La firme israélienne NSO, créatrice du logiciel d'espionnage Pegasus, sur liste noire américaine

Le logo de la cyber-entreprise israélienne NSO Group est visible dans l'une de ses succursales dans le désert d'Arava, dans le sud d'Israël, le 22 juillet 2021. (Photo, Reuters)
Le logo de la cyber-entreprise israélienne NSO Group est visible dans l'une de ses succursales dans le désert d'Arava, dans le sud d'Israël, le 22 juillet 2021. (Photo, Reuters)
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Publié le Jeudi 04 novembre 2021

La firme israélienne NSO, créatrice du logiciel d'espionnage Pegasus, sur liste noire américaine

  • NSO s'est retrouvé exposé cet été après des enquêtes publiées par un consortium de 17 médias internationaux, révélant que Pegasus aurait permis d'espionner les numéros de journalistes, hommes politiques, militants ou chefs d'entreprises de différents pays
  • Le groupe israélien s'est dit «consterné» par cette décision et a l'intention de la renverser

WASHINGTON : Washington a annoncé mercredi avoir ajouté NSO Group, la société israélienne qui fabrique le logiciel d'espionnage Pegasus, à sa liste des entreprises interdites parce qu'elles constituent une menace pour la sécurité nationale des Etats-Unis; une décision dénoncée à Tel-Aviv.

NSO s'est retrouvé exposé cet été après des enquêtes publiées par un consortium de 17 médias internationaux, révélant que Pegasus aurait permis d'espionner les numéros de journalistes, hommes politiques, militants ou chefs d'entreprises de différents pays, y compris le président français Emmanuel Macron.

Ces programmes informatiques "ont permis à des gouvernements étrangers de faire de la répression au-delà de leurs frontières (...) pour réduire au silence toute voix dissonante", ont souligné les autorités américaines dans un communiqué.

Le groupe israélien s'est dit "consterné" par cette décision et a l'intention de la renverser, a déclaré dans un message à l'AFP un porte-parole de cette société basée en banlieue de Tel-Aviv.

Selon lui, NSO dispose d'une charte éthique "rigoureuse, basée sur les valeurs américaines".

Une fois installé dans un téléphone mobile, Pegasus permet d'espionner son utilisateur, accédant à ses messageries, ses données, ou activant l'appareil à distance pour capter son ou image.

"Les Etats-Unis sont déterminés à utiliser de manière incisive le contrôle des exportations pour responsabiliser les entreprises qui développent, commercialisent ou utilisent des technologies à des fins malveillantes, qui menacent la cybersécurité des membres de la société civile ou du gouvernement, des dissidents, et d'organisations basées ici et à l'étranger", a déclaré la secrétaire américaine au Commerce Gina Raimondo.

Le ministère a aussi ajouté une autre société israélienne (Candiru), une société russe (Positive technologies) et une société singapourienne (Computer Security Initiative Consultancy PTE) à cette liste noire, qui restreint les échanges commerciaux avec les firmes concernées.

Zéro clic 

Les Etats-Unis sont un grand allié d'Israël. Mais le président américain Joe Biden a indiqué que le respect des droits humains serait au cœur de sa politique étrangère, et travaille donc à "mettre fin à la prolifération des outils numériques utilisés à des fins de répression", d'après un communiqué du département d'Etat.

"Cet effort doit servir à améliorer la sécurité des citoyens en ligne, combattre les menaces de cybersécurité et réduire la surveillance illégale", a détaillé un porte-parole.

Le logiciel Pegasus doit, comme du matériel militaire, obtenir une licence d'exportation du ministère de la Défense israélien pour être vendu à un Etat étranger.

C'est un programme informatique particulièrement sophistiqué, qui permet notamment de pirater des appareils sans même que l'utilisateur n'ait cliqué sur des liens ou boutons piégés, la technique habituellement utilisée.

En septembre, Apple a dû réparer en urgence une faille informatique qui était exploitée par Pegasus.

"Cette décision envoie un message fort à NSO : ils ne peuvent plus continuer à profiter des abus contre les droits humains sans répercussions", a commenté Amnesty International. L'ONG estime que cette inscription sur la liste noire doit inciter les investisseurs du groupe à se poser des questions sur leur contribution.

