Premier témoignage au tribunal de Guantanamo sur les abus de la CIA

L'ancien messager d'Al-Qaïda, Majid Khan, dévoile que plus il coopérait avec la CIA, plus il était torturé. (PA)
L'ancien messager d'Al-Qaïda, Majid Khan, dévoile que plus il coopérait avec la CIA, plus il était torturé. (PA)
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Publié le Vendredi 29 octobre 2021

Premier témoignage au tribunal de Guantanamo sur les abus de la CIA

  • Majid Khan était un ancien habitant de la banlieue de Baltimore, devenu messager d'Al-Qaïda
  • Il a passé près de trois ans dans les sites noirs de la CIA avant d'être emmené à Guantanamo en septembre 2006

FORT MEADE, Maryland: Un prisonnier du camp de Guantanamo, qui a subi le brutal programme d'interrogatoire du gouvernement américain après les attentats du 11-Septembre, l'a ouvertement décrit pour la première fois jeudi, affirmant qu'il était terrifié et halluciné par les techniques que la CIA a longtemps cherché à cacher.

Majid Khan, un ancien habitant de la banlieue de Baltimore, devenu messager d'Al-Qaïda, a expliqué aux jurés, qui examinaient sa peine pour crimes de guerre, comment il avait été soumis à des jours entiers d'abus douloureux dans les installations clandestines de la CIA connues sous le nom de black sites ou «sites noirs», alors que les interrogateurs tentaient de lui soutirer des informations.

C’est la première fois qu’un des prétendus détenus de grande valeur de la base américaine de Cuba peut témoigner de ce que les États-Unis ont appelé par euphémisme «un interrogatoire amélioré», toutefois largement dénoncé comme étant de la torture.

«Je pensais que j'allais mourir», raconte-t-il.

Majid Khan raconte avoir été suspendu nu à une poutre pendant de longues périodes, aspergé à plusieurs reprises d'eau glacée pour le tenir éveillé durant des jours. Il affirme qu'on lui a maintenu la tête sous l'eau au point qu'il a failli se noyer, pour ensuite lui verser de l'eau dans le nez et la bouche lorsque les interrogateurs le laissaient se relever. Il a été battu, soumis à des lavements forcés, agressé sexuellement et affamé dans des prisons à l'étranger dont l'emplacement n'a pas été révélé.

«Je les suppliais d’arrêter et je leur jurais que je ne savais rien», dit-il. «Si j’avais eu des renseignements à donner, je les aurais déjà communiqués mais je n’avais rien.»

M. Khan, lisant une déclaration de trente-neuf pages, s’exprimait le premier jour de ce qui devrait être une audience de deux jours de détermination de la peine à la base américaine de Cuba.

Un panel d'officiers militaires sélectionnés par un responsable juridique du Pentagone, reconnu comme une autorité de convocation, peut condamner Majid Khan à une peine comprise entre vingt-cinq et quarante ans de prison, mais il purgera une peine bien inférieure en raison de sa coopération étendue avec les autorités américaines.

En vertu d'un accord de plaidoyer, dont les jurés n'ont pas été informés, la peine de M. Khan par le jury sera réduite à onze ans au maximum par l'autorité de convocation, et la durée de sa détention sera décomptée depuis son plaidoyer de culpabilité en février 2012.

Cela signifie qu'il devrait être libéré au début de l'année prochaine, réinstallé dans un troisième pays encore inconnu car il ne peut pas retourner au Pakistan, dont il a la nationalité.

Certains des traitements subis par Majid Khan sont détaillés dans un rapport de la commission sénatoriale du renseignement, publié en 2014, qui accuse la CIA d'infliger des traitements aux prisonniers d'Al-Qaïda bien au-delà de ses limites légales et de tromper la nation avec des récits d'interrogatoires utiles non corroborés par ses propres dossiers.

M. Khan est d'accord avec cette accusation. «Plus je coopérais et leur parlais, plus j'étais torturé», déclare-t-il.

Il a passé près de trois ans dans les sites noirs de la CIA avant d'être emmené à Guantanamo en septembre 2006. Il déclare n’avoir jamais vu la lumière du jour dans les sites noirs ni avoir eu de contact avec quiconque à part des gardes et des interrogateurs depuis sa capture jusqu'à sa sixième année au centre de détention de la base de Cuba.

Majid Khan, 41 ans, a reconnu être un messager d'Al-Qaïda et avoir participé à la planification de plusieurs complots qui n’ont jamais été exécutés. Il a plaidé coupable en février 2012 à des accusations de complot, de meurtre et de soutien matériel au terrorisme dans le cadre d'un accord qui a limité sa peine en échange de sa coopération avec les autorités dans d'autres enquêtes, notamment l'affaire contre les cinq hommes détenus à Guantanamo accusés d’avoir planifié et fourni un soutien logistique pour l'attaque du 11-Septembre.

