Aux côtés d'Orban en Hongrie, Marine Le Pen fustige l'UE et la «submersion migratoire»

Marine Le Pen et Viktor Orban à Budapest, 26 octobre 2021. (Photo, AFP)
Marine Le Pen et Viktor Orban à Budapest, 26 octobre 2021. (Photo, AFP)
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Publié le Jeudi 28 octobre 2021

Aux côtés d'Orban en Hongrie, Marine Le Pen fustige l'UE et la «submersion migratoire»

  • La candidate du RN à Budapest un mois après la visite d'Eric Zemmour, son rival potentiel mais non encore déclaré à la présidentielle, et de sa nièce Marion Maréchal
  • Le Pen a vivement critiqué la «brutalité idéologique» de l'UE, refusant tout principe de primauté du droit européen en référence au récent bras de fer polonais

BUDAPEST : Contre "l'asservissement" de l'UE et la "submersion migratoire", Marine Le Pen a fait bloc mardi à Budapest avec le dirigeant ultraconservateur hongrois Viktor Orban, à l'occasion de leur premier tête-à-tête.


C'était pour la candidate du Rassemblement national (RN) un rendez-vous très attendu, un mois après la visite du polémiste Eric Zemmour, son rival potentiel mais non encore déclaré à la présidentielle française de 2022, et de sa nièce Marion Maréchal.


Escorte policière, tapis rouge, déjeuner en petit comité et conférence de presse "officielle": Mme Le Pen s'est dite "honorée" de l'accueil que M. Orban lui a réservée au monastère des Carmélites, aujourd'hui bureau du Premier ministre, surplombant le Danube. 


M. Zemmour n'avait eu, lui, droit qu'à un entretien privé.


Menacée d'être écartée dès le premier tour de la présidentielle d'avril 2022 selon certains sondages récents, Marine Le Pen a cherché à asseoir sa stature en s'affichant aux côtés du Premier ministre hongrois, défenseur des valeurs "illibérales" en Europe.


Interrogé sur le scrutin à venir, Viktor Orban s'est cependant gardé de "prendre position", "la décision revenant au peuple français".

«Brutalité idéologique»

Devant la presse, tous deux ont martelé leur message souverainiste, à quelques mois d'élections nationales délicates pour elle, très serrées pour lui.


A l'unisson de M. Orban, Marine Le Pen a vivement critiqué la "brutalité idéologique" de l'Union européenne, refusant tout principe de primauté du droit européen en référence au récent bras de fer polonais.


Et de fustiger un "pouvoir centralisé bruxellois enivré de sa propre existence, de sa puissance et de son omnipotence",  une "volonté d'asservissement" de l'Union européenne.


Dans ce contexte, les deux figures souverainistes ont prôné une alliance des nations.


M. Orban, dont le parti a quitté en mars le groupe PPE (droite) au Parlement européen, a expliqué être "en quête de partenaires pour coopérer dans cette nouvelle ère". Et le camp de Marine Le Pen est "incontournable", a-t-il dit, saluant son "soutien" inébranlable au fil des ans.


Au sujet de cette alliance des nations, la visite n'a toutefois donné lieu à aucune annonce concrète.


"Je pense que tant que les forces patriotes et souverainistes ne sont pas alliées au sein du Parlement européen, elles ont évidemment moins de poids que si nous arrivons à constituer ce grand groupe que nous appelons de nos voeux depuis déjà un certain nombre de temps", a-t-elle insisté ensuite devant la presse.


Le sujet n'a guère avancé depuis la publication, en juillet, d'une "déclaration commune" entre la candidate du RN et une quinzaine d'alliés en Europe, dont le Premier ministre hongrois.

Pas des «clones»

En attendant, Marine Le Pen a pris soin de gommer les divergences, mettant plutôt en avant la "question de l'immigration", chère aux deux responsagles.


Elle a ainsi étrillé "ce fléau dont nos nations doivent impérativement se préserver" et la "submersion migratoire que veut organiser l'UE".


Sur le reste, M. Orban est, comme Eric Zemmour et Marion Maréchal, plus libéral sur le plan économique, et plus conservateur sur le plan des valeurs sociétales que Mme Le Pen. 


Une proximité idéologique affichée par le trio fin septembre, prompt à brandir la "théorie du grand remplacement" (théorie complotiste d'un remplacement de la population européenne par une population immigrée, NDLR) sur la scène d'un "sommet de la démographie" à Budapest.


De même n'hésitent-ils pas à agiter la propagande du "lobby LGBT+".


