont affirmé que deux pétroliers avaient tenté la veille au soir "de quitter le couloir maritime sûr" désigné par l'Iran, et que l'un d'entre eux avait "pris feu", sans autre précision.


Les Etats-Unis reprennent leurs bombardements sur l'Iran

Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays. (AFP)
Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays. (AFP)
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  • L'armée américaine a "frappé des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones"
  • Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par les Gardiens de la Révolution, de "multiples missiles balistiques"

TEHERAN: Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays.

L'armée américaine a "frappé des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones, des sites de surveillance et de défense côtières, ainsi que des capacités maritimes", a écrit le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par les Gardiens de la Révolution, de "multiples missiles balistiques" lors d'une "tentative d'attaque surprise contre les forces américaines basées au Moyen-Orient", précisant que tous ces missiles avaient été interceptés.

La Jordanie, qui héberge des forces américaines sur ses bases, a de son côté annoncé jeudi matin avoir intercepté cinq missiles tirés depuis l'Iran, qui n'ont pas fait de victime.

"Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", avait prévenu mercredi le président américain Donald Trump dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News.

"On va les frapper très fort, parce que c'est à notre tour", avait-il insisté plus tard devant la presse à la Maison Blanche.

Les médias officiels iraniens ont fait état d'attaques dans les provinces méridionales du Khuzestan et d'Hormozgan.

"Une attaque américaine contre une maison d'habitation dans le quartier de Chah Tangu, à Qeshm, a tué trois membres d'une même famille: le père, la mère et leur enfant de deux ans", a écrit l'agence Fars sur Telegram, en citant l'Université des sciences médicales d'Hormozgan, ajoutant que deux autres enfants âgés de sept et neuf ans, blessés, avaient été hospitalisés.

Dans la nuit de mardi à mercredi, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite avaient annoncé avoir mené des frappes conjointes contre des groupes armés pro-iraniens en Irak, accusés d'avoir attaqué des installations pétrolières saoudiennes (ce qu'ils ont démenti).

Riposte inévitable 

Ces attaques dans plusieurs villes d'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens - et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué ce réseau de factions à majorité chiite, intégré aux forces armées irakiennes et englobant des groupes armés pro-Iran.

"Notre riposte contre l'ennemi américain est inévitable, et pourrait frapper ses instruments en Arabie saoudite", a soutenu mercredi dans un communiqué la Résistance islamique en Irak, une puissante alliance armée irakienne pro-Iran.

Téhéran a condamné les frappes chez son voisin.

Dans la capitale iranienne, des habitants expriment leur lassitude.

"On ne sait pas vraiment si nous sommes en guerre ou en paix (...) Ce que je vois, c'est une population profondément découragée et déprimée", déclare à l'AFP Golrokh, une retraitée de 60 ans.

Avant les dernières frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, opposant les rebelles yéménites houthis pro-iraniens à l'Arabie saoudite.

Les rebelles ont affirmé mardi avoir visé avec des missiles un pétrolier saoudien en mer Rouge, l'accusant d'avoir "violé le blocus naval" dont ils menacent le royaume, premier exportateur de brut au monde.

"Téhéran utilise désormais son réseau de proxys (...). La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", a déclaré à l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, par lequel transitait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial avant la guerre, lancée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.

Jeudi matin, les Gardiens de la Révolution ont affirmé que deux pétroliers avaient tenté la veille au soir "de quitter le couloir maritime sûr" désigné par l'Iran, et que l'un d'entre eux avait "pris feu", sans autre précision. "Les deux bâtiments ont fait demi-tour à grande vitesse", selon la même source.

Ces nouvelles violences ont fait brièvement monter les cours du pétrole, avant qu'ils ne repartent à la baisse jeudi matin. "On craint que la guerre soit en train de s'étendre", a commenté auprès de l'AFP Andy Lipow, analyste chez Lipow Oil Associates. "Ce qui n'aiderait en rien à rétablir les flux pétroliers" dans la région.