Citoyen pakistanais né en Arabie saoudite, M. Khan est arrivé aux États-Unis avec sa famille dans les années 1990 où ils ont obtenu l'asile. Il a obtenu son diplôme d'études secondaires dans la banlieue de Baltimore et il a occupé un emploi dans le domaine de la technologie dans la région de Washington, dans un bureau d’où il pouvait voir la fumée s'échapper du Pentagone le 11 septembre 2001.

Il déclare s’être tourné vers l'idéologie radicale après la mort, plus tôt cette année-là, de sa mère, qu'il a décrite comme la personne la plus importante de sa vie.

Majid Khan s'est excusé pour ses actions et a déclaré qu'il en assumait l'entière responsabilité. Il souhaite désormais simplement retrouver sa femme et sa fille, née alors qu'il était en captivité. Il dit avoir pardonné à ses ravisseurs et à ses tortionnaires.

«J'ai aussi essayé de me racheter pour les mauvaises choses que j'ai faites», précise-t-il. «C'est pourquoi j'ai plaidé coupable et coopéré avec le gouvernement américain.»

M. Khan est le premier des détenus de grande valeur, ceux qui sont passés par le programme d'interrogatoire, à être reconnu coupable et condamné par les tribunaux militaires de la base.

Parmi les cinq hommes inculpés dans les attentats du 11-Septembre figure Khalid Cheikh Mohammed, qui s'est présenté comme l'architecte du complot. Cette affaire en est encore au stade de l'instruction et un juge a déclaré qu'elle ne commencerait pas avant l'année prochaine.

Les États-Unis détiennent trente-neuf hommes au centre de détention de la base navale du camp de Guantanamo.


Un second porte-avion américain va être déployé dans le Golfe

Les avions de combat du porte-avions Ford ont participé à l'attaque du 3 janvier contre Caracas, qui a conduit à la capture du président Nicolás Maduro. (AFP)
Les avions de combat du porte-avions Ford ont participé à l'attaque du 3 janvier contre Caracas, qui a conduit à la capture du président Nicolás Maduro. (AFP)
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  • "Il faut passer un accord, sinon ce sera très traumatisant, très traumatisant", a déclaré le président américain durant un échange avec la presse à la Maison Blanche, en ajoutant qu'il espérait que les négociations avec la République islamique aboutissent
  • "Je leur parlerai aussi longtemps qu'ils le souhaitent" a-t-il encore dit, en indiquant que faute d'accord, il passerait à la "phase deux", qui serait "très dure" pour les Iraniens

WASHINGTON: Le Pentagone a ordonné à un deuxième groupe aéronaval de se préparer à un déploiement dans la région du Golfe, ont indiqué jeudi plusieurs médias américains, alors que Donald Trump accentue la pression sur l'Iran pour mettre fin à ses programmes nucléaire et balistique.

Donald Trump a menacé jeudi l'Iran de conséquences "très traumatisantes" s'il n'acceptait pas un accord sur son programme nucléaire, tandis que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a exprimé un "certain scepticisme" sur les chances de conclure l'accord en question.

"Il faut passer un accord, sinon ce sera très traumatisant, très traumatisant", a déclaré le président américain durant un échange avec la presse à la Maison Blanche, en ajoutant qu'il espérait que les négociations avec la République islamique aboutissent d'ici un mois.

"Je leur parlerai aussi longtemps qu'ils le souhaitent" a-t-il encore dit, en indiquant que faute d'accord, il passerait à la "phase deux", qui serait "très dure" pour les Iraniens.

Le président Donald Trump avait déclaré mardi au média américain Axios qu'il envisageait d'envoyer un deuxième porte-avions au Moyen-Orient afin de se préparer à une intervention militaire en cas d'échec des négociations avec l'Iran.

Un deuxième porte-avions rejoindrait le porte-avions USS Abraham Lincoln, déjà présent depuis janvier dans la région avec ses navires d'escorte, selon la presse américaine.

Le Pentagone n'a pas répondu immédiatement aux questions de l'AFP.

Selon le New York Times, le porte-avions Gerald Ford, actuellement déployé dans les Caraïbes, va être envoyé dans le Golfe pour y rejoindre l'Abraham Lincoln.

"L'équipage du navire a été informé de la décision jeudi, selon quatre responsables américains qui ont requis l'anonymat", a indiqué le New York Times.

Les avions de combat du porte-avions Ford ont participé à l'attaque du 3 janvier contre Caracas, qui a conduit à la capture du président Nicolás Maduro.

Dès mercredi, le Wall Street Journal avait indiqué qu'un deuxième porte-avions pourrait être déployé dans la région.