Mais la candidate du RN a refusé de critiquer la récente loi hongroise interdisant "la promotion et la représentation de l'homosexualité" auprès des moins de 18 ans. 


"Je ne cherche pas des clones", a-t-elle lancé. "Comme je suis fondamentalement attachée à la souveraineté de chacune des nations, il ne me viendrait pas à l'esprit de venir donner des leçons au peuple hongrois".


A six mois de la présidentielle, ces différences paraissent secondaires au regard de son "besoin de regonfler son image à elle", et "de dire à cet électorat tenté par Eric Zemmour que question autoritarisme, elle a aussi quelques galons", commente l'historien Nicolas Lebourg, auteur d'un essai sur "Les droites extrêmes en Europe".


Présidentielle: la majorité peine à dépasser l'unité de façade

«J'ai eu le sentiment qu'un certain nombre de règles posées, adoptées dans cette construction étaient remises en cause. Si c'est vrai, ça veut dire qu'il va falloir qu'on parle des règles», critique M. Philippe. (AFP)
«J'ai eu le sentiment qu'un certain nombre de règles posées, adoptées dans cette construction étaient remises en cause. Si c'est vrai, ça veut dire qu'il va falloir qu'on parle des règles», critique M. Philippe. (AFP)
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  • Le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes Clément Beaune a rappelé que la majorité n'avait qu'un «seul leader», Emmanuel Macron
  • Cet épisode de tension, avant même la première réunion officielle de la structure, symbolise les difficultés à mettre en ordre de bataille une majorité

PARIS: Lancée en grande pompe fin novembre, la maison commune de la majorité peine à se matérialiser, engluée dans des désaccords internes, notamment sur le financement, et maintenue dans le flou par Emmanuel Macron sur les orientations de sa campagne présidentielle.


Sept semaines après, ils se sont enfin retrouvés autour de la table: les responsables d'Ensemble citoyens! ont déjeuné mardi au QG de La République en marche, une première depuis le grand raout inaugural de cette structure chapeautant les différents partis de la majorité.


"Une réunion sur les schémas d'organisation de la campagne", selon un participant, avec un absent de taille parmi la douzaine de convives: Edouard Philippe, dont le parti a d'ores et déjà suspendu sa participation. En cause, le refus opposé par le chef de l'Etat à la fusion Horizons avec l'autre parti de centre droit Agir, une manoeuvre perçue comme purement vexatoire par l'ancien Premier ministre, rappelant que les statuts d'Ensemble citoyens! permettent justement de tels rapprochements.


"J'ai eu le sentiment qu'un certain nombre de règles posées, adoptées dans cette construction étaient remises en cause. Si c'est vrai, ça veut dire qu'il va falloir qu'on parle des règles", critique M. Philippe.


Autre signe de ce climat frais, le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes Clément Beaune a estimé mardi qu'Edouard Philippe se mettait le "doigt dans l'oeil" en se projetant sur la présidentielle de 2027 et a rappelé que la majorité n'avait qu'un "seul leader", Emmanuel Macron.


Cet épisode de tension, avant même la première réunion officielle de la structure, symbolise les difficultés à mettre en ordre de bataille une majorité dont M. Macron ne se soucie qu'à la marge, déléguant la régulation à quelques lieutenants.


Malgré leur volonté affirmée d'intégrer davantage leur fonctionnement, un regain de crispation est ainsi apparu entre les deux navires amiraux, La République en marche et le MoDem, au sujet des financements de la campagne présidentielle.

«Illisibilité»
Selon des sources concordantes au sein de ces partis, la formation de François Bayrou conditionnerait sa participation pécuniaire à la signature préalable d'un accord sur les législatives. Des élections qui s'annoncent explosives, chacun cherchant à négocier le plus grand nombre de députés, ce qui conditionne le niveau de financement public perçu par chaque parti.


"Bayrou, c’est l’oncle Gripsou", ironise un marcheur historique, en rappelant que les pourparlers sur les Européennes "avaient déjà été une horreur" avec le MoDem. 


"S'ils arrivent à faire payer un centime au Modem, je vous paye à déjeuner. Ces gens-là n'ont jamais rien déboursé", s'esclaffe encore un autre ponte de la majorité.


Plus consensuel, le député LREM Laurent Saint-Martin, qui sera trésorier de la campagne Macron, observe que "LREM a la structure pour financer cette campagne et la puissance pour lever des fonds mais il est naturel que chacun participe à la hauteur de ses moyens".


