L'UE se rapproche d'un accord pour dompter les géants du numérique

Une photo d'illustration prise à Londres le 18 décembre 2020 montre les logos de Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft affichés sur un téléphone mobile. (AFP)
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Publié le Vendredi 29 octobre 2021

L'UE se rapproche d'un accord pour dompter les géants du numérique

  • Ces pourparlers des Vingt-Sept comme ceux des eurodéputés se sont récemment accélérés, confortés notamment par les révélations de la lanceuse d'alerte de Facebook, Frances Haugen
  • Mme Haugen, qui doit être entendue le 8 novembre par les eurodéputés, accuse notamment Facebook d'avoir supprimé sciemment des filtres contre la désinformation pour gonfler le trafic des plateformes

BRUXELLES: Les États européens intensifient leurs négociations sur leur projet de régulation des géants du numérique avec la perspective de s'entendre dès novembre sur les moyens de mettre fin à leurs dérives, encore mises en lumière par une lanceuse d'alerte de Facebook.

Les deux propositions de législation (DSA et DMA), présentées en décembre 2020 par la Commission européenne sont depuis discutées au Parlement européen et au Conseil, qui représente les États.

Ces pourparlers des Vingt-Sept comme ceux des eurodéputés se sont récemment accélérés, confortés notamment par les révélations de la lanceuse d'alerte de Facebook, Frances Haugen, sur l'incapacité systémique de l'entreprise à remédier aux effets néfastes de ses produits pour ne pas entraver l'augmentation de fréquentation et de ses bénéfices.  

Mme Haugen, qui doit être entendue le 8 novembre par les eurodéputés, accuse notamment Facebook d'avoir supprimé sciemment des filtres contre la désinformation pour gonfler le trafic des plateformes.

Or, le Règlement sur les services numériques ("Digital Services Act", DSA) veut interdire aux plateformes d'utiliser des algorithmes pour promouvoir de fausses informations et discours dangereux, avec pour les plus grandes une obligation de moyens pour modérer les contenus.

Deuxième volet, le Règlement sur les marchés numériques ("Digital Markets Act", DMA), prévoit des règles spécifiques aux seuls acteurs "systémiques", dont la toute-puissance menace le libre jeu de la concurrence, avec notamment l'encadrement drastique de leur usage des données privées.

Parmi eux, les cinq "Gafam" américains (acronyme désignant Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), qui financent à coup de millions d'euros un lobbying intense pour édulcorer les réglementations prévues.

La Slovénie, qui assure actuellement la présidence tournante de l'UE, s'efforce de faire en sorte que les gouvernements européens adoptent une position commune sur ces deux lois lors d'une réunion le 25 novembre, a déclaré à l'AFP une diplomate du pays. 

"C'est sur le bon chemin, mais il reste des questions en suspens", observe un autre diplomate à propos du DMA.

-Batailles au Parlement-

Les États lanceront ensuite des négociations avec les eurodéputés en vue de finaliser un accord définitif ouvrant la voie à l'adoption des textes pendant la présidence française de l'UE, qui débute en janvier. 

"Le temps est compté", a averti cette semaine, Thierry Breton, le commissaire européen à l'origine des deux propositions.

Ce calendrier ambitieux pourrait être bousculé par des divisions persistantes au Parlement européen, même si les eurodéputés pilotant les discussions misent toujours sur un compromis d'ici début 2022.

L'une des batailles porte sur le DMA, qui pourrait notamment contraindre Apple à ouvrir ses iPhone aux boutiques d'applications concurrentes, tandis que Facebook et Google seraient restreints dans leur traçage d'utilisateurs à des fins publicitaires -un outil qui leur assurent des milliards de bénéfices.

Les sociaux-démocrates (S&D), deuxième groupe politique au Parlement, souhaitent imposer ces exigences à un plus grand nombre d'entreprises, comme Netflix, Booking.com ou Airbnb, bien au-delà des seuls acteurs "systémiques". Les autres groupes s'y opposent farouchement.

"Jusqu'à présent, nous sommes sur la bonne voie" pour un compromis, tempère le rapporteur du texte Andreas Schwab (PPE, droite). Les négociations entre eurodéputés "pourraient être conclues dans les semaines à venir", assure Evelyne Gebhardt (S&D).

Autre enjeu crucial pour le Parlement: qui sera chargé de faire respecter les nouvelles réglementations aux géants numériques?

Certaines autorités nationales veulent garder la main, mais d'autres souhaitent que Bruxelles ait le pouvoir d'agir rapidement et de frapper fort partout dans l'UE, en particulier pour la loi sur les services numériques, qui vise à lutter contre les contenus illicites.

Les entreprises technologiques encourent des amendes, voire des sanctions plus sévères, si elle ne remédient pas rapidement et efficacement aux problèmes signalés.