Trump avertit qu'il va frapper «fort» l'Iran, après des attaques contre des bases américaines

L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays. (AFP)
L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays. (AFP)
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  • "Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", a déclaré le président américain dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News
  • La Jordanie, alliée de Washington et ciblée déjà par Téhéran, avait dit tôt mercredi avoir abattu cinq missiles venus d'Iran

TEHERAN: Donald Trump a averti que les Etats-Unis allaient frapper "fort" l'Iran après des tirs iraniens contre des bases américaines en Jordanie, relançant, après quelques jours d'accalmie, le conflit qui s'étend au Moyen-Orient.

L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays.

Cette reprise des hostilités, suspendues depuis samedi, a ravivé les inquiétudes pour l'approvisionnement en or noir. Vers 12H00 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, s'échangeait à 87,99 dollars, en hausse de 4,64%.

"Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", a déclaré le président américain dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News.

La Jordanie, alliée de Washington et ciblée déjà par Téhéran, avait dit tôt mercredi avoir abattu cinq missiles venus d'Iran.

Les Gardiens de la Révolution iraniens, puissante force armée, ont revendiqué une attaque de missiles contre "une base aérienne et le centre de commandement central des Etats-Unis".

"Violation flagrante" 

Washington a de son côté annoncé des frappes en Irak contre des groupes armés pro-iraniens, menées conjointement avec l'Arabie saoudite, visée plus tôt par des missiles en provenance du territoire irakien.

Ces attaques dans plusieurs villes d'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens -  et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué ce réseau de factions à majorité chiite, intégré aux forces armées irakiennes et englobant des groupes armés pro-Iran.

Cette coalition a dénoncé une "escalade dangereuse".

Si M. Trump a affirmé, selon le journaliste de Fox News, que les frappes étaient "coordonnées avec le gouvernement irakien", la présidence irakienne a dénoncé une "violation flagrante de la souveraineté de l'Irak".

Le Conseil ministériel irakien pour la sécurité nationale a ensuite indiqué avoir adopté "un plan de sécurité global (...) pour faire face à toute violation de la souveraineté de l’Irak et empêcher toute entité d’utiliser le territoire irakien pour menacer les États voisins".

Les groupes pro-iraniens en Irak ont démenti être derrière les tirs ayant visé des installations pétrolières dans l'est de l'Arabie saoudite.

"Des avions de combat américains et saoudiens ont frappé plusieurs sites logistiques et d'armement terroristes dans l'est de l'Irak", a écrit le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Téhéran a également condamné les frappes dans le pays voisin. Sa télévision d'Etat a fait état dans l'après-midi de bombardements américains sur une ville à la frontière avec l'Irak.

A Téhéran, des habitants exhalent leur lassitude.

"On ne sait pas vraiment si nous sommes en guerre ou en paix (...) Ce que je vois, c'est une population profondément découragée et déprimée", déclare à l'AFP Golrokh, une retraitée de 60 ans.

Avant les dernières échanges de frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, resté relativement calme depuis 2022, opposant les rebelles yéménites houthis à l'Arabie saoudite.

Ryad soutient militairement le gouvernement yéménite face aux Houthis, soutenus par l'Iran.

Les rebelles ont affirmé mardi avoir visé avec des missiles un pétrolier saoudien en mer Rouge, l'accusant d'avoir "violé le blocus naval" dont ils menacent le royaume, premier exportateur de brut au monde.

"Guerre par procuration" 

"Téhéran utilise désormais son réseau de proxys (...) La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", déclare à l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

Le gouvernement yéménite a accusé mercredi les Houthis de vouloir imposer des droits de passage aux navires transitant par la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb, un goulet d'étranglement à son extrémité sud.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule.

Les Gardiens iraniens ont d'ailleurs annoncé mercredi avoir frappé et arrêté trois pétroliers qui tentaient de franchir ce détroit, par lequel transitait avant la guerre quelque 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié dans le monde.

Washington avait dit la semaine dernière vouloir "laisser de la place aux négociations" avec les Iraniens, avec une pause dans les hostilités.

Les nouvelles frappes mercredi sont intervenues au lendemain de la visite à Washington du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a rencontré Donald Trump pour la première fois depuis le début de la guerre régionale, déclenchée par des attaques de leurs pays contre l'Iran le 28 février.