Dans ce contexte, les fondations d'Ensemble citoyens! se posent laborieusement. Pour l'heure, les statuts de l'association n'ont même pas été déposés en préfecture, indique une source à LREM, et "on n'a pas encore de réunion de calée sur les instances".


"On a quand même mis en place toutes nos organisations départementales ce week-end", tempère un cadre du MoDem, observant qu'"en fait, ça avance sur le terrain, mais pas au niveau des chefs à plumes".


A leur décharge, M. Macron, pas encore officiellement candidat à sa succession, s'évertue à entretenir l'incertitude sur son organisation de campagne. Et plusieurs strates d'initatives se superposent parfois, entre les "comités de soutien" lancés localement par le ministre Sébastien Lecornu, la fédération d'élus pilotée par l'ancien ministre Stéphane Travert ou encore les recherches de parrainages, un temps confiée aux parlementaires mais aussi creusées par l'ex-conseiller politique de M. Macron, Jérôme Peyrat.


"Il y a une illisibilité des donneurs d’ordre. C’est le bordel institutionnalisé", résume un marcheur qui prédit que "ce sera essentiellement une campagne de collaborateurs et pas de politiques qui sont vus comme des emmerdeurs".


Les politiques "seront encore moins importantes qu'en 2017 où il fallait leur dire bonjour et merci" alors que M. Macron se cherchait encore des soutiens, abonde un proche du président.


Présidentielle: Blanquer brûlé par le soleil d'Ibiza, Montebourg s'éclipse

Le ministre français de l'Éducation, de la Jeunesse et des Sports, Jean-Michel Blanquer, pose avant de participer au journal télévisé du soir de la chaîne de télévision française TF1 à Boulogne-Billancourt, près de Paris, le 18 janvier 2022. (Photo, AFP)
Le ministre français de l'Éducation, de la Jeunesse et des Sports, Jean-Michel Blanquer, pose avant de participer au journal télévisé du soir de la chaîne de télévision française TF1 à Boulogne-Billancourt, près de Paris, le 18 janvier 2022. (Photo, AFP)
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  • C'est depuis ce lieu de villégiature que le ministre a dévoilé à la presse le nouveau protocole sanitaire pour les écoles, seulement la veille de la rentrée
  • Cette façon de communiquer, via la presse et à quelques heures de la reprise, lui avait déjà été fortement reprochée

PARIS: Il regrette "la "symbolique": Jean-Michel Blanquer a fait amende honorable, mardi, d'avoir passé ses vacances à Ibiza alors que se décidait le protocole sanitaire dans les écoles, une nouvelle épreuve pour la majorité en vue de la présidentielle à laquelle Arnaud Montebourg va définitivement renoncer.


"Il se trouve que le lieu que j'ai choisi, j'aurais dû en choisir sans doute un autre. La symbolique, je la regrette", a lancé le ministre de l'Education nationale lors des questions au gouvernement à l'Assemblée.


Il a reconnu dans la soirée sur TF1 "peut-être un peu une erreur", ajoutant toutefois refuser de servir de "bouc-émissaire" à ses détracteurs. Il a souligné qu'avoir défendu "l'école ouverte" l'avait exposé à "beaucoup d'adversité.


Depuis lundi soir, l'opposition déplore "une image désastreuse" après les révélations de Mediapart quant aux vacances de M. Blanquer juste avant la rentrée scolaire.


Cinq jours seulement après la mobilisation massive des enseignants, l'affaire tombe mal pour la majorité à l'approche de la présidentielle, d'autant qu'elle a fait de l'éducation l'un des principaux marqueurs de son quinquennat.


Le Premier ministre Jean Castex a pris la défense de son ministre, estimant que l'appareil d'Etat avait "fonctionné". Mais le soutien est loin d'être unanime au sein de la majorité présidentielle.


Se rendre, en pleine crise sanitaire et au moment d'annoncer un nouveau protocole controversé dans les écoles, sur une île associée à la fête et la jet-set, "ce n'est pas le truc le plus malin du monde, alors qu'il a l'un des plus gros bilans en cinq ans", soupire un membre du gouvernement.


"Le problème c'est Ibiza: dans notre inconscient on l'imagine aux manettes (d'une platine) et en train de danser", critique une cadre de la majorité.


Selon une source au sein de l'exécutif corroborant une information de Politico, le directeur de cabinet du Premier ministre, Nicolas Revel, avait déconseillé à M. Blanquer de se rendre aux Baléares au vu du contexte.


