Maroc: un programme pour «réconcilier» les détenus radicalisés avec la société

Outre les questions religieuses, le programme «Moussalaha» comprend des conférences sur le droit et l'économie, et un accompagnement psychologique pendant trois mois (Capture d’écran, AFP).
Outre les questions religieuses, le programme «Moussalaha» comprend des conférences sur le droit et l'économie, et un accompagnement psychologique pendant trois mois (Capture d’écran, AFP).
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Publié le Dimanche 17 octobre 2021

Maroc: un programme pour «réconcilier» les détenus radicalisés avec la société

  • Depuis 2002, le Maroc a démantelé plus de 2 000 cellules djihadistes et arrêté plus de 3 500 personnes accusées de lien avec des groupes islamistes radicaux
  • Au total, 207 détenus incluant huit femmes y ont participé. Parmi eux, 116 ont bénéficié d'une grâce royale et ont été libérés. Quinze autres ont vu leurs peines réduites

RABAT: Condamné pour "terrorisme", Saleh doit encore passer dix ans en prison. Mais ce Marocain espère recouvrer la liberté plus tôt grâce à un programme de déradicalisation qui l'a aidé à se "réconcilier" avec le reste de la société.

"J'ai cru en des idées que je considérais justes, y compris la violence... Dieu merci, je n'ai pas de sang sur les mains", raconte Saleh, dans la bibliothèque de la prison de Kenitra, près de Rabat.  

Arrêté en 2002, il a été condamné à mort pour "appartenance à une cellule terroriste et financement d'un projet terroriste" avant de voir sa peine commuée en 30 ans de prison à la faveur du programme "Moussalaha" (Réconciliation) en 2019. Il pourrait désormais obtenir une nouvelle mesure de clémence.

Lancé en 2017 par l'administration pénitentiaire (DGAPR) et diverses institutions, ce programme vise à assister les détenus condamnés pour "terrorisme" qui souhaitent se repentir.

Depuis 2002, le Maroc a démantelé plus de 2 000 cellules djihadistes et arrêté plus de 3 500 personnes accusées de lien avec des groupes islamistes radicaux.  

Selon une source sécuritaire à Rabat, 1 662 combattants marocains ont été recensés dans la zone syro-irakienne depuis 2011.

«Tendre la main»

Saleh, la cinquantaine, a basculé dans le radicalisme "dans les années 1990 par le biais d'un imam de la Jamaa Islamiya", une organisation salafiste égyptienne, lorsqu'il fréquentait une mosquée à Turin, dans le nord-ouest de l'Italie où il avait émigré.

En 2001, il décide de "quitter ce pays d'infidèles" pour s'installer avec sa famille dans l'Afghanistan des talibans.

Mais les attentats du 11-Septembre bousculent ses projets. Il se voit contraint de retourner au Maroc, où il est arrêté, accusé d'appartenance à une cellule terroriste.

"Je croyais au devoir de combattre les tyrans qui n'appliquent pas la charia (loi islamique) et les Etats qui agressent les musulmans", confesse Saleh.

Sa foi s'appuyait sur une lecture littérale des textes religieux, rejetant toute autre interprétation. 

Mais beaucoup de radicalisés "ressentent le besoin de se débarrasser de leurs idées extrémistes une fois seuls avec eux-mêmes", explique Mohamed Damir, condamné à mort en 2003 pour "terrorisme".

Ce Marocain de 47 ans dit n'avoir éprouvé cette envie qu'après des années d'emprisonnement, mais "avec la même sincérité que quand je me suis radicalisé".

Il a entamé depuis un long processus pour convaincre les autorités de "tendre la main" aux détenus comme lui.

En 2011, sa peine a été transformée en 30 ans de prison, puis il a retrouvé la liberté en 2017 après avoir pris part à la première édition du programme "Moussalaha".

"L'idée est le fruit d'une nouvelle approche, adoptée en 2015, qui consiste entre autres à surveiller l'évolution de ces condamnés et à aider ceux qui souhaitent se remettre en question", précise un responsable de la DGAPR, Moulay Idriss Agoulmam.

«Sincérité»

Pour Mohamed Damir, sa réinsertion est l'aboutissement d'un processus qui a commencé avec des études de droit français.

"J'ai découvert le concept du contrat social qui permet à tous de vivre en paix puisque nous sommes forcément différents les uns des autres", raconte-t-il: "Ce fut décisif dans mon évolution".

L'ex-prisonnier a lu les philosophes Jean-Jacques Rousseau et Voltaire qui, selon lui, "ne sont pas si éloignés de l'esprit de l'islam, de justice, d'égalité et de tolérance".

Saleh, lui aussi, a "découvert les droits humains, pas si étrangers à l'islam, malgré quelques réserves".