Mais "ces sanctions ne représentent que des freins" pour NSO et les autres sociétés visées, selon Oliver Tavakoli, le directeur technologique de Vectra, une entreprise de cybersécurité.

Il explique que les contrats entre NSO et les gouvernements sont très vagues en termes de provisions éthiques, et que la plupart des clients "font ce qu'ils pensent être dans l'intérêt du gouvernement et du leader du moment".

Affaire Pegasus

En tout, d'après les associations Amnesty et Forbidden Stories, l'affaire Pegasus concerne une liste de 50.000 numéros de téléphone dans le monde sélectionnés depuis 2016 par les clients de NSO.

Les relations entre la France et le Maroc sont parasitées depuis cet été par ces révélations.

Selon les informations du consortium de médias, un numéro d'Emmanuel Macron, de l'ancien Premier ministre Edouard Philippe et de 14 membres du gouvernement figuraient dans la liste de ceux visés par un service de sécurité de l'Etat marocain, accusé d'avoir eu recours au logiciel espion.

Rabat a démenti avoir utilisé Pegasus, mais plusieurs procédures judiciaires ont été enclenchées. 

Des experts des Nations unies ont appelé à un moratoire international sur la vente de technologies de surveillance jusqu'à ce que des règles soient mises en place pour protéger les droits humains.

"NSO va continuer d'équiper les agences de renseignement et forces de l'ordre dans le monde avec des technologies qui sauvent des vies et permettent de combattre le crime et le terrorisme", avait alors réagi la société israélienne, qui exporte dans 45 pays.


Kenya: le président William Ruto nomme son gouvernement

Le président kényan William Ruto prend la parole lors de la 77e session de l'Assemblée générale des Nations Unies, au siège de l'ONU, le 21 septembre 2022, à New York (Photo, AFP).
Le président kényan William Ruto prend la parole lors de la 77e session de l'Assemblée générale des Nations Unies, au siège de l'ONU, le 21 septembre 2022, à New York (Photo, AFP).
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  • Si le Kenya est l'économie la plus dynamique d'Afrique de l'Est, elle fait face à d'importantes difficultés, à commencer par l'explosion des prix des carburants et des produits de première nécessité
  • L'inflation a atteint 8,5% en août, un plus haut depuis cinq ans

NAIROBI: Le nouveau président kényan William Ruto, élu le mois dernier au terme d'une élection serrée, a annoncé mardi la composition de son gouvernement, nommant notamment au ministère des Finances un ancien gouverneur de la Banque centrale du Kenya.

"Je suis fier d'annoncer les hommes et femmes qui vont servir dans le gouvernement", a déclaré le chef de l'Etat.

Si William Ruto s'était engagé durant la campagne à instaurer la parité dans son gouvernement, seules sept femmes ont été nommées, sur un total de 22 ministres.

M. Ruto, 55 ans, qui s'est présenté durant la campagne comme le candidat des "débrouillards" et a annoncé vouloir relancer l'économie, a nommé Njuguna Ndung'u, ancien gouverneur de la Banque centrale du Kenya, au poste de ministre des Finances.

Si le Kenya est l'économie la plus dynamique d'Afrique de l'Est, elle fait face à d'importantes difficultés, à commencer par l'explosion des prix des carburants et des produits de première nécessité.

L'inflation a atteint 8,5% en août, un plus haut depuis cinq ans, combinée à une chute du shilling kényan, la monnaie nationale. Depuis 2013, la dette du pays a été multipliée par six.

Abraham Kithure Kindiki, qui a défendu M. Ruto devant la Cour suprême du pays après les recours déposés par l'opposant Raila Odinga, a été nommé au ministère de l'Intérieur. Aden Barre Duale prend de son côté les rênes du ministère de la Défense.

Simon Chelugi est le seul ministre qui a servi sous l'ancien président Uhuru Kenyatta à avoir été prolongé par le nouveau chef de l'Etat, passant du ministère du Travail à celui des Petites et moyennes entreprises.