L'épisode pourrait-il sceller le sort de M. Blanquer alors qu'une nouvelle grève se profile à l'horizon?


"Tout dépend de la manif de jeudi, la mobilisation qui va donner le +la+", a répondu mardi une source au sein de l'exécutif, disant en outre ne pas noter "un soutien appuyé du gouvernement" à M. Blanquer, pourtant proche de Brigitte Macron.


La manifestation n'a pour l'heure pas reçu l'autorisation du préfet de Paris qui invoque une déclaration déposée trop tard.

Montebourg renonce
A gauche, LFI a appelé à la démission, à l'unisson du candidat écologiste Yannick Jadot qui dénonce le "mépris" et l'"irresponsabilité" du ministre, quand Anne Hidalgo préfère s'attaquer à Emmanuel Macron, selon elle "responsable de cette situation".


L'armée française nie tout contrôle de l'espace aérien malien

Un avion C-130 Hercules survole le camp militaire de Barkhane lors de la cérémonie de changement de drapeau à Tombouctou le 14 décembre 2021, lors de la passation du camp français à l'armée malienne. (Photo, AFP)
Un avion C-130 Hercules survole le camp militaire de Barkhane lors de la cérémonie de changement de drapeau à Tombouctou le 14 décembre 2021, lors de la passation du camp français à l'armée malienne. (Photo, AFP)
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  • « Contrairement à ce qui a été dit par un responsable malien, à aucun moment la France n'a interdit à un aéronef malien de survoler» son propre territoire, a indiqué l'état-major de l'armée française
  • Bamako a demandé à Paris de revoir les accords de défense bilatéraux, que le Premier ministre malien Choguel Kokalla Maïga a qualifiés de « déséquilibrés»

PARIS : L'armée française a démenti mardi exercer un contrôle de l'espace aérien malien, niant les accusations en ce sens du Mali, dans un contexte chaque jour plus tendu entre les deux pays.

"Contrairement à ce qui a été dit par un responsable malien, à aucun moment la France n'a interdit à un aéronef malien de survoler" son propre territoire, a indiqué l'état-major de l'armée française.

"Par définition, ils sont souverains et font ce qu'ils veulent", a ajouté la même source. "Nous disposons de capacités de gestion de l'espace aérien dont les Maliens ne disposent pas, en particulier dans le nord. Nous coordonnons avec eux les mouvements aériens."

Bamako a demandé à Paris de revoir les accords de défense bilatéraux, que le Premier ministre malien Choguel Kokalla Maïga a qualifiés de "déséquilibrés" et qui font, selon lui, du Mali "un Etat qui ne peut même pas survoler son territoire sans autorisation de la France".

L'opération militaire française Serval, lancée en janvier 2013 contre les djihadistes au Mali et devenue ensuite Barkhane, est régie par un accord intergouvernemental de 2013, modifié en 2020 par un protocole additionnel, lié au lancement de l'opération Takuba qui regroupe des forces spéciales européennes.

"Le ministère des Affaires étrangères malien nous a adressé des propositions d'amendement" qui sont "en cours d'étude", a confirmé l'état-major français.

"C'est une procédure habituelle qui n'a rien d'exceptionnelle mais qui bien sûr prend un écho particulier actuellement", a-t-il ajouté, affirmant qu'elle n'avait "pas d'effets" sur l'activité militaire et citant "plusieurs opérations ces derniers jours avec les forces maliennes, qui ont eu de bons effets".

Ces discussions s'ajoutent à de vives tensions bilatérales, avec en toile de fond les accusations de recours par le Mali aux services du groupe de mercenaires russe Wagner et la réorganisation de la présence militaire française dans le pays.

La France et les Européens ont déclaré être prêts à y rester "mais pas à n'importe quel prix".

La semaine dernière, la junte au pouvoir à Bamako depuis le putsch d'août 2020 a fermé ses frontières aux Etats de l'organisation des Etats ouest-africains (Cédéao), après que cette dernière eut fait de même pour sanctionner le projet des militaires de se maintenir au pouvoir pendant plusieurs années sans élections.

Dès lors s'est posée la question de la liberté de mouvement des appareils militaires entrant ou sortant de l'espace aérien, notamment ceux de la Mission de l'Onu au Mali (Minusma) et de la France.

Paris assure que ce problème est réglé. Après les sanctions de la Cédéao, il y a eu un moment de calage", a indiqué l'état-major français. "Il a été confirmé que tous les avions militaires et aéronefs liés à la conduite des opérations en bande sahélo-saharienne n'étaient pas concernés par ces sanctions."