CBS News a relayé également cette information.

Le déploiement d'un deuxième porte-avions au Moyen-Orient serait une première en près d'un an, a fait remarquer le Wall Street Journal. En mars 2025, le Harry Truman et le Carl Vinson y avaient tous deux été déployés pour combattre les rebelles houthis soutenus par le Yémen.


Trump menace l'Iran de conséquences «très traumatisantes» s'il n'accepte pas un accord

Washington et Téhéran disent vouloir continuer à discuter après une première séance de pourparlers le 6 février à Oman. (AFP)
Washington et Téhéran disent vouloir continuer à discuter après une première séance de pourparlers le 6 février à Oman. (AFP)
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  • "Il faut passer un accord, sinon ce sera très traumatisant, très traumatisant", a déclaré le président américain pendant un échange avec la presse à la Maison Blanche
  • "Je leur parlerai aussi longtemps qu'ils le souhaitent" a-t-il encore dit, en indiquant que faute d'accord, il passerait à la "phase deux", qui serait "très dure" pour les Iraniens

WASHINGTON: Donald Trump a menacé jeudi l'Iran de conséquences "très traumatisantes" s'il n'acceptait pas un accord sur son programme nucléaire, tandis que Benjamin Netanyahu a exprimé un "certain scepticisme" sur les chances de conclure l'accord en question.

"Il faut passer un accord, sinon ce sera très traumatisant, très traumatisant", a déclaré le président américain pendant un échange avec la presse à la Maison Blanche, en ajoutant qu'il espérait que les négociations avec la République islamique aboutissent d'ici un mois.

"Je leur parlerai aussi longtemps qu'ils le souhaitent" a-t-il encore dit, en indiquant que faute d'accord, il passerait à la "phase deux", qui serait "très dure" pour les Iraniens.

Il a une nouvelle fois donné en exemple le bombardement par les Etats-Unis de sites nucléaires iraniens lors d'une guerre de 12 jours déclenchée par Israël en juin.

Washington et Téhéran disent vouloir continuer à discuter après une première séance de pourparlers le 6 février à Oman.

"J'ai exprimé (à Donald Trump) un certain scepticisme quant à la qualité de tout accord avec l'Iran" a pour sa part déclaré le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, au lendemain d'une rencontre à la Maison Blanche avec le dirigeant républicain.

"J'ai dit que si un accord devait effectivement être obtenu, il devrait inclure des éléments qui sont très importants (...) pour Israël", a-t-il ajouté.

"Il ne s'agit pas simplement de la question nucléaire (mais) aussi des missiles balistiques et des (groupes armés) mandataires de l'Iran" comme le Hezbollah libanais, le Hamas palestinien ou les Houthis du Yémen, a plaidé le Premier ministre israélien.

Missiles 

La question des missiles est une ligne rouge pour Israël, distant d'environ 2.000 kilomètres de l'Iran.

Il a confirmé la préférence de Donald Trump, pour l'instant, pour la voie diplomatique, même si le milliardaire de 79 ans a déployé à proximité de l'Iran de considérables moyens militaires.

Le président américain pense créer les "conditions" qui pourraient permettre de mener à un "bon accord" avec l'Iran, a constaté Benjamin Netanyahu en quittant la capitale américaine.

Après le déclenchement d'un mouvement de contestation réprimé dans le sang début janvier par les autorités iraniennes, Donald Trump a multiplié les avertissements à l'encontre de Téhéran.

En recevant mercredi Benjamin Netanyahu, il a cependant "insisté" sur sa volonté de poursuivre les discussions avec Téhéran, en dépit de positions très éloignées.

Cette divergence de vues sur l'Iran n'a pas empêché le président américain de déclarer à nouveau jeudi son soutien à Benjamin Netanyahu face aux accusations de corruption qui le visent en Israël.

Donald Trump a lancé que le président israélien Isaac Herzog "devrait avoir honte" de ne pas gracier le Premier ministre, comme ce dernier l'a demandé.

Les Etats-Unis insistent pour inclure la question des missiles et des groupes soutenus par l'Iran dans les négociations.

Téhéran pour sa part ne veut parler que du programme nucléaire, et insiste pour gagner des capacités d'enrichissement d'uranium.