Lors de sa cérémonie d'investiture le 13 septembre, William Ruto a promis de "travailler avec tous les Kenyans".

La Cour suprême a confirmé le 5 septembre, près d'un mois après le scrutin du 9 août, la victoire électorale de M. Ruto, qui est à la tête de l'une des plus grandes fortunes du pays, avec environ 233 000 voix d'avance (sur 14 millions de votes) sur Raila Odinga, figure historique de la politique kényane qui avait crié à la fraude.


Birmanie: l'attaque contre une école pourrait être un crime de guerre, selon les enquêteurs de l'ONU

Des débris et de la suie recouvrent le sol d'un collège du village de Let Yet Kone, dans le canton de Tabayin, dans la région de Sagaing, au Myanmar, le samedi 17 septembre 2022 (Photo, AP).
Des débris et de la suie recouvrent le sol d'un collège du village de Let Yet Kone, dans le canton de Tabayin, dans la région de Sagaing, au Myanmar, le samedi 17 septembre 2022 (Photo, AP).
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  • L'attaque a tué douze enfants et deux adultes le 16 septembre, selon les témoignages
  • Elle s'est produite dans un hameau de la commune de Depeyin, dans la région de Sagaing (nord-ouest), théâtre d'affrontements féroces entre l'armée birmane et des groupes rebelles

GENEVE: La récente attaque des troupes de la junte birmane sur une école, qui a coûté la vie à douze enfants, pourrait être un crime de guerre, selon des experts de l'ONU qui tentent de collecter des preuves pour établir les responsabilités.

"Les attaques armées qui visent des civils sont interdites par le droit international de la guerre et peuvent être punies en tant que crimes de guerre ou crimes contre l'humanité", rappellent les experts du Mécanisme onusien d'enquête indépendant pour la Birmanie. Ils n'apportent toutefois pas encore de conclusion ferme.

L'attaque a tué douze enfants et deux adultes le 16 septembre, selon les témoignages recueillis y compris par l'AFP auprès de survivants.

Elle s'est produite dans un hameau de la commune de Depeyin, dans la région de Sagaing (nord-ouest), théâtre d'affrontements féroces entre l'armée birmane et des groupes rebelles.

Selon les informations des experts, l'attaque a duré plusieurs heures et les hélicoptères, en appui à l'infanterie, ont fait usage de roquettes et de mitrailleuses. L'infanterie a ensuite poursuivi l'attaque.

L'armée birmane affirme que l'attaque ne visait pas des civils mais plutôt des rebelles armés qui auraient été présents dans l'école, indiquent les experts indépendants.

"Même si tel était le cas et que l'attaque armée avait un objectif militaire, elle est interdite selon les lois de la guerre si l'on s'attend à ce qu'elle entraîne des blessures ou des morts civiles excessives par rapport à l'avantage militaire direct attendu obtenu par l'attaque", expliquent-ils.

Ils rappellent, que les commandants militaires qui négligent intentionnellement ou par imprudence leurs obligations, de même que tout soldat ou pilote qui suit un ordre tout en sachant qu'il est disproportionné, s'exposent à des poursuites.

Le fait que l'école soit un objectif exigeait tout particulièrement "de confirmer l'existence et la nature de toute cible militaire éventuelle, évaluer le nombre de civils dans la zone et adopter des moyens et des méthodes pour minimiser le risque de les blesser", insistent les enquêteurs.


En Afrique de l'Ouest, des pluies records ravagent les fermes

Dans le seul nord du Nigeria, les inondations - les pires en dix ans- ont tué plus de 300 personnes et entraîné le déplacement d'au moins 100 000 personnes (Photo, AFP).
Dans le seul nord du Nigeria, les inondations - les pires en dix ans- ont tué plus de 300 personnes et entraîné le déplacement d'au moins 100 000 personnes (Photo, AFP).
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  • Les inondations, qui ont affecté 29 des 36 Etats du pays de 215 millions d'habitants, ont été aggravées par l'ouverture d'un barrage au Cameroun et de deux au Nigeria
  • Une grande partie du Nigeria, des terres agricoles du nord jusqu'à la capitale économique côtière Lagos, est sujette aux inondations pendant la saison des pluies, qui va de juin à août

KANO: Pieds nus dans l'eau, Adamu Garba tente d'évaluer ce qu'il peut sauver de sa récolte. De ses rizières, il ne reste plus grand chose, détruites par les violentes pluies qui s'abattent depuis des mois dans le nord du Nigeria.

