Hommage à Samuel Paty dans sa ville, son collège et à l'Elysée

L'émotion suscitée par l'assassinat de Samuel Paty est toujours palpable, un an après le drame. (AFP).
L'émotion suscitée par l'assassinat de Samuel Paty est toujours palpable, un an après le drame. (AFP).
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Publié le Samedi 16 octobre 2021

Hommage à Samuel Paty dans sa ville, son collège et à l'Elysée

  • «Ces poèmes, c'était bien, mais ça me fait penser que ça serait bien d’être encore avec lui. J'aurais voulu apprendre à plus le connaître»
  • Samuel Paty, 47 ans, a été poignardé puis décapité le 16 octobre 2020 dans une rue voisine de son collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine, ville tranquille de la région parisienne

CONFLANS-SAINTE- HONORINE : Un an jour pour jour après son assassinat, des hommages au professeur Samuel Paty ont lieu samedi dans le Val-d'Oise où il vivait, dans les Yvelines où il enseignait, et à Paris où sa famille sera reçue à l’Élysée.


Dès 10H30, dans l'entrée du ministère de l'Éducation nationale, doit être inaugurée "une plaque qui pour toujours rendra hommage à Samuel Paty", selon les mots du ministre Jean-Michel Blanquer. Le Premier ministre Jean Castex et d'autres membres du gouvernement seront présents aux côtés des parents et de la famille de Samuel Paty.


En début d'après-midi, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), lors d'une rare prise de parole, des enseignants du collège du Bois d'Aulne où M. Paty enseignait prononceront un discours, notamment devant des élèves et des parents, l'ancienne principale de l'établissement et le ministre de l’Éducation nationale.


Vendredi, déjà, d'innombrables écoles, collèges et lycées à travers la France avaient honoré la mémoire de l'enseignant d'histoire-géographie, sauvagement assassiné le 16 octobre 2020 - poignardé et décapité - pour avoir montré des caricatures de Mahomet à ses élèves lors d'un cours sur la liberté d'expression.

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Le Lycée Les Battières à Lyon: élèves et professeurs rendent hommage à Samuel Paty. (AFP). 

C'est dans une rue d'Eragny-sur-Oise (Val-d'Oise) que l'attentat s'était produit, à quelques centaines de mètres seulement du collège de l'enseignant. Des habitants de cette commune de près de 16.000 habitants où vivait Samuel Paty, père d'un petit garçon, doivent se réunir en milieu de matinée. Voisins et amis y sont attendus, selon la mairie.


A 15H00, la mairie de Conflans-Sainte-Honorine dévoilera, elle, un monument en forme de livre sur l'une des places centrales de la ville.


La famille de Samuel Paty sera ensuite reçue par Emmanuel Macron à l’Élysée.


Enfin, un square situé face à la Sorbonne, rue des Ecoles, sera rebaptisé square Samuel Paty, lors d'une cérémonie que la mairie de Paris veut simple et recueillie.


Dans un entretien à La Croix cette semaine, l'une des soeurs de Samuel Paty, Gaëlle, l'avait décrit comme un enseignant "qui ne cherchait pas à révolutionner la terre entière" mais "voulait changer les choses par l'action ordinaire".

Slams sur la liberté

Depuis un an, les professeurs traumatisés du collège du Bois d'Aulne, sollicités par les médias, avaient gardé le silence. 


Mais la commémoration approchant, sept des cinquante enseignants du collège ont accepté cette semaine de raconter à Libération et à France Inter "leur Samuel Paty", impliqué auprès de ses élèves et toujours prêt à débattre avec ses collègues: "un être humain comme les autres" et non "l'espèce de mythe" que l'attentat l'a fait devenir malgré lui, a dit l'un d'eux.

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Des débats sur le sens de la laïcité et les valeurs de la République ont été organisés à travers la France. (AFP).

Après l'attentat, de nombreux professeurs du collège avaient demandé des arrêts de travail. 