Thierry Breton redoute qu'en l'absence d'un pouvoir fort à Bruxelles, certains États se montrent plus laxistes que d'autres.


Le pétrole accentue sa flambée après de nouvelles frappes en Iran

L'armée américaine a mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran lundi, tandis que le président américain Donald Trump a rétabli un blocus du transport maritime iranien et proposé d'imposer une redevance de 20 % pour assurer la protection du détroit d'Ormuz. (Shutterstock)
L'armée américaine a mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran lundi, tandis que le président américain Donald Trump a rétabli un blocus du transport maritime iranien et proposé d'imposer une redevance de 20 % pour assurer la protection du détroit d'Ormuz. (Shutterstock)
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  • Le pétrole bondit après de nouvelles frappes en Iran et l'annonce du retour du blocus des ports iraniens
  • Les tensions autour d'Ormuz renforcent les craintes pour l'approvisionnement mondial

LONDRES: Les cours du pétrole accélèrent mardi leur ascension, après de nouvelles frappes en Iran, à quelques heures du rétablissement du blocus naval des ports iraniens annoncé par Donald Trump, qui a aussi dit vouloir de mettre en place un péage sur le détroit d'Ormuz.

En pleine escalade militaire entre Téhéran et Washington, les autorités locales ont rapporté de nouveaux bombardements américains sur la ville portuaire de Bouchehr, où se trouve la seule centrale nucléaire d'Iran, et au sud-ouest du pays, dans une zone pétrolifère proche de l'Irak et du Koweït.

Peu après avoir brièvement pris plus de 5%, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, montait de 4,93% à 87,41 dollars vers 10H55 GMT (12H55 à Paris). Celui de son équivalent américain, le West Texas Intermediate (WTI), pour livraison en août, progressait de 3,75% à 81,07 dollars.

Les deux références du brut ont atteint mardi des prix inédits depuis mi-juin, après s'être envolées jusqu'à plus de 10% la veille.

Le président américain a annoncé lundi sur Truth Social que les Etats-Unis prendraient le contrôle du détroit d'Ormuz, avec la mise en place d'un nouveau blocus des ports iraniens, qui doit entrer en vigueur mardi à 20H00 GMT, selon l'armée américaine.

"La perte de pétrole brut iranien, qui a représenté en moyenne 2% de la demande mondiale depuis la signature du protocole d'accord" entre Washington et Téhéran le 17 juin - qui s'était traduit par la levée du précédent blocus - "se fera sentir sur les marchés mondiaux", note Vivek Dhar, de CBA.

L'analyste estime qu'environ 40 à 50% du pétrole ayant quitté le détroit d'Ormuz depuis le 18 juin est attribuable à l'Iran, contre une part de 10 à 15% avant la guerre.

"La véritable inconnue est la réaction de l'offre non iranienne" selon lui, car la République islamique "est désormais fortement incitée à rétablir son propre blocus".

Tout comme Téhéran souhaite instaurer un péage pour traverser Ormuz, Donald Trump a aussi dit vouloir percevoir en échange de la protection du détroit "une rémunération correspondant à 20% de la valeur des cargaisons", contraire au droit international censé garantir la liberté de navigation.

Pour l'association d'armateurs Bimco, "le surcoût qui en résulterait constituerait un frein supplémentaire au transit" via Ormuz.

"Un tournant extraordinaire des événements est en train de se jouer au Moyen-Orient", résume John Evans, de PVM Energy, qui constate que "cette dégradation de la diplomatie et cette accélération des échanges de tirs ont pris le marché quelque peu de court".

Mais Donald Trump tout de même estimé, devant la presse à la Maison Blanche, qu'un accord avec l'Iran était encore "possible", les consultations avec les médiateurs se poursuivant selon la diplomatie iranienne.


Le pétrole bondit après les déclarations Trump sur la fin du cessez-le-feu avec l'Iran

Les contrats à terme sur le Brent ont progressé de 3,82 dollars, soit 5,15 %, pour atteindre 77,98 dollars le baril à 11h32 (heure saoudienne). (Shutterstock)
Les contrats à terme sur le Brent ont progressé de 3,82 dollars, soit 5,15 %, pour atteindre 77,98 dollars le baril à 11h32 (heure saoudienne). (Shutterstock)
  • Les prix du pétrole ont bondi de plus de 6 % après les déclarations de Donald Trump annonçant la fin du cessez-le-feu avec l’Iran
  • La reprise des tensions au détroit d’Ormuz ravive les craintes sur l’approvisionnement mondial en pétrole, malgré la poursuite possible des négociations

LONDRES: Les cours du pétrole bondissent mercredi après les déclarations de Donald Trump affirmant mettre fin au cessez-le-feu avec l'Iran, dans la foulée d'une reprise des hostilités à la suite d'attaques de bateaux dans le détroit d'Ormuz.