Outre les questions religieuses, le programme "Moussalaha" comprend des conférences sur le droit et l'économie, et un accompagnement psychologique pendant trois mois.

Au total, 207 détenus incluant huit femmes y ont participé. Parmi eux, 116 ont bénéficié d'une grâce royale et ont été libérés. Quinze autres ont vu leurs peines réduites.

A sa sortie de prison, Mohamed Damir a intégré la Rabita Mohammadia des Oulémas, l'association officielle qui supervise le volet religieux du programme. Il accompagne désormais ceux qui veulent se déradicaliser, "ce qui n'est pas toujours simple", avoue-t-il.

"Je questionne leur sincérité: si vous avez pris sincèrement ce chemin (du djihad) pour vous attirer la grâce de Dieu, sachez que vous vous êtes trompés", résume M. Damir.

Ce programme de déradicalisation est-il exportable alors que se déroule à Paris le procès des auteurs des attentats du 13-Novembre ?

"Cette expérience peut inspirer nos partenaires pour développer des programmes qui soient adaptés à leurs particularités", répond le responsable de la DGAPR.


Liban: les explosions israéliennes près d'un château menacent l'accord-cadre bilatéral, dit le président

De la poussière recouvre les collines près du château de Beaufort, dans le sud du Liban, après des détonations israéliennes visant, selon Israël, des tunnels du Hezbollah, le 31 juillet 2026. (AFP)
De la poussière recouvre les collines près du château de Beaufort, dans le sud du Liban, après des détonations israéliennes visant, selon Israël, des tunnels du Hezbollah, le 31 juillet 2026. (AFP)
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  • Le Liban accuse Israël de menacer l'accord-cadre bilatéral après de puissantes explosions près du château de Beaufort, attribuées à la destruction de tunnels du Hezbollah
  • Israël affirme avoir ciblé des infrastructures du Hezbollah après une violation du cessez-le-feu, tandis que de nouveaux pourparlers sont prévus à Rome

BEYROUTH: Le Liban a jugé vendredi que les explosions massives provoquées par l'armée israélienne, pour selon elle détruire des tunnels du Hezbollah, près du château de Beaufort, dans le sud, menaçaient l'application de l'accord-cadre bilatéral conclu récemment.

"Les forces israéliennes ont provoqué de très puissantes explosions vers minuit", notamment "dans le secteur de la forteresse de Beaufort", classée par l'Unesco, a annoncé l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Le président libanais, Joseph Aoun, a dénoncé "une escalade extrêmement dangereuse (...) et une menace directe" pour la mise en oeuvre de l'accord-cadre conclu en juin entre le Liban et Israël sous égide américaine.

Cet accord prévoit le déploiement de l'armée libanaise dans des "zones pilotes" évacuées par Israël - qui occupe toujours une partie du sud du pays - sous réserve d'un désarmement du Hezbollah pro-iranien.

Les Etats-Unis ont confirmé lundi la tenue de nouveaux pourparlers entre Israël et le Liban, à Rome du 4 au 6 août, en vue notamment d'étendre ce processus.

"Le timing de ces agressions (...) envoie des messages négatifs et sape les efforts internationaux visant à consolider la stabilité", à quelques jours de ces nouveaux pourparlers, a déploré la présidence dans un communiqué.

Les explosions ont "provoqué des ondes équivalant à celles d'un séisme", a-t-elle pointé.

L'Ani a fait ensuite état dans la soirée de trois nouveaux dynamitages israéliens "violents" dans la région méridionale de Marjeyoun.

Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a condamné "les agressions israéliennes continues dans le sud, sous forme d'explosions, bombardements et destructions méthodiques", y compris "les atteintes aux sites archéologiques".

Le château de Beaufort datant de l'époque des Croisés, situé dans la zone du sud occupée par Israël, a été inscrit la semaine dernière sur la liste du patrimoine mondial en péril de l'Unesco.

Selon le ministère libanais de la Culture, les explosions "pourraient avoir causé des dégâts aux abords de la forteresse", dont l'ampleur "ne pourra être évaluée qu'à l'issue d'une inspection sur le terrain", actuellement impossible.

Un correspondant de l'AFP dans un village proche a entendu d'énormes déflagrations et vu la poussière recouvrir de larges zones boisées de la région. Des fenêtres ont été brisées dans des maisons de villages alentour, selon l'Ani.

Dans un communiqué commun, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Israël Katz ont annoncé que l'armée avait détruit "les tunnels terroristes dans la région", utilisant quelque 700 tonnes d'explosifs.

Ils ont affirmé que l'opération faisait suite à une  "violation flagrante du cessez-le-feu par le Hezbollah" mercredi.

L'armée israélienne avait accusé le mouvement chiite pro-iranien d'avoir lancé un drone explosif contre un de ses véhicules dans le sud du pays.