"Jusqu'à quinze enseignants ont pu être absents simultanément", indique le rectorat de Versailles, qui a remis en place une ligne d'écoute jusqu'à la fin de ce mois d'octobre.


Lors de l'hommage dans l'établissement, des élèves réciteront des slams écrits autour de la liberté. 


Vendredi, ils avaient été notamment invités à lire leurs poèmes sur leur professeur. "Ces poèmes, c'était bien, mais ça me fait penser que ça serait bien d’être encore avec lui. J'aurais voulu apprendre à plus le connaître", a dit à l'AFP vendredi Guillaume*, 14 ans, qui avait Samuel Paty comme professeur principal l'an dernier.


La communauté du collège aura aussi été frappée par le fait que cinq élèves, âgés de 13 à 15 ans lors des faits, ont été mis en examen, soupçonnés d'avoir désigné le professeur à son assassin.


L'attentat a été "un bouleversement à plusieurs égards" et sa "répercussion demeure considérable", note Jean-Jacques Brot, préfet des Yvelines. D'un point de vue sécuritaire, "cela a impliqué un sursaut dans la réflexion de tous les services, que ce soit du ministère de l'Intérieur ou de l'Education nationale, en matière de renseignements, d'analyse ou de prévision".

Le Premier ministre Jean Castex a rendu hommage samedi au professeur assassiné, le présentant comme "un serviteur de la République (...) victime du terrorisme islamiste et de la lâcheté humaine".

Un an d'enquête et les complicités en débat

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Le 16 octobre 2020 en fin d'après-midi, le professeur d'histoire-géographie est poignardé puis décapité près de son collège de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) par ce jeune réfugié tchétchène radicalisé, tué peu de temps après par la police. (AFP).

 

Qui savait ? Et exactement quoi ? Un an après l'assassinat de Samuel Paty, les juges antiterroristes tentent de mesurer l'étendue de la connaissance du projet d'Abdoullakh Anzorov par chacune des quinze personnes mises en examen.


Le 16 octobre 2020 en fin d'après-midi, le professeur d'histoire-géographie est poignardé puis décapité près de son collège de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) par ce jeune réfugié tchétchène radicalisé, tué peu de temps après par la police.


L'enquête a rapidement retracé les étapes de l'engrenage fatal.


Il se met en marche lorsqu'une collégienne rapporte à ses parents que Samuel Paty a montré des caricatures du prophète Mahomet lors d'un cours début octobre sur la laïcité. Elle l'accuse d'avoir demandé aux collégiens musulmans de se signaler.


Sur la base du témoignage de sa fille, par ailleurs menacée d'expulsion pour indiscipline, son père Brahim Chnina lance une virulente campagne sur les réseaux sociaux. Soutenu par un militant islamiste, Abdelhakim Sefrioui, il porte plainte contre l'enseignant pour diffusion d'image pornographique.


Informé de leur campagne, Abdoullakh Anzorov, 18 ans, se rend le 16 octobre devant le collège.


Il y rencontre des élèves qui, contre de l'argent, lui permettent d'identifier le professeur de 47 ans, qu'il tue avant d'être abattu.


Dans un message audio en russe, il a revendiqué son geste en se félicitant d'avoir "vengé le prophète" à ses yeux insulté par M. Paty. 

Mensonges 

Au fil de leurs investigations, les policiers ont établi quatre cercles de suspects.


D'abord celui des soutiens matériels d'Abdoullakh Anzorov. Deux de ses connaissances de sa ville d'Evreux, Naïm B. et Azim E., ont été mis en examen pour "complicité d'assassinat" terroriste pour l'avoir accompagné acheter un couteau et des pistolets à billes. Le second l'a en outre conduit d'Evreux jusqu'au collège.


"C'est la complicité matérielle la plus évidente", note une partie civile.


Mais Me Hiba Rizkallah, avocate de Naïm B., évoque plutôt le "manque de clairvoyance" de son client: "peut-on lui reprocher de ne pas avoir lu dans l'esprit" du tueur pour déceler son projet ?