Des milliers d'exploitations agricoles, comme celle de M. Garba, ont été ravagées cette année par les inondations monstres qui ont durement frappé l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale.

En anéantissant les récoltes, ces inondations risquent d'aggraver la crise alimentaire qui touche ces régions extrêmement pauvres, déjà aux prises avec les retombées de la guerre en Ukraine qui ont fait explosé le prix des fertilisants et des produits alimentaires.

Dans le seul nord du Nigeria, les inondations - les pires en dix ans- ont tué plus de 300 personnes et entraîné le déplacement d'au moins 100 000 personnes, selon les autorités.

"C'est atroce, mais il n'y a rien que nous puissions faire, nous devons juste être fort", soupire l'agriculteur nigérian depuis sa parcelle située en périphérie de la ville de Kano.

En temps normal, ses rizières produisent environ 200 sacs de riz. Cette saison "je ne suis pas sûr de pouvoir récolter un demi-sac", lâche-t-il, dépité.

"Des milliers de fermes ont été détruites", explique à l'AFP Manzo Ezekiel, le porte-parole de l'Agence nigériane de gestion des crises (Nema).

Les inondations, qui ont affecté 29 des 36 Etats du pays de 215 millions d'habitants, ont été aggravées par l'ouverture d'un barrage au Cameroun et de deux au Nigeria, selon cette source.

Une grande partie du Nigeria, des terres agricoles du nord jusqu'à la capitale économique côtière Lagos, est sujette aux inondations pendant la saison des pluies, qui va de juin à août.

Mais selon Nema, cette année est la pire enregistrée depuis 2012, où 363 personnes avaient péri et plus de 2,1 millions avaient été déplacées.

"Ce bilan va encore s'aggraver alors que les pluies torrentielles et les inondations continuent", ajoute le porte-parole. Mi-septembre, les pluies n'avaient toujours pas cessé.

Changement climatique 

Au Niger, pays frontalier, les pluies ont fait débordé le fleuve du même nom, et les inondations ont tué 159 personnes et en ont affecté plus de 225 000, selon les chiffres officiels.

Cette saison des pluies est ainsi l'une des plus dévastatrices que le pays sahélien ait jamais connu.

"Selon toutes nos études, on peut lier ces pluies-là au changement climatique", affirme le directeur général de la météorologie nationale du Niger, Katiellou Gaptia Lawan.

Au fils des ans, "les pluies deviennent de plus en plus intenses et les précipitations extrêmes sont en train d'augmenter", ajoute le spécialiste.

Celles-ci ont totalement détruit ou endommagé plus de 25 900 maisons, touchant aussi des fermes et des élevages.

Au Tchad voisin, l'ONU estime que plus de 622 500 personnes ont été touchées "à différents niveaux" par les inondations dans plus de la moitié du pays, dont la capitale N'Djamena.

Avant cela, le pays faisait déjà face à une grave crise alimentaire, et l'ONU estime que 5,5 millions de Tchadiens, soit un tiers de la population du pays enclavé, a besoin d'une aide humanitaire urgente.

C'est également le cas dans le nord du Nigeria, où plus d'un million d'enfants sont menacés par la faim cette année, notamment à cause des conflits qui y sévissent, qui éloignent les agriculteurs de leurs terres.

Les pluies ne font qu'empirer une situation déjà dramatique.

Non loin de Kano, Kabiru Alassan, un agriculteur de 19 ans, tente de sauver sa récolte. Sa ferme a été détruite: les eaux ont emporté le sable des routes et recouvert ses rizières.

Selon lui, les pluies n'ont jamais été aussi destructrices. "Nous prions pour ne jamais connaître un tel cauchemar à nouveau", lâche-t-il désemparé.