Vers 09H15 GMT (11H15 à Paris), le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, s'envolait de 6,45% à 78,94 dollars.

Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, pour livraison en août, grimpait de 6,49% à 75,01 dollars.

Les deux références du brut évoluaient à leurs plus hauts niveaux depuis deux semaines.

Le président américain a affirmé mercredi à Ankara que le cessez-le-feu avec l'Iran était "terminé", qualifiant les Iraniens de "menteurs".

"En ce qui me concerne, c'est terminé (...) c'est juste une perte de temps de négocier avec eux, ce sont des menteurs", a-t-il affirmé, interrogé sur le cessez-le-feu avec l'Iran, qu'il a qualifié de pays "malade".

Le locataire de la Maison Blanche a toutefois laissé entendre que les négociateurs pourraient poursuivre les discussions.

Si "le prix du baril a fortement progressé" ce matin, il n'est pas revenu à ses plus hauts atteints durant la guerre, tempère John Plassard, analyste chez Cité Gestion, interrogé par l'AFP.

L'analyste voit davantage une "pause" du cessez-le-feu que sa fin, car si le président américain dit qu'il "est terminé, c'est aussi un moyen de mettre de la pression".

Donald Trump n'a, selon lui, "aucun intérêt à ce que les discussions s'arrêtent totalement", pour des raisons électorales, après avoir mis en avant les prix bas à la pompe dans sa campagne.

Trois navires ont été frappés en 24 heures dans le détroit d'Ormuz, a rapporté l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO mardi. Le Qatar et l'Arabie saoudite ont imputé deux de ces attaques à l'Iran.

Dénonçant des "attaques iraniennes" et une "violation flagrante du cessez-le-feu", l'armée américaine a lancé une série de "frappes puissantes" contre l'Iran, touchant plus de 80 cibles, dont des systèmes iraniens de défense antiaérienne.

Ces tirs américains ont déclenché mercredi des représailles de Téhéran, qui a dit avoir attaqué des bases américaines au Koweït et à Bahreïn.

Washington a également rétabli ses sanctions économiques sur le pétrole iranien.

Le protocole d'accord, signé le 17 juin pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive américano-israélienne contre la République islamique, prévoit la réouverture du passage stratégique d'Ormuz ainsi que la levée des sanctions américaines sur le pétrole iranien.


Le patron de TotalEnergies voit la Syrie comme une «route alternative» pour le pétrole

  • "Aujourd'hui, c'est clair que la situation sécuritaire ne permet pas encore de travailler, mais je trouve que c'est une belle initiative de venir ici, à Damas"
  • "C'est un pays qui est à la croisée des chemins dans le Moyen-Orient"

DAMAS: La Syrie peut devenir un "pays de transit important pour le pétrole qui vient d'Irak vers la Méditerranée", et offrir des "routes alternatives" au détroit d'Ormuz, a déclaré mardi à Damas le patron de TotalEnergies Patrick Pouyanné, en marge de la visite d'Emmanuel Macron.

"Aujourd'hui, c'est clair que la situation sécuritaire ne permet pas encore de travailler, mais je trouve que c'est une belle initiative de venir ici, à Damas", a-t-il dit à des journalistes juste avant l'annonce de l'explosion de deux bombes à proximité de l'hôtel où le président français avait passé la nuit.

"C'est un pays qui est à la croisée des chemins dans le Moyen-Orient", a-t-il ajouté.

Selon lui, "ce qui vient de passer avec le détroit d'Ormuz" dans le Golfe, bloqué durant la guerre américano-israélienne contre l'Iran, "lui donne également plus d'importance", "puisqu'on voit bien que maintenant, si on veut investir au Moyen-Orient, il va falloir qu'on trouve des routes alternatives".

Début avril, l'Irak avait annoncé avoir commencé à transporter du pétrole par camion à travers la Syrie en vue de sa réexportation, en raison de la fermeture du détroit d'Ormuz. L'Irak et la Syrie ont récemment évoqué un projet de restauration de l'oléoduc reliant les deux pays, fermé depuis des décennies.

TotalEnergies a conclu un mémorandum d'entente avec la Syrie pour un bloc d'exploration offshore en Méditerranée, mais n'a pas encore d'autre projet spécifique dans le pays, a souligné Patrick Pouyanné.

Sa visite à Damas, la première depuis la fin de la guerre civile en 2024, vise à "rencontrer les autorités" pour "des prises de contact", a-t-il précisé.

"Laissons au gouvernement le temps de prendre le contrôle de ce pays. Il ne faut pas trop demander" après plus de 13 ans de guerre civile, "il faut être un peu patient", a-t-il ajouté.