Deuxième cercle de complicité, les collégiens. Cinq d'entre eux, âgés de 13 à 15 ans lors des faits, sont soupçonnés d'avoir désigné le professeur à son meurtrier. Poursuivis pour "complicité d'assassinat" terroriste, ils ont été placés sous contrôle judiciaire.


La fille de M. Chnina a, elle, été mise en examen pour "dénonciation calomnieuse". Elle a reconnu avoir menti sur sa présence au fameux cours sur la laïcité de M. Paty.


Autre série de suspects, ceux qui sont soupçonnés d'avoir encouragé Abdoullakh Anzorov dans ses projets d'attaque, même sans en connaître les détails précis.


Un Russe d'origine tchétchène et un Français de 18 ans, ainsi qu'une adolescente de 17 ans, ont été mis en examen début novembre 2020. Selon une source proche du dossier, leur cas pourrait à terme être séparé du reste du dossier.


Fin juin, une femme de 33 ans interpellée à Nîmes a été mise en examen pour "association de malfaiteurs terroriste" et placée sous contrôle judiciaire. Elle est soupçonnée d'avoir été en contact avec l'assaillant avant l'attaque et, selon une source proche du dossier, de lui avoir transféré la vidéo de Brahim Chnina.

« Appel à la sanction »

Un dernier groupe de complicités a concentré l'attention des médias.


Parmi ces "influenceurs", Brahim Chnina est poursuivi pour les vidéos où il dénonce Samuel Paty et pour avoir eu des contacts avec le tueur.


"Dans ce dossier, on ne fait plus du droit", regrette son avocat, Nabil El Ouchikli. "Une mise en examen pour complicité revient à consacrer l'aide par ignorance totale, en contradiction même avec le principe de la complicité qui est un acte volontaire".


A Abdelhakim Sefrioui, les jugent reprochent une autre vidéo diffusée avant le drame. Son camp conteste qu'Abdoullakh Anzorov l'ait vue.


Selon des connaisseurs du dossier, l'infraction de complicité d'assassinat terroriste, notamment pour M. Sefrioui, nourrit un débat "compliqué" au sein de l'institution judiciaire. "Il y a peu de dossiers où l'on a autant interprété le texte", note l'un d'eux.


"La qualification de complicité a fait long feu, il faut maintenant que la justice en tire les conséquences sur la détention provisoire", estime Me Elise Arfi, qui défend M. Sefrioui.


La cour d'appel de Paris en juin puis la Cour de cassation le mois dernier ont validé les poursuites du militant islamiste.


"Toute l'institution judiciaire considère que cette vidéo est un acte de complicité", balaie Virginie Le Roy, avocate de la famille de Samuel Paty. "Elle donne une dimension religieuse, politique et nationale à l'incident. C'est un appel à la sanction".


L'enquête se poursuit: des investigations sont en cours pour décrypter certains messages entre protagonistes et des confrontations sont attendues dans les prochains mois.       


Samedi, "dans l’entrée même du ministère, une plaque qui pour toujours rendra hommage à Samuel Paty sera inaugurée. Le Premier ministre Jean Castex viendra, ainsi que d'autres membres du gouvernement, avec les parents et la famille de Samuel Paty", a souligné Jean-Michel Blanquer.


La famille sera ensuite reçue dans l'après-midi à l'Elysée par le président Emmanuel Macron, qui avait qualifié Samuel Paty de "héros tranquille" de la République française.


En parallèle, un square Samuel-Paty sera également inauguré samedi face à la Sorbonne à Paris. A Conflans, un monument en forme de livre doit être dévoilé.


L'attentat avait bouleversé un pays déjà fragilisé depuis le début de la décennie par une vague d'attaques jihadistes, et relancé les débats passionnels autour de la liberté d'expression, la religion, la laïcité, le droit de blasphémer.


Samuel Paty "cherchait le moyen de faire réfléchir", a raconté une de ses soeurs, Gaëlle, au journal La Croix. Montrer les caricatures du prophète Mahomet, celles-là même qui avaient été à l'origine du sanglant attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo en 2015, devait être pour l'enseignant "le point de départ d'un débat", a-t-elle ajouté.


IA, robots et souveraineté numérique au cœur des 10 ans de VivaTech

Des visiteurs parcourent les stands du salon VivaTech dédié aux start-up technologiques et à l’innovation, au Parc des Expositions de la Porte de Versailles à Paris, le 12 juin 2025. (AFP)
Des visiteurs parcourent les stands du salon VivaTech dédié aux start-up technologiques et à l’innovation, au Parc des Expositions de la Porte de Versailles à Paris, le 12 juin 2025. (AFP)
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  • VivaTech 2026 mettra l’accent sur l’IA, la robotique et la souveraineté numérique, avec la participation de 15.000 start-up et 4.000 investisseurs
  • L’Europe veut renforcer son autonomie technologique face aux États-Unis et à la Chine, tandis que les robots dopés à l’IA seront parmi les grandes attractions du salon

PARIS: L'intelligence artificielle, les robots et la souveraineté numérique face aux géants technologiques américains et chinois seront au centre de la 10e édition du salon VivaTech, plus grand événement européen du secteur, qui s'ouvre à Paris mercredi.

Un anniversaire en grande pompe

Cette "exposition universelle de l'innovation" s'attend à accueillir du 17 au 20 juin à la Porte de Versailles près de 15.000 start-up et 4.000 investisseurs du monde entier.

VivaTech entend fêter sa dixième bougie en grande pompe en présentant en avant-première dès dimanche quelques unes de ses innovations au grand public sur l'avenue des Champs-Élysées, rendue piétonne pour l'occasion, où drones, robots et hélicoptères feront le show.

L'événement change aussi de dimension cette année, passant de 50.000 à 70.000 mètres carrés, avec des représentants de 170 pays et 60 pavillons nationaux, espérant dépasser l'affluence record de l'année précédente, 180.000 visiteurs.

Souveraineté

La souveraineté numérique sera un thème central à l'heure où l'Europe cherche à réduire ses dépendances technologiques aux entreprises étrangères, dans un contexte de concurrence accrue et de relations tendues avec les États-Unis.

L'Allemagne sera le pays mis à l'honneur avec une délégation de près de 200 start-up dans des domaines allant de l'IA à la greentech (start-up spécialisées dans les questions environnementales). Le ministre du Numérique allemand, Karsten Wildberger, sera présent, ainsi que des dirigeants de grands groupes industriels et technologiques comme Siemens et SAP.

Le président français Emmanuel Macron est attendu sur scène jeudi pour défendre la vision d'une France et d'une Europe en pointe sur les technologies de rupture comme l'IA et le quantique. Le Premier ministre indien Narendra Modi, présent en France pour le G7 qui aura lieu à Évian de lundi à mercredi, doit aussi s'exprimer.

Aux côtés de la France émerge ainsi une "coalition de puissances non hégémoniques", ou "non alignées", avec l'Inde, le Canada, le Japon, qui veulent peser face à la sphère d'influence américaine et chinoise dans l'IA, explique à l'AFP Sylvain Duranton, directeur monde de l'entité tech du cabinet de conseil BCG.

Robots à tout-va

Danse, transport de charges lourdes, nettoyage, accueil hôtelier: les robots dopés à l'IA seront sous les feux des projecteurs avec de nombreuses démonstrations prévues tout au long de la semaine.

Les humanoïdes des entreprises chinoises Unitree et Agibot promettent d'émerveiller les spectateurs avec des prouesses en matière de déplacements, tandis que les start-up européennes de robotique comme Genesis, Botiful ou encore Pal Robotics présenteront elles aussi leurs dernières nouveautés.

"C'est une incarnation de l'IA de demain avec tous les fantasmes et les peurs associés", estime Thomas Husson, analyste du cabinet Forrester.

Cette vague de l'IA physique, qui permet d'animer les robots, est due entre autres à la baisse du coût des automates, qui a chuté de 30 à 40% par rapport à l'an dernier, selon M. Duranton, et à une amélioration des modèles d'IA destinés à les entraîner.

Au-delà du "show", le salon offrira aussi une approche plus industrielle avec des acteurs comme l'armateur français CMA CGM qui montrera comment un robot peut fluidifier des activités logistiques.

Invités de marque et surprise

Parmi les personnalités et chefs d'entreprises, seront notamment présents le Français Yann LeCun, ancien responsable de recherche IA au sein de Meta, qui a fondé sa start-up AMI; David Limp, le directeur général de Blue Origin et Peter Steinberger, le créateur autrichien d'OpenClaw, un outil de déploiement d'agents d'IA capables de gérer des tâches de façon autonome pour les utilisateurs, qui a connu un succès mondial fulgurant.

Shantanu Narayen, patron d'Adobe, Christophe Fouquet, directeur général d'ASML et Joe Tsai, président du géant chinois du e-commerce Alibaba sont aussi annoncés. Les organisateurs ménagent le suspense autour de la présence d'un "invité surprise" dont le nom doit être dévoilé en début de semaine prochaine.


Aux Émirats, Éléonore Caroit salue la résilience de la communauté française

La ministre déléguée chargée de la Francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l’étranger, Éléonore Caroit, quitte la réunion hebdomadaire du nouveau gouvernement à l’Élysée à Paris, le 14 octobre 2025. (AFP)
La ministre déléguée chargée de la Francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l’étranger, Éléonore Caroit, quitte la réunion hebdomadaire du nouveau gouvernement à l’Élysée à Paris, le 14 octobre 2025. (AFP)
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  • En visite officielle aux Émirats arabes unis, Éléonore Caroit a rencontré la communauté française, a salué sa résilience face au conflit régional et a mis en avant le rôle du réseau d’enseignement français dans le pays
  • La ministre a également visité Dubai Humanitarian tout en soulignant la solidité des relations franco-émiriennes dans les domaines économique, culturel et stratégique

DUBAÏ: La communauté française des Émirats arabes unis, la septième plus importante au monde avec plus de 60.000 ressortissants, a été affectée par le conflit qui secoue le Moyen-Orient, mais a fait preuve d'une remarquable résilience, a estimé la ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l'étranger, Éléonore Caroit, lors d'une visite officielle dans le pays.

« La communauté française a été choquée » de se retrouver au cœur d'un conflit régional dans un pays longtemps perçu comme un îlot de stabilité, a déclaré la ministre. « Mais elle s'est avérée être extrêmement résiliente. »

En déplacement du 9 au 11 juin à Dubaï, Abou Dhabi et Sharjah, Mme Caroit est venue apporter son soutien aux Français établis dans le pays alors que les tensions régionales persistent.

Selon la ministre, aucun départ massif n'a été observé jusqu'à présent, la plupart des expatriés préférant attendre de voir comment évolue la situation sécuritaire.

Les Émirats arabes unis ont été visés par des attaques de missiles et de drones iraniens avant l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu le 8 avril. Dans ce contexte, certains secteurs dépendants du tourisme, notamment l’hôtellerie et la restauration, ont été affectés.

« Les Français qui y travaillent ont été impactés », a reconnu Mme Caroit. Elle a toutefois souligné que d'autres pans de l'économie continuaient de fonctionner normalement. « Dans d'autres domaines, notamment les infrastructures, les projets continuent malgré tout », a-t-elle déclaré.

La ministre s'est également rendue à Dubai Humanitarian, la cité humanitaire internationale de Dubaï, plateforme logistique majeure pour l'aide d'urgence. Fonctionnant en partenariat avec des agences des Nations unies, des organisations internationales et des ONG, le centre facilite l'approvisionnement, le stockage et l'acheminement rapides de matériel humanitaire et de kits de secours vers les zones de crise. Il constitue l'un des trois principaux hubs humanitaires de ce type dans le monde.

La ministre a souligné les défis auxquels fait face le secteur humanitaire, notamment la diminution des financements concessionnels et des ressources disponibles pour répondre aux crises. Malgré ce contexte, la France demeure parmi les cinq principaux contributeurs aux opérations soutenues par le centre.

Au-delà du soutien consulaire, la visite visait également à mettre en avant la profondeur des relations franco-émiriennes. Les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint 10,8 milliards d'euros en 2025 et plus de 600 filiales françaises sont implantées aux Émirats.

La ministre a rencontré des entrepreneurs réunis par Team France Export ainsi que les agents du consulat général de France à Dubaï, mobilisés pour accompagner les ressortissants français.

L'éducation et la coopération culturelle figuraient également au programme du déplacement. Les Émirats accueillent neuf établissements du réseau d'enseignement français à l'étranger, scolarisant près de 14.000 élèves, tandis qu'environ 20.000 élèves apprennent le français dans 65 écoles publiques émiriennes.

La ministre a rencontré six proviseurs représentant des établissements français du pays afin d'échanger sur les enjeux éducatifs et l'accompagnement des familles françaises dans un contexte régional incertain.

La ministre a souligné la richesse du modèle éducatif français et les opportunités offertes par le cursus français, mettant en avant son excellence académique et sa diversité.

Mme Caroit a notamment visité le lycée français Louis-Massignon à Abou Dhabi, ainsi que l'École française de Sharjah, premier établissement français ouvert dans le pays. Elle s'est également rendue au Louvre Abou Dhabi, symbole majeur de la coopération culturelle entre la France et les Émirats arabes unis.

Lors de ses entretiens avec les autorités émiriennes, la ministre a réaffirmé la solidarité de la France envers son partenaire stratégique dans le Golfe. Elle a également plaidé pour une solution diplomatique garantissant la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz et la stabilité régionale.

À travers ce déplacement, Paris entend réaffirmer son engagement aux côtés des Émirats arabes unis dans un esprit de solidarité, de confiance mutuelle et de coopération renforcée face aux défis régionaux. 


Après l'affaire Lyhanna, les enquêteurs face à «l'impossible» réexamen massif des procédures

La prison de Mont-de-Marsan où Jérôme B., le suspect du meurtre présumé de Lyhanna, une fillette de 11 ans, est détenu à l'isolement, à Mont-de-Marsan, dans le sud-ouest de la France, le 10 juin 2026. (AFP)
La prison de Mont-de-Marsan où Jérôme B., le suspect du meurtre présumé de Lyhanna, une fillette de 11 ans, est détenu à l'isolement, à Mont-de-Marsan, dans le sud-ouest de la France, le 10 juin 2026. (AFP)
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  • Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a estimé à 70.000 le nombre de plaintes pour des violences sexuelles sur des mineurs
  • Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a demandé aux policiers et gendarmes de "procéder à une revue de portefeuille des unités et services pour avoir une vision des procédures en cours relatives aux infractions sexuelles commises sur les mineurs"

PARIS: Dans le sillage de l'affaire Lyhanna, policiers et gendarmes ont l'injonction de passer en revue, en lien avec les parquets, toutes les procédures pour des infractions sexuelles commises sur des mineurs: une tâche "impossible" à réaliser sur fond de crise de l'investigation dans la police.

Quelques jours après la mort dans le Gers de la collégienne de 11 ans, un dossier dans lequel le principal suspect était visé par une plainte pour viols sur mineure sans avoir été entendu, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a estimé à 70.000 le nombre de plaintes pour des violences sexuelles sur des mineurs.

De son côté, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a demandé aux policiers et gendarmes de "procéder à une revue de portefeuille des unités et services pour avoir une vision des procédures en cours relatives aux infractions sexuelles commises sur les mineurs, en ciblant celles dont les victimes sont toujours mineures".

"C'est une blague!", peste un enquêteur du Sud-Ouest, interrogé par l'AFP. "Impossible" selon lui de réviser 70.000 dossiers avant le 14 juillet, comme le demande le garde des Sceaux. "D'ici la fin de l'année, je ne sais même pas si ce serait possible..."

Même tonalité du côté des syndicats policiers. "On a plus de trois millions de stocks de procédures en attente en France", rappelle Denis Boé, référent national investigation pour Alliance.

"Les stocks sont déjà surveillés et entretenus. Donc on pourra faire le recensement. Là où ça va être très difficile, c'est de pouvoir analyser chacune de ces procédures pour déterminer s'il y avait une urgence particulière, si le collègue est passé au travers...", ajoute-t-il.

"Prioriser les priorités" 

Pour le secrétaire général d'Un1té Grégory Joron, ce recensement se fera au détriment d'autres affaires. "La réalité, c'est qu'on va mettre tous les enquêteurs sur cette tâche-là et on va surtout utiliser aussi le temps d'enquêteurs qui sont sur d'autres matières pour leur prêter main forte", estime-t-il.

Interrogés par l'AFP, différents interlocuteurs rappellent que la réforme de la police avec la création d'une filière investigation, mise en œuvre il y a deux ans, a grandement affaibli la police judiciaire.

Aux manques d'effectifs et de moyens, à la lourdeur de la procédure ou à un logiciel de prise de plainte parfois défaillant, s'ajoute également la peur d'une chasse aux sorcières. Des policiers redoutent "qu'on (ouvre) les placards: je pense que tous les enquêteurs ont malheureusement la crainte d'avoir dans leurs dossiers une affaire Lyhanna", assure Grégory Joron.

"Ce n'est pas une faillite individuelle, c'est la faillite d'un système qui est complètement à bout de souffle et qui fait qu'aujourd'hui, on n'arrive plus à prioriser correctement parce que tous les dossiers sont importants et qu'on est toujours dans un délai très juste. Résultat, ça reste là, ça dort dans un placard et ce n'est pas relancé. On a cette crainte d'être pointés du doigt alors que le système nous noie", assure-t-il encore, estimant qu'il manque entre "2.000 et 2.500 enquêteurs".

"Les violences sexuelles sur mineurs, bien évidemment que c'est une priorité", assure également Denis Boé. "Mais il y a eu la priorité des violences intrafamiliales avant ça. Après, il y a eu la priorité du harcèlement scolaire... Dans tous les cas, ce que traitent nos collègues, ce n'est que de la priorité. Donc il faut prioriser les priorités."

Un responsable territorial en gendarmerie prévient: "Tout ne peut pas être prioritaire et il y aura forcément des choses, dans tout le spectre de nos missions, qu'on ne fera pas".

"Contentieux de masse" 

De son côté, "la gendarmerie nationale a 14.000 procédures en stock, qui concernent des violences sur des mineurs", a recensé le directeur général de la gendarmerie Hubert Bonneau, sur LCI mardi. "Il faut regarder les choses en face, on a un sujet de recensement de ces enquêtes", a-t-il ajouté, précisant que ses troupes recevaient "toutes les heures quatre plaintes pour violences sexuelles et sexistes et viols sur mineurs".

Les viols sur mineurs, "c'est malheureusement un contentieux de masse", "le sujet c'est en effet la priorisation, la capacité à faire remonter l'urgent dans cette masse: quand les faits sont avérés par des examens médicaux et que l'auteur présumé est identifié, il faut aller le chercher, même si vous avez plein de plaintes", considère-t-il.

Mais, rappelle-t-il, "on a aussi des délais incompressibles dans les procédures, qui les ralentissent, ça ne se règle pas en 50 minutes comme à la télé".

Les moyens devront être suffisants, juge-t-il, l'enjeu est "moins un sujet d'effectifs que d'organisation et de contrôle".

Selon un gendarme, passé notamment par des brigades territoriales, "l'état des procédures" est passé en revue par "plusieurs échelons" régulièrement. "Le contrôle est permanent et pas ponctuel sous l'impulsion politique."