L'UE veut accélérer ses réformes économiques pour résister à la Chine et à Trump

Le château d’Alden Biesen à la veille de la retraite informelle des dirigeants de l’Union européenne à Alden Biesen, dans le centre de la Belgique, le 12 février 2026. (AFP)
Le château d’Alden Biesen à la veille de la retraite informelle des dirigeants de l’Union européenne à Alden Biesen, dans le centre de la Belgique, le 12 février 2026. (AFP)
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  • Les dirigeants de l’UE se réunissent en Belgique pour accélérer les réformes visant à renforcer la compétitivité européenne face à la Chine et aux États-Unis
  • Malgré un large consensus sur l’urgence d’agir (marché unique, simplification réglementaire, financement), des divergences persistent, notamment sur la « préférence européenne » et les emprunts communs

ALDEN BIESEN: Eliminer les barrières internes, supprimer les fardeaux réglementaires et protéger le "Made in Europe": les Vingt-Sept se réunissent jeudi en Belgique pour accélérer les réformes visant à redresser la compétitivité de l'économie européenne, débordée par la concurrence chinoise exacerbée et l'hyperpuissance américaine débridée.

Les dirigeants de l'Union européenne vont se retrouver dans le cadre privilégié du château d'Alden Biesen, dans la province flamande du Limbourg. Une ancienne commanderie teutonique, à la fois monastère et forteresse militaire, dont les salles baroques entièrement restaurées servent désormais de centre de conférences.

Au programme de cette "retraite", dont le format plus informel veut trancher avec le cadre rigide des sommets bruxellois: l'urgence à réformer le marché unique européen, vaste espace de 450 millions de consommateurs, devenu au fil des décennies la colonne vertébrale de la construction européenne.

Un moteur qui menace aujourd'hui de caler, face aux assauts simultanés de la Chine qui contrôle les terres rares essentielles à l'industrie mondiale, inonde l'Europe de ses petits colis et dont l'excédent commercial gonfle sans cesse, et des Etats-Unis, qui depuis le retour au pouvoir de Donald Trump ont menacé d'annexer le Groenland, dégainé l'arme des droits de douane et tiré à boulets rouges contre les règles numériques et environnementales de l'UE.

Alors que la part de l'UE dans le PIB mondial est tombée sous les 15%, ce sombre diagnostic est largement partagé en Europe, depuis le rapport aux allures d'électrochoc présenté il y a 18 mois par l'ancien président de la BCE, Mario Draghi.

"Voulons-nous rester un simple grand marché, soumis aux priorités des autres? Ou voulons-nous prendre les mesures nécessaires pour devenir une puissance?", a martelé début février l'économiste italien, qui échangera avec les dirigeants européens à Alden Biesen.

Car de la puissance économique dépend la capacité de l'UE à financer son effort de réarmement historique, négocier des accords commerciaux plus avantageux, et éviter d'être reléguée sur la scène internationale.

Les discussions de jeudi ne visent pas à définir des solutions, déjà largement identifiées, mais à tenter d'accélérer leur mise en oeuvre.

La Commission européenne a déjà élaboré un vaste programme de réformes visant à renforcer la compétitivité du bloc, sur tous les plans.

- Traitement de choc -

Il s'agit de lever les barrières internes qui entravent l'activité économique, parfaire "l'union des marchés de capitaux" pour mettre l'épargne au service des entreprises, et réduire l'empilement des règlementations européennes et nationales.

Mais ce traitement de choc s'est en partie enlisé dans les procédures législatives de l'UE. Mercredi, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen a exhorté les eurodéputés à avancer.

Elle a aussi confirmé que la Commission présenterait en mars un projet de nouveau statut juridique pour les entreprises, "EU Inc", qui réduira leurs contraintes administratives, et évoqué la possibilité de "coopérations renforcées" pour appliquer certaines réformes - autrement dit de les restreindre aux pays volontaires - s'il est trop compliqué de s'entendre à 27.

Car les Etats ne sont pas systématiquement sur la même ligne quant aux mesures à mettre en oeuvre.

Le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz, qui participaient mercredi à un sommet de l'industrie européenne à Anvers, ont ainsi souligné tous les deux la nécessité de réformer l'Europe sans attendre.

Mais là où le président français Emmanuel Macron a défendu avec ardeur la "préférence européenne", une obligation pour certaines entreprises bénéficiant de fonds publics, dont les constructeurs automobiles, de se fournir en composants européens, M. Merz a estimé qu'une telle solution devait être réservée "uniquement à des secteurs stratégiques et seulement en dernier ressort", et sans exclure certains pays partenaires.

La Commission a préparé un projet de loi en ce sens, attendu le 25 février.

De même, l'idée relancée par M. Macron de recourir à des emprunts communs européens pour financer des investissements dans les secteurs d'avenir a été fraîchement accueillie à Berlin. "Il n'est pas acceptable de réclamer plus d'argent sans engager les réformes", a tancé mardi une source gouvernementale allemande.

Au sein des Vingt-Sept, "il y a beaucoup de convergences", même s'il y a "des accents politiques ou nationaux qui sont un peu différents", tempère un diplomate européen qui a requis l'anonymat.