Le Hezbollah n'a pas revendiqué d'attaque contre Israël depuis le 20 juin.

Mais il a appelé vendredi le pouvoir libanais à agir "à tous les niveaux politiques et diplomatiques pour la cessation des crimes de destruction commis par l'ennemi".

Le mouvement avait entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en attaquant Israël, en soutien à l'Iran.

Israël a riposté par une vaste campagne de bombardements et une offensive terrestre, et son armée continue d'occuper des zones du sud du Liban.


Frappe contre un pétrolier au large des côtes d'Oman, selon l'agence maritime britannique

Des navires naviguent dans le détroit d'Ormuz, vus depuis la péninsule de Musandam, à Oman, le 31 juillet 2026. (REUTERS/Stringer)
Des navires naviguent dans le détroit d'Ormuz, vus depuis la péninsule de Musandam, à Oman, le 31 juillet 2026. (REUTERS/Stringer)
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  • Un pétrolier a été touché par un projectile non identifié au large de Limah (Oman), près du détroit d'Ormuz, causant des dégâts à la salle des machines, sans faire de victimes
  • Le trafic dans le détroit a chuté de 77 % sur fond de tensions entre l'Iran et les États-Unis

DUBAI: Un pétrolier a été frappé par un "projectile non-identifié" samedi au large de la ville côtière de Limah à Oman, à l'entrée du détroit d'Ormuz, a annoncé l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO.

Selon le rapport de l'UKMTO, le "projectile non-identifié" a causé "des dommages dans la salle des machines". Aucune victime n'a été recensée indique l'agence britannique, qui précise que le navire a été touché à 11 miles nautiques (environ 20 kilomètres) de Limah.

Après la reprise des hostilités avec Washington le 7 juillet, l'Iran a de nouveau verrouillé le détroit d'Ormuz, une voie maritime cruciale pour le commerce mondial des hydrocarbures, revendiquant d'imposer des droits de passage sur les bateaux et autorisant uniquement la route longeant ses côtes.

La plateforme Kpler, a confirmé vendredi sur X que le trafic dans le détroit d'Ormuz a fortement chuté. "Les traversées du détroit d'Ormuz ont diminué de 77% en un jour pour tomber à seulement cinq navires, toutes concentrées dans le cadre du dispositif unilatéral iranien", indique Kpler.

"Les positions publiques des Etats-Unis et de l'Iran demeurant inconciliables, les opérateurs surveillent de près les volumes de trafic, les comportements de routage et toute évolution diplomatique susceptible de remodeler le risque sur les routes maritimes régionales dans les prochains jours", ajoute encore Kpler.


L'Iran dit avoir lancé des drones contre des objectifs militaires américains au Koweït

L'armée iranienne a affirmé vendredi avoir lancé des drones contre des objectifs militaires américains au Koweït, en représailles à l'"agression" des Etats-Unis contre l'Iran. (AFP)
L'armée iranienne a affirmé vendredi avoir lancé des drones contre des objectifs militaires américains au Koweït, en représailles à l'"agression" des Etats-Unis contre l'Iran. (AFP)
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  • Le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) n'a pas fait de commentaire dans l'immédiat
  • L'armée iranienne a qualifié ces frappes de "réaction à la récente agression de notre pays par l'armée américaine terroriste et son attaque brutale contre une habitation sur l'île de Qeshm"

TEHERAN: L'armée iranienne a affirmé vendredi avoir lancé des drones contre des objectifs militaires américains au Koweït, en représailles à l'"agression" des Etats-Unis contre l'Iran.

Dans un communiqué, l'armée a indiqué avoir visé "des abris d'avions de combat, des systèmes de communication par satellite et des installations de stockage d'équipement sur la base aérienne Ahmad al-Jaber au Koweït".

Le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) n'a pas fait de commentaire dans l'immédiat.

L'armée iranienne a qualifié ces frappes de "réaction à la récente agression de notre pays par l'armée américaine terroriste et son attaque brutale contre une habitation sur l'île de Qeshm".

Selon des médias iraniens jeudi, trois membres d'une même famille ont été tués dans des frappes contre cette île située dans le détroit d'Ormuz.

La revendication de l'armée iranienne intervient alors que selon le Pakistan, médiateur dans le conflit entre Washington et Téhéran, les belligérants négocient en vue d'une désescalade après une nouvelle série de bombardements réciproques mercredi et jeudi.

La diplomatie pakistanaise a affirmé faire "tout (son) possible pour ramener toutes les parties au protocole d'accord d'Islamabad" signé à la mi-juin et censé ouvrir la voie à des pourparlers de paix.

Ce processus a déraillé depuis début juillet avec une reprise des frappes menées par les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran visant des bases américaines et des pays alliés de Washington au Moyen-Orient, dont